Domino, alias Neena Thurman, est cocréée par le scénariste Fabian Nicieza et le dessinateur Rob Liefeld. Son personnage apparaît d'abord sous une fausse identité : dans New Mutants #98 (février 1991), la « Domino » que l'on voit est en réalité la métamorphe Copycat, qui usurpe son identité au sein de X-Force. La véritable Neena Thurman n'est révélée qu'en flashback dans X-Force #8 (mars 1992), avant sa première apparition complète au présent dans X-Force #11 (juin 1992). Cette double origine éditoriale fait de Domino l'un des cas les plus particuliers du marché des comics clés des années 90, avec trois numéros distincts à surveiller selon ce que l'on recherche précisément.
Peu de personnages Marvel partagent une histoire de création aussi tordue que celle de Domino. La plupart des héros ont un numéro unique qui fait office de certificat de naissance officiel. Neena Thurman, elle, en a trois : celui où une usurpatrice porte son nom et son costume, celui où elle apparaît enfin sous ses traits réels mais dans un récit du passé, et celui où elle entre véritablement dans le présent de la continuité Marvel. Ce n'est pas un détail d'archiviste : c'est la raison pour laquelle les collectionneurs qui cherchent « la vraie première apparition de Domino » se retrouvent souvent perdus face à des annonces contradictoires.
Cette confusion éditoriale, héritée du style de narration éclaté propre à Rob Liefeld et Fabian Nicieza au début des années 90, n'a pourtant pas nui à la popularité du personnage. Bien au contraire : elle a fini par nourrir une mythologie à part entière autour de Domino, mercenaire à la chance surnaturelle, silhouette reconnaissable entre mille avec sa tache noire sur l'œil gauche et sa crinière blanche. Des origines obscures de X-Force jusqu'à son incarnation par Zazie Beetz dans Deadpool 2, retraçons le parcours complet du personnage et ce qu'il faut savoir avant d'investir dans l'un de ses numéros fondateurs.
Aux origines de Neena Thurman : la genèse d'un malentendu éditorial
Domino naît dans un contexte très particulier de l'histoire Marvel : celui de la transition entre The New Mutants et X-Force, orchestrée par Fabian Nicieza au scénario et Rob Liefeld au dessin (et à la co-écriture) au tournant de 1991. Ce redémarrage éditorial, qui transforme une équipe d'adolescents mutants en unité paramilitaire dirigée par Cable, s'accompagne d'une galerie de personnages destinés à incarner l'esthétique très « arme lourde et bandoulière » caractéristique de l'époque. Domino est conçue comme la tireuse d'élite du groupe, la mercenaire cynique qui contrebalance l'idéalisme encore présent chez certains membres.
Le problème, c'est que le personnage qui porte le nom et le costume de Domino dans New Mutants #98 n'est pas Neena Thurman. Il s'agit de Copycat, une mutante métamorphe capable de copier l'apparence et les pouvoirs d'autrui, engagée par le véritable père de Cable, Tolliver, pour infiltrer l'équipe sous l'identité de Domino pendant que celle-ci est retenue ailleurs. Ce twist scénaristique, révélé bien plus tard, transforme rétroactivement New Mutants #98 en un numéro au statut ambigu : il contient bel et bien la toute première apparition visuelle du costume et du nom « Domino », mais pas du personnage réel.
Il faut attendre X-Force #8, publié en mars 1992, pour que Neena Thurman apparaisse enfin sous ses propres traits, dans un récit en flashback narré par Cable qui revient sur la formation de son ancienne équipe de mercenaires, le Six Pack. Ce numéro est aussi célèbre pour raconter l'origine de Cable lui-même. Mais comme il s'agit d'un flashback, certains puristes considèrent que la « vraie » première apparition au présent de Domino se situe en réalité dans X-Force #11 (juin 1992), lorsque Copycat est démasquée et que Neena Thurman prend enfin sa place dans la continuité courante du titre. Ces trois numéros forment ainsi un triptyque incontournable pour quiconque veut retracer l'histoire éditoriale complète du personnage.
New Mutants #98 : le faux départ qui reste un incontournable
Malgré la révélation ultérieure de la supercherie Copycat, New Mutants #98 conserve un statut à part dans le marché du collectible. La raison est simple : ce numéro contient également la toute première apparition de Deadpool et celle de Gideon, deux personnages dont la cote a explosé indépendamment de Domino, en particulier depuis le succès cinématographique de Wade Wilson. Le numéro est donc recherché avant tout pour Deadpool, avec Domino et Gideon en arguments secondaires qui renforcent sa désirabilité globale plutôt qu'ils ne la portent à eux seuls.
Côté raretés et population, le titre a été imprimé en très grande quantité à l'époque, comme la plupart des sorties Marvel de 1991 en pleine période de spéculation sur le marché du comic book. Selon le population report de CGC consulté à l'été 2021, plus de 3 400 exemplaires avaient déjà été notés au grade maximal courant de 9.8, avec seulement une poignée de copies au-dessus. Ce contraste entre un tirage massif et une demande très concentrée sur les tout meilleurs grades est caractéristique des clés de l'ère Copper : posséder un exemplaire en 9.6 ou en dessous reste largement accessible, tandis que le saut vers un 9.8 quasi parfait change radicalement la donne en termes de recherche et de patience nécessaires pour en dénicher un.
Un exemplaire de New Mutants #98 au grade CGC 9.8 s'est négocié, selon les compilations de ventes observées ces dernières années, dans une fourchette de plusieurs milliers de dollars, avec des pics notables à la suite de la sortie de Deadpool & Wolverine en 2024, film qui a battu le record du plus gros démarrage pour une production classée R. Ce phénomène illustre bien comment la cote d'un numéro contenant plusieurs premières apparitions peut être tirée par le personnage le plus médiatique du groupe, même quand ce n'est techniquement pas celui qui donne son nom au numéro recherché.
X-Force #8 et #11 : la véritable naissance de Domino
Si l'on s'en tient à la stricte orthodoxie du « first appearance » telle que la définissent les guides de cotation sérieux, X-Force #8 est le numéro qui mérite le titre de première apparition de la véritable Neena Thurman, même sous forme de flashback et de simple silhouette dans certaines cases. C'est aussi dans ce numéro qu'apparaît pour la première fois le Six Pack, la petite équipe de mercenaires que Cable dirigeait avant la formation de X-Force, aux côtés de Grizzly, Hammer, Kane et Reaper. Le numéro cumule donc plusieurs premières apparitions d'équipe secondaire qui intéressent les collectionneurs spécialisés dans l'univers de Cable.
X-Force #11, publié trois mois plus tard en juin 1992, clôture l'arc de la démasquée de Copycat et installe Domino comme membre à part entière de l'équipe dans le présent de la continuité. C'est ce numéro que la majorité des guides de référence désignent comme la première apparition « complète » et non ambiguë du personnage, celle qui la montre en pleine possession de son identité, sans artifice scénaristique de flashback ou d'usurpation. Pour un collectionneur qui souhaite un unique numéro représentatif de l'arrivée de Domino dans l'univers Marvel, X-Force #11 constitue généralement le choix le plus consensuel.
Contrairement à New Mutants #98, ces deux numéros de X-Force n'ont pas bénéficié du même niveau de spéculation à leur sortie : la série était déjà bien installée et n'a pas connu le même phénomène de sur-impression que le lancement choc de Deadpool en 1991. Cela se traduit généralement par des populations recensées chez CGC plus modestes que celles de New Mutants #98, un facteur qui mérite d'être vérifié au cas par cas avant tout achat, la disponibilité au meilleur grade pouvant varier sensiblement d'un numéro à l'autre.
Le pouvoir de Domino : la tychokinésie, ou la chance comme arme
Le pouvoir mutant de Neena Thurman est souvent résumé par le terme de « tychokinésie » ou manipulation psionique de la probabilité. Concrètement, Domino génère inconsciemment une forme d'aura psychique qui influence discrètement les événements alentour pour qu'ils tournent en sa faveur : une balle qui dévie de quelques centimètres, une planche qui cède sous le pied d'un adversaire, une porte qui se coince au moment opportun. Le pouvoir n'annule jamais les lois de la physique, il se contente de rendre probable ce qui aurait pu être improbable, ce qui le distingue nettement de la télékinésie ou de la précognition d'autres personnages Marvel.
Cette « chance contrôlée » s'active généralement de manière réflexe, en situation de danger ou lorsque l'enjeu personnel est fort, ce qui explique pourquoi Domino privilégie le combat rapproché et le tir de précision : son pouvoir amplifie ses réflexes déjà excellents et sa maîtrise des armes à feu plutôt que de lui offrir une capacité offensive indépendante. À cela s'ajoutent des compétences purement humaines mises en avant dès ses premières apparitions : tireuse d'élite, combattante à mains nues aguerrie, et linguiste capable de se sortir de situations d'infiltration dans des contextes internationaux très divers, cohérent avec son passé de mercenaire itinérante.
De Project Armageddon à la rue : une origine marquée par l'eugénisme
L'origine de Neena Thurman s'inscrit dans une veine très sombre, caractéristique des récits mutants des années 90 qui interrogent les dérives des programmes gouvernementaux secrets. Domino est présentée comme le produit de Project Armageddon, un programme d'eugénisme clandestin visant à créer l'arme humaine parfaite par sélection génétique. Elle en est la seule survivante, mais son pouvoir de manipulation de la chance est jugé par les responsables du projet comme un échec au regard des objectifs martiaux visés, ce qui la sauve paradoxalement d'une élimination programmée.
Sa mère biologique, Beatrice, parvient à l'exfiltrer du programme et la confie au père Rudolpho Boschelli, au sein de l'église du Sacred Heart à Chicago. Neena finit par fuguer de cette institution religieuse et se construit seule, dans la rue, avant de devenir la mercenaire aguerrie que l'on découvre aux côtés de Cable. Des développements éditoriaux ultérieurs approfondiront cette origine, notamment la découverte d'un frère cadet, Lazarus, également issu du programme et doté d'un pouvoir de contrôle émotionnel dont le potentiel destructeur inquiète jusqu'à ses propres créateurs. Cette mythologie familiale, construite sur plusieurs décennies de publications, contribue à faire de Domino un personnage plus dense qu'une simple tireuse d'élite au look mémorable.
De mercenaire itinérante à pilier historique de X-Force
Après son intégration officielle dans X-Force au début des années 90, Domino traverse plusieurs ères éditoriales du titre sans jamais totalement disparaître de l'actualité Marvel, même durant les périodes où elle n'est pas au centre de l'intrigue. Le personnage bénéficie d'une première mini-série solo en 1997, en trois numéros, signée Ben Raab au scénario et Adam Pollina au dessin, qui approfondit son passé de mercenaire indépendamment de X-Force. Une seconde mini-série solo suit en 2003, en quatre numéros, écrite par David Hine, confirmant que le personnage dispose d'un lectorat suffisant pour porter seul un récit, même dans un marché des comics alors en pleine mutation commerciale.
Domino connaît ensuite une exposition très régulière grâce à la série Cable & Deadpool, publiée entre 2004 et 2008, qui la fait côtoyer régulièrement les deux personnages avec lesquels son histoire éditoriale reste la plus intimement liée. En décembre 2008, elle rejoint la formation de X-Force menée par Wolverine dans le troisième volume de la série, un run plus sombre et plus adulte qui la repositionne comme une opératrice de terrain impitoyable, loin de l'image parfois plus légère associée au personnage dans les années 90. Cette période est prolongée par la mini-série X-Force: Sex and Violence en 2009, qui l'associe directement à Wolverine dans un récit centré sur leurs méthodes expéditives.
L'ère Krakoa : Domino, agent secret de l'X-Force de Beast
Avec le lancement du sixième volume de X-Force en 2019, dans le cadre du grand redémarrage éditorial de la ligne mutante autour de l'île-nation de Krakoa, Domino intègre l'unité d'opérations noires dirigée par Beast aux côtés de Wolverine, Sage, Kid Omega et Black Tom Cassidy, sous la plume de Benjamin Percy. Le concept du titre transforme X-Force en une sorte de service de renseignement mutant, chargé de neutraliser discrètement les menaces qui pèsent sur la nouvelle nation mutante sans jamais impliquer directement Krakoa aux yeux du monde extérieur.
Dans ce contexte, Domino occupe un rôle d'opératrice de terrain récurrente, aux côtés de Wolverine et de Quentin Quire, affrontant tour à tour des organisations anti-mutantes et des menaces plus tortueuses issues de la politique interne de Krakoa. La série a continué d'évoluer avec les grandes sagas mutantes qui ont suivi la première ère Krakoa, Domino y conservant un rôle d'agent de terrain fiable, y compris lors du développement d'équipements technologiques spécifiques à l'X-Force pendant la période dite du Fall of X, confirmant la longévité du personnage au sein de la ligne éditoriale mutante plutôt que son cantonnement à la nostalgie des années 90.
Domino en solo : la série de Gail Simone et le spin-off Hotshots
Le véritable tournant médiatique pour Domino survient en 2018, année de la sortie du film Deadpool 2 au cinéma. Marvel Comics profite de cette exposition pour lancer une nouvelle série solo ongoing, écrite par Gail Simone et dessinée par David Baldeon, dont le premier numéro paraît en avril 2018, en même temps que la campagne promotionnelle du film battait son plein. Le pitch de lancement met en scène une Domino traquée par l'ensemble de la communauté des mercenaires, poursuivie par un ennemi qui la hait plus que tout au monde, un postulat qui interroge directement les limites de son pouvoir de chance face à une adversité parfaitement organisée.
