New Mutants #98 (Marvel, février 1991) marque la première apparition de Deadpool, de Gideon et de Copycat déguisée en Domino. Ce n'est pas un comic rare : la population recensée chez CGC dépasse les 28 000 exemplaires toutes éditions confondues, avec un seul exemplaire coté 10.0. La cote d'un CGC 9.8 a oscillé entre environ 800 $ et plus de 3 000 $ selon les années et les sorties Deadpool au cinéma ; le seul CGC 10.0 connu s'est vendu 15 449 $ aux enchères, et un CGC 9.9 a atteint 40 250 $ en 2023. La valeur dépend donc avant tout du grade exact et du contexte cinématographique du moment.
Il existe peu de comics des années 1990 dont la trajectoire commerciale illustre aussi bien les montagnes russes de la spéculation que New Mutants #98. Publié en pleine effervescence du marché direct, ce numéro est longtemps resté un titre anodin de fin de collection avant de devenir, grade par grade, l'un des « key issues » modernes les plus recherchés du catalogue Marvel — porté par un personnage que personne, en 1991, n'imaginait devenir une franchise cinématographique de plusieurs milliards de dollars.
Comprendre la valeur réelle de ce numéro suppose de sortir des raccourcis habituels. Contrairement à beaucoup de « premières apparitions » de l'âge d'argent ou de bronze, New Mutants #98 n'est pas un comic rare au sens strict : il a été imprimé en très grande quantité, à une époque où les tirages Marvel dépassaient couramment plusieurs centaines de milliers d'exemplaires par numéro. Sa cote ne repose donc pas sur la pénurie physique, mais sur un équilibre mouvant entre popularité du personnage, état de conservation et cycles de sortie des films Deadpool.
Ce guide reprend les faits vérifiables sur ce numéro — créateurs, contenu éditorial, données de recensement CGC, ventes documentées à différents grades — pour donner une image honnête de ce que vaut réellement ce comic aujourd'hui, sans gonfler artificiellement les attentes.
New Mutants #98 : aux origines de la première apparition de Deadpool
New Mutants #98 sort en kiosque avec une date de couverture de février 1991, au prix de 1,00 $, pour 36 pages. La série New Mutants, lancée en 1982 par Chris Claremont et Bob McLeod, vit alors ses derniers mois : elle s'achèvera au numéro 100 avant de renaître sous le nom X-Force, avec la même équipe créative aux commandes. New Mutants #98 est donc, éditorialement, un numéro de transition — le moment où la série bascule d'un récit d'apprentissage adolescent vers l'esthétique paramilitaire et hyper-musclée qui définira le début des années 1990.
Le scénario est crédité à Fabian Nicieza, sur une intrigue coécrite avec Rob Liefeld, qui signe également les crayonnés et la couverture ; les encrages sont assurés par Steve Buccellato, le lettrage par Joe Rosen, sous la direction éditoriale de Bob Harras. Liefeld, alors jeune dessinateur en pleine ascension, impose déjà son style reconnaissable entre tous : anatomies exagérées, pochettes d'armes surdimensionnées et mise en scène très cinématographique, qui deviendra la signature visuelle de la « Image Age » quelques années plus tard lorsqu'il cofondera Image Comics.
C'est dans ce numéro qu'apparaît pour la première fois Wade Wilson, alias Deadpool, mercenaire au visage défiguré et au sens de l'humour dévastateur, engagé pour éliminer Cable. Le personnage est conçu par Liefeld et Nicieza comme une réponse teintée d'ironie à Deathstroke, l'antagoniste de DC Comics chez les Teen Titans — jusque dans la proximité troublante entre les noms Wade Wilson et Slade Wilson. Personne, à l'époque, ne prédit que ce second couteau deviendra l'un des personnages les plus rentables de tout le catalogue Marvel.
