La première apparition de Man-Thing est Savage Tales #1, un magazine en noir et blanc de Marvel daté de mai 1971 en couverture et mis en vente en janvier 1971. Le récit, simplement intitulé « Man-Thing! », est écrit par Roy Thomas et Gerry Conway et dessiné par Gray Morrow. Il raconte comment le biochimiste Ted Sallis, qui tente de recréer le sérum du super-soldat dans les marais de Floride, se transforme en créature après une trahison. Le personnage partage le sommaire avec Conan (Thomas et Barry Smith), Ka-Zar (Stan Lee et John Buscema) et deux autres récits. Publié au format magazine, le numéro échappe au Comics Code, ce qui explique son ton. Il n'a pas eu de suite immédiate : le magazine ne reparaît pas avant 1973, et Man-Thing poursuit sa carrière ailleurs dès 1972.
Man-Thing occupe une place singulière dans l'histoire de Marvel. C'est une créature sans parole, sans plan, sans ennemi juré, qui n'agit que par réaction à la peur des autres. Il a pourtant traversé plus de cinquante ans de publications, servi de fil conducteur à des récits parmi les plus étranges de l'éditeur, et fait une apparition remarquée à l'écran en 2022 dans l'épisode spécial Werewolf by Night.
Sa première apparition est un objet à part : non pas un comic book au format habituel, mais un magazine plus grand, en noir et blanc, publié par Marvel au moment précis où l'éditeur cherchait à sortir des limites imposées par la censure de l'époque. Cet article présente le numéro, son contexte, sa place dans le retour de l'horreur chez Marvel, et les points à vérifier avant d'en acquérir un exemplaire.
Le numéro en bref
Savage Tales #1
Cinq récits au sommaire, dont celui de Man-Thing, écrit par Roy Thomas et Gerry Conway et dessiné et encré par Gray Morrow. Le rédacteur en chef de Marvel est alors Stan Lee. La couverture, de John Buscema, met en avant Conan, vedette du numéro.
Ce que contient le numéro
Savage Tales #1 est une anthologie. Son sommaire, tel que le recense la base encyclopédique de l'éditeur, comprend :
- « The Frost Giant's Daughter », une adaptation de Robert E. Howard avec Conan, par Roy Thomas et Barry Smith (aujourd'hui Barry Windsor-Smith).
- « The Fury of the Femizons », un récit d'anticipation de Stan Lee et John Romita.
- « Man-Thing! », par Roy Thomas, Gerry Conway et Gray Morrow.
- « Black Brother! », de Denny O'Neil et Gene Colan, avec un encrage de Tom Palmer.
- « The Night of the Looter! », avec Ka-Zar, par Stan Lee et John Buscema.
Ce sommaire dit beaucoup de l'ambition du projet. Marvel y réunit plusieurs de ses meilleurs dessinateurs, dans un format qui permet une violence et une sensualité impossibles dans les séries vendues sous le label de la censure. C'est une vitrine, et Man-Thing n'y est qu'un des numéros du programme.
L'origine de la créature
Ted Sallis est un biochimiste qui travaille dans un laboratoire caché au cœur des marais de Floride. Son projet : reconstituer le sérum qui a créé Captain America, dans le cadre d'un programme gouvernemental. Il est trahi par Ellen Brandt, une femme qui le livre à des agents ennemis. Pour éviter que la formule ne tombe entre leurs mains, Sallis s'injecte le seul échantillon et s'enfuit en voiture. Il s'écrase dans le marais. La combinaison du sérum et des eaux du marais le transforme en une masse végétale, consciente de manière rudimentaire, qui garde la mémoire diffuse de la trahison.
Le récit de Morrow est sombre, presque sans dialogue dans sa dernière partie. Il installe déjà ce qui fera l'identité du personnage : une créature qui n'a plus de personnalité, mais qui ressent les émotions de ceux qui l'approchent. La règle qui le définira plus tard, selon laquelle quiconque connaît la peur brûle au contact de Man-Thing, sera formulée et exploitée surtout par les auteurs suivants.
Le contexte : 1971, l'horreur revient
Pour comprendre pourquoi ce récit paraît dans un magazine plutôt que dans un comic book, il faut revenir au Comics Code de 1954. Ce code d'autocensure, adopté par les éditeurs après une campagne contre les comics, interdisait pratiquement les monstres classiques, les morts-vivants et l'horreur graphique dans les publications qui portaient son label. Les magazines en noir et blanc, vendus dans un autre circuit et à un public présumé plus âgé, n'étaient pas soumis à ce label. Un éditeur concurrent l'avait démontré depuis le milieu des années 1960 avec des anthologies d'horreur à succès.
