Le premier Titans publié par les Éditions Lug porte la date du 10 mars 1976 et le catalogue lui associe un récit intitulé « Le long chemin du retour ». C'est un fascicule de kiosque, vendu deux mois durant avant que le numéro 2 ne le remplace le 10 mai. Aucun second numéro 1 n'existe sous Semic, qui a repris la numérotation en cours : tout exemplaire annoncé comme tel mérite un examen attentif.
Il y a deux manières d'aborder Titans. On peut s'intéresser à la revue, à ses onze années de parution et à ses bascules éditoriales. Ou bien on peut chercher un objet précis, un fascicule d'une soixantaine de pages daté du 10 mars 1976, celui qui ouvre la série et que personne ne retrouvera dans un lot de fin de collection. C'est ce second angle qui nous occupe ici : vous avez repéré une annonce, ou vous hésitez à acheter, et vous voulez savoir ce que vous achetez exactement.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Le fascicule du 10 mars 1976, tel que le catalogue le décrit
La fiche est courte et c'est déjà beaucoup : date de couverture au 10 mars 1976, éditeur Éditions Lug, et un titre de récit, « Le long chemin du retour ». Cette date est l'élément le plus utile pour un acheteur, car c'est elle qui est imprimée sur l'objet et qui permet de trancher une annonce douteuse en trois secondes. Un vendeur qui écrit « Titans numéro 1, 1977 » ne décrit pas ce fascicule, il décrit autre chose, ou bien il recopie une date lue ailleurs sur la pile.
Le deuxième numéro est daté du 10 mai 1976, soit deux mois plus tard. Ce simple écart dit comment vivait l'objet : il restait en linéaire une longue période, manipulé, feuilleté, rangé derrière d'autres titres. Un fascicule bimestriel de kiosque n'a pas la fraîcheur d'un mensuel acheté par abonnement, et cela se voit presque toujours sur la tranche et sur les coins.
Ce que la fiche ne donne pas, il faut l'énoncer franchement : un seul titre de récit y figure, alors qu'une revue Lug de ce format en empilait plusieurs. Le sommaire complet de ce numéro n'est donc pas documenté ici, et vous ne le connaîtrez qu'en ouvrant l'exemplaire ou en vous faisant envoyer la photo de la page de sommaire. C'est le premier réflexe à prendre face à une annonce : demander cette page, pas seulement la couverture.
Les crédits, et ce qu'il faut en faire
Pour ce numéro, le catalogue réunit du côté du scénario Larry Hama, Jeff Rovin et Archie Goodwin, et du côté du dessin Jean Frisano, Larry Hama et Sal Amendola. Trois noms de chaque côté pour un fascicule dont on sait qu'il contenait plusieurs épisodes : la liste est donc un agrégat, pas une attribution récit par récit. Il serait faux d'en déduire que telle histoire est signée de tel auteur, et c'est précisément le genre d'approximation qu'un acheteur recopie ensuite dans sa propre annonce de revente.
La présence de Jean Frisano dans la liste des dessinateurs mérite un mot, parce qu'elle oriente le regard vers la couverture, qui est l'élément français de l'objet. C'est aussi l'élément le plus fragile : une couverture repeinte ou recollée est le défaut le plus coûteux sur un fascicule de cette époque. Pour la répartition exacte des crédits entre couverture et pages intérieures, les sources divergent, et nous n'irons pas plus loin que ce que la fiche affirme.
Retenez la méthode plutôt que la liste : sur une revue d'anthologie, les noms servent à reconnaître une époque, pas à authentifier un exemplaire. Ce qui authentifie, c'est la date, le numéro, le prix imprimé et la mention d'éditeur au dos.
Pourquoi ce fascicule n'est pas un numéro comme les autres
Un collectionneur de Titans peut combler presque n'importe quel trou de sa série en patientant : les lots circulent, et les numéros de milieu de parution reviennent sans cesse. Le numéro 1 échappe à cette logique pour une raison mécanique. Il a été imprimé avant que la revue ait des lecteurs réguliers, donc avant que quiconque ait la moindre raison de le conserver à plat dans un carton. Ceux qui l'ont acheté le 10 mars 1976 l'ont acheté par curiosité, et un achat de curiosité finit rarement sous pochette.
La deuxième raison est celle de la demande. Un acheteur qui veut « commencer » une collection cherche le numéro 1 avant tous les autres, y compris quand il n'a aucune intention d'aller plus loin. Cette demande d'entrée de gamme se concentre sur un seul objet, alors que l'offre, elle, se répartit sur plus d'une centaine de numéros. C'est ce déséquilibre, et non une qualité éditoriale particulière, qui explique l'essentiel de l'écart de cote.