Ce contexte éditorial explique aussi pourquoi Deadpool a mis plusieurs années à s'imposer comme personnage principal plutôt que comme simple faire-valoir. Après New Mutants #98, il continue d'apparaître de façon sporadique dans X-Force au fil des épisodes suivants, avant d'obtenir sa première mini-série solo, Deadpool: The Circle Chase, en 1993, dessinée par Joe Madureira. Il faut attendre janvier 1997 et le lancement de la série mensuelle écrite par Joe Kelly et dessinée par Ed McGuinness pour que s'installe durablement le ton propre au personnage — l'humour absurde, les adresses au lecteur, le mélange de comédie et de tragédie — qui deviendra sa marque de fabrique jusqu'au grand écran. Cette lente montée en puissance éditoriale, étalée sur plus d'un quart de siècle avant l'arrivée du premier film, est un élément clé pour comprendre pourquoi la cote de New Mutants #98 est restée si longtemps modeste avant de s'envoler brutalement à partir du milieu des années 2010.
Que se passe-t-il dans New Mutants #98 ?
L'intrigue de ce numéro, intitulé « The Beginning of the End », s'inscrit dans la reconfiguration de l'équipe amorcée par Cable depuis son arrivée quelques épisodes plus tôt. Rictor quitte le groupe dans ces pages, marquant le désengagement progressif des membres historiques de la New Mutants originelle. C'est dans ce climat de tension que Deadpool fait irruption, armé jusqu'aux dents et engagé comme tueur à gages pour abattre Cable — une mission qu'il échouera à mener à bien, mais qui suffit à établir d'emblée son registre : combattant redoutable, bavard compulsif, imprévisible.
Le numéro introduit également Gideon, riche industriel et adversaire récurrent de Cable dans l'arc qui suit, ainsi que Copycat (Vanessa Carlysle), mutante mimétique qui se fait passer pour Domino tout au long de cette histoire. Le twist ne sera révélé que plusieurs mois plus tard, dans X-Force #8 : la « Domino » que les lecteurs suivent depuis New Mutants #98 est en réalité une usurpatrice, la véritable Neena Thurman n'apparaissant sous son identité authentique qu'à ce moment-là. Cette subtilité éditoriale explique pourquoi certains catalogues distinguent la « première apparition de Domino (en tant que Copycat) » de sa première apparition confirmée sous sa véritable identité.
Un tirage massif : pourquoi ce numéro reste abordable en dépit du personnage
La donnée la plus structurante pour comprendre la cote de New Mutants #98 est son tirage. Le début des années 1990 correspond à l'apogée du boom spéculatif du marché direct : les distributeurs et les points de vente commandaient des quantités considérables sur chaque titre X-Men et dérivé, anticipant une demande de collectionneurs qui allait bientôt se retourner contre eux. New Mutants #98 a été imprimé à grande échelle, dans des volumes que les commentateurs spécialisés évaluent à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires — un ordre de grandeur cohérent avec ce que l'on observe sur l'ensemble de la production Marvel de cette période, avant l'effondrement du marché spéculatif au milieu des années 1990.
Cette abondance se reflète directement dans les données de recensement CGC. Au recensement de février 2024, plus de 28 500 exemplaires de New Mutants #98 avaient été soumis à CGC, en additionnant les éditions kiosque (newsstand) et librairie spécialisée (direct edition), auxquels s'ajoutent 62 exemplaires de la variante « prix australien » et une douzaine d'exemplaires de la réédition espagnole publiée par Panini España en 2019. Sur ce volume considérable, un seul exemplaire a obtenu la note maximale de CGC 10.0 Gem Mint, et seulement huit exemplaires ont atteint le grade 9.9. En 9.8, en revanche, la population se compte en milliers d'exemplaires — un chiffre qui, à lui seul, explique pourquoi ce grade ne constitue en aucun cas une rareté et pourquoi sa cote reste sensible aux variations de la demande plutôt qu'à une quelconque pénurie.
Deux précisions s'imposent pour les acheteurs. D'abord, l'édition kiosque (avec code-barres imprimé en couverture) est généralement considérée comme plus difficile à trouver en très haut grade que l'édition destinée aux comic shops (qui affiche un logo à la place du code-barres), car les exemplaires vendus en kiosque subissaient davantage de manipulation et de contraintes de stockage. Ensuite, il existe une réédition facsimilé publiée par Marvel en septembre 2019 (New Mutants #98 Facsimile Edition), ainsi qu'une republication au format « True Believers » — deux objets bien réels mais qui n'ont aucune valeur de collection comparable à l'exemplaire original de 1991 et qu'il ne faut jamais confondre avec ce dernier lors d'un achat.
