Sous Semic, Strange court du numéro 229, daté du 5 janvier 1989, au numéro 335 de mars 1998, soit 107 fascicules mensuels. La revue garde la numérotation en cours et publie trois séries par livraison, ce que trahissent les trois scénaristes et les trois dessinateurs crédités à chaque numéro. Deux repères matériels permettent de la distinguer de la période antérieure : la mention de jour dans la date de couverture jusqu'au 296, et un changement complet d'équipes à partir du 325.
Vous avez une pile de Strange sur une étagère, les dos sont alignés, et vous ne savez pas où s'arrête une collection et où commence l'autre. La question n'est pas théorique : sur une brocante, deux exemplaires au même format et à la même maquette peuvent appartenir à deux périodes éditoriales différentes, avec des cotes et des raretés qui n'ont rien à voir. Ce guide ne traite que de la tranche publiée par Semic S.A., du 229 au 335, et de ce qu'elle a de propre.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que la revue publiait, et comment le lire dans les crédits
Chaque fiche du catalogue porte, pour un même numéro, trois noms de scénariste et trois noms de dessinateur. Ce n'est pas une erreur de saisie : c'est la signature d'un fascicule qui empile plusieurs épisodes sous une seule couverture. Le 234, daté du 5 juin 1989, aligne ainsi Bill Mantlo, David Michelinie et Bob Layton à l'écriture, avec Todd McFarlane, Jim Lee et M. D. Bright au dessin. Trois plumes, trois crayons, un seul fascicule.
Le fil le plus continu est celui de David Michelinie, crédité sur 71 des 107 numéros, du tout premier jusqu'au 307 de juillet 1995. Pour un acheteur, ce chiffre dit une chose utile : le feuilleton principal de la revue ne change pas de main pendant près de sept ans. Vous pouvez acheter des numéros dispersés dans cette plage sans tomber sur une rupture de ton, ce qui n'est pas vrai de tout ce qui se vend par lots.
Les titres français donnent une idée de ce qui occupait les pages. « L'Araignée dans les étoiles ! » au 264, « Rassemblement Vengeurs !! » au 256, « Où est Iron-Man ? » au 267 : trois séries parallèles qui se relaient de numéro en numéro. Le catalogue ne retient qu'un titre par fascicule, nous y reviendrons, mais ces trois là suffisent à situer le contenu.
Le rythme réel, tel que les dates de couverture le racontent
Sur le papier, le mensuel est régulier : un numéro par mois de janvier 1989 à mars 1998. Dans les faits, les dates lues une à une révèlent trois accidents, et chacun a une conséquence pratique pour qui complète la série.
Le premier est discret. Les 279 et 280 portent tous deux la date du 5 mars 1993, et le suivant saute directement au 5 mai. Autrement dit, deux fascicules ont été datés du même mois, et aucun ne porte avril 1993. Si vous classez votre collection par date plutôt que par numéro, vous croirez à un manque là où il n'y en a pas. Classez par numéro, toujours : la numérotation, elle, ne saute pas une seule fois sur les 107.
Le second est le plus visible : entre le 324, daté de décembre 1996, et le 325, daté de mai 1997, quatre mois passent sans parution. Un trou de ce genre dans un mensuel de kiosque est rarement anodin, et il coïncide ici avec la rupture d'équipes décrite plus loin. Le troisième est purement typographique et tient à un seul numéro, le 232, qui porte « avril 1989 » quand ses voisins immédiats portent une date au jour près.
Les dessinateurs qui font la valeur de la tranche 1989 à 1994
C'est l'argument le plus solide de la période, et il se lit sans ambiguïté dans les crédits. Todd McFarlane apparaît sur 23 numéros, du 232 au 274, et Jim Lee sur dix, du 232 au 244. Erik Larsen couvre 18 numéros à partir du 252. Vous avez donc, dans des fascicules de kiosque vendus au numéro, du dessin signé par des noms qui pèseront lourd sur le marché américain quelques années plus tard.
Mark Bagley est en réalité le dessinateur le plus présent de toute la série, avec 38 numéros du 272 au 323. Sa longévité dans la revue a un effet concret sur le marché de l'occasion : ses numéros sont nombreux, donc rarement difficiles à trouver, alors que les dix numéros où Jim Lee est crédité forment une plage étroite que les acheteurs repèrent plus vite. Quand une tranche courte concentre une signature recherchée, c'est là que les prix demandés se décollent du reste.