Savage Tales est la tentative de Marvel d'occuper ce terrain. Le moment n'est pas anodin : en 1971, le Code lui-même est révisé, et autorise de nouveau sous conditions les vampires, les loups-garous et les créatures de la tradition gothique. Dans les mois qui suivent, Marvel lance une vague de séries d'horreur : Werewolf by Night, Tomb of Dracula, puis d'autres. Nos articles sur l'histoire de Werewolf by Night et sur Tomb of Dracula racontent cette vague, et notre guide des comics d'horreur à collectionner la replace dans l'ensemble du genre.
Man-Thing est donc l'un des tout premiers monstres de cette renaissance, et il est né juste avant que la porte ne s'ouvre complètement.
Man-Thing et Swamp Thing : la question qui revient
Quelques mois après Savage Tales #1, DC publie dans House of Secrets #92, daté de juillet 1971, le récit d'un homme transformé en créature des marais, signé Len Wein et Bernie Wrightson. Il deviendra Swamp Thing, avec une série propre dès 1972, présentée sur notre fiche de Swamp Thing #1.
La proximité des deux personnages a beaucoup fait parler. Ils partagent un décor, une idée de départ, et une époque. Mais la chronologie, la différence de format et le fait que l'idée de la créature des marais circulait déjà dans les comics depuis les années 1940 invitent à la prudence : rien ne permet de parler d'emprunt démontré. Pour un collectionneur, la conclusion pratique est que les deux premières apparitions sont deux pièces distinctes, de deux éditeurs, qui se complètent bien dans une collection consacrée à l'horreur des années 1970.
Après Savage Tales : la vraie carrière du personnage
Le magazine ne connaît pas de deuxième numéro avant 1973. Man-Thing aurait pu disparaître avec lui. Il est au contraire repris rapidement dans les comic books de l'éditeur.
1972 : Astonishing Tales
Man-Thing apparaît aux côtés de Ka-Zar, ce qui le fait entrer dans l'univers Marvel au format comic book.
1972-1973 : Adventure into Fear
Le personnage devient la vedette de la série Fear, et Steve Gerber en prend le scénario. C'est lui qui en fait un témoin muet des drames humains qui échouent dans son marais, et qui y fait naître Howard the Duck.
1974 : Man-Thing #1
Le personnage obtient sa propre série, que Gerber poursuit, complétée ensuite par des numéros géants.
La période Gerber est celle qui a donné au personnage sa réputation. Les lecteurs qui découvrent Man-Thing aujourd'hui ont tout intérêt à commencer par elle plutôt que par Savage Tales #1, dont l'intérêt est d'abord historique.
Les points à vérifier avant d'acquérir un exemplaire
Un magazine ne s'évalue pas tout à fait comme un comic book. Son format plus grand, sa couverture souvent plus souple et sa diffusion en kiosque généraliste exposent à des défauts particuliers.
Le dos et les coins
Les grands formats s'abîment aux coins et le long du dos. Les plis verticaux et les coins écornés sont les défauts les plus fréquents.
La couverture sombre
Les zones foncées de la couverture de Buscema laissent voir chaque marque d'usure. Examinez-la sous une lumière rasante.
L'intégrité du numéro
Vérifiez que toutes les pages sont présentes et qu'aucun coupon ou page publicitaire n'a été découpé.
Le stockage
Un magazine demande des pochettes et des cartons adaptés à son format. Le ranger dans une pochette de comic book le plie ou l'abîme.
Il existe par ailleurs des rééditions du récit de Man-Thing dans des recueils et des anthologies ultérieures. Elles reprennent l'histoire, pas l'objet. Seul le magazine de 1971 constitue la première apparition.
Pourquoi le personnage reste d'actualité
L'apparition de Man-Thing dans l'épisode spécial Werewolf by Night de 2022 lui a donné une visibilité nouvelle auprès d'un public qui ne lisait pas de comics. Et le retour de l'horreur au premier plan chez Marvel, avec le lancement en octobre 2026 d'une ligne entière consacrée au genre, présentée dans notre guide de Marvel Midnight, rappelle que l'éditeur sait d'où vient cette tradition. Savage Tales #1 en est l'un des points de départ, à la frontière exacte entre l'époque de la censure et celle de la liberté retrouvée.
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