La cote de New Mutants #98 grade par grade
Contrairement à un comic rare dont la valeur suit une courbe relativement stable, la cote de New Mutants #98 a connu une volatilité marquée, rythmée par l'actualité cinématographique du personnage plus que par une tendance de fond. Sur les exemplaires gradés CGC 9.8, les ventes documentées dessinent une trajectoire en dents de scie : environ 790 $ en 2017, 800 $ en 2019, 877 $ en 2020, une hausse à 1 250 $ en 2021, un pic autour de 3 000 $ en 2022, puis une nouvelle phase de fluctuation entre 1 050 $ et 2 200 $ en 2024. Cette instabilité, rare pour un comic aussi demandé, s'explique précisément par l'abondance de l'offre en très haut grade évoquée plus haut : dès que la demande spéculative retombe, les milliers d'exemplaires en 9.8 disponibles sur le marché suffisent à faire refluer les prix.
Les grades exceptionnels : 9.9 et 10.0
À l'autre extrémité du spectre, l'écart devient spectaculaire. L'unique exemplaire coté CGC 10.0 Gem Mint s'est vendu 15 449 $ lors d'une vente aux enchères spécialisée — un résultat qui, à l'époque, a été salué comme l'un des rares cas de comic moderne des années 1990 atteignant une cote maximale absolue. Sur les huit exemplaires connus en CGC 9.9, une vente documentée en juin 2023 a atteint 40 250 $, illustrant à quel point le dernier échelon de grade, même sur un tirage massif, peut multiplier la valeur par un facteur considérable par rapport à un simple 9.8. Ce phénomène s'explique par la rareté relative de ces très hauts grades plutôt que par une rareté absolue du comic : passer de 9.8 à 9.9, sur ce titre en particulier, revient à passer d'une population de plusieurs milliers d'exemplaires à une poignée d'unités recensées dans le monde entier.
Éditions kiosque, éditions librairie et variantes
Les acheteurs qui recherchent spécifiquement l'édition kiosque doivent s'attendre à une prime, particulièrement marquée sur les grades élevés, en raison de la difficulté relative à trouver ces exemplaires en état proche du neuf par rapport à l'édition direct market. La variante « prix australien », plus rare avec ses 62 exemplaires recensés, s'adresse en revanche à un public de collectionneurs de variantes internationales plutôt qu'à l'acheteur cherchant simplement la première apparition de Deadpool à moindre coût.
New Mutants #98 face à New Mutants #87 : Deadpool contre Cable
Il est utile de replacer New Mutants #98 dans son contexte de série pour mesurer sa place réelle parmi les « key issues » de la période Liefeld sur New Mutants. Un an plus tôt, en mars 1990, New Mutants #87 avait déjà marqué les esprits en présentant la première apparition adulte de Cable — le personnage qui deviendra la figure centrale de X-Force. Ces deux numéros forment, avec le recul, le socle des « clés modernes » de cette run : #87 pour l'arrivée de Cable, #98 pour celle de Deadpool.
La comparaison entre les deux numéros illustre bien à quel point la valeur d'un comic dépend de la trajectoire culturelle du personnage plus que de son statut éditorial initial. Cable, malgré son rôle central dans les années 1990, n'a jamais connu la même exposition grand public que Deadpool depuis l'arrivée de ce dernier au cinéma ; New Mutants #98 s'est donc progressivement imposé comme le numéro le plus recherché de cette période de la série, dépassant #87 en visibilité auprès du grand public, même si les deux titres partagent un tirage d'origine comparable et une abondance similaire sur le marché gradé.
L'impact des adaptations sur la cote
Aucun autre facteur n'a autant influencé la valeur de New Mutants #98 que le calendrier des films Deadpool. L'annonce du casting de Ryan Reynolds dans le rôle, puis la confirmation du projet en 2014-2015, ont provoqué une première vague spéculative : un exemplaire en grade intermédiaire, qui se négociait autour de 50 $ quelques années plus tôt dans une indifférence quasi totale du marché, a pu grimper jusqu'à plusieurs centaines de dollars avant même la sortie du film.
