Strange (Lug, 1970) : le guide de collection des 228 numéros, illustration article

Strange est la revue mensuelle lancée par les Editions Lug le 5 janvier 1970 et arrêtée au n°228, daté du 5 décembre 1988, soit dix-neuf années complètes sans interruption apparente dans les dates de couverture. Elle empilait plusieurs épisodes Marvel par fascicule, sous des couvertures françaises originales. Pour un collectionneur, la série se complète par blocs d'années, et la difficulté n'est pas de trouver les numéros, c'est de savoir ce qu'il y a dedans.

Vous avez probablement, quelque part, une pile de fascicules au dos collé, format à peine plus grand qu'un livre de poche, avec un logo rouge et une couverture peinte. Si le premier porte la date du 5 janvier 1970, vous tenez le départ de la revue qui a installé Marvel dans les kiosques français. Et vous tenez aussi un problème de collectionneur très particulier, parce qu'une revue n'est pas un comic book : un numéro de Strange n'est pas une histoire, c'est un sommaire.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Strange : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que publiait réellement la revue

Strange n'était pas la traduction d'un titre américain unique. C'était un recueil : chaque fascicule assemblait trois ou quatre épisodes venus de séries différentes, parfois accompagnés de pages rédactionnelles. Le catalogue que nous consultons pour établir cette fiche retient, pour le n°1 du 5 janvier 1970, une histoire intitulée « L'héritier de Frankenstein ! », écrite par Stan Lee et Larry Lieber, dessinée par John Buscema, avec Jack Kirby également crédité sur le numéro. Un seul titre pour un fascicule qui en contenait plusieurs : vous verrez plus bas que cette asymétrie commande toute la méthode.

Le mélange était volontairement large. Les titres relevés font apparaître des récits de super-héros (« Apporte-moi l'âme du Surfer ! » au n°4 du 5 avril 1970, « La nuit du Rôdeur ! » au n°75 du 5 mars 1976), mais aussi des pages qui n'ont rien de la bande dessinée : le n°125 du 5 mai 1980 est répertorié sous le titre « Jean-Claude Chemarin : une race de vainqueur ! », le n°151 du 5 juillet 1982 sous « Un satellite va traquer les extra-terrestres », le n°175 du 5 juillet 1984 sous « Des avions gigognes pour essais spatiaux ». Ce sont des rubriques d'actualité, de sport ou de vulgarisation, qui cohabitaient avec les épisodes traduits.

La revue se servait aussi d'elle-même comme support de promotion pour les autres titres de l'éditeur. Le n°2 du 5 février 1970 est enregistré sous l'intitulé « Le Surfer d'Argent dans Strange n°3 », le n°3 sous « Marvel numéro 1 », le n°6 du 5 juin 1970 sous « Marvel n°3 », le n°100 du 5 avril 1978 sous « Titans n°13 ». Ces lignes ne désignent pas des histoires : ce sont des annonces internes. Un collectionneur qui achète sur description doit savoir que ce genre d'intitulé circule dans les catalogues en ligne.

Dix-neuf ans de mensuel : ce que les dates révèlent

Les dates de couverture sont l'outil de datation le plus fiable dont vous disposez, et elles dessinent une régularité qu'on ne rencontre presque jamais sur une revue de kiosque française. Chaque année compte douze livraisons, de janvier à décembre, du lancement à l'arrêt. Le compte tombe juste, et c'est ce qui vous intéresse : aucun mois ne manque dans le relevé, aucune livraison double ne vient décaler la suite, donc un vide dans votre pile désigne un fascicule à chercher, jamais un numéro qui n'a pas existé.

Pour vous, la conséquence est pratique : le numéro et le mois sont interchangeables. Si vous savez qu'un fascicule est daté de mars 1977, vous pouvez calculer sa position dans la série sans l'avoir en main, et inversement. C'est un confort rare. La plupart des revues françaises de la même époque ont connu des retards, des numéros doubles ou des changements de rythme qui cassent ce calcul.

Une nuance mérite d'être signalée, parce qu'elle se voit dans les données et qu'un vendeur peut s'en servir pour semer le doute. À partir du milieu des années quatre-vingt, la mention du jour disparaît par endroits : les n°165 à 167 sont relevés en « Septembre 1983 », « Octobre 1983 », « Novembre 1983 », les n°193 à 197 en « janvier 1986 » à « mai 1986 », puis le n°205 en « janvier 1987 », le n°210 en « juin 1987 » et le n°225 en « septembre 1988 ». Un seul fascicule porte un autre jour que le 5, le n°188, relevé au 10 août 1985. Le rythme ne change pas, c'est la façon de l'imprimer qui bouge. Si une annonce vous indique un mois sans jour, ce n'est donc pas forcément une erreur de saisie.

Les signatures qui font la valeur documentaire de la série

Sur l'ensemble des deux cent vingt-huit numéros, les noms les plus fréquemment crédités au scénario sont ceux de Stan Lee (soixante-six numéros), Bill Mantlo (cinquante-six), Gerry Conway (cinquante-trois) et Roy Thomas (quarante-huit). Le déplacement est net : Lee domine les débuts, puis la revue puise dans les générations suivantes, jusqu'à Bob Layton et David Michelinie (trente-neuf numéros chacun), John Byrne (vingt-six), Tom DeFalco (vingt-deux), Roger Stern et Frank Miller sur les dernières années.

Mais la singularité française est du côté du dessin. Les deux artistes les plus cités ne sont pas américains : Jean Frisano apparaît sur cent soixante-sept numéros, du n°21 au n°212, et Jean-Yves Mitton sur cent cinquante, du n°1 au n°219. Ce sont eux qui habillaient la revue, Frisano pour les couvertures peintes qui faisaient toute l'identité visuelle du titre en kiosque. Thomas Frisano est crédité ponctuellement, sur six numéros répartis entre le n°122 et le n°164. Cette information a une valeur de collection directe : une couverture Frisano se reconnaît, et elle ne se trouve dans aucune édition américaine.

Les Américains de la première période restent évidemment présents : Jack Kirby sur vingt-trois numéros, Gene Colan sur vingt-neuf, Werner Roth sur vingt-cinq, Don Heck sur vingt-deux. Le dernier numéro, le n°228 du 5 décembre 1988, réunit Ann Nocenti, David Michelinie et Bob Layton au scénario, John Byrne, George Freeman et Cyndy Martin au dessin, sous le titre « Bénis soient les innocents... ».

Pourquoi aucun sommaire complet ne peut être reconstitué ici

C'est le point le plus important de cette fiche, et il mérite d'être dit sans détour. Le relevé dont nous disposons attribue un seul titre d'histoire à chaque numéro. Or la revue en publiait trois ou quatre. Il manque donc, pour chaque fascicule, les deux tiers ou les trois quarts de son contenu. Nous ne pouvons pas vous donner le sommaire du n°58, ni vous dire quels épisodes exacts composaient le n°142.

La raison est structurelle, pas accidentelle. Les catalogues de bandes dessinées ont été construits autour de la notion de série continue : un numéro, une histoire. Une revue de kiosque qui recompose chaque mois un assemblage différent, avec des épisodes coupés en deux, des rubriques intercalées et parfois une histoire reprise d'un autre support, ne rentre pas dans ce moule. Le résultat est qu'une partie de l'information existe sous forme dispersée, dans des fanzines, des listes d'amateurs et des relevés manuels, mais pas sous une forme vérifiable que nous pourrions citer ici.

Conséquence directe sur votre pratique d'achat : n'acceptez jamais l'affirmation « ce numéro contient la première parution française de tel personnage » sans vérification sur l'exemplaire lui-même. Ce type de phrase se vend bien, et il est presque toujours impossible à prouver à partir des données publiques. La seule preuve recevable est le sommaire imprimé dans le fascicule, photographié. Demandez-le.

Les numéros qui comptent, et la prudence qu'ils imposent

Trois catégories de numéros se détachent, et aucune ne dépend d'un sommaire complet pour être identifiée.

Les premiers numéros d'abord. Le n°1 du 5 janvier 1970 est le début d'une revue de kiosque, donc un objet qui n'a jamais été acheté pour être conservé. Les tirages étaient importants, mais le taux de survie en bon état est faible, et c'est cette rareté relative qui compte, pas la rareté absolue. Les douze premiers numéros, de janvier à décembre 1970, forment la première année complète et se recherchent souvent en bloc.

Les numéros ronds ensuite, parce que l'éditeur les traitait comme des événements. Le n°100 est daté du 5 avril 1978, le n°200 du 5 août 1986, ce dernier étant répertorié sous le titre « Les super héros Marvel Guerres Secrètes », avec John Byrne, Tom DeFalco et Mark Gruenwald au scénario. Enfin les numéros de fin de parcours, autour du n°228, qui sont souvent moins tirés et moins conservés que ceux du milieu de série.

Comment les numéros de Strange sont datés, numéro par numéro : date au jour, au mois, au trimestre, année seule, ou aucune date

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Reconnaître l'édition que vous avez en main

Commencez par le pied de couverture et la page des mentions légales. La date de parution, le numéro, le nom de l'éditeur et le dépôt légal y figurent, et c'est cette combinaison qui identifie l'édition, pas la couverture. Vérifiez que la date correspond à la position du numéro dans le calendrier reconstitué plus haut : un n°150 qui n'annonce pas juin 1982 doit vous faire tiquer.

Méfiez-vous ensuite des recueils. L'éditeur reliait des numéros invendus par lots sous une couverture cartonnée spécifique, et ces volumes contiennent de vrais fascicules, parfois amputés de leur couverture d'origine. Un recueil n'est pas l'équivalent des numéros qu'il contient pour un collectionneur qui cherche la série au numéro. Il a sa propre logique, et sa propre cote.

