Le meilleur run des Nouveaux Mutants est celui de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz (New Mutants #18 à #31, 1984-1985), où la série cesse d'être un cours de rattrapage pour adolescents et devient un laboratoire graphique. Viennent ensuite les débuts de Claremont avec Bob McLeod puis Sal Buscema, l'ère Louise Simonson, la bascule vers X-Force avec Rob Liefeld, puis la relance de Zeb Wells en 2009. Le recueil suffit pour lire ; le fascicule se réserve aux numéros charnières.
Dans la bibliothèque mutante, The New Mutants occupe une place singulière : un titre né comme un prolongement scolaire des X-Men, qui a servi de terrain d'essai à trois sensibilités très différentes en moins de dix ans. Il faut donc choisir sa période avant de choisir ses numéros, et c'est ce choix que ce classement cherche à éclairer.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Comment lire un titre qui a changé trois fois de visage
La série commence en 1982 par un roman graphique, Marvel Graphic Novel #4, signé Chris Claremont au scénario et Bob McLeod au dessin. Le titre mensuel démarre ensuite avec un numéro un daté de 1983 et s'arrête au numéro 100, en 1991, quand l'équipe devient X-Force. Entre ces deux bornes, quatre identités visuelles se succèdent, et chacune réclame un lecteur différent.
Notre classement ne mesure pas la fidélité à la continuité mais l'intérêt de lecture isolée : une période se lit-elle sans avoir lu tout le reste, y a-t-il une histoire qui se tient, et le dessin vieillit-il avec dignité ? Nous avons aussi tenu compte de ce que chaque période laisse comme numéros recherchés par les collectionneurs, sans jamais en donner la cote. Les équipes d'origine sont toujours les mêmes : Karma, Wolfsbane, Cannonball, Sunspot, Magik et Moonstar forment le noyau, que des arrivées comme Warlock ou Cypher viennent bousculer.
Top 1 : Chris Claremont et Bill Sienkiewicz, New Mutants #18 à #31 (1984-1985)
C'est la période qui a fait de la série autre chose qu'une annexe. Avec New Mutants #18, Bill Sienkiewicz reprend le dessin, et le trait change brutalement : encrages gras, collages, décors qui se fragmentent, cases qui éclatent. Claremont, de son côté, abandonne le récit scolaire pour des histoires d'horreur et de fantasy sombre, avec des adolescents qui affrontent des peurs qu'ils ne savent pas nommer.
L'arc de l'Ours-Démon, étalé sur les numéros 18 à 20, en est la porte d'entrée naturelle : une menace surnaturelle qui hante Danielle Moonstar, et dont le film de 2020 a gardé l'ossature. Le numéro 25 introduit Legion, personnage dont le rôle dépassera largement la série. La suite mêle récit nordique, épisodes isolés et variations de ton rares pour le courant principal de l'époque.
Sa portée tient à ce qu'il fixe l'identité des Nouveaux Mutants face aux X-Men : chez eux, la peur a droit de cité. Il parle d'abord au lecteur sensible aux audaces de mise en page du comic book des années 1980. Il rebute parfois ceux qui veulent un mensuel de super-héros classique, car le dessin demande un petit temps d'adaptation.
Pour le collectionner, deux voies. Les fascicules d'origine existent en grande quantité, ce qui les rend accessibles aux budgets modestes, sauf aux hauts grades où l'offre se resserre. Les recueils modernes de la série, sous forme de gros volumes reliés, rassemblent bien cette période et conviennent mieux à qui veut seulement lire.
Top 2 : Chris Claremont, Bob McLeod et Sal Buscema, Marvel Graphic Novel #4 et New Mutants #1 à #17 (1982-1984)
Les origines méritent leur place, même si elles sont plus sages. Le roman graphique de 1982 pose le principe : des adolescents mutants rassemblés dans la demeure du professeur Xavier, qui découvrent leurs pouvoirs sous la surveillance d'adultes dépassés. Bob McLeod, qui en est le dessinateur fondateur, donne à la série une identité plus propre et plus claire que celle qui suivra. Il ne signe toutefois que les tout premiers numéros du mensuel : Sal Buscema prend le relais au crayon et assure l'essentiel de la suite jusqu'au #17.
Ces dix-sept premiers numéros racontent la constitution d'un groupe plus qu'un grand récit. On y voit l'équipe s'affronter, apprendre à coopérer et croiser des figures connues du reste de la famille X-Men. Le plaisir y est celui d'un récit d'initiation : chacun a un secret, un deuil ou une honte, et la série prend le temps de les installer.
Ce run compte parce qu'il fixe le noyau du casting et la tonalité d'ensemble, sur laquelle tous les auteurs suivants brodent, la contredisent ou s'en émancipent. Il s'adresse à qui veut comprendre d'où viennent les personnages avant de goûter aux périodes plus excentriques. Les lecteurs pressés peuvent le trouver lent, et c'est vrai : le classement le place derrière Sienkiewicz précisément pour cette raison.
Côté collection, le roman graphique de 1982 et le numéro un sont les pièces convoitées de cette période. Ils s'achètent en fascicules, tandis que le contenu des numéros suivants se lit confortablement dans les recueils. Si votre priorité est la lecture, un premier recueil consacré à cette période suffit.
Top 3 : Louise Simonson et Bret Blevins, New Mutants (1987-1989)
Quand Claremont quitte le titre, Louise Simonson le reprend en 1987 et lui donne une couleur plus sentimentale et plus épique. Bret Blevins, dessinateur d'une élégance un peu elliptique, devient la voix visuelle de cette période. Les personnages vieillissent, quittent l'école, changent de camp : l'équipe qui apparaît dans les années suivantes ne ressemble plus à celle de 1982.
Ce run vaut par ses chocs de crossover. Les Nouveaux Mutants y rencontrent plusieurs grands événements de l'époque, dont Inferno, qui les ramène vers Magik et ses démons. Louise Simonson sait écrire des relations qui bougent : les amitiés se tendent, les amours se défont, les loyautés se déplacent. Le plaisir de lecture est plus feuilleton que fresque.
Il s'adresse au lecteur déjà familier de l'équipe, qui veut voir ce que les personnages deviennent. Il s'adresse moins bien au curieux sans bagage, car la compréhension de plusieurs épisodes passe par les titres voisins. Dans notre grille, c'est la raison pour laquelle il se place en troisième position malgré ses qualités.
Pour la collection, ces numéros sont les moins chers de la série, signe d'une demande tiède : c'est une bonne zone pour compléter une collection sans pression. Les recueils reprennent une partie de cette période, mais de manière moins systématique que pour les débuts ; le fascicule reste ici le format le plus complet.
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Top 4 : Louise Simonson, Fabian Nicieza et Rob Liefeld, New Mutants #86 à #100 (1990-1991)
C'est la fin de la série, et la plus commentée. Rob Liefeld arrive avec le numéro 86 et transforme le trait de l'équipe en une imagerie de muscles, de poches et de fusils. Dans cette dernière ligne droite, le numéro 87 révèle Cable, le numéro 98 présente Deadpool, et le titre se clôt au numéro 100 avant de renaître comme X-Force.
Ce run compte parce qu'il fabrique, presque sous nos yeux, la matière de la décennie suivante. Les amateurs de l'âge moderne y voient la naissance d'un style qui dominera les années 1990 ; ses détracteurs y lisent une rupture avec la veine d'origine. Les deux points de vue sont défendables, et c'est la raison pour laquelle ce passage est plus intéressant à étudier qu'à lire pour le plaisir.
Il s'adresse à qui collectionne par les premières apparitions plutôt que par les récits. Nos fiches détaillées sur le numéro 87 et sur le numéro 98 expliquent ce que contient chacun, et il serait redondant de les recopier ici : lisez la fiche du #87 et la première apparition de Cable puis celle du #98, valeur et états pour le détail.
Comment le collectionner ? Ces fascicules se sont imprimés à des centaines de milliers d'exemplaires, si bien que la rareté ne vient jamais du papier mais de l'état. La méthode raisonnable consiste à viser une copie propre plutôt qu'une promesse de grade, puis à comparer des ventes terminées plutôt que des annonces. Pour lire sans ce souci, un recueil consacré à la transition vers X-Force fait l'affaire.
Top 5 : Zeb Wells et Diogenes Neves, New Mutants (2009)
Après des années de dispersion, Marvel relance le titre en 2009 avec Zeb Wells au scénario et Diogenes Neves au dessin. La proposition est simple : réunir l'équipe d'origine, désormais adulte, et lui faire affronter des retrouvailles douloureuses. Les anciens élèves se retrouvent dans un monde où la fidélité à leur passé n'a plus rien d'évident.
Ce run compte parce qu'il rappelle que la force du concept tient aux personnages et pas seulement à un trait ou à une époque. Il contient une saga tournée vers le retour d'un ancien membre de l'équipe, qui sert de colonne vertébrale à plusieurs numéros. Le dessin, plus lisse que celui des années 1980, suit le goût du début de la décennie suivante.