Reconnaître un vrai premier numéro dans une annonce
Trois vérifications suffisent dans la grande majorité des cas, et elles se font sur photo, avant tout déplacement.
D'abord la date du 10 mars 1976, qui doit figurer sur l'objet et correspondre à ce qu'annonce le vendeur. Ensuite le numéro imprimé, à ne pas confondre avec un numéro de lot ou une référence interne de boutique. Enfin la mention d'éditeur : ce fascicule est un Lug, et une mention d'éditeur différente sur une couverture présentée comme un numéro 1 est un signal d'arrêt immédiat, pas un détail à éclaircir plus tard.
Un quatrième réflexe, moins évident, évite beaucoup de déceptions : demandez une photo du dos et une photo de la tranche avant d'acheter. Les annonces qui ne montrent que la couverture de face dissimulent, le plus souvent sans malice, un dos insolé ou une tranche ouverte. Si le vendeur refuse la photo supplémentaire, le problème n'est pas l'exemplaire, c'est la transaction.
Les trois confusions qui circulent
La première concerne la suite de la série. On lit parfois qu'un changement d'éditeur aurait produit un second Titans numéro 1. Les données disent l'inverse : la parution Lug s'achève au numéro 119, daté du 10 décembre 1988, et la suite reprend au numéro 120, en janvier 1989, sous Semic S.A. La numérotation n'a jamais été remise à zéro. Conclusion pratique : il n'existe qu'un seul Titans numéro 1, et toute annonce qui laisse entendre le contraire se trompe de revue ou de raisonnement.
La deuxième confusion vient des hors-série et des publications voisines. Le titre du numéro 5 est enregistré comme « Kabur n° 5 » et celui du numéro 8 comme « Spécial Strange n°8 » : la fiche d'un numéro de Titans peut donc porter le nom d'un autre titre de l'éditeur. Autrement dit, la frontière entre les séries était poreuse dans les sommaires comme dans les pages d'annonces, et un fascicule présenté comme « le premier Titans » peut en réalité être un numéro spécial ou un album d'une collection parallèle. Vérifiez le titre en couverture, pas le titre annoncé.
La troisième porte sur les réimpressions et les exemplaires reconstitués. Un fascicule dont la couverture est d'origine et les pages intérieures prises sur un autre exemplaire reste un objet composite, quelle que soit la bonne foi du vendeur. Ce genre de montage se repère à la reliure : des agrafes trop neuves, deux jeux de trous, un cahier qui ne suit pas la courbure des autres.
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Commencez par les agrafes. Sur un fascicule de 1976, une légère rouille est courante et se négocie ; une agrafe remplacée, en revanche, change la nature de l'objet et doit apparaître dans la description. Passez ensuite au dos : c'est la zone qui a vieilli le plus vite sur les papiers de cette période, et un dos uniformément bruni n'est pas un défaut local mais l'état général du papier.
Regardez après cela la tranche, en tenant le fascicule fermé à hauteur d'œil : les plis de lecture s'y comptent mieux que de face. Ouvrez enfin au centre pour vérifier que le cahier central tient et que personne n'a découpé un bon de commande ou une page de jeu. Ces découpes étaient banales à l'époque, elles sont invisibles sur la photo d'une annonce, et elles pèsent lourd sur un numéro recherché.
Un dernier point, propre aux revues de kiosque : les mentions au crayon. Les dépositaires et les libraires annotaient les couvertures, et ces traces font partie de l'histoire de l'objet. Elles se tolèrent au verso, beaucoup moins au recto, et jamais sur le visuel principal.
À quoi tient sa rareté relative
Il faut être précis sur le mot rareté, car il est employé à tort pour ce fascicule. Un premier numéro de revue populaire n'est pas rare au sens strict : il en subsiste de nombreux exemplaires, et vous en croiserez plusieurs par an. Ce qui est rare, c'est un exemplaire en bel état, avec une couverture non frottée, un dos droit et des coins intacts. La rareté porte sur l'état, pas sur le tirage.
Sur les chiffres de tirage de 1976, les sources divergent, et nous ne les avancerons pas. En revanche la trajectoire de la série éclaire la question autrement : une parution qui tient cent dix-neuf numéros chez un éditeur avant d'être reprise par un autre a bâti un lectorat fidèle, et ce lectorat est arrivé après le numéro 1. Les acheteurs des années suivantes ont cherché le premier numéro à rebours, sur un marché d'occasion, quand les exemplaires avaient déjà vécu. C'est là que s'est jouée la pénurie des beaux exemplaires.
