Le relevé de parutions dont nous disposons contient 314 fascicules français datés d'avant 1970, répartis sur onze titres. Aucun d'eux ne porte le faisceau de créateurs qui signera plus tard la grande revue mensuelle lancée en janvier 1970. Les quelques noms isolés que l'on y trouve, un dessinateur en 1958, un autre en avril 1967, travaillaient alors pour plusieurs éditeurs à la fois. Le relevé laisse donc la question ouverte, et il faut le dire.
Vous avez peut-être, dans une pile de fascicules de petit format achetée en vrac, un titre qui ne ressemble à rien de ce que vous cherchiez. Un récit de guerre, une anthologie de science-fiction, un policier. Et dans les crédits, un nom que vous associez d'ordinaire aux super-héros américains. La tentation est immédiate : avoir mis la main sur une parution française antérieure à la revue de 1970. La réponse honnête demande d'abord de regarder ce qu'un relevé de parutions permet, et surtout ce qu'il ne permet pas.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient le relevé quand on remonte avant 1970
Le catalogue sur lequel nous travaillons décrit, pour chaque fascicule français, son numéro, sa date de couverture, un titre d'histoire et les créateurs crédités. Sur l'ensemble des séries relevées, douze ont démarré avant 1970, et elles totalisent 314 fascicules effectivement datés d'une année antérieure à cette charnière. C'est un gisement réel, mais étroit : il ne couvre pas tout ce qui est paru en France dans ces années, et son silence ne vaut pas preuve d'absence.
Ces 314 fascicules se répartissent sur onze intitulés seulement. On y trouve des anthologies de science-fiction, des recueils de guerre, des séries d'espionnage, un titre d'aventures italien. La diversité des genres est la première chose qui frappe : à cette époque, le petit format français n'était pas organisé par éditeur d'origine mais par créneau de lecture. C'est précisément ce qui rend la recherche difficile aujourd'hui, et nous y revenons plus loin.
Deuxième observation, plus gênante pour notre sujet : sur ces 314 fascicules, vingt-six seulement portent, dans leurs crédits, un nom que l'on associe habituellement au fonds américain qui nous intéresse. Et ces vingt-six cas ne sont pas ce qu'on espère y lire.
Des titres qui ne disaient rien de leur contenu
Les onze intitulés concernés s'appellent Big Boy, Atome Kid, Sidéral, Aventures Fiction, Big Boss, Ombrax, Étranges Aventures, OSS.117, Brûlant, Éclipso, et un recueil consacré aux grands héros costumés d'un éditeur concurrent. Aucun de ces noms ne vous dirige vers une source éditoriale. Un collectionneur qui cherche des traductions anciennes par le nom de la série n'a aucune chance de tomber dessus par hasard.
Le cas d'Ombrax est instructif à l'inverse. Lancée en 1966, cette série atteint 242 fascicules dans le relevé, c'est la plus longue de tout le lot, et ses crédits sont massivement italiens : des scénaristes et dessinateurs transalpins reviennent numéro après numéro. Un titre français très abondant peut donc n'avoir aucun rapport avec le fonds américain, et il faut le savoir avant de dépenser du temps à le dépouiller.
Même remarque pour Atome Kid, série de 1956 dont le relevé attribue l'essentiel du dessin à un seul auteur, et pour OSS.117, série d'espionnage dont les crédits renvoient à un romancier français et à des illustrateurs de couverture. Ces titres appartiennent au même rayon de kiosque, au même format, à la même clientèle, mais pas au même répertoire.
Un nom crédité n'est pas une signature d'éditeur
Le cas le plus troublant du relevé est celui de Big Boy. Ce titre, lancé en 1956, crédite un dessinateur très célèbre du fonds américain sur quatre de ses fascicules : en mars 1958, en avril 1958, en septembre 1958, puis en janvier 1960. Voilà, apparemment, une présence française bien antérieure à 1970.
Sauf que le reste des crédits de Big Boy désigne sans ambiguïté un autre répertoire : les mêmes scénaristes et les mêmes dessinateurs y reviennent de numéro en numéro, et ce sont des collaborateurs réguliers d'un éditeur concurrent. Or ce dessinateur travaillait, à la fin des années 1950, pour plusieurs maisons new-yorkaises. Son nom dans un sommaire de 1958 ne dit donc pas de quel fonds vient la planche. Les sources divergent sur l'attribution exacte de ces récits courts, et le relevé, qui ne retient qu'un titre par fascicule, ne tranche pas.