Côté scénario, Bill Mantlo s'arrête au 247 de juillet 1990, Len Kaminski entre au 282 de juin 1993 et tient 35 numéros. Ces deux bornes dessinent trois tiers de contenu assez différents, utiles à connaître si vous cherchez à acheter une période plutôt qu'une liste de numéros.
Des noms français dans les crédits, et ce qu'ils signalent
Un détail saute aux yeux quand on parcourt la série entière : Ciro Tota est crédité sur 18 numéros, du 231 au 282, au milieu de dessinateurs américains. Plus loin, trois noms n'apparaissent qu'une seule fois chacun, Christian Goussale au 289 de janvier 1994, Eleonor Duport au 301 de janvier 1995, Gabriel Gecko au 309 de septembre 1995.
Ces apparitions isolées sont le signe que le fascicule ne se contentait pas de traduire : une partie des pages, couvertures comprises, était produite en France. Les sources divergent sur la nature exacte de chaque contribution, et le catalogue ne précise pas s'il s'agit d'une couverture, d'un récit complet ou d'une illustration. C'est une chose à regarder sur l'exemplaire lui même, et un bon argument quand vous décrivez un numéro à la vente.
Les onze derniers numéros ne ressemblent pas aux quatre-vingt-seize précédents
À partir du 325 de mai 1997, les crédits changent du tout au tout. Doug Moench, Grant Morrison puis Chris Claremont à l'écriture ; Howard Porter, Kelley Jones, Humberto Ramos, Oscar Jimenez, J. H. Williams III au dessin. Aucun de ces noms n'était présent dans la revue les huit années précédentes, et aucun des piliers précédents ne survit à la rupture.
Les titres d'histoires confirment le virage : « Course à la présidence » aux 325 et 326, « Le Flash des deux cités » au 328, « La théorie de la monosynapse » au 332. Ces équipes sont celles que les lecteurs associaient alors à d'autres univers éditoriaux que celui qui remplissait la revue jusque là. La série s'arrête onze numéros plus tard, au 335 de mars 1998.
Pour un collectionneur, cette queue de série est une catégorie à part. Elle est courte, elle est rarement présente dans les lots constitués par des lecteurs de la première heure, et son contenu n'intéresse pas le même public. Vérifiez toujours si un lot annoncé « complet » s'arrête au 324 : c'est la coupure la plus fréquente, et elle laisse onze manques.
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Trois vérifications suffisent, dans cet ordre. D'abord la numérotation : si le numéro est compris entre 229 et 335, vous êtes dans la tranche décrite ici, quelle que soit la maquette. Ensuite la date de couverture : du 229 au 296, elle porte une mention de jour, « 5 janvier 1989 », « 5 août 1991 », « 5 août 1994 ». À partir du 297 de septembre 1994 et jusqu'à la fin, la date se réduit au mois et à l'année.
Ce basculement de format, au milieu de la série, est le repère le plus rapide dont vous disposez sur un étal. Il partage la collection en deux blocs nets, 67 numéros d'un côté, 40 de l'autre, et il vous dit immédiatement dans quel tiers de la série vous êtes sans ouvrir le fascicule.
Enfin les crédits intérieurs. Un exemplaire qui annonce Mark Bagley ou Kevin Hopgood au sommaire est forcément postérieur au 272. Un exemplaire où figurent Bill Mantlo et Jim Lee est nécessairement antérieur au 247. Cette lecture croisée vous évite de payer pour une période que vous possédez déjà en double.
Ce que le sommaire ne vous dira pas, et pourquoi c'est important
Le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par numéro, alors que le fascicule en contenait plusieurs. Les trois noms de scénariste par fiche le prouvent : il manque, pour chaque numéro, deux ou trois entrées de sommaire. Nous ne pouvons donc pas vous dire ce que contient intégralement un exemplaire, et personne ne devrait le faire à partir de cette seule source.