Ce qui le distingue des numéros qui suivent
Au-delà de sa position, ce fascicule appartient à une phase courte de la revue. Les premiers numéros sortent à deux mois d'intervalle, le 10 mars puis le 10 mai 1976, un rythme que la série n'a pas gardé jusqu'au bout : à la fin de la période Lug, les numéros se succèdent de mois en mois, le 114 en juillet 1988 puis le 115 en août. Pour un collectionneur, cette accélération a une conséquence concrète : les numéros tardifs sont plus nombreux et plus faciles à trouver groupés, les tout premiers circulent à l'unité.
Autre distinction utile : les fiches des premiers numéros portent des titres de récits autonomes, alors que plus loin dans la série les intitulés enregistrés renvoient souvent à des albums et à des séries parallèles de l'éditeur. Ce glissement n'est pas anodin pour l'acheteur : sur les premiers numéros, le titre aide à identifier le contenu ; au-delà, il faut impérativement la page de sommaire.
Suivre ce numéro dans une collection
Un numéro 1 se note différemment du reste d'une série. Dans votre inventaire, faites-lui un sort particulier : notez la date imprimée du 10 mars 1976 plutôt que l'année seule, consignez l'état des agrafes séparément de l'état général, et photographiez le dos au moment de l'achat. Si vous revendez un jour, ces trois informations valent mieux qu'un long descriptif, et si vous conservez, elles vous diront si l'exemplaire bouge avec le temps.
Pensez aussi à enregistrer ce que vous n'avez pas vérifié. Un exemplaire acheté sans photo du sommaire, un doute sur les agrafes, une mention au crayon dont vous n'êtes pas sûr : ces incertitudes notées le jour de l'achat vous éviteront de reconstruire un souvenir trois ans plus tard. Une collection bien tenue n'est pas une collection où tout est certain, c'est une collection où l'on sait ce qui ne l'est pas.
Enfin, ne traitez pas la suite de la série comme un prolongement automatique. La reprise au numéro 120 par un autre éditeur crée une césure que beaucoup d'inventaires ignorent, et un collectionneur qui veut la série complète doit décider s'il s'arrête au 119 ou s'il poursuit. Cette décision se prend tôt, parce qu'elle change ce que vous cherchez dans les lots.
Ce qu'il faut retenir avant d'acheter
Ce fascicule est identifiable sans ambiguïté : une date au 10 mars 1976, un éditeur, un numéro. Il n'a pas de jumeau sous un autre éditeur, puisque la numérotation s'est poursuivie au-delà du 119 sans repartir de zéro. Sa valeur se joue entièrement sur l'état, et l'état se vérifie sur quatre photos qu'il suffit de demander.
Si vous hésitez entre deux exemplaires, prenez celui dont le dos est le plus clair et la tranche la plus droite, même si la couverture du second paraît plus flatteuse de face. Les défauts de face se voient tout de suite et sont donc déjà dans le prix ; les défauts de dos et de tranche, non.
Questions fréquentes
Le catalogue indique le 10 mars 1976, chez les Éditions Lug. C'est la date portée sur l'objet, et c'est le premier élément à faire confirmer par le vendeur. Le numéro 2 suit le 10 mai 1976, ce qui situe la revue sur un rythme bimestriel à ses débuts et explique la longue exposition de ce premier fascicule en kiosque.
Non. La parution chez Lug va jusqu'au numéro 119, daté du 10 décembre 1988, et la suite reprend au numéro 120 en janvier 1989 sous Semic S.A. Les compteurs n'ont pas été remis à zéro, il n'y a donc qu'un seul premier numéro. Une annonce qui suggère l'inverse décrit probablement un hors-série ou une autre revue.
Le catalogue associe à ce fascicule le récit « Le long chemin du retour », mais il n'enregistre qu'un titre par numéro, alors qu'une revue de ce format en contenait plusieurs. Le sommaire complet n'est donc pas documenté, et la seule méthode fiable consiste à demander au vendeur la photographie de la page de sommaire avant l'achat.
Les crédits enregistrés réunissent Larry Hama, Jeff Rovin et Archie Goodwin au scénario, Jean Frisano, Larry Hama et Sal Amendola au dessin. Comme le fascicule compile plusieurs épisodes, cette liste est globale et n'attribue pas chaque récit à un auteur précis. Pour la répartition exacte entre couverture et pages intérieures, les sources divergent.
Pas au sens du tirage : il en subsiste beaucoup d'exemplaires et il réapparaît régulièrement à la vente. Ce qui manque, ce sont les exemplaires en bel état, parce qu'il a été acheté en 1976 par des lecteurs qui n'avaient encore aucune raison de le conserver avec soin. La difficulté porte sur l'état, pas sur la quantité.