Il s'adresse à qui souhaite lire les Nouveaux Mutants comme des adultes, avec la nostalgie en sourdine. Il convient mal à qui n'a jamais lu la période d'origine, tant les émotions reposent sur ce que l'on sait des personnages. Nous le plaçons cinquième parce qu'il se lit bien, mais qu'il ne bouleverse ni la forme ni le fond.
Pour la collection, les fascicules de cette relance sont récents et abordables, et les recueils reprennent la suite logique des arcs. Le choix du format dépend donc seulement de votre place disponible et de votre envie de numéros physiques.
Par lequel commencer selon votre profil
Si vous voulez le meilleur, et si le nom de l'auteur vous intrigue (notre portrait de Chris Claremont retrace sa carrière), commencez par Claremont et Sienkiewicz, quitte à débuter à l'Ours-Démon et à remonter ensuite vers les origines. C'est la porte d'entrée la plus gratifiante, et le film de 2020 en est l'écho lointain.
Si vous aimez les récits d'initiation, lisez d'abord le roman graphique de 1982 puis le début de la série avec Bob McLeod. Vous comprendrez mieux ce que le travail de Sienkiewicz vient bousculer.
Si vous collectionnez par les premières apparitions, concentrez-vous sur la période Liefeld, en gardant à l'esprit qu'elle est la plus tirée. Si vous suivez surtout Cable, notre classement des meilleurs runs de Cable prolonge ce parcours. Si vous cherchez une lecture adulte et contemporaine, le run de Zeb Wells, après avoir parcouru les origines, est le plus simple à comprendre. Enfin, si vous voulez prolonger au-delà du numéro 100, passez à X-Force, que notre classement dédié détaille.
Ce que valent ces runs en collection
Un point domine : ces fascicules sont abondants, et ce que vous payez est surtout un état, jamais un titre. La demande se concentre sur quelques numéros-pivots, le roman graphique de 1982, le numéro un, les débuts de Sienkiewicz, le #87 et le #98, tandis que l'essentiel du reste se trouve à un rapport prix sur plaisir très favorable. Les recueils, eux, se revendent avec une décote régulière.
La méthode que nous recommandons est celle du rapport : comparez le prix d'un numéro clé au prix d'un lot de quinze fascicules voisins de la même période, puis demandez-vous si votre objectif est de lire, de compléter ou de conserver. Pour estimer un exemplaire précis, recoupez trois ventes terminées au même état avant de vous fier à une annonce affichée.
Notez aussi qu'un fascicule tardif gagne à être regardé de près : les numéros de 1990 et 1991 ont souvent été manipulés à la sortie des magasins de bandes dessinées, et leurs coins le montrent. Conservez-les sous pochette neutre, à l'abri de la lumière.
Questions fréquentes
Celui de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz, de New Mutants #18 à #31 (1984-1985), est le plus souvent cité. Le trait de Sienkiewicz y déplace la série vers l'horreur et la fantasy, avec l'arc de l'Ours-Démon et l'introduction de Legion au numéro 25. C'est la porte d'entrée que nous conseillons en premier.
Ce n'est pas obligatoire, mais utile. X-Force naît du numéro 100 des Nouveaux Mutants, en 1991, et reprend plusieurs personnages. Lire les trois ou quatre derniers numéros de la série, dont le #87 et le #98, permet de comprendre l'origine de Cable et de Deadpool avant d'ouvrir le premier numéro de X-Force.
Il puise dans l'équipe d'origine et dans l'arc de l'Ours-Démon, publié dans New Mutants #18 à #20 en 1984, signé Claremont et Sienkiewicz. Le cadre en huis clos est une invention du film. Notre comparaison détaille les écarts entre l'adaptation de Josh Boone et les comics.
Non. Marvel imprimait ce titre en quantités importantes de 1983 à 1991, et les exemplaires circulent encore en abondance chez les libraires spécialisés. La rareté vient de l'état, pas du papier. Les numéros charnières, comme le roman graphique de 1982 ou le #87, concentrent la demande.
Pour lire l'ère Sienkiewicz, le recueil relié est plus confortable et reproduit mieux ses encrages que beaucoup de fascicules usés. Pour les numéros d'événements ou les premières apparitions, privilégiez le fascicule d'origine, en prenant soin de vérifier l'état et le numéro avant d'acheter.
Vous possédez un New Mutants des années 1980 ou un numéro de la période Liefeld ? Estimez-le en comparant des ventes terminées à son état.
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