Le même raisonnement vaut pour un autre nom, présent dans le relevé dès avril 1957 et jusqu'en octobre 1969, dans quatre séries différentes. Ce dessinateur a effectivement rejoint plus tard le fonds qui nous occupe, et il y est devenu un habitué. Mais dans les années relevées ici, il illustrait les héros d'une autre écurie. Un collectionneur qui raisonne sur les noms sans regarder les dates se trompera à coup sûr.
Le fascicule d'avril 1967 qui résiste à la conclusion
Un cas mérite d'être isolé. Le premier numéro de Brûlant, daté d'avril 1967, crédite au dessin un artiste dont le nom est aujourd'hui attaché aux super-héros américains, aux côtés de deux figures majeures de la bande dessinée de guerre. C'est, dans tout le relevé, l'occurrence pré-1970 la plus tentante.
Elle ne prouve rien pour autant. La série entière est une anthologie de récits militaires, et ses crédits, sur l'ensemble des fascicules, pointent vers un studio de guerre très identifié. Le dessinateur en question a travaillé dans ce registre pour plusieurs éditeurs avant les années de notoriété qui lui sont associées. Dire « voici une traduction précoce » serait une invention ; dire « voici un nom qui apparaît en avril 1967 dans une anthologie de guerre » est exact, et c'est tout ce que l'on peut écrire.
Le moment où le faisceau de noms apparaît vraiment
Ce que le relevé montre nettement, en revanche, c'est une bascule. Elle n'a pas lieu avant 1970 mais à l'été 1971, et elle touche plusieurs séries en même temps. Dans Éclipso, le fascicule d'août 1971 crédite d'un coup un scénariste vedette, son coscénariste habituel, et trois dessinateurs du même atelier. Jusque-là, les quatorze premiers numéros de la série, depuis avril 1968, ne portaient que des noms d'une autre maison.
La même bascule se lit à quelques semaines près dans deux anthologies voisines : juillet 1971 pour l'une, juillet 1971 pour l'autre, avec dans les deux cas le même scénariste et le même coscénariste qui entrent dans les crédits. Trois séries lancées respectivement en 1966, 1966 et 1968 adoptent donc le même répertoire au même moment, soit environ dix-huit mois après le lancement de la revue mensuelle de janvier 1970.
Cette chronologie ne dit pas que rien n'a paru avant. Elle dit que le relevé ne le montre pas, et qu'il montre au contraire une arrivée tardive et groupée dans les petits formats concurrents. Pour un collectionneur, la conséquence est pratique : chercher ces fascicules dans les années 1971 à 1979 est beaucoup plus productif que de les chercher avant.
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Commencer mon essai →Des anthologies qui mélangeaient les sources dans un seul fascicule
Le relevé apporte ici une information qu'on ne trouve nulle part ailleurs sous forme lisible. Dans les anthologies de petit format, les crédits d'un même fascicule mêlent couramment plusieurs répertoires. Le numéro d'août 1971 d'Éclipso crédite côte à côte un scénariste du fonds américain qui nous intéresse et un scénariste attaché à son concurrent direct. Le fascicule de juillet 1971 d'Aventures Fiction fait exactement la même chose.
Ce n'est pas une anomalie de saisie : sur ces séries, le relevé crédite en moyenne cinq noms par fascicule, alors qu'il ne conserve qu'un seul titre d'histoire. Autrement dit, le fascicule contenait trois ou quatre récits, venus d'au moins deux sources, et le relevé ne nomme que l'un d'entre eux. Même la revue mensuelle de janvier 1970 n'échappe pas à ce mélange : son premier numéro, daté du 5 janvier 1970, crédite au dessin un illustrateur français aux côtés de deux dessinateurs américains.
Pour qui veut reconstituer un sommaire, c'est la difficulté centrale. Les crédits en disent plus que le titre retenu, mais ils ne disent pas quel nom va avec quel récit. Seul l'exemplaire en main permet de faire la correspondance, page par page.
Pourquoi une première parution française reste indémontrable ici
Il faut aller plus loin dans l'aveu. Non seulement le relevé ne retient qu'un titre par fascicule, mais ce titre n'est pas toujours celui d'un récit. Dans Éclipso, vingt-sept fascicules sur quatre-vingt-quatre portent comme intitulé une formule de page publicitaire ou de courrier des lecteurs. La proportion est comparable dans l'anthologie voisine lancée la même année que lui.
Quand le seul titre disponible pour un fascicule est une annonce d'abonnement, le contenu narratif de ce numéro est, dans le relevé, parfaitement invisible. Vous pouvez savoir qui est crédité, pas ce qui est raconté. Dans ces conditions, affirmer qu'un fascicule contient la première traduction française d'un personnage serait une pure construction. Les sources divergent d'ailleurs beaucoup sur ces antériorités, et la prudence vaut mieux qu'une affirmation que personne ne peut vérifier sans l'objet.
