Superman et Batman et Robin est une revue mensuelle parue chez Sagédition de janvier 1969 à mars 1975. Le catalogue en recense 74 fascicules pour une numérotation qui monte jusqu'au 75, à cause de deux numéros doubles et d'un 50bis. Chaque livraison réunissait plusieurs histoires de mains différentes : 57 numéros sur 74 portent trois signatures de scénariste, ce qui dit assez que le sommaire ne tenait jamais en un seul récit.
Vous avez une pile de fascicules au logo tricéphale, achetée en vrac ou héritée, et vous ne savez pas si vous tenez une collection complète ou les restes d'un ensemble plus large. La numérotation de cette revue ne se lit pas comme une suite d'entiers, et deux exemplaires peuvent légitimement porter le même chiffre sur la couverture. Avant de chercher les manquants, il faut savoir ce qu'on cherche.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Un titre qui empile trois noms, et ce que cela dit du kiosque
Lisez le titre à voix haute : Superman, et Batman, et Robin. Trois noms, deux conjonctions, aucune hiérarchie. Ce n'est pas une maladresse de rédaction, c'est un argument de vente imprimé dans l'enseigne. Au kiosque de 1969, l'acheteur décidait en deux secondes devant un rayon serré, et un titre qui annonce trois héros au lieu d'un promet trois fois plus de contenu pour le même geste : il ne vend pas un personnage, il vend un volume.
Cette grammaire commerciale a une conséquence directe sur ce que vous avez entre les mains : une revue qui promet trois vedettes doit livrer une anthologie, donc aligner plusieurs récits puisés dans plusieurs séries d'origine. Le catalogue le confirme : sur les 74 fascicules recensés, 57 portent trois noms de scénariste et un seul numéro, le 47 de décembre 1972, est crédité à un unique auteur. Le sommaire multiple était la règle, le récit unique l'exception.
Ce que publiait réellement la revue, au-delà des trois noms du titre
Les titres d'histoires relevés dans le catalogue racontent une autre histoire que l'enseigne. Le numéro 2 de février 1969 s'intitule « L'étrange reportage de Clark Kent ! », le 4 d'avril 1969 « La trahison de Lois Lane », le 21 de septembre 1970 « Hyper-Olsen contre Superman ». Ni Lois Lane ni Jimmy Olsen ne figurent dans le titre de la revue, et ils y tiennent pourtant la vedette de la couverture ou du récit principal.
Le phénomène s'étend plus loin encore. Superboy occupe le titre principal du 3 en mars 1969 avec « Le repaire secret de Superboy », puis revient au 36 en décembre 1971 avec « Ici repose Superboy ». Supergirl prend la tête du 67 en juillet 1974. Le lecteur qui achetait trois noms recevait l'entourage complet de Metropolis, plus le duo de Gotham. Cela change votre façon de chercher : un vendeur référence volontiers ces fascicules sous le nom du personnage mis en avant sur la couverture, pas sous celui de la revue.
Un avertissement s'impose ici, et il vaut pour chaque ligne de ce guide. Le catalogue ne donne qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que les trois signatures relevées impliquent au moins trois récits. Le reste du sommaire est donc inconnu de la donnée : ne concluez jamais, à partir d'un seul titre, qu'un numéro contient telle première parution française ou qu'il correspond à tel fascicule américain. Cette correspondance se vérifie exemplaire en main, planche par planche. C'est long, et c'est la seule méthode honnête.
Six ans de mensuel, et trois accidents de numérotation
Le rythme de base est limpide : un fascicule par mois, de janvier 1969 à la fin de 1973, sans trou dans la suite des dates de couverture. Cette régularité vous permet de dater un exemplaire dont la couverture serait abîmée à l'endroit de la mention : qui connaît le numéro connaît le mois, en comptant depuis janvier 1969.
La fin de parcours est plus accidentée, et c'est là que se logent les pièges. Le catalogue recense un numéro 50 daté du 5 février 1973 et, le même mois, un numéro identifié 50bis. Deux objets distincts, deux sommaires distincts, un seul chiffre affiché : « Le futur, c'est... Batman géant » désigne l'un, « La super-vague de chaleur sur Métropolis » désigne l'autre. Viennent ensuite deux numéros doubles, le 65-66 de mai 1974 et le 71-72 de décembre 1974 : chacun compte pour un fascicule physique mais consomme deux crans de numérotation et absorbe le mois sauté, juin puis novembre 1974 n'ayant pas de livraison propre. Voilà l'arithmétique qui explique l'écart entre les 74 fascicules recensés et le 75 inscrit sur la dernière couverture, celle de « Super-Sauvage, le maître de Métropolis », en mars 1975.
Le catalogue garde aussi une incohérence qu'il faut signaler plutôt que lisser : le 68 y est daté d'août 1974 et le 69 de juillet 1974, soit un numéro postérieur portant une date antérieure. Les sources divergent sur ce genre de cas, fréquent en fin de série quand les dates de couverture et la mise en vente réelle se désynchronisent. Vérifiez sur l'exemplaire avant de bâtir une chronologie sur ce point précis.