L'état d'un fascicule de kiosque, qui ne se juge pas comme un comic book

Le papier de ces revues est un papier de presse, acide, qui jaunit et devient cassant. Trois défauts dominent et sont presque systématiques : le brunissement des tranches, l'affaissement du dos collé, et les pliures de lecture au coin supérieur. Un exemplaire sans aucun de ces défauts sur un fascicule des années soixante-dix est l'exception, pas la norme.

Contrôlez l'agrafage ou le collage en ouvrant à plat au milieu du fascicule : si des pages se détachent, la perte de valeur est importante et elle n'est pas réparable. Vérifiez aussi la présence des pages de publicité et des rubriques. Elles ont souvent été arrachées, parfois par un lecteur qui voulait garder une affiche, et un fascicule incomplet se négocie comme un objet de lecture, pas comme une pièce de collection.

Les pièges à l'achat propres à cette série

Le premier piège est la confusion entre les supports de l'éditeur. Les mêmes personnages circulaient dans plusieurs revues de la maison, et les annonces internes relevées dans nos données (« Marvel n°1 » au n°3, « Titans n°13 » au n°100) montrent à quel point les titres se renvoyaient les uns aux autres. Une annonce de vente qui mentionne un personnage n'indique pas dans quelle revue il paraissait.

Le deuxième piège est le lot photographié de loin. Sur une série de deux cent vingt-huit numéros, un vendeur qui annonce « série complète » en montrant trois piles vues du dessus ne vous permet pas de vérifier les manques. Demandez la liste des numéros présents, et recoupez-la avec le calendrier : les trous se concentrent presque toujours sur la première et la dernière année.

Le troisième piège est la couverture détachée puis recollée. Comme les couvertures signées Jean Frisano sont l'attrait principal de la série, certains exemplaires ont été restaurés sans mention. Un dos trop net sur un fascicule par ailleurs très lu doit être examiné à la lumière rasante.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Compléter la série sans y passer vingt ans

La méthode qui fonctionne sur une revue mensuelle longue est le travail par années, pas par numéros isolés. Vous achetez des blocs de douze, vous cochez, et vous ne chassez à l'unité que les manques résiduels. Compte tenu de la régularité des dates, une année complète se vérifie en quelques secondes : janvier à décembre, douze fascicules, numéros consécutifs.

Hiérarchisez ensuite. Les années 1970 à 1972, soit les n°1 à 36, sont les plus difficiles et les plus coûteuses à réunir en bon état ; le milieu de série, grossièrement des n°60 aux n°180, circule beaucoup plus facilement. Commencer par le milieu vous donne une collection consultable rapidement, et vous laisse le temps de guetter les premières années au bon moment. Un collectionneur qui commence par le n°1 s'arrête souvent au n°15.

La cote aujourd'hui, et comment la suivre

Deux logiques coexistent sur cette série. Les numéros courants se négocient au lot, avec un prix à l'unité qui dépend surtout du volume et de l'état moyen. Les numéros recherchés, c'est-à-dire la première année et quelques jalons, se négocient à l'exemplaire, avec un écart considérable entre un fascicule lu et un fascicule conservé à plat. Le rapport entre les deux extrêmes se compte en multiples, pas en pourcentages.

Ce qui fait bouger ces repères n'est pas l'actualité des personnages, contrairement à ce qu'on observe sur les comics américains. C'est plutôt la mise en vente d'une grande collection, qui sature l'offre pendant quelques mois. Suivre la cote d'une revue française demande donc d'observer sur douze à vingt-quatre mois, pas sur une vente, en relevant les ventes conclues et jamais les annonces en cours.

Questions fréquentes

Deux cent vingt-huit. Le n°1 porte la date du 5 janvier 1970 et le n°228 celle du 5 décembre 1988, ce qui correspond à dix-neuf années de parution mensuelle sans trou dans la numérotation relevée. C'est ce total qu'il faut utiliser pour juger une annonce de série complète.

Parce que les catalogues de référence attribuent un seul titre d'histoire par numéro, alors que la revue en publiait trois ou quatre. Les deux tiers du contenu de chaque fascicule ne sont donc pas documentés sous une forme vérifiable. Le sommaire imprimé dans l'exemplaire reste la seule source fiable.

Jean Frisano est crédité sur cent soixante-sept numéros, du n°21 au n°212, et Jean-Yves Mitton sur cent cinquante, du n°1 au n°219. Thomas Frisano apparaît sur six numéros, entre le n°122 et le n°164. Ces couvertures françaises n'existent dans aucune édition américaine, et elles comptent beaucoup dans l'attrait de la série.

Oui. Les n°165 à 167, en 1983, les n°193 à 197, en 1986, les n°205 et n°210, en 1987, et le n°225, en septembre 1988, sont relevés avec un mois seul, sans le jour habituel. La périodicité mensuelle ne change pas pour autant. Une annonce qui indique un mois sans date précise n'est donc pas suspecte en soi.

Cela dépend de votre objectif. Un recueil contient de vrais fascicules, parfois sans leur couverture d'origine, et il forme un objet de collection distinct avec sa propre cote. Si vous visez la série au numéro, il ne remplace pas les fascicules manquants. Si vous voulez lire, il est souvent le chemin le plus économique.