Cette limite est aussi une bonne nouvelle. Elle signifie qu'un collectionneur qui ouvre ses fascicules et note les sommaires produit une information que les relevés disponibles ne contiennent pas. C'est un travail qui a de la valeur, et il commence par l'inventaire de ce que vous avez déjà.
Deux fascicules peuvent porter le même numéro
Voici le piège le plus coûteux, et il est entièrement documenté par le relevé. Aventures Fiction existe en deux séries distinctes : la première court de 1958 à 1960, la seconde de 1966 à 1978. Les deux commencent au numéro 1. Un vendeur qui vous propose « Aventures Fiction n°21 » peut donc vous envoyer le fascicule de janvier 1960 ou celui de juillet 1971, et ce sont deux objets sans rapport. Celui de 1971 est justement l'un de ceux dont les crédits intéressent notre sujet.
Big Boss pose un problème symétrique. La série relevée pour 1960 ne commence pas au numéro 1 mais au numéro 46, ce qui indique une numérotation reprise d'un titre antérieur, tandis qu'une seconde série du même nom repart de 1 à partir de 1970. Un numéro 46 de Big Boss existe donc dans les deux séries, à vingt ans d'écart. Dans une annonce, le nom et le numéro ne suffisent jamais : exigez la date de couverture.
Ce que cela change pour une collection
Ces fascicules sont dispersés dans des titres qu'on ne pense pas à chercher, et c'est très exactement ce qui les rend difficiles à trouver. Personne ne tape le nom d'une anthologie de guerre de 1967 en espérant des super-héros. Les lots passent donc en vrac, décrits par genre, et c'est votre avantage si vous savez quelles séries valent un coup d'œil et sur quelles années.
Méthode utile : travaillez par créneau de dates plutôt que par personnage. Dans les anthologies de petit format d'un même éditeur, les crédits qui nous intéressent apparaissent à partir de l'été 1971 et se densifient ensuite ; avant cela, le relevé pointe vers un autre répertoire. Notez aussi que les dates de couverture changent de forme au fil du temps dans ces séries, d'un mois précis à une mention de trimestre, ce qui complique les tris automatiques et explique une partie des erreurs de classement chez les vendeurs.
Enfin, conservez l'information que vous produisez. Un carnet où vous notez, pour chaque fascicule ouvert, le numéro, la date lue sur la couverture et les récits réellement présents vaut mieux que n'importe quelle reconstitution faite de mémoire. C'est aussi ce qui vous protégera d'acheter deux fois le même objet sous deux numérotations différentes. Pour suivre ces personnages dans leurs titres français ultérieurs, les fiches Docteur Fatalis et Iron Man donnent des points de repère.
Questions fréquentes
Très probablement, mais le relevé dont nous disposons ne permet pas de l'établir. Sur ses 314 fascicules datés d'avant 1970, aucun ne porte le groupe de créateurs caractéristique de ce fonds. Les sources divergent sur les antériorités, et seule la consultation d'exemplaires permettrait de trancher. Nous préférons le dire plutôt que de donner une date fausse.
Parce que ces auteurs passaient d'un éditeur à l'autre, parfois la même année. Le relevé crédite ainsi un dessinateur très connu sur des fascicules de 1958 à 1960 dont tous les autres crédits renvoient à une maison concurrente. Le nom indique une main, pas un propriétaire de personnages. Il faut croiser avec la date et avec le reste du sommaire.
Les anthologies de petit format publiées en province, dont Éclipso, Étranges Aventures et Aventures Fiction dans sa seconde série, sont les plus prometteuses à partir de 1971. À l'inverse, Ombrax, Atome Kid et OSS.117 ont des crédits italiens, espagnols ou français, et vous feriez un détour inutile en les dépouillant pour ce sujet.
Demandez systématiquement la date de couverture en plus du numéro. Aventures Fiction compte deux séries qui commencent toutes deux au numéro 1, et Big Boss a connu une numérotation reprise puis une remise à zéro. Une photo nette du haut de couverture, avec le numéro et la date lisibles, règle la question avant le paiement.
Non, et c'est sa limite principale. Il conserve un seul titre d'histoire par numéro, alors que ces anthologies en contenaient trois ou quatre, et ce titre unique est parfois celui d'une page de publicité. Les crédits, eux, nomment en moyenne cinq auteurs par fascicule : la preuve que plusieurs récits coexistaient sans être nommés.