Les signatures : Curt Swan partout, Neal Adams par intermittence
Une revue d'anthologie n'a pas d'auteur, elle a une statistique : Curt Swan apparaît au générique de 53 fascicules sur 74. Sa présence sur près des trois quarts de la collection explique l'impression d'homogénéité visuelle que donne la pile une fois rangée, alors que les récits viennent de sources éparses. Si vous cherchez une cohérence graphique dans cette série, c'est là qu'elle se trouve, et nulle part ailleurs.
La seconde statistique compte davantage pour la cote. Neal Adams est crédité sur 19 fascicules, sa première occurrence étant le 19 de juillet 1970, « Jimmy le méchant hippy », puis sa signature revient par séquences jusqu'en 1974. Ce nom déclenche une demande propre, indépendante de la revue : des acheteurs cherchent les pages, pas le fascicule. Encore faut-il vérifier que le récit signé est bien celui que vous achetez, et non un autre du même sommaire.
Du côté des scénarios, le trio dominant est Frank Robbins (36 fascicules), Leo Dorfman (33) et Cary Bates (31), suivis de Denny O'Neil (18). Deux détails de transcription méritent votre attention quand vous ferez des recherches par nom : le catalogue écrit « Denny O'Neil » le plus souvent mais « Dennis O'Neil » au numéro 37 de janvier 1972, et il alterne « Robert Kanigher » avec « Bob Kanigher » au numéro 19. Un moteur de recherche interne ne rapprochera pas ces deux graphies. Cherchez les deux.
Les numéros qui comptent, et pourquoi
Le premier numéro, daté de janvier 1969, porte déjà la marque de la série dans son sommaire principal, « L'énigmatique folie de Batman » : trois scénaristes crédités et trois dessinateurs, dont Irv Novick. Sa demande vient autant du statut que du contenu, et les exemplaires en bon état sont rares parce que personne, en 1969, n'achetait un fascicule pour le conserver.
À l'autre extrémité, le 75 de mars 1975 clôt la série, et le 74 de février 1975, « La naissance du jeune Batman », appartient à la même zone difficile : les tirages de fin de parcours baissent et les invendus se détruisent. Entre les deux, les quatre cases singulières déjà décrites bloquent les collections plus souvent que les vraies raretés, simplement parce que vendeurs et acheteurs ne les décrivent pas de la même façon.
Quelques sommaires attirent une demande thématique, utile à connaître si vous vendez à l'unité. Le 16 d'avril 1970 annonce « Le prisonnier de la Zône Fantôme », le 18 de juin 1970 « La Légion des Super-Méchants ! », le 44 d'août 1972 « Le monde de M.Mxyzptlk », le 58 d'octobre 1973 « Menace sur Kandor ». Ce sont des éléments de l'univers de Superman qui ont leurs amateurs propres, et un titre français explicite se cherche mieux qu'un numéro nu.
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Première vérification, la plus rentable : lisez le titre en entier sur la couverture. Les trois noms doivent y figurer dans cet ordre, séparés par les conjonctions ; un fascicule qui n'en affiche que deux relève d'un autre titre. C'est le filtre le plus simple contre les erreurs d'achat en lot, où les vendeurs regroupent volontiers tout ce qui porte une cape bleue.
Deuxième vérification, la date. Deux exemplaires du catalogue portent une date au jour près et non au mois : le 40 est daté du 5 avril 1972 et le 50 du 5 février 1973. Les autres ne portent qu'un mois et une année. Ce détail de format sert de repère quand une annonce ne montre qu'une photo partielle : une date au jour près restreint immédiatement le champ des possibles.
Troisième vérification, la transcription des titres. Le catalogue conserve les graphies relevées avec leurs irrégularités : « Zône Fantôme » au numéro 16, « Magicien Mysterieux » au 23, « dédruisit » au 46. Ne corrigez pas ces formes dans vos fiches avant d'avoir regardé l'imprimé : une coquille présente sur la couverture fait partie de la description de l'objet, et la reproduire vous fera trouver des annonces que l'orthographe correcte manquerait.
L'état d'un exemplaire de kiosque, et ce qu'il faut regarder
Un fascicule agrafé de cette période a trois faiblesses, à contrôler dans cet ordre. Le dos, qui souffre de chaque ouverture à plat et dont les agrafes rouillées laissent une auréole sur les pages centrales. Les coins, qui s'émoussent au simple passage en rayon. Le papier enfin, dont le jaunissement est normal pour un tirage de 1969 à 1975 et ne constitue pas en soi un défaut, contrairement à une cassure nette du pli.
Un point propre aux revues d'anthologie s'ajoute à cette liste : comptez les pages. Un sommaire de trois récits se prête au prélèvement d'un seul, et il n'est pas rare qu'un ancien propriétaire ait découpé les planches d'un dessinateur qu'il aimait. Le fascicule reste présentable jusqu'à ce qu'on l'ouvre au milieu.
Les pièges à l'achat, propres à cette série
Le piège principal porte un chiffre : 50. Un vendeur qui annonce ce numéro sans préciser s'il s'agit du 50 ou du 50bis ignore probablement que les deux existent. Demandez le titre de l'histoire principale avant de payer, et si vous achetez les deux, rangez-les côte à côte avec une note, faute de quoi vous les prendrez plus tard pour un doublon.
Le second piège est l'inverse : les doubles 65-66 et 71-72 font croire à un trou. Qui vérifie sa suite à l'œil verra manquer un 66 et un 72 qui n'ont jamais existé séparément, et cherchera des mois des fascicules introuvables. Si votre inventaire signale ces cases comme vides alors que vous possédez les doubles, le défaut est dans votre fiche, pas dans votre collection.
Le troisième piège est documentaire. Parce que la revue mêle Gotham et Metropolis dans le même fascicule, un lot vendu sous l'étiquette « Batman années 70 » peut en contenir plusieurs numéros sans que le titre exact soit cité une seule fois. Ce désordre joue en votre faveur à l'achat et contre vous à la revente : décrivez précisément numéro, date de couverture et titre de l'histoire principale.
Compléter la série, estimer, et tenir l'inventaire
Pour compléter, travaillez par blocs de douze en vous servant de la correspondance entre numéro et mois, valable jusqu'à fin 1973 : un bloc annuel se négocie mieux qu'un numéro isolé, les vendeurs de brocante raisonnant en piles et non en cases manquantes. Gardez les quatre cases singulières, 50, 50bis, 65-66 et 71-72, sur une liste à part avec leurs titres d'histoire.
Pour la cote, raisonnez en rapports plutôt qu'en valeurs. Un exemplaire au dos intact et aux agrafes propres se situe très au-dessus du même numéro lu et replié, et l'écart se creuse sur les cases difficiles : le 1, la fin de parcours de 1974 et 1975, les fascicules où la signature de Neal Adams est effectivement présente. Le jaunissement uniforme du papier, lui, pèse peu, puisque tous les exemplaires comparables le partagent.
Pour l'inventaire enfin, prévoyez deux champs que les suites d'entiers ne gèrent pas : un champ libre pour le numéro tel qu'il est imprimé, un autre pour le titre de l'histoire principale. Le 50bis cesse alors d'être un problème et les doubles cessent d'être des trous. Les hubs de Robin et de Supergirl vous aideront à relier ces fascicules aux personnages qui les traversent.
Ce qu'il faut retenir
Cette revue est un objet de kiosque assumé : un titre qui additionne trois héros pour vendre du volume, un sommaire multiple dont le catalogue ne connaît qu'une entrée, un mensuel régulier pendant cinq ans puis une fin de parcours bricolée à coups de numéros doubles. Qui l'aborde comme une série linéaire se trompe deux fois, sur le contenu et sur le décompte. Abordez-la comme un recueil et tout s'ordonne : 74 fascicules de janvier 1969 à mars 1975, une numérotation qui va jusqu'au 75, quatre cases à traiter à la main, et le nom de Curt Swan pour tenir l'ensemble visuellement. Le reste se vérifie exemplaire en main.
Questions fréquentes
Le catalogue recense 74 fascicules, de janvier 1969 à mars 1975, pour une numérotation qui affiche jusqu'au 75 sur les couvertures. L'écart vient de deux numéros doubles, le 65-66 et le 71-72, qui consomment chacun deux crans, et d'un fascicule supplémentaire identifié 50bis en février 1973.
Les deux sont recensés en février 1973, avec des sommaires différents : « Le futur, c'est... Batman géant » pour le 50, daté du 5 février, et « La super-vague de chaleur sur Métropolis » pour le 50bis. Demandez toujours le titre de l'histoire principale avant d'acheter, sans quoi vous risquez le doublon involontaire.
Bien plus que trois. Les titres d'histoires relevés mettent en vedette Clark Kent dès le numéro 2, Lois Lane au 4, Jimmy Olsen au 21, Superboy au 3 et au 36, Supergirl au 67. L'enseigne vendait un volume de lecture, pas une distribution limitée aux trois noms imprimés.
Pas à partir des données disponibles. Le catalogue ne donne qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que 57 numéros sur 74 portent trois signatures de scénariste, donc au moins trois récits. La correspondance se vérifie exemplaire en main, récit par récit, et toute affirmation établie sur un seul titre est hasardeuse.
Curt Swan domine largement, crédité sur 53 fascicules, ce qui explique l'unité visuelle de la collection. Suivent Bob Brown, Irv Novick, puis Neal Adams sur 19 numéros, à partir du 19 de juillet 1970. Ce dernier nom suscite une demande propre, indépendante de la revue elle-même.