Quand la date de couverture a disparu, on la reconstruit par le calcul. Les revues Lug paraissaient au rythme d'un numéro par mois : il suffit du titre de la série, du numéro imprimé au dos ou sur la tranche, et du mois de départ connu. Strange n°1 est daté du 5 janvier 1970, Nova n°1 du 10 février 1978. À partir de là, chaque numéro se place au mois près, et les indices intérieurs confirment.
Un exemplaire acheté en vrac dans un carton arrive rarement intact par le haut. Le coin supérieur est le premier à souffrir, et c'est précisément là que les revues Lug portaient leur date. Une couverture manquante, un bandeau arraché, un prix découpé par un vendeur de l'époque, et vous avez entre les mains un fascicule parfaitement lisible dont vous ne savez plus l'année. La bonne nouvelle, c'est qu'une revue mensuelle est un objet daté par construction : son numéro de série est déjà une date déguisée.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Pourquoi la date s'efface, et ce qui reste quand elle a disparu
Trois accidents reviennent sans cesse. Le premier est l'absence totale de couverture : la revue a été lue, relue, le dos s'est fendu et le premier cahier s'est détaché. Le deuxième est l'usure du coin, qui emporte la mention de date sans toucher au reste de l'illustration. Le troisième est l'intervention humaine, un prix barré, une étiquette de kiosque collée, un découpage pour un concours intérieur.
Dans les trois cas, il reste presque toujours quelque chose : le numéro de série. Il figurait en gros sur la couverture, mais aussi, selon les époques, au dos, sur la tranche ou dans le sommaire intérieur. Repérez-le d'abord, avant toute autre manipulation. C'est l'entrée unique de toute la méthode qui suit, et elle ne demande ni comparaison ni catalogue payant.
Si même le numéro a disparu, la datation reste possible mais devient indirecte : elle passe alors par les publicités intérieures et par les mentions d'imprimeur, que nous abordons plus bas. Elle donne une fourchette, pas un mois.
La périodicité, socle de tout le raisonnement
Avant de calculer quoi que ce soit, il faut établir le rythme réel de la série, et non le rythme annoncé. C'est là que le catalogue des parutions françaises est utile : en alignant les dates de couverture de tous les numéros, la cadence se lit d'un coup d'œil.
Pour Strange, le résultat est d'une régularité remarquable. Le n°1 porte la date du 5 janvier 1970, le n°228 celle du 5 décembre 1988. Entre ces deux bornes il y a exactement deux cent vingt-huit mois, et exactement deux cent vingt-huit numéros. Autrement dit, la série n'a sauté aucun mois pendant dix-neuf ans. Aucune interruption, aucun numéro double qui aurait décalé la suite.
Cette propriété transforme la série en calendrier. Elle n'est pas automatