Shang-Chi apparaît pour la première fois dans Special Marvel Edition #15, daté de décembre 1973 et mis en vente le 4 septembre 1973, créé par Steve Englehart et Jim Starlin. Le titre change de nom au #17 (avril 1974) pour devenir Master of Kung Fu, qui court jusqu'au #125 (juin 1983). Pour commencer la lecture aujourd'hui, deux portes existent : les recueils de la série d'origine, dominée par le cycle de Doug Moench et Paul Gulacy, ou les séries modernes de Gene Luen Yang, lancées en novembre 2020 (cinq numéros, dessin de Philip Tan), poursuivies en juillet 2021 (dessin de Dike Ruan) puis dans Shang-Chi and the Ten Rings en septembre 2022. Le nouveau venu commencera par Yang ; le collectionneur visera Special Marvel Edition #15.
Shang-Chi est un cas à part dans le catalogue Marvel. Pendant des décennies, ses meilleures histoires ont été à la fois célèbres et introuvables : citées par les connaisseurs comme l'une des grandes séries des années 1970, mais absentes des rééditions pour une raison qui n'avait rien à voir avec leur qualité. Cette situation a façonné la façon dont on collectionne le personnage, et elle explique pourquoi la question « par où commencer » n'a pas la même réponse selon qu'on lit ou qu'on achète.
Cet article est une fiche de collection et de lecture. Il ne compare pas le personnage au film de 2021, ce que fait notre article Shang-Chi, le film face aux comics. Il répond à deux questions concrètes : quel numéro porte la première apparition, et quelle lecture choisir quand on n'a jamais ouvert un comic du personnage, à l'approche de son retour à l'écran dans Avengers: Doomsday, attendu le 18 décembre 2026, où Simu Liu reprend le rôle.
Special Marvel Edition #15 : le numéro de la première apparition
Special Marvel Edition est, au départ, un titre de rééditions. Marvel y republiait d'anciennes histoires, notamment de Thor. Au #15, la maison décide d'y lancer un personnage neuf plutôt que d'ouvrir une nouvelle série, une pratique courante à l'époque : on testait un concept sous un titre existant, ce qui évitait de payer le risque d'un numéro 1. Le numéro porte la date de couverture de décembre 1973 et sort le 4 septembre 1973. Le récit s'intitule « Shang-Chi, Master of Kung Fu! ». Steve Englehart l'écrit, Jim Starlin le dessine, Al Milgrom l'encre.
Le contexte est connu : la vague des arts martiaux traverse la culture populaire américaine au début des années 1970, au cinéma et à la télévision. Marvel cherche à l'exploiter et choisit une solution juridiquement astucieuse : faire de son héros le fils de Fu Manchu, personnage de romans dont l'éditeur avait obtenu les droits. Shang-Chi est élevé dans l'isolement pour devenir l'assassin de son père, découvre la vérité sur lui lors de sa première mission, et se retourne contre lui.
La suite est logique : Special Marvel Edition #16 poursuit l'aventure, puis le titre change de nom au #17, daté d'avril 1974 et sorti le 15 janvier 1974. Il devient Master of Kung Fu, en gardant la numérotation. C'est un piège classique pour les débutants : il n'existe pas de « Master of Kung Fu #1 » de 1974. La série d'origine commence à 17.
Special Marvel Edition #15
Première apparition de Shang-Chi, et première apparition chez Marvel de son père dans le rôle d'antagoniste. Le numéro est la pièce centrale de toute collection consacrée au personnage.
Master of Kung Fu #17
« Lair of the Lost! ». Premier numéro publié sous le titre Master of Kung Fu. Il ne porte aucune première apparition majeure, mais il marque la naissance éditoriale de la série et intéresse ceux qui collectionnent les débuts de titres.
Pourquoi la série d'origine a disparu pendant des années
Le choix de Fu Manchu, qui avait été la force du lancement, est devenu un problème. Le personnage n'appartenait pas à Marvel : il venait des romans de Sax Rohmer, et l'éditeur exploitait une licence. Quand celle-ci a cessé d'être exploitée, Marvel ne pouvait plus réimprimer les épisodes où le père de Shang-Chi apparaît sous ce nom. Or il y apparaît dans une grande partie de la série.
Le résultat est singulier. Pendant longtemps, Master of Kung Fu a été l'un des rares grands titres Marvel des années 1970 qu'on ne pouvait lire qu'en fascicules d'époque. C'est ce qui a entretenu la réputation des épisodes de Doug Moench et Paul Gulacy : une série admirée, que peu de lecteurs pouvaient vérifier. La situation s'est débloquée avec la publication de gros recueils au milieu des années 2010, et les lecteurs récents ont enfin pu accéder aux histoires. Dans les séries modernes, le père a été rebaptisé, ce qui permet de l'utiliser sans dépendre de droits extérieurs.
Pour un collectionneur, cette histoire a laissé une trace : les fascicules de Master of Kung Fu ont longtemps été lus et relus, faute d'alternative, ce qui pèse sur l'état des exemplaires disponibles. Un numéro de la période Moench et Gulacy en très bel état n'est pas un objet banal.
Les grandes périodes de Master of Kung Fu
La série court du #17 au #125, ce dernier daté de juin 1983 et écrit par Alan Zelenetz. Entre les deux, plusieurs équipes se succèdent, mais un nom domine : Doug Moench, qui écrit l'essentiel de la série pendant près d'une décennie.
