Superman Poche paraît chez Sagédition de mai-juin 1976 à mars 1987. Le catalogue en recense 96 fascicules, qui couvrent une numérotation allant jusqu'à 110 : quatorze livraisons portent un numéro double. Ce n'est pas un titre solo mais une anthologie DC, où Superboy, Krypto, Batman et Jimmy Olsen partagent l'affiche. Cary Bates signe du texte dans 58 fascicules, Curt Swan dessine dans 61. Compléter la série suppose de comprendre d'abord sa numérotation.
Vous ouvrez une caisse de brocante et vous tombez sur une pile de petits volumes carrés, dos collé, logo Superman sur fond bariolé. Le dernier porte le numéro 110, et vous en comptez quatre-vingt-dix. Avant de conclure qu'il vous manque vingt fascicules, lisez les dos : la série a pratiqué le numéro double pendant ses sept dernières années, et c'est la première chose à savoir pour ne pas chasser des exemplaires qui n'ont jamais existé.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que publiait réellement Superman Poche
Le titre annonce un personnage, le sommaire en sert une famille entière. Dès le deuxième fascicule, daté d'août-septembre 1976, l'histoire mise en avant s'appelle « Krypto à la rescousse ! ». Le troisième, en septembre-octobre de la même année, est « Le gosse au super-cerveau ! », et le sixième, en mars-avril 1977, « Superboy rencontre Ben-Hur ! ». Autrement dit, la revue puise dès le départ dans le versant jeunesse et animalier de l'univers kryptonien, celui que les lecteurs français de l'époque connaissaient mal.
La présence de la chauve-souris est l'autre surprise. Le septième fascicule, en mai-juin 1977, s'intitule « Superman et Batman quittent la Terre » ; le seizième, en novembre-décembre 1978, « Dick Grayson détective » ; le trente-quatrième, en juin 1980, « Aujourd'hui Gotham, demain le monde ! ». Les noms de scénaristes qui accompagnent ces livraisons, Bob Haney et Bob Rozakis notamment, sont ceux des séries de duos et de coéquipiers. Un collectionneur qui ne chasse que Superman passe donc à côté d'une part du contenu, et réciproquement, un amateur de Robin trouvera ici des épisodes qu'il n'attendait pas.
Jimmy Olsen et Lois Lane complètent le tableau. Le dixième fascicule, en novembre-décembre 1977, porte le titre « Loïs revient de loin !! », orthographié avec un tréma par la rédaction française ; le soixante-septième, en mars 1983, « Jours noirs et nuits blanches pour Jimmy Olsen ». La ligne éditoriale est donc stable sur onze ans : une anthologie du cercle rapproché, pas un recueil de combats.
Le format poche, et ce qu'il impose au collectionneur
Sagédition n'était pas un éditeur de fascicules agrafés grand format. Le choix du poche change tout à la manipulation : dos collé plutôt que piqué, tranche qui se marque au premier feuilletage appuyé, pagination épaisse qui fait bâiller la couverture quand le volume a été laissé ouvert. Ces objets ont été lus par des enfants en 1976, puis rangés debout sur des étagères où ils se sont déformés.
La conséquence pratique est qu'on ne juge pas un Superman Poche comme on juge une revue agrafée. La question n'est pas de savoir si l'agrafe a rouillé, puisqu'il n'y en a pas, mais si le bloc de pages tient encore au dos, et si la colle de 1976 n'a pas cristallisé. Un volume qui perd ses premiers feuillets quand on l'incline est irrécupérable en l'état, quelle que soit la fraîcheur de sa couverture.
Trois régimes de parution, et pourquoi ils comptent
La série change de rythme deux fois, et chaque bascule se lit dans les dates de couverture. Du premier fascicule, daté mai-juin 1976, jusqu'au dix-septième, janvier-février 1979, la mention couvre systématiquement deux mois : c'est un bimestriel assumé. À partir du dix-huitième, portant la seule mention « février 1979 », la date devient mensuelle et le reste jusqu'en décembre 1980.
Puis le mécanisme se grippe. Le cinquante et unième fascicule est enregistré « 51-52 » sous une date de novembre 1981, et le procédé se répète treize fois ensuite. Le double numéro est le symptôme classique d'un éditeur qui veut tenir une numérotation annoncée sans soutenir la cadence : il livre moins souvent et compte double. Pour vous, cela signifie que la série se complète en quatre-vingt-seize achats, pas en cent dix.
La fin est franchement erratique. Entre le quatre-vingt-douzième fascicule, daté mars 1985, et le suivant, daté juillet 1985, il s'écoule quatre mois ; le dernier, numéroté 110, porte la date de mars 1987 alors que le précédent est de novembre 1986. Les derniers numéros sont donc sortis dans une diffusion devenue aléatoire, ce qui explique largement pourquoi ils sont les plus difficiles à trouver aujourd'hui.
Curt Swan et Kurt Schaffenberger, la vraie signature de la série
Si vous cherchez une cohérence graphique dans cette anthologie, elle porte deux noms. Curt Swan apparaît au générique de 61 des 96 fascicules, Kurt Schaffenberger de 40. Autrement dit, près des deux tiers de la série reposent sur le trait de Swan, celui qui a défini le visage du personnage pendant des décennies, et une forte minorité sur celui de Schaffenberger, associé de longue date aux histoires de Lois Lane.
Leur répartition dans le temps est parlante. Swan est présent dès le premier fascicule et encore dans le dernier, en mars 1987 ; Schaffenberger, lui, monte en puissance dans la seconde moitié, à partir des livraisons de 1981. Un collectionneur qui construit une collection par dessinateur plutôt que par numéro a donc deux parcours possibles dans la même série, et le second est concentré sur les années les plus rares.
Autour d'eux circulent des noms que le marché français connaît par ailleurs : José Luis García-López, crédité sur sept fascicules, Nick Cardy sur six, Eduardo Barreto sur six également, mais exclusivement dans les livraisons de 1985 et 1986. Cette dernière indication est utile : un Superman Poche dessiné par Barreto appartient mécaniquement à la fin de la série, donc au segment le plus mince du marché.
Cary Bates, le scénariste du titre
Du côté du texte, la domination est encore plus nette. Cary Bates est crédité sur 58 des 96 fascicules, soit une présence dans trois livraisons sur cinq, du premier volume de 1976 jusqu'aux numéros doubles de 1986. Aucun autre scénariste n'approche ce chiffre, et cela donne à la série une tonalité reconnaissable, faite d'énigmes à chute plutôt que d'arcs longs.
La relève se lit dans la seconde moitié. Paul Kupperberg, crédité vingt et une fois, et Bob Rozakis, vingt fois, apparaissent surtout à partir de 1981, et prennent même seuls la tête de certaines livraisons tardives, comme le fascicule double 74-75 d'octobre 1983, « Dernier scoop sur Krypton ». Suivre ces deux noms est un bon moyen de repérer les volumes de la dernière période sans mémoriser la numérotation.
Vous collectionnez cette série ?
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Commencer mon essai →Les fascicules qui comptent, et pourquoi
Le premier, daté mai-juin 1976 et ouvert par « Simple partie de bowling », est la pièce de départ naturelle. Il est recherché pour ce qu'il est, un numéro un, et non pour son contenu : le titre de tête est une histoire légère, et le générique associe trois scénaristes et trois dessinateurs, dont Dick Giordano et Swan. C'est la configuration habituelle d'un fascicule poche, qui empile plusieurs épisodes courts.
À l'autre extrémité, le centième, daté mars 1986 et intitulé « Né pour être Superman », cumule deux arguments : le numéro rond et l'appartenance à une période de diffusion déjà défaillante. Le tout dernier, numéroté 110 et daté mars 1987, ferme la série ; son générique mentionne Kurt Busiek et Alan Moore au scénario, ce qui n'est pas banal pour une publication française de kiosque de cette époque.
Une curiosité mérite d'être signalée à qui classe ses volumes par date : le quarante et unième fascicule n'est pas daté d'un mois mais du « 1er trimestre 1981 », alors que le quarantième est de décembre 1980 et le quarante-deuxième de janvier 1981. Un volume ainsi daté n'est pas un faux ni une erreur de votre part, c'est la mention réellement portée sur l'exemplaire.
Reconnaître et dater un exemplaire
Première règle : sur cette série, la date de couverture est votre meilleur repère, et sa forme vous situe immédiatement dans la chronologie. Une mention à deux mois accolés vous place soit avant 1979, soit dans la toute fin ; une mention à un seul mois, entre février 1979 et décembre 1984 pour l'essentiel. Un numéro composé de deux chiffres séparés d'un tiret vous dit sans ambiguïté que vous êtes après 1981.
Deuxième règle : les titres français sont une empreinte à part entière. « Fiévre disco » en février 1980, « L'invinsible ennemi » en février 1982, « Carichant » en septembre 1982 sont les intitulés tels que le catalogue les enregistre, coquilles comprises. Ces graphies un peu flottantes témoignent d'une fabrication rapide, et elles sont précieuses : elles permettent d'identifier un volume dont la couverture est illisible, à partir du seul titre intérieur.
Troisième règle, la plus importante : ne vous fiez pas au titre unique pour savoir ce que contient le volume. Le catalogue n'enregistre qu'un titre d'histoire par fascicule, alors qu'un poche de cette épaisseur en contient plusieurs. Pour neuf livraisons, dont les numéros 42, 59, 73 et 78, le titre enregistré est d'ailleurs simplement « Sommaire », et pour quatre autres une variante autour de « nouvelles collections » : ce sont des pages de service, pas des récits. Le contenu réel de ces fascicules se vérifie exemplaire en main, page à page.
L'état, et les pièges à l'achat
Sur un poche de 1976, inspectez dans cet ordre : la charnière du dos en l'ouvrant à plat au milieu, la tenue du premier et du dernier feuillet, puis les coins, qui s'arrondissent très vite sur ce format. Un volume stocké debout pendant trente ans présente souvent un dos creusé et une couverture légèrement tuilée, défauts peu réversibles mais sans gravité s'ils sont annoncés.
Le piège propre à cette série est l'annonce qui présente un lot « du 1 au 110 » et livre quatre-vingt-dix-neuf pièces. Le vendeur n'est pas toujours de mauvaise foi : il compte des numéros, pas des objets. Demandez le nombre de fascicules physiques, et la liste des dos portant un double numéro. Second piège, symétrique : un lot annoncé « complet, 96 volumes » peut l'être réellement, et vaut alors d'être examiné sérieusement plutôt qu'écarté pour cause de numérotation jugée incohérente.
Dernier point de vigilance, les intitulés qui promettent plus qu'ils ne contiennent. Le fascicule de décembre 1985 s'appelle « Les Maîtres de l'Univers », celui de février 1986 « Leurs magnétiques majestés : Alexandre le Grand et la reine Zazzala ». Ces titres attirent l'œil dans une annonce, mais ils ne décrivent qu'un épisode parmi plusieurs. Ne payez pas une prime sur un titre sans avoir vu le sommaire complet.
Compléter la série, et suivre sa cote
La stratégie qui fonctionne sur cette série est inverse de celle qu'on applique aux mensuels : commencez par la fin. Les fascicules de 1985 à 1987, où l'on trouve Barreto au dessin et où les intervalles de parution atteignent quatre mois, sont sortis en quantités moindres et circulent peu. Les livraisons bimestrielles de 1976 à 1978, elles, réapparaissent régulièrement en lots sur les brocantes et les ventes en ligne.
Pour la valeur, raisonnez en écarts plutôt qu'en chiffres absolus. Sur cette série, trois facteurs commandent : la tenue du dos collé, l'appartenance au premier ou au dernier segment chronologique, et la complétude du lot. Un ensemble réellement complet des quatre-vingt-seize fascicules, avec les doubles correctement identifiés, se négocie dans un tout autre registre que la somme de ses parties, parce qu'il épargne à l'acheteur suivant la chasse aux volumes tardifs. Un volume isolé des années 1976 à 1978, même en bel état, reste une pièce courante.
Enfin, tenez un inventaire par numéro de dos et non par titre d'histoire, puisque les titres enregistrés ne décrivent pas tout le contenu. Notez pour chaque entrée le numéro tel qu'il est imprimé, double compris, la date de couverture dans sa forme exacte, et l'état du dos. C'est le seul relevé qui vous permettra, dans deux ans, de savoir ce qui vous manque vraiment. Les autres fiches de séries françaises de notre blog suivent la même méthode, et le hub Nightwing éclaire le parcours de Dick Grayson que croise le fascicule de novembre-décembre 1978.
Questions fréquentes
Quatre-vingt-seize fascicules, pour une numérotation qui va jusqu'à 110. Quatorze livraisons portent un numéro double, à partir du 51-52 daté de novembre 1981 et jusqu'au 108-109 de novembre 1986. Si vous cherchez cent dix objets distincts, vous chasserez indéfiniment des numéros qui n'ont jamais été imprimés séparément.
Non. Les titres enregistrés mettent en avant Krypto dès août-septembre 1976, Superboy en mars-avril 1977, Batman en mai-juin 1977, Dick Grayson en novembre-décembre 1978 et Jimmy Olsen en mars 1983. C'est une anthologie du cercle kryptonien et de ses voisins de Gotham, pas un titre solo.
Pas complètement. Le catalogue ne donne qu'un titre d'histoire par volume, alors qu'un poche en publie plusieurs. Neuf livraisons n'ont même pour titre enregistré que la mention « Sommaire ». Le contenu réel se vérifie exemplaire ouvert, et aucune correspondance avec une publication américaine précise ne peut être affirmée sur cette seule base.
C'est la mention réellement portée sur le quarante et unième volume, encadré par un numéro de décembre 1980 et un autre de janvier 1981. Elle témoigne du passage délicat entre le régime mensuel et l'arrivée des numéros doubles. Un exemplaire ainsi daté est conforme, ne le classez pas comme anomalie.
Ceux de la dernière période, en pratique de 1985 à mars 1987. Les intervalles de parution y atteignent quatre mois et la diffusion s'était effondrée. Repère rapide : la présence d'Eduardo Barreto au dessin, créditée sur six fascicules uniquement, tous situés dans ces deux dernières années de la série.