Compléter une collection de Strange : par où commencer, dans quel ordre, illustration article

Commencez par l'inventaire, jamais par l'achat : relevez ce que vous détenez, numéro par numéro, avant de chercher quoi que ce soit. Strange forme une suite continue de 335 fascicules mensuels, sans remise à zéro du compteur au changement d'éditeur. La méthode qui tient consiste à combler d'abord les trous isolés des tranches régulières, à y acheter par blocs de numéros consécutifs, et à réserver l'achat à l'unité aux premières années de parution comme à la toute fin.

Une pile de Strange chez un collectionneur français ressemble rarement à une collection : elle ressemble à un héritage. Des numéros arrivés par lots de brocante, quelques achats de jeunesse, parfois deux exemplaires du même fascicule parce que personne n'avait tenu de liste. La question n'est pas de savoir si la série est belle, c'est de savoir par quel bout la reprendre sans acheter au hasard pendant trois ans.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Repère de méthode : Compléter une collection de Strange, et ce que couvre l'article

Commencer par l'inventaire, et par rien d'autre

Le premier geste n'est pas un achat, c'est un relevé. Posez la pile, prenez chaque fascicule et notez son numéro de dos, sans rien d'autre : ni titre, ni date, ni état pour l'instant. Le numéro est le seul identifiant de cette série qui ne change jamais de forme, et c'est celui que vous retrouverez dans toutes les annonces.

Ce relevé a une vertu immédiate : il transforme une pile en intervalle. Tant que vous ignorez si vous possédez trente ou quatre-vingts numéros, vous ne pouvez pas décider d'un objectif, et vous achèterez ce qui passe au lieu de ce qui manque. Une heure de tri vous épargne des mois de doublons.

Triez ensuite par tranches de cent. La série se lit naturellement ainsi, puisqu'elle court d'un numéro un jusqu'au trois cent trente-cinquième sans interruption du compteur. Vous verrez immédiatement si votre pile est concentrée sur une période ou éparpillée sur toute la parution : les deux situations n'appellent pas du tout la même stratégie d'achat.

Mesurer la série avant de se fixer un objectif

La première partie de la parution, sous Éditions Lug, va du numéro inaugural daté du 5 janvier 1970 jusqu'au deux cent vingt-huitième, daté de décembre 1988. C'est un bloc énorme, et c'est lui qui décide de la faisabilité de votre projet : il représente à lui seul plus des deux tiers de la série.

Semic prend la suite au numéro deux cent vingt-neuf, en janvier 1989, et conduit la revue jusqu'à son dernier fascicule daté de mars 1998. Cette seconde partie compte 107 numéros, soit une cible beaucoup plus abordable pour quelqu'un qui veut un ensemble complet et cohérent sans y consacrer une décennie.

Retenez la conséquence pratique : « compléter Strange » n'est pas un objectif unique mais trois objectifs possibles. L'intégrale des deux périodes, la période Semic seule, ou une tranche de cent numéros choisie pour les créateurs qui y travaillent. Choisissez avant d'acheter, pas après.

Établir une liste de manques qui tienne

Le rythme de cette revue rend la liste de manques étonnamment simple à construire. De 1970 à 1996 inclus, la parution tient douze numéros par année civile, sans exception : un numéro par mois, toujours. Un numéro absent de votre pile correspond donc exactement à un mois absent.

Écrivez votre liste sous forme d'intervalles, pas de numéros isolés. « Il me manque 44 à 61 et 103 » se lit, se mémorise et se communique à un vendeur ; une colonne de quarante nombres ne se lit pas et vous fera rater le lot qui comblait justement un bloc entier. L'intervalle est l'unité de travail du collectionneur de revues.

Ajoutez une seule colonne à côté : la mention « vu » ou « pas vu », pour distinguer ce que vous cherchez activement de ce que vous n'avez encore jamais croisé en vente. Cette distinction vous dira, au bout de quelques mois, où sont vos vraies difficultés, et elle le dira mieux que n'importe quelle intuition.

Pourquoi la ligne du catalogue ne suffit pas à identifier un numéro

Le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que les crédits de dessin en alignent presque toujours trois pour un même numéro. L'explication est structurelle : la revue assemblait plusieurs épisodes sous une seule couverture, et la fiche n'en nomme qu'un. Le sommaire réel est toujours plus large que la ligne que vous lisez.

Ce titre unique n'est même pas toujours celui d'un épisode. Le numéro 105 porte pour titre la suite des résultats du concours lancé au centième numéro, et deux fascicules éloignés, le dix-huitième et le trente-troisième, portent tous deux la même mention de courrier des lecteurs. Un titre peut donc désigner une page de rédaction, et il peut se répéter.

La notation des dates varie aussi. Les premières années sont enregistrées avec le jour, sous la forme « 5 janvier 1970 », tandis qu'à partir du deux cent quatre-vingt-dix-septième numéro la fiche ne porte plus que le mois et l'année. Si vous cherchez par date dans une annonce, cet écart suffit à vous faire croire à un fascicule différent.

Conclusion opérationnelle : identifiez toujours par le numéro. Le titre sert à confirmer, jamais à décider. Et quand un vendeur décrit un contenu que votre liste n'attendait pas, ce n'est pas forcément une erreur de sa part : c'est le reste du sommaire, à vérifier sur l'exemplaire lui-même.

Les épisodes à suivre, et l'ordre qu'ils imposent

Plusieurs fascicules portent un titre explicitement numéroté en parties. On lit « La guerre des mers, 2ème partie » sur le numéro 268, puis « la 4ème partie » sur le deux cent soixante-dixième : les parties intermédiaires existent, sur les numéros qui les séparent, sans que la fiche les nomme.

Le même phénomène se retrouve plus tard, avec un chapitre deux d'« Operation AIM » au numéro 317 et son dénouement deux fascicules plus loin. La leçon d'achat est directe : dans ces passages, un numéro isolé vous laisse avec un récit amputé, et vous rachèterez de toute façon ses voisins.

Achetez donc par blocs contigus dès que vous savez qu'un épisode court sur plusieurs mois. C'est aussi vrai à la fin de la parution, où un diptyque occupe les numéros de mai et juin 1997. Trois numéros consécutifs achetés ensemble coûtent presque toujours moins d'efforts que trois numéros chassés séparément.

Les 5 questions fréquentes auxquelles répond l'article

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Dans quel ordre acheter

Commencez par la période la plus récente, celle que Semic a publiée. Elle est plus courte, plus proche dans le temps, et ses fascicules circulent par ensembles cohérents parce que beaucoup de lecteurs de cette génération ont gardé leur série en bloc. Vous obtenez vite un segment complet, et un segment complet motive.

Attaquez ensuite le gros du cœur de la période Lug, grossièrement la deuxième et la troisième centaine. Ces numéros ont été tirés pendant les années où la revue était installée, et le rythme mensuel y est resté absolument stable. C'est la partie où les lots sont les plus faciles à trouver et les plus homogènes en état.

Gardez pour la fin les deux extrémités : les toutes premières années, et la dernière poignée de fascicules. Ce sont elles qui coûteront le plus de patience, et il vaut mieux les aborder quand votre liste est précise et que vous savez exactement ce qui vous manque.

Lot ou numéro à l'unité : comment trancher

Le lot est le bon outil partout où la parution est régulière et abondante. Sur l'intervalle de dix-neuf années pleines à douze numéros par an que couvre la période Lug, un vendeur qui solde une cave propose presque toujours des suites consécutives : c'est là que le lot vous fait gagner du temps et de la cohérence d'état.

L'achat à l'unité devient le bon réflexe dès que vous visez un fascicule nommément. C'est le cas du numéro inaugural, daté de janvier 1970 et crédité au scénario à Stan Lee et Larry Lieber, et c'est le cas des derniers numéros, trop peu nombreux pour apparaître souvent dans un lot.

Une règle de décision simple : si le lot comble au moins trois cases de votre liste, prenez-le même avec des doublons ; s'il n'en comble qu'une, achetez à l'unité. Les doublons d'une tranche régulière se réécoulent, ceux d'une tranche rare vous immobilisent pour rien.

Ne pas acheter deux fois le même numéro

Le doublon ne vient presque jamais d'un oubli, il vient d'une liste qui n'est pas au bon endroit. Votre liste doit être consultable au moment de l'achat, donc dans votre poche, et mise à jour à la commande et non à la réception. Entre les deux, il se passe parfois plusieurs semaines pendant lesquelles vous continuez à chercher.

Le deuxième piège est la lecture d'un numéro à trois chiffres. Sur une série qui monte jusqu'au trois cent trente-cinquième fascicule, le treizième, le cent trentième et le cent trente et unième se confondent vite dans une annonce mal rédigée ou sur une photo de dos usé. Faites confirmer le numéro, pas la couverture.