Le succès critique et commercial de cette série débouche sur un spin-off en 2019, Domino: Hotshots, toujours signé Gail Simone et David Baldeon, dans lequel Neena Thurman prend la tête d'une équipe entièrement féminine de mercenaires. Cette mini-série confirme la place particulière qu'occupe désormais Domino dans le paysage éditorial Marvel : non plus seulement la tireuse d'élite secondaire de X-Force, mais une tête d'affiche capable de porter des concepts narratifs originaux, portée par une reconnaissance grand public directement liée à son passage au cinéma.
L'impact des adaptations sur la cote
L'adaptation la plus marquante de Domino reste son incarnation par l'actrice Zazie Beetz dans Deadpool 2, sorti en 2018, où le personnage intègre l'équipe X-Force recrutée par Wade Wilson. Cette apparition, saluée par la critique pour la manière dont le film met en scène visuellement le pouvoir de la chance à l'écran (des séquences d'action où des événements en apparence anodins déclenchent une cascade de conséquences favorables pour elle), a fortement contribué à populariser un personnage jusque-là relativement confidentiel auprès du grand public non-lecteur de comics. C'est directement dans le sillage de cette sortie que Marvel a lancé la série solo de Gail Simone évoquée plus haut, une synchronisation éditoriale classique destinée à capter l'attention nouvelle générée par le film.
Ce type d'exposition cinématographique a un effet généralement mesurable sur la demande concernant les numéros de première apparition d'un personnage, même lorsque, comme c'est le cas ici, la situation reste compliquée par l'existence de plusieurs candidats possibles au titre de « vraie » première apparition. Un acheteur non averti qui recherche simplement « première apparition Domino » en ligne peut ainsi se retrouver face à des annonces pour New Mutants #98, X-Force #8 et X-Force #11 présentées toutes comme pertinentes, ce qui invite à la plus grande prudence quant à la formulation exacte utilisée par le vendeur avant tout achat.
Il convient toutefois de noter une nuance importante et récente : Domino était absente du film Deadpool & Wolverine sorti en 2024, malgré le succès massif de ce dernier au box-office. Zazie Beetz a confirmé publiquement ne pas avoir été sollicitée pour reprendre le rôle, évoquant une distribution déjà très chargée en personnages pour ce troisième volet. Cette absence rappelle qu'une exposition cinématographique ponctuelle ne garantit pas une présence continue dans les adaptations suivantes, et que la cote d'un personnage secondaire reste sensible aux aléas du calendrier de production hollywoodien autant qu'à la qualité intrinsèque de ses apparitions en comics.
Guide d'achat
Avant d'investir dans un numéro lié à Domino, quelques vérifications spécifiques permettent d'éviter les erreurs les plus courantes, propres à un personnage dont l'histoire éditoriale comporte plusieurs candidats à la première apparition :
- Clarifiez toujours ce que vous recherchez exactement : le costume et le nom « Domino » (New Mutants #98, en réalité Copycat), le personnage réel en flashback (X-Force #8) ou sa première apparition complète au présent (X-Force #11). Le libellé exact du slab CGC, quand le numéro est encapsulé, précise généralement cette distinction.
- Sur New Mutants #98, gardez à l'esprit que l'essentiel de la valeur du numéro provient de la première apparition de Deadpool, pas de Domino : ne payez pas une prime « Domino » sur un numéro dont la cote est en réalité tirée par un autre personnage.
- Vérifiez systématiquement l'authenticité d'une éventuelle notation CGC via le numéro de certification sur le site de l'organisme, avant tout achat d'un exemplaire gradé présenté comme rare ou en très haut grade.
- Pour les exemplaires non gradés, inspectez avec soin les coins, la reliure (spine) et l'alignement de la couverture : les tirages de 1991-1992 sont abondants sur le marché, donc rien ne justifie de transiger sur l'état pour ce type de numéro courant.
- Intéressez-vous également aux deux mini-séries solo (1997 et 2003) et à la série de Gail Simone (2018), plus abordables et souvent négligées, qui offrent un aperçu complet de l'évolution du personnage à moindre coût qu'une quête acharnée des clés des années 90.
- Documentez votre collection au fur et à mesure de vos acquisitions : une application dédiée au suivi de collection facilite grandement la gestion d'un fonds de plusieurs numéros liés à un même personnage, entre éditions, printings et états différents.
Pour estimer rapidement la valeur actuelle d'un numéro spécifique que vous possédez ou envisagez d'acheter, l'estimateur gratuit du site reste l'outil le plus rapide pour obtenir une fourchette de prix basée sur des ventes réelles récentes plutôt que sur des annonces isolées potentiellement surévaluées.