Sagédition a porté Superman et Batman en français pendant près de deux décennies. Le catalogue retient quatre titres sous ce nom, du mensuel lancé en janvier 1969 aux derniers fascicules datés de mars 1987, soit environ deux cent cinquante parutions. Pour un collectionneur, l'essentiel n'est pas le total : c'est que ces fascicules étaient des assemblages, et que leur numérotation comporte des accidents qu'il faut connaître avant d'acheter.
Vous héritez d'un carton de revues à couverture souple où Superman voisine avec Batman, Robin, Supergirl et Jimmy Olsen, sans qu'aucune mention ne vous dise de quels fascicules américains tout cela provient. Vous cherchez quels numéros manquent, et vous butez sur une suite qui ne se compte pas droit. C'est la situation ordinaire quand on ouvre une pile Sagédition : la maison a publié beaucoup, longtemps, et le catalogue garde la trace de ses irrégularités plutôt que celle de ses intentions.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Quatre titres, dix-huit années, une seule maison
Sur la prudence d'abord : nous disposons d'un catalogue de parutions, pas d'archives d'entreprise. Date de création de la maison, structure du capital, conditions d'obtention puis de perte de la licence sur ces personnages : les sources divergent, et ce guide ne tranchera rien de tout cela. Ce qui est mesurable, ce sont les fascicules eux-mêmes, leur enchaînement et leurs dates de couverture.
Sous ce nom d'éditeur, le catalogue retient quatre séries consacrées aux héros de l'écurie Superman et Batman. La première est datée de janvier 1969, la dernière parution recensée de mars 1987 : dix-huit années de présence continue en kiosque, ce qui en fait un fournisseur de fond pour toute une génération de lecteurs français, bien avant que Urban Comics ne reprenne ce patrimoine en librairie. Pour vous, cette longévité a une conséquence pratique immédiate : les mêmes personnages circulent d'un titre à l'autre, et un fascicule isolé ne se rattache pas à sa série par sa couverture seule.
Cette présence se découpe nettement en deux temps. Un mensuel porte la maison de 1969 au milieu des années soixante-dix ; viennent ensuite, à partir de 1976, trois titres qui prennent le relais jusqu'au milieu des années quatre-vingt et qui font chacun l'objet d'un guide distinct. Le présent article porte donc sur la maison, sa manière de fabriquer un fascicule, et sur le mensuel inaugural, qui reste le plus mal documenté des quatre.
Le mensuel de 1969, colonne vertébrale du catalogue
Le titre lancé en janvier 1969 réunit Superman, Batman et Robin dans un même sommaire, et le catalogue en recense soixante-quatorze fascicules. Sa régularité est frappante sur la première moitié du parcours : douze dates de couverture par an de 1969 à 1972, sans un mois manquant. C'est une mécanique de kiosque, et cela vous dit qu'un trou dans votre suite sur cette période est un manque réel, pas une irrégularité d'éditeur.
La fin de parcours raconte autre chose. L'année 1974 ne porte que dix dates de couverture, et la parution s'arrête en mars 1975. Un titre qui s'étiole laisse derrière lui des fascicules moins diffusés, donc moins présents aujourd'hui dans les lots qui circulent : c'est la raison pour laquelle les derniers numéros de cette série se font attendre plus longtemps que les premiers, à état comparable.
Les intitulés français signalent au passage que le sommaire n'était pas limité au trio du titre. On y lit la Zone Fantôme, Kandor, la Légion des Super-Méchants, les mésaventures de Jimmy Olsen, une épreuve de Supergirl, Lois Lane. Le fascicule fonctionnait comme une anthologie de famille, et l'acheteur d'un numéro précis achetait un panier dont il ne connaissait pas le détail avant de l'ouvrir.
Ce que les titres de couverture taisent
Nous avons compté les intitulés qui nomment un personnage : cinquante-deux fascicules sur soixante-quatorze n'en nomment aucun. « Le félon », « La révolte », « Le costume infernal », « Combat singulier » : ces titres sont des accroches de kiosque, pas des descripteurs de contenu. Conséquence directe pour vous : une annonce qui ne cite qu'un titre d'histoire ne vous permet pas d'identifier ce que contient le fascicule, et encore moins de savoir s'il recoupe un numéro que vous possédez déjà.
Quand un nom apparaît, il est souvent celui qu'on n'attend pas. Le numéro 45, daté de septembre 1972, s'intitule « Robin garçon d'étage » ; le 46, du mois suivant, « Le jour où Superbébé dédruisit le monde ! », coquille comprise telle qu'elle figure au catalogue. Ces graphies fautives sont un indice utile : elles montrent que la source a été transcrite depuis les fascicules et non reconstruite après coup, et elles vous donnent des chaînes de recherche exactes quand vous ratissez des annonces.