La sortie de Deadpool en salles en février 2016, portée par un succès critique et commercial inattendu pour un film classé R, a déclenché le pic de demande le plus marqué sur les exemplaires 9.8, qui ont atteint la fourchette de 1 000 à 2 000 $. Le schéma s'est ensuite reproduit à l'identique : hausse des prix dans les mois précédant la sortie, pic autour de la date de sortie, puis reflux progressif une fois l'engouement retombé — les commentateurs spécialisés parlent d'un effet de « lassitude collectionneur » qui s'installe systématiquement quelques mois après chaque pic. Deadpool 2, sorti en mai 2018, a suivi la même mécanique avec une nouvelle poussée sur les grades élevés, avant un nouveau tassement.
Le mouvement le plus significatif reste toutefois lié à l'entrée du personnage dans le Marvel Cinematic Universe. Après le rachat des actifs cinématographiques de la Fox par Disney, Deadpool a rejoint officiellement l'univers Marvel Studios, ce qui a relancé l'intérêt collectionneur autour de sa toute première apparition papier. Ce cycle répété — annonce, sortie, reflux — est aujourd'hui bien documenté et constitue la clé de lecture la plus fiable pour anticiper les mouvements de cote à venir sur ce numéro : la valeur de New Mutants #98 suit moins une logique de rareté que le rythme de sortie des films consacrés au personnage.
Les analyses de marché consacrées à ce titre décrivent d'ailleurs un phénomène de lassitude collectionneur qui suit systématiquement chaque pic : l'année qui suit une sortie en salles affiche presque toujours un recul sur la majorité des grades suivis, avant qu'une nouvelle annonce cinématographique ne relance la mécanique. Ce schéma s'est vérifié après la sortie du premier film en 2016, avec un net repli des prix dès l'année suivante, puis à nouveau après Deadpool 2 en 2018. Pour un acheteur qui ne cherche pas à spéculer à court terme mais à constituer une collection durable, cette cyclicité documentée est sans doute l'information la plus utile : elle invite à comparer plusieurs ventes récentes avant de fixer un budget, plutôt qu'à se fier à un seul chiffre observé au moment le plus chaud du cycle médiatique.
Guide d'achat
Avant d'acheter un exemplaire de New Mutants #98, quelques vérifications simples permettent d'éviter les pièges les plus courants sur ce numéro précis :
- Vérifiez le prix de couverture : l'édition originale de 1991 affiche 1,00 $ en couverture ; toute mention d'un prix différent doit alerter sur une possible confusion avec une réédition.
- Ne confondez jamais l'original avec le facsimilé : la Facsimile Edition publiée par Marvel en 2019 reproduit fidèlement le numéro original, publicités comprises, mais n'a pas de valeur de collection comparable — vérifiez systématiquement la mention « Facsimile Edition » ou « True Believers » en couverture ou au dos.
- Distinguez édition kiosque et édition librairie : la présence d'un code-barres imprimé en couverture signale l'édition newsstand, généralement plus recherchée en très haut grade ; un logo à cet emplacement indique l'édition direct market, plus courante.
- Comparez plusieurs grades avant d'arbitrer : compte tenu de l'écart de valeur considérable entre un 9.8 et un 9.9, il est rarement rentable de payer une prime importante pour un grade intermédiaire (9.4 à 9.6) plutôt que de viser directement un 9.8, qui reste le grade le plus liquide sur ce titre.
- Inspectez la tranche et les coins : sur un comic aussi manipulé à l'époque de sa sortie, les plis de dos et l'émoussage des coins sont les défauts les plus fréquents qui font chuter la note d'un grade complet.
- Méfiez-vous des restaurations non déclarées : sur un titre aussi recherché, les cas de pressage ou de restauration légère pour maquiller des plis sont documentés ; privilégiez les exemplaires certifiés « Universal » (non restaurés) plutôt que les labels « Qualified » sans vérifier précisément la nature de la restauration.
- Suivez le calendrier cinématographique : les prix ont historiquement grimpé dans les semaines précédant chaque sortie de film Deadpool avant de refluer ; acheter en dehors de ces fenêtres d'excitation médiatique permet généralement de payer moins cher.