Batman Poche (Sagédition, 1976) : le guide de collection en 52 numéros, illustration article

Batman Poche paraît chez Sagédition de juin 1976 à octobre 1984, sur cinquante-deux livraisons numérotées sans interruption de 1 à 52. Chaque fascicule crédite trois dessinateurs, signe d'un sommaire à plusieurs épisodes dont le catalogue ne retient que le titre d'ouverture. Le rythme passe du bimestriel au quasi-mensuel vers 1980, puis retombe au trimestriel. Les derniers numéros sont les plus difficiles à trouver.

Vous avez une pile de petits fascicules à dos carré dans un carton, un Batman en couverture, et aucune idée de l'endroit où s'arrête la série. La question n'est pas théorique : savoir qu'une revue compte cinquante-deux numéros et qu'aucun ne manque dans la suite change tout à la manière de constituer une liste de recherche, de négocier un lot et de repérer l'exemplaire qui vous fait défaut. Batman Poche a cette particularité agréable d'être arithmétiquement simple et matériellement capricieuse.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Batman Poche : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que publiait réellement la revue

Le titre annonce un personnage, le sommaire en annonce plusieurs. Les titres d'ouverture relevés dans le catalogue font apparaître, au fil de la série, des histoires centrées sur Batgirl, sur Superman, sur Superboy, et même sur le majordome de Wayne Manor avec « Les aventures d'Alfred ». Ce n'est pas un détail d'érudition : cela signifie qu'un collectionneur venu pour la chauve-souris achète en réalité une anthologie des séries de l'éditeur américain, et qu'un collectionneur venu pour Superman a de bonnes raisons de s'intéresser à cette revue qu'il aurait écartée sur son seul titre.

Les intitulés relevés racontent aussi la variété de ton acceptée par la rédaction. « Danger : pizza ! » et « Les trois vœux » ne promettent pas la même chose que « Voleur d'âmes » ou « Les démons de la nuit ». Entre la pochade policière, l'enquête bourgeoise et le registre gothique plus sombre, la revue a visiblement puisé dans des productions américaines d'intentions très différentes, sans chercher l'unité éditoriale que recherchaient d'autres collections de l'époque.

Trois entrées rappellent utilement que le fascicule n'était pas uniquement fait de bandes dessinées. Le titre d'ouverture de deux livraisons est une annonce maison vantant les collections de l'éditeur, et celui d'une autre désigne une page de mots fléchés. Si vous jugez un numéro sur ce seul libellé, vous croirez à une histoire qui n'existe pas : ouvrez-le, le récit se trouve derrière la page promotionnelle ou le jeu.

Un sommaire à plusieurs épisodes, un seul titre répertorié

Voici le point le plus important de cet article, et aussi le plus inconfortable. Les cinquante-deux fascicules créditent chacun trois dessinateurs. Un dessinateur ne se partage pas un épisode court de l'époque : trois noms veulent dire plusieurs histoires reliées sous une même couverture. Or le catalogue n'enregistre qu'un seul titre par numéro, celui qui ouvre le recueil.

La conséquence est claire. Aucun relevé disponible ne permet d'affirmer qu'un numéro donné de Batman Poche contient telle histoire américaine précise, ni qu'il offre la première parution française d'un personnage. Les épisodes deux et trois de chaque fascicule ne sont tout simplement pas documentés, et les listes de créateurs les englobent sans dire qui a fait quoi. La seule réponse honnête consiste à ouvrir l'exemplaire et à relever les titres page à page.

Cette incertitude a une valeur pratique pour vous. Elle explique pourquoi deux vendeurs décrivent le même numéro de deux manières différentes, pourquoi les listes qui circulent se contredisent, et pourquoi un fascicule peut réserver une surprise à l'ouverture. Elle doit surtout vous rendre méfiant devant une annonce qui affirme un contenu américain exact sans photographier le sommaire.

La périodicité et ses bascules

La série démarre en juin 1976 et ne produit que quatre livraisons avant la fin de cette première année, dont deux portant la même mention de trimestre. Puis le rythme se stabilise : sur les deux années suivantes, les dates de couverture tombent de deux mois en deux mois, de février à décembre, avec une régularité de bimestriel installé. C'est la phase où les numéros se trouvent le plus facilement aujourd'hui, parce que le tirage d'une revue installée est généralement son plus confortable.

L'accélération arrive ensuite. L'année 1980 porte neuf fascicules, du vingt-cinquième au trente-troisième, soit presque le double du régime bimestriel. Pour un collectionneur, cette poussée est une bonne nouvelle en apparence seulement : plus de numéros à trouver sur une période courte, et des numéros dont la pagination et la fabrication peuvent varier d'un mois à l'autre quand un éditeur pousse les cadences.