Trois équipes dans un fascicule : comment lire les crédits
Le point le plus instructif du catalogue est la forme des crédits. Pour cinquante-sept fascicules sur soixante-quatorze, trois scénaristes sont crédités côte à côte, et autant de dessinateurs. Le numéro inaugural de janvier 1969 porte ainsi Frank Robbins, Cary Bates et Otto Binder au scénario, Irv Novick, Bob Brown et Ross Andru au dessin. Un seul titre d'histoire apparaît, mais trois mains ont travaillé : la revue montait plusieurs épisodes sous une couverture unique.
Cette structure commande toute votre méthode de vérification. Le catalogue ne conserve qu'un titre par fascicule, c'est-à-dire la pièce d'appel ; le reste du sommaire n'y figure pas. Vous ne pouvez donc affirmer ni qu'un fascicule français correspond à tel numéro américain, ni qu'il abrite la première parution française d'un personnage. La seule démarche honnête est de relever le sommaire sur l'exemplaire, page de titre par page de titre, et de noter ce qui s'y trouve réellement. C'est fastidieux, et c'est précisément ce qui manque partout ailleurs sur le web francophone.
Les noms récurrents donnent néanmoins une couleur au catalogue. Curt Swan est crédité au dessin sur cinquante-trois fascicules du mensuel, Frank Robbins au scénario sur trente-six. Deux habitudes de maison en découlent : un fonds graphique très homogène sur la durée, et une prime, pour le collectionneur, aux fascicules qui s'en écartent.
Les fascicules que les amateurs cherchent en premier
Dix-neuf fascicules créditent Neal Adams au dessin, et ils ne sont pas répartis au hasard : ils se concentrent entre le numéro 19, daté de juillet 1970, et le numéro 70, d'octobre 1974. Dans la même fenêtre, dix-huit fascicules portent Denny O'Neil au scénario. Cette fenêtre est la plus demandée du mensuel, et elle tombe sur la seconde moitié du parcours, celle dont les exemplaires sont les plus difficiles à trouver en bon état.
Attention toutefois à ce que cette information autorise. Le crédit figure au fascicule, pas à l'épisode : rien, dans la donnée, ne dit lequel des trois récits assemblés porte la signature. Un vendeur qui annonce « épisode Adams » sans montrer la page de titre interne vous vend une déduction, pas un fait. Demandez une photographie du sommaire avant d'acheter sur ce seul argument.
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Commencer mon essai →Les accidents de numérotation, et comment les anticiper
Voici le piège le plus coûteux de cette série. Les étiquettes vont de 1 à 75, mais le catalogue ne recense que soixante-quatorze fascicules, et pour une raison double. Deux parutions portent un numéro accolé, en mai 1974 puis en décembre 1974 : quatre étiquettes pour deux objets. Si vous comptez par étiquette, votre suite paraîtra incomplète alors qu'elle ne l'est pas.
À l'inverse, un fascicule supplémentaire s'intercale sans numéro propre : un « 50bis » daté de février 1973, le même mois que le numéro 50. Deux objets distincts, un mois unique, et une étiquette qui ne se range pas dans une suite d'entiers : les bases de données de vente le classent mal, les vendeurs l'oublient, et il disparaît souvent des inventaires de bonne foi. C'est le fascicule à vérifier en priorité dans une suite présentée comme complète.
Dernière irrégularité, la chronologie décroche en fin de parcours. Les numéros 67 et 69 portent tous deux une date de juillet 1974, alors que le 68 est daté d'août : l'ordre des étiquettes ne suit plus l'ordre des mois. Classez donc votre suite par numéro et non par date de couverture, sous peine de croire à un manque là où il n'y a qu'un dépôt tardif.
Reconnaître un exemplaire et juger son état
Deux repères permettent de situer un fascicule sans connaître la série : la date de couverture, portée en clair sous la forme d'un mois et d'une année, et la mention d'éditeur. Deux dates du mensuel font exception et portent un jour, « 5 avril 1972 » et « 5 février 1973 » : si votre exemplaire affiche une date au jour près, vous êtes sur l'un de ces deux fascicules, ce qui lève tout de suite l'ambiguïté.
Sur l'état, ces revues de kiosque cumulent trois faiblesses que vous pouvez contrôler en quelques secondes. L'angle supérieur du premier plat, exposé au présentoir et presque toujours émoussé ; la zone du titre, où l'encre s'est frottée au contact des exemplaires voisins ; et le papier intérieur, qui a bruni de manière inégale selon le stockage. Une revue jaunie mais plane vaut mieux qu'une revue claire et gondolée : l'ondulation signale une humidité ancienne qui continue de travailler.
Vérifiez aussi la complétude interne avant de parler d'état. Les anthologies de cette époque étaient fréquemment amputées d'une page de jeux, d'un courrier des lecteurs ou d'une pleine page publicitaire découpée par un lecteur. Comptez les pages contre un exemplaire témoin de la même année avant de considérer un fascicule comme intact.
Compléter une suite sans se tromper de titre
Commencez par trancher la question du périmètre. Collectionner Sagédition, c'est quatre suites indépendantes, pas une collection unique : les numérotations repartent de 1 à chaque titre, et une annonce qui mentionne un « numéro 12 » ne vous dit rien tant que vous n'avez pas identifié la série. Photographiez systématiquement le premier plat entier, titre compris, avant d'ajouter une ligne à votre inventaire.
Tenez ensuite deux colonnes dans votre suivi : l'étiquette imprimée, et le nombre d'objets physiques. Pour le mensuel de 1969, la première colonne monte à 75 et la seconde s'arrête à soixante-quatorze. Cet écart, une fois noté, vous évite de poursuivre indéfiniment des numéros qui n'ont jamais existé séparément, et il vous donne un critère net pour juger un lot annoncé comme complet.
Pour la recherche active, les coquilles du catalogue sont vos meilleures alliées. Un intitulé mal orthographié se cherche à l'identique et ne remonte que de vraies annonces, là où une requête générique vous noie dans les rééditions modernes. Tenez une liste de ces graphies exactes à côté de votre inventaire, et consultez nos repères de collection sur Batgirl ou Flash pour les personnages secondaires qui traversent ces sommaires.
Ce qui fait la valeur de ces fascicules aujourd'hui
La cote de ces revues se construit sur trois facteurs, et le numéro n'est que le troisième. L'état du dos et du premier plat passe devant tout, parce qu'une revue agrafée et lue a presque toujours souffert. Vient ensuite la rareté réelle de la parution, dont les derniers fascicules du mensuel, arrêté en mars 1975, donnent le meilleur exemple. Le contenu crédité n'intervient qu'ensuite, et seulement s'il est prouvé sommaire en main.
Une règle d'arbitrage simple, propre à ce catalogue : préférez un exemplaire moyen d'un fascicule difficile à un exemplaire parfait d'un fascicule des premières années, dont le tirage régulier a laissé beaucoup d'exemplaires en circulation. Sur les tirages précis, les sources divergent et aucun chiffre fiable ne circule ; raisonnez sur la fréquence des annonces que vous observez, qui est un indicateur de marché plus honnête qu'un tirage reconstitué.
Enfin, documentez votre collection pendant que vous l'inventoriez. Un fascicule dont le sommaire interne a été relevé, photographié et daté vaut mieux, à la revente comme à l'assurance, qu'un fascicule identique sans aucune information. Pour ces séries françaises que personne n'a indexées en détail, votre propre relevé est la pièce qui fait la différence.
Questions fréquentes
Le catalogue retient quatre séries sous ce nom d'éditeur, dont le mensuel lancé en janvier 1969. Les trois autres démarrent à partir de 1976 et font chacune l'objet d'un guide distinct. Au total, la présence en kiosque court jusqu'à des fascicules datés de mars 1987, soit dix-huit années consécutives de parutions consacrées à ces personnages.
Parce que les étiquettes montent à 75 pour soixante-quatorze objets. Deux parutions portent un numéro accolé, en mai puis en décembre 1974, ce qui consomme quatre étiquettes pour deux fascicules. Comptez vos objets physiques et non les numéros imprimés, sinon vous chercherez indéfiniment des fascicules qui n'ont jamais paru séparément.
Un fascicule supplémentaire daté de février 1973, le même mois que le numéro 50, et portant une étiquette qui ne se range pas dans une suite d'entiers. Les outils de vente le classent mal et les vendeurs l'omettent souvent sans mauvaise foi. Vérifiez toujours sa présence avant d'accepter la mention « complet » sur un lot.
Pas à partir du catalogue. Celui-ci ne garde qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que trois équipes y sont généralement créditées : le sommaire complet manque. Toute correspondance annoncée sans photographie des pages de titre internes est une déduction. Relevez vous-même le sommaire sur l'exemplaire, c'est la seule méthode fiable.
La fenêtre qui court du numéro 19, daté de juillet 1970, au numéro 70, d'octobre 1974 : c'est là que se concentrent les crédits les plus recherchés, Neal Adams au dessin et Denny O'Neil au scénario. Elle recoupe la période où la diffusion s'était réduite, donc celle où les exemplaires en bon état se présentent le moins souvent.