Englehart et Starlin, le lancement. Les premiers numéros posent le personnage, son conflit avec son père et son éthique. Ils sont importants historiquement, moins pour leur style que pour leur rôle fondateur.
Moench et Gulacy, l'âge d'or de la série. C'est la période que les connaisseurs citent. Moench oriente le titre vers le récit d'espionnage, avec un ton proche des films d'agents secrets de l'époque, et Paul Gulacy apporte un découpage inspiré du cinéma, très en avance sur ce que faisait la concurrence. Shang-Chi devient un agent travaillant avec les services britanniques, entouré de personnages récurrents.
Moench et Gene Day, la maturité. Plus tard, Gene Day dessine la série avec une densité graphique remarquable. Cette période, moins célèbre que celle de Gulacy, a ses défenseurs qui la placent plus haut encore.
Le personnage apparaît aussi, pendant la même décennie, dans un magazine en noir et blanc consacré aux arts martiaux, publié par Marvel en format revue. C'est un pan à part de sa bibliographie, qui intéresse surtout les complétistes.
Par où commencer : trois profils, trois portes
Vous découvrez le personnage
Commencez par la mini-série Shang-Chi de Gene Luen Yang, sortie à partir de septembre 2020 (couverture de novembre 2020), en cinq numéros dessinés par Philip Tan. Elle présente la famille du héros, ses frères et sœurs, et la société secrète que dirigeait son père. Elle se lit sans aucun prérequis.
Vous avez aimé et voulez continuer
Enchaînez avec la série régulière de 2021, toujours écrite par Yang et dessinée par Dike Ruan, dont le #1 sort en mai 2021 (couverture de juillet). Shang-Chi y prend la tête de l'organisation familiale et se confronte au reste de l'univers Marvel. Puis Shang-Chi and the Ten Rings, lancé en juillet 2022 avec Marcus To au dessin.
Vous voulez les classiques
Passez aux recueils de Master of Kung Fu, en visant directement la période Moench et Gulacy. Le ton est différent, plus sombre et plus proche du roman d'espionnage, mais c'est là que se trouve la réputation du personnage.
Ce découpage a un avantage : il respecte l'ordre de difficulté. Les séries de Yang sont écrites pour un lecteur d'aujourd'hui, avec un rythme rapide et des relations familiales au premier plan. Master of Kung Fu demande un peu plus d'adaptation : narration dense, récitatifs abondants, codes des années 1970. Commencer par la série d'origine n'est pas une erreur, mais c'est une porte plus étroite.
Les séries modernes en fiche
Shang-Chi #1 (2020)
« Brothers & Sisters ». Premier numéro d'une mini-série en cinq parties qui redéfinit l'entourage familial du héros. C'est le point de départ moderne du personnage, celui que les adaptations récentes ont le plus utilisé.
Shang-Chi #1 (2021)
« Shang-Chi vs. the Marvel Universe ». La série régulière, qui installe le héros comme chef d'une organisation et le confronte aux grands noms du catalogue. Lecture idéale juste après la mini-série de 2020.
Shang-Chi and the Ten Rings #1
« Absolute Power ». Shang-Chi hérite des dix anneaux, l'arme que le film avait rendue centrale. La série rapproche les comics de l'imagerie de l'écran.
Ce qui compte pour un collectionneur
La hiérarchie de collection est simple. Au sommet, Special Marvel Edition #15, seule première apparition. En dessous, Master of Kung Fu #17, premier numéro sous le titre. Puis les numéros de la période Moench et Gulacy, recherchés pour leur qualité plutôt que pour un statut de « clé ». Enfin les numéros 1 modernes, imprimés en grand nombre et accompagnés de nombreuses couvertures variantes, qui sont d'abord des lectures.
Nous ne donnons ici aucune cote. Les prix de ce numéro dépendent fortement de l'état et de l'actualité du personnage, et aucune source consultée ne publie de mouvement récent vérifiable. Une remarque de méthode suffit : l'attention portée à Shang-Chi a connu un pic en 2021, autour du film, et l'annonce de sa présence dans Avengers: Doomsday peut en provoquer un autre. Les périodes calmes entre deux annonces sont le moment de choisir un exemplaire, pas celui de le payer au plus haut.
Pour les exemplaires d'époque, deux points méritent attention. Le premier est l'état des fascicules de la série d'origine, longtemps lus faute de rééditions. Le second est la distinction entre date de couverture et date de vente : beaucoup d'annonces affichent l'une ou l'autre, et un débutant peut croire à deux numéros différents. Notre article sur les comics à lire avant Avengers: Doomsday situe Shang-Chi parmi les autres personnages annoncés, et le hub Avengers rassemble les fiches de l'équipe.
Shang-Chi dans le reste de l'univers Marvel
Longtemps cantonné à sa série, Shang-Chi a ensuite rejoint des équipes, ce qui a élargi son lectorat. Il intègre notamment les Avengers lors du cycle de Jonathan Hickman au début des années 2010, une période où l'équipe compte un effectif très large. Ces apparitions ne changent pas la hiérarchie de collection, mais elles expliquent que beaucoup de lecteurs l'aient découvert en dehors de ses propres titres.
Pour qui suit le personnage numéro par numéro, ces passages en équipe posent un problème pratique : ils sont dispersés dans des séries qui ne lui sont pas consacrées. C'est le genre de dispersion qu'un outil de suivi rend gérable, en notant dans quelle série et à quel numéro chaque apparition se trouve plutôt qu'en se fiant à sa mémoire.