Le reflux est brutal. L'année 1982 ne porte que trois livraisons, puis les deux dernières années s'installent à quatre par an, une par trimestre, jusqu'à la sortie d'octobre 1984 qui clôt la série. Ce ralentissement terminal est la vraie difficulté de la collection : des tirages de fin de vie, une diffusion réduite, et des lecteurs déjà partis ailleurs qui ont moins conservé.

Quand les dates de couverture cessent d'être fiables

Si vous classez vos fascicules par date, vous vous tromperez d'ordre au moins quatre fois. Le vingt-cinquième porte une mention couvrant février, mars et avril, tandis que le vingt-sixième annonce février et mars : la date du second est donc antérieure à celle du premier alors que sa numérotation le place après. Le même chevauchement se reproduit un peu plus loin dans la même année.

Ailleurs, deux livraisons consécutives affichent le même mois de juillet, et plusieurs se contentent d'une mention de trimestre là où leurs voisines donnent un mois précis. La couverture indique une fenêtre de mise en vente, pas une position dans la série.

La règle de rangement est donc simple et vaut pour tout échange avec un vendeur : le numéro fait foi, la date est un indice. Quand une annonce décrit « le numéro de juillet 1980 » sans donner de chiffre, demandez la photo du dos ou du numéro en couverture avant d'acheter, sous peine de recevoir un doublon.

Les numéros qui comptent vraiment

Le premier numéro de juin 1976 est le seul dont la valeur de principe ne se discute pas : c'est l'entrée de la série, et c'est aussi la livraison qu'un lecteur des années soixante-dix avait le plus de chances d'acheter par curiosité puis de maltraiter. On le trouve, mais rarement frais.

Viennent ensuite les fascicules dont la liste de dessinateurs comporte un nom que le marché recherche pour lui-même. Le vingt-deuxième crédite Neal Adams parmi ses trois dessinateurs, le trente-troisième crédite Frank Miller, et d'autres font apparaître Joe Kubert, Bernie Wrightson, Marshall Rogers ou Jim Starlin. Attention à ce que cela veut dire exactement : le relevé ne précise pas à quel épisode chacun a travaillé, donc la présence du nom est établie mais son emplacement dans le fascicule reste à vérifier sur pièce.

Le cinquantième retient aussi l'attention, autant par son rang rond que par son titre d'ouverture, « Autobiographie de Bruce Wayne », qui annonce un récit réflexif sur le personnage. Enfin le dernier, paru en octobre 1984, vaut par sa position de clôture, et par le fait qu'une fin de série se vend rarement en kiosque dans les mêmes quantités qu'un lancement.

Frise de parution de Batman Poche : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

Vous collectionnez cette série ?

Suivez ce que vous possédez, ce qu'il vous manque et ce que vaut votre collection. Essai de 7 jours.

Commencer mon essai →

Reconnaître une édition et un tirage

Le dos porte le titre et le numéro : c'est la première chose à photographier quand vous vendez ou achetez à distance. Il parle aussi de l'histoire du fascicule, car un dos lisible et non blanchi désigne un exemplaire qui n'a pas vécu debout dans une bibliothèque exposée.

Pour les livraisons de la phase accélérée du début des années quatre-vingt, comparez deux exemplaires du même numéro quand vous pouvez : les variations de papier et de massicotage entre des fascicules produits à cadence soutenue sont la source d'erreur classique du collectionneur pressé, qui croit avoir trouvé une variante alors qu'il a une simple différence de fabrication. Les sources divergent sur la réalité de retirages pour cette collection, et nous n'affirmerons rien que le relevé ne montre pas.

Les pièges à l'achat

Le premier piège est le lot « complet » qui ne l'est pas. Comme la série se termine au cinquante-deuxième et que les huit derniers sont trimestriels, un vendeur de bonne foi qui a cessé d'acheter en 1982 présentera volontiers sa pile comme intégrale : vérifiez toujours la présence de la fin, pas celle du début.

Le deuxième piège est la confusion de collection. Le même éditeur a publié plusieurs séries de poche voisines et ses propres annonces maison figurent jusque dans ces sommaires : un fascicule dont la couverture montre la chauve-souris n'appartient pas forcément à cette série, et le dos tranche la question mieux qu'une photo de face.

Le troisième piège est l'annonce qui vend le sommaire. Puisque les épisodes secondaires ne sont pas documentés, une description détaillée du contenu américain est soit le fruit d'une vérification sur l'exemplaire, soit une reconstruction. Demandez laquelle, et demandez la photo de la page de sommaire : c'est la seule preuve qui vaille, y compris pour les numéros où Batgirl ou Robin sont annoncés.

Compléter la série sans y laisser dix ans

La bonne nouvelle d'abord : le plus haut numéro de la série correspond exactement au nombre de livraisons parues, donc il n'y a ni numéro sauté ni numéro doublé à redouter. Votre liste de recherche est une suite continue, et toute « lacune » que vous constatez est un exemplaire manquant chez vous, jamais un numéro qui n'a pas existé. Beaucoup de revues françaises de l'époque ne vous offrent pas ce confort.

La méthode qui marche consiste donc à traiter la série en deux moitiés aux marchés distincts. Les années bimestrielles se complètent par lots, souvent à l'occasion de ventes de caves et de greniers, parce que ces numéros ont été achetés en nombre et rangés ensemble. La fin trimestrielle, elle, se complète à l'unité et demande de la patience : inscrivez ces titres en alerte permanente plutôt que d'espérer les voir arriver dans un lot.

Gardez enfin une règle d'arbitrage pour les doublons. Entre deux exemplaires du même numéro, préférez celui dont le dos est intact même si la couverture du second est plus vive : la couverture se protège, le dos cassé ne se répare pas. Vous trouverez d'autres méthodes de tri dans nos guides de collection.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Ce qui fait varier la cote aujourd'hui

Aucun montant n'a de sens ici, parce que le marché de ces fascicules se joue sur des rapports plutôt que sur des prix de référence. Un exemplaire au dos ferme et aux coins nets se négocie couramment à plusieurs fois le niveau d'un exemplaire lu et replié, à numéro identique, et cet écart est bien plus large que celui qui sépare deux numéros différents en état comparable. Autrement dit, l'état pèse plus que le rang dans la série.

Trois facteurs secondaires jouent ensuite. La présence d'un nom recherché dans la liste de dessinateurs tire un numéro vers le haut, mais moins fort que sur le marché américain, car l'acheteur français achète d'abord la revue et sa nostalgie. La rareté réelle des dernières livraisons agit, elle, de façon durable. Et la complétude d'un lot crée une prime, parce qu'elle fait gagner des années de chasse à l'acheteur.

Pour situer un exemplaire précis, le raisonnement vaut mieux que la moyenne : comparez des ventes abouties portant sur le même numéro dans le même état, et écartez les annonces sans photo du dos.

Suivre la collection, et savoir ce qu'il vous reste

Une série continue de cette longueur se suit mal sur une feuille de papier, parce que l'information utile n'est pas seulement « je l'ai » mais « dans quel état, et depuis quelle vente ». Notez pour chaque fascicule le numéro, l'état du dos, et la provenance : au bout de quelques achats, ces trois colonnes vous diront si vous payez trop cher la facilité des lots.

Tenez aussi une colonne « sommaire vérifié ». Puisque les épisodes secondaires ne sont documentés nulle part, chaque fois que vous ouvrez un exemplaire et relevez ses titres, vous produisez une information que personne d'autre n'a. C'est le vrai plaisir d'une collection comme celle-ci : vous n'y vérifiez pas une liste connue, vous la construisez. Pour la part établie, créateurs et dates, vous savez désormais où s'arrête la certitude, et c'est la frontière à tenir quand vous décrivez un lot à un autre amateur de Batman.

Questions fréquentes

La série compte cinquante-deux livraisons, et le plus haut numéro paru correspond exactement à ce total : aucun numéro n'a été sauté, aucun n'a été doublé. Votre liste de recherche est donc une suite continue du premier au dernier. Toute absence que vous constatez dans votre pile est un exemplaire à trouver, pas un numéro fantôme.

Parce que chaque livraison reliait plusieurs épisodes sous une seule couverture. Les relevés disponibles donnent les créateurs du fascicule entier mais n'indiquent qu'un titre, celui qui ouvre le recueil. On ne peut donc pas savoir, sans ouvrir l'exemplaire, quel dessinateur a travaillé sur quel épisode, ni quelles histoires complétaient le sommaire.

Non. Les titres d'ouverture répertoriés font apparaître Batgirl, Superman, Superboy et même une histoire consacrée au majordome Alfred. La revue fonctionnait en anthologie, ce qui en fait un terrain intéressant pour un collectionneur qui suit d'autres personnages de cet univers et qui aurait écarté la série sur la seule foi de son titre.

Parce que les mentions de couverture mélangent des mois précis, des doubles mois et de simples trimestres. Deux livraisons consécutives peuvent ainsi afficher le même mois, ou la seconde annoncer une période commençant avant celle de la première. La date indique une fenêtre de mise en vente, pas un rang : classez toujours par numéro.

Les huit dernières livraisons, parues au rythme d'une par trimestre sur les deux ultimes années. Une fin de série se tire et se diffuse moins qu'un lancement, et le lectorat s'était déjà dispersé. Les années bimestrielles du milieu, à l'inverse, circulent encore régulièrement par lots entiers et se complètent sans difficulté particulière.