La conséquence est sévère et vaut d'être dite franchement : il est impossible, avec ces données, d'affirmer qu'un numéro français donné contient la première parution française d'un personnage, ou qu'il correspond à tel fascicule américain. Un même récit pouvait être découpé, décalé, reporté. Toute affirmation de ce type, sur une annonce comme dans un forum, doit être vérifiée sur l'exemplaire, sommaire en main.
Un piège s'ajoute à cela : le titre « Premier contact » apparaît deux fois dans la série, au 280 de mars 1993 et au 288 de décembre 1993. N'identifiez jamais un numéro par son titre d'histoire seul. Et le 300, daté de décembre 1994, porte dans le catalogue des crédits irréguliers, avec une mention « divers » là où les autres fiches nomment trois dessinateurs. Ce numéro mérite un examen direct avant achat.
L'état, et ce qui dégrade précisément ces fascicules
Un mensuel vendu en kiosque pendant neuf ans vieillit de façon prévisible. Sur cette série, regardez d'abord le dos : les fascicules de la tranche basse, ceux des premières années, ont souvent été lus et relus, et le pli central finit par blanchir. Le papier, lui, jaunit par les tranches avant de jaunir dans la masse, ce qui vous permet d'estimer le stockage sans ouvrir.
Les agrafes sont le second point de contrôle. Une agrafe rouillée tache le papier en demi-lune autour d'elle, et cette tache ne part pas. Vérifiez enfin les angles supérieurs, les plus exposés quand une pile a été manipulée debout. Un exemplaire des dernières années, moins lu, est souvent en meilleur état que son équivalent de 1989, mais il a parfois été stocké plus longtemps sans protection.
Compléter les 107 numéros, et ce qui fait bouger la cote
La série se complète par blocs, pas numéro par numéro, et c'est la méthode la moins coûteuse. Les lots vendus par d'anciens lecteurs couvrent presque toujours une période de lecture continue, ce qui vous donne vingt ou trente numéros d'un coup. Dressez la liste de vos manques par tranche de dix, en la comparant à la numérotation complète du 229 au 335, et achetez là où le lot recouvre le plus de trous.
Trois facteurs font varier ce qu'on vous demandera. L'état d'abord, comme toujours, et il pèse plus lourd sur une revue de kiosque que sur un album. La signature ensuite : les numéros où figure une plage courte comme celle de Jim Lee se négocient autrement que les numéros abondants de la série moyenne. Les bornes enfin, premier et dernier numéro, qui se vendent toujours au-dessus de leurs voisins immédiats pour une raison qui n'a rien à voir avec leur contenu.
Pour suivre tout cela, tenez un inventaire au numéro et pas au titre, en notant la date de couverture telle qu'elle est imprimée. C'est ce qui vous permettra, dans deux ans, de savoir d'un coup d'œil si le lot qu'on vous propose comble des manques réels.
Questions fréquentes
Cent sept numéros, du 229 daté du 5 janvier 1989 au 335 de mars 1998. La numérotation est continue sur toute la tranche, sans aucun numéro manquant. Une collection annoncée complète doit donc présenter les 107 fascicules, bornes incluses, et non s'arrêter à la fin de l'année 1996.
Par la date de couverture. Du 229 au 296, elle comporte une mention de jour, du type « 5 mai 1990 ». À partir du 297 de septembre 1994 et jusqu'au dernier numéro, elle se limite au mois et à l'année. Un seul numéro échappe à la règle dans la première moitié, le 232.
Les 279 et 280 sont tous deux datés du 5 mars 1993, et le 281 saute au 5 mai : aucun fascicule ne porte avril 1993. Ce doublon ne traduit pas un manque dans votre collection. Classez vos exemplaires par numéro et non par date pour éviter cette fausse alerte.
Du 325 de mai 1997 au 335 de mars 1998, les crédits ne comportent plus aucun des auteurs présents les années précédentes : Doug Moench, Grant Morrison, Chris Claremont écrivent, Howard Porter et Kelley Jones dessinent. Ces onze numéros forment une queue de série distincte, souvent absente des lots anciens.
Non, et c'est une limite à connaître. Il retient un seul titre d'histoire par fascicule, alors que les trois scénaristes crédités attestent de plusieurs récits par livraison. Aucune correspondance avec un numéro américain, ni aucune première parution française, ne peut être déduite de cette source seule.