Le troisième piège est le titre. Puisqu'une même mention de courrier des lecteurs sert de titre à deux fascicules très éloignés, un vendeur de bonne foi peut vous proposer « le numéro avec le courrier des fans » et vous envoyer celui que vous avez déjà. Ne validez jamais un achat sur un titre seul.

Enfin, notez l'état à côté de chaque case cochée. C'est le seul moyen de savoir si un exemplaire que vous recroisez est un doublon inutile ou un remplacement légitime pour un fascicule que vous détenez en mauvais état.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Où la série devient difficile

La difficulté se lit dans le rythme. Jusqu'en 1996, chaque année civile apporte ses douze fascicules sans manquer un mois, puis la régularité se rompt : le numéro de décembre 1996 est suivi d'un numéro daté de mai 1997, et les quatre mois intermédiaires ne portent aucun fascicule.

La suite est plus courte encore. L'année 1997 ne compte que huit numéros, et la parution s'achève après trois fascicules en 1998, le dernier daté de mars. Cette fin resserrée explique pourquoi les tout derniers numéros apparaissent rarement dans les lots : ils ont été tirés et conservés dans des conditions qui ne ressemblent plus à celles des années pleines.

À l'autre bout, la difficulté est d'âge et non de rareté éditoriale. Les fascicules du début des années soixante-dix ont presque trente ans de plus que la fin de la série, et ils ont été lus par des enfants : la question n'est pas de les trouver, c'est de les trouver dans un état que vous accepterez de garder.

Tenir la collection sur la durée

Une collection de revues se suit par segments, pas par total. Noter « 212 sur 335 » ne vous apprend rien d'exploitable ; noter « période Semic complète, deuxième centaine complète, premières années en cours » vous dit où mettre votre prochain achat. Le compteur global ne sert qu'à faire joli.

Suivez aussi les créateurs si vous voulez une grille de lecture plutôt qu'une course au numéro. Jean Frisano figure aux crédits de dessin de la grande majorité des fascicules Lug, et Jean-Yves Mitton d'une large part également ; côté Semic, Mark Bagley revient sur un tiers environ des numéros. Collectionner une signature est un objectif aussi légitime qu'une intégrale, et nettement plus atteignable.

Enfin, acceptez que votre liste reste ouverte un moment. Une série qui a paru mensuellement pendant près de trois décennies ne se complète pas en une saison, et les deux extrémités se gagnent par opportunités. Ce qui doit être complet dès le premier mois, en revanche, c'est l'inventaire : tout le reste en découle. Nos autres guides de collection détaillent les points d'édition et d'état que ce relevé ne couvre pas.

Questions fréquentes

La série compte 335 fascicules, numérotés d'une seule traite du premier au dernier. Le compteur n'a jamais été remis à zéro, y compris au changement d'éditeur : un numéro donné désigne donc toujours un seul fascicule, ce qui simplifie beaucoup la tenue d'une liste de manques et la rédaction d'une annonce de recherche.

Par la période la plus récente, publiée par Semic à partir de janvier 1989. Elle est sensiblement plus courte que la précédente, ses fascicules sont plus proches dans le temps et circulent souvent par suites cohérentes. Vous atteignez un segment complet en quelques mois, ce qui donne une base solide avant d'attaquer le gros de la parution.

En vous fiant au numéro de dos et à lui seul. Le titre d'histoire ne suffit pas : la fiche n'en retient qu'un par fascicule alors que plusieurs épisodes y cohabitent, et certains titres se répètent d'un numéro à l'autre. Demandez au vendeur le numéro, confirmez-le sur votre liste, puis seulement discutez du contenu.

Sur les tranches où la revue paraissait douze fois par an sans interruption, oui : les suites consécutives y sont fréquentes et l'état y est homogène. Sur les tout derniers fascicules, beaucoup moins : la parution s'y est resserrée, et un lot qui les contient est rare. Là, l'achat à l'unité reste la voie la plus sûre.

Les deux extrémités, pour des raisons opposées. La fin est courte : après un arrêt de plusieurs mois fin 1996, il ne reste qu'une poignée de fascicules jusqu'à mars 1998. Le début, lui, se trouve sans trop de peine mais rarement dans un état satisfaisant, parce que ces exemplaires ont été lus et manipulés très longtemps.