Semic reprend Lug en 1989 : ce que ça change pour un collectionneur, illustration article

Au tournant de 1989, les revues Marvel de Lug passent sous l'enseigne Semic. Le catalogue montre une bascule nette : Strange s'arrête au numéro 228 daté du 5 décembre 1988 chez Lug et reprend au 229 daté du 5 janvier 1989 chez Semic. La numérotation des grands titres n'a donc pas été remise à zéro. Les vraies ambiguïtés de numéro viennent d'ailleurs, des hors-séries et des titres relancés sous un autre éditeur.

Vous avez une pile de revues sur le bureau, toutes avec le même logo en couverture, et vous voulez savoir laquelle vaut la peine d'être rangée à part. La question qui revient le plus souvent au moment de trier, ou au moment d'acheter un numéro manquant, est celle de l'éditeur : qui a imprimé ce fascicule, et est-ce que son numéro désigne un seul objet ou deux. La charnière de 1989 est le bon endroit pour y répondre, parce qu'elle a produit à la fois beaucoup de continuité et quelques pièges très précis.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Repère sur Semic reprend Lug en 1989 : rubrique éditeur, contenu de l'article

Ce qui change de main au tournant de 1989

Les circonstances exactes du passage de Lug à Semic restent discutées, et les sources divergent sur le calendrier juridique comme sur le montage de l'opération. Nous n'affirmons donc rien sur ce terrain. Ce que le catalogue permet en revanche d'établir sans discussion, c'est la date de la bascule éditoriale telle qu'elle se lit sur les fascicules : le dernier numéro de Strange sous l'enseigne de Lug porte la date du 5 décembre 1988, et le premier de la série suivante celle du 5 janvier 1989. Un mois d'intervalle, aucune interruption visible pour le lecteur de l'époque.

La même mécanique se retrouve sur les autres titres mensuels de la maison. Le catalogue les donne tous en continuité de numérotation : Titans enchaîne sur un numéro 120 daté de janvier 1989, et Nova sur un numéro 132 du même mois. Deux chiffres, une seule leçon : la nouvelle enseigne a repris les compteurs là où ils étaient, et le lecteur de kiosque n'avait rien à recalculer.

La numérotation des grands titres n'a pas été remise à zéro

Il faut le dire franchement parce que l'idée inverse circule beaucoup : non, la reprise de 1989 n'a pas créé un second Strange numéro 1. Celui qui cherche un Strange numéro 12 ne risque pas de tomber sur deux fascicules différents, parce que ce numéro n'a été imprimé qu'une fois, au début des années soixante-dix, sous l'ancienne enseigne. La confusion que l'on rencontre dans les annonces ne porte pas sur le numéro, elle porte sur l'éditeur, ce qui est un problème différent et plus facile à régler.

Ce choix de continuité a une conséquence concrète sur la façon de constituer une collection. Une série unique court du numéro 1, daté du 5 janvier 1970, jusqu'au numéro 335 daté de mars 1998. Entre ces deux bornes, la seule rupture est celle du nom de l'éditeur, qui n'apparaît pas dans le numéro. Autrement dit, votre tableau de suivi n'a pas besoin de deux colonnes de numérotation, mais il a besoin d'une colonne « éditeur » si vous voulez pouvoir répondre à la question au premier coup d'œil.

Où la double numérotation existe vraiment

Les collisions de numéros existent, mais elles ne sont pas là où on les attend. Le cas le plus net du catalogue est celui de Hulk, titre pour lequel deux revues distinctes portent un numéro 1 : l'une datée de décembre 1976, publiée sous une autre enseigne que celles dont nous parlons ici, l'autre datée d'avril 1992 sous l'enseigne Semic. Seize ans séparent ces deux premiers numéros, et une annonce qui écrit « Hulk numéro 1 » sans plus de précision ne désigne donc rien de déterminé.

Les deux objets n'ont pourtant presque rien en commun. Le fascicule de 1976 ouvre sur une histoire intitulée « Hercule », avec Herb Trimpe au dessin, dans la logique des revues de l'époque qui mélangeaient les séries. Celui de 1992 ouvre sur « Exposition », écrite par Peter David et dessinée par Dale Keown, c'est-à-dire une publication adossée à une seule série américaine contemporaine. Un vendeur de bonne foi peut parfaitement confondre les deux ; vous, non, dès que vous savez quoi regarder. Le hub consacré au personnage aide à situer les deux périodes de publication.

Le même phénomène touche Thor, avec un chevauchement partiel plutôt qu'une collision sur le numéro 1. Le catalogue donne une première revue démarrée en août 1977 et poussée jusqu'au numéro 27, et une seconde dont les numéros recensés commencent au numéro 3, en 1989, pour aller jusqu'au 31. Toute la plage comprise entre ces deux bornes basses est donc ambiguë : un « Thor numéro 10 » peut être un fascicule de la fin des années soixante-dix ou un fascicule de la fin des années quatre-vingt.

Le piège des hors-séries numérotés sur la revue mère

Voici l'ambiguïté la plus coûteuse, et la moins connue. Certains hors-séries ne portaient pas leur propre compteur : ils reprenaient le numéro de la revue mensuelle à laquelle ils étaient rattachés, avec une mention ajoutée. Le catalogue en donne un exemple parfait sous le titre Strange Spécial Origines, dont un fascicule est enregistré comme « 229 hors série » et daté du 5 janvier 1989.

Relisez cette date : c'est exactement celle du premier Strange mensuel de la nouvelle enseigne. Deux fascicules différents, parus le même mois, portent donc le même numéro 229. L'un ouvre sur « Conflit de dames », l'autre sur « Que la lumière soit », créditée notamment à Jim Starlin. Si une annonce vous propose un « numéro 229 » sans mention du titre complet, vous ne savez pas lequel des deux vous achetez, et une collection de mensuels peut se retrouver avec un doublon de numéro qui n'est pas un doublon d'objet.

Ce système est antérieur à 1989, et il explique les numéros qui surprennent quand on les découvre dans une liste. Sous l'ancienne enseigne, le même titre a produit un fascicule enregistré comme « 133 bis » et daté du 5 janvier 1981, avec une histoire intitulée « L'incollable ». La mention « bis » ou « hors série » fait partie du numéro, elle n'est pas un commentaire du vendeur : la supprimer d'une fiche de collection, c'est fabriquer soi-même l'ambiguïté qu'on cherchait à éviter.

Le cas particulier des récits complets

Un dernier titre mérite une mention à part, parce qu'il cumule les difficultés. Le catalogue recense, sous le nom de récit complet Marvel, deux ensembles démarrant chacun à un numéro 1 sous l'ancienne enseigne, l'un daté de 1982, l'autre de février 1984, avant une reprise sous Semic qui commence au numéro 21, en février 1989. Les sources divergent sur la façon de découper ces séries, et le catalogue lui-même reflète cette incertitude.

Conclusion pratique : sur ce titre, et uniquement sur celui-là parmi ceux que nous avons examinés, le numéro seul ne suffit jamais. Il faut y adjoindre l'année et, mieux, le titre de l'histoire portée en couverture. Le premier fascicule de février 1984 ouvre sur « Le prix de l'honneur », crédité à Chris Claremont ; le numéro 2 de la même période propose « Hercule l'Olympien », crédité à Bob Layton. Ce sont ces intitulés, pas les chiffres, qui identifient l'exemplaire sans discussion.

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Reconnaître l'éditeur sur un exemplaire que vous avez en main

La méthode la plus fiable ne passe pas par la couverture, qui a gardé longtemps une parenté graphique forte, mais par les mentions légales. Cherchez le bloc de petits caractères, le plus souvent au bas d'une des premières pages ou en fin de fascicule : il porte le nom de l'éditeur, le dépôt légal et le numéro de commission paritaire. C'est là, et nulle part ailleurs, que l'enseigne est écrite noir sur blanc.

Le second repère est la date portée sur la couverture, et sa forme vaut la peine d'être notée. Les fascicules de la période antérieure affichent volontiers une date au jour près, du type 5 décembre 1988 ou 10 mars 1976, héritage d'une mécanique de kiosque. Le catalogue montre que cette précision se perd progressivement après la bascule : les numéros de la fin du parcours ne portent plus qu'un mois et une année, comme mars 1998. Une date au jour près vous situe donc presque toujours dans la première période, mais l'inverse n'est pas vrai immédiatement, puisque les tout premiers numéros de 1989 gardaient encore la mention du 5 du mois.

Troisième repère, plus souple : le contenu. Un fascicule dont la couverture annonce une série américaine des années quatre-vingt-dix est nécessairement tardif. Si vous reconnaissez, par exemple, une histoire de Wolverine présentée sous son nom français d'époque, vous êtes probablement dans la première moitié des années quatre-vingt. Ce repère ne remplace pas les mentions légales, il permet de trier une pile vite avant de vérifier au cas par cas.

Rédiger ou lire une annonce sans laisser d'ambiguïté

Une référence complète tient en quatre éléments, et aucun n'est facultatif : le titre exact tel qu'il figure en couverture, le numéro avec sa mention éventuelle, la date portée sur le fascicule, et l'éditeur lu dans les mentions légales. « Strange numéro 229, 5 janvier 1989, mensuel » et « Strange Spécial Origines numéro 229 hors série, 5 janvier 1989 » désignent deux objets différents, et les deux formulations sont lisibles par n'importe qui.

Côté achat, le réflexe utile est de demander une photographie du bloc de mentions légales quand l'annonce ne précise pas l'éditeur et que le titre fait partie des cas ambigus. C'est une demande banale, qui ne froisse personne, et elle coûte moins cher qu'un retour. Si le vendeur ne peut pas la fournir, demandez au moins la date de couverture : sur les titres à chevauchement comme Thor, elle tranche immédiatement.

Compléter une série à cheval sur les deux enseignes

La continuité du compteur a un effet secondaire que peu de collectionneurs anticipent : elle fait grossir l'objectif. Une série de mensuels qui court sur près de trois décennies compte plus de trois cents numéros, et vouloir la boucler d'un bloc est le meilleur moyen d'acheter mal. L'approche qui fonctionne consiste à découper par tranches cohérentes, par exemple une tranche par décennie, et à ne passer à la suivante qu'une fois la précédente propre et correctement fichée.

Sur les hors-séries, visez l'exhaustivité en dernier, jamais en premier. Leur numérotation calquée sur la revue mère rend les listes difficiles à tenir, et l'erreur classique est d'acheter deux fois le même fascicule parce que la fiche de suivi ne distinguait pas le mensuel du hors-série. Une colonne dédiée à la mention « bis » ou « hors série » résout le problème définitivement.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Ce que la bascule change pour la valeur d'un exemplaire

Il n'y a pas de prime automatique attachée à l'une ou l'autre enseigne. Ce qui pèse, dans l'ordre, c'est l'état du fascicule, la demande sur le contenu précis qu'il porte, et la rareté réelle de ce numéro sur le marché. Un numéro tardif en très bel état peut se négocier au-dessus d'un numéro ancien défraîchi, et l'inverse est également vrai : la variable dominante n'est pas la date, c'est la conservation.

Enfin, méfiez-vous du raisonnement par rapports approximatifs. Comparer un numéro à un autre du même titre n'a de sens que si les deux sont dans un état comparable et sur le même marché. Les hubs de personnages, par exemple celui de Daredevil, donnent une idée de la demande actuelle sur les séries concernées.

Tenir une collection pour que le doute ne revienne pas

Une fois le tri fait, l'enjeu devient de ne pas refaire le travail dans deux ans. Quatre champs suffisent pour cela : titre complet, numéro avec mention, date de couverture telle qu'imprimée, et éditeur. Si vous saisissez vos fascicules dans une collection numérique, remplissez ces quatre champs dès la première saisie plutôt que d'y revenir, parce que la vérification demande d'avoir le fascicule en main.

Ajoutez une note libre pour le sommaire. Le catalogue ne donne qu'un titre d'histoire par numéro, alors que ces revues en contenaient trois ou quatre : l'information structurée existe pour l'histoire principale, le reste est sur votre exemplaire et nulle part ailleurs. C'est précisément pour cela qu'il ne faut jamais affirmer, sur la seule base d'une liste, qu'un fascicule français contient telle première parution ou correspond à tel numéro américain. La vérification se fait page par page.

Questions fréquentes

Non. Le catalogue montre une numérotation continue : le dernier fascicule de l'ancienne enseigne porte le numéro 228, daté du 5 décembre 1988, et le suivant le numéro 229, daté du 5 janvier 1989. Il n'existe donc qu'un seul Strange numéro 1, paru le 5 janvier 1970. L'ambiguïté que vous rencontrez dans les annonces porte sur l'éditeur, pas sur le chiffre.

Parce que le hors-série reprenait le numéro de la revue mensuelle à laquelle il était rattaché. Le catalogue enregistre ainsi un fascicule « 229 hors série » daté du 5 janvier 1989, le même mois que le mensuel numéro 229. Les deux ouvrent sur des histoires différentes. Pour les distinguer, citez toujours le titre complet de la revue en plus du numéro.

Sur Hulk, où deux revues différentes portent un numéro 1, l'une datée de décembre 1976 et l'autre d'avril 1992. Sur Thor, où une revue démarrée en août 1977 chevauche une seconde dont les numéros recensés commencent au numéro 3. Et sur les récits complets, dont le découpage varie selon les sources. Sur ces titres, ajoutez systématiquement la date de couverture.

Par le bloc de mentions légales, en petits caractères sur une des premières pages ou en fin de fascicule : il nomme l'éditeur et donne le dépôt légal. La couverture ne le dit pas toujours clairement, la parenté graphique étant restée forte après la bascule. À défaut, la date de couverture au jour près oriente vers la période antérieure, sans jamais la prouver seule.

Non, il n'existe pas de prime liée à l'enseigne. La valeur se joue sur l'état du fascicule, la demande attachée au contenu précis et la rareté réelle du numéro. Un exemplaire tardif impeccable peut passer devant un exemplaire ancien abîmé. Jugez le dos, les coins, la pliure centrale et les agrafes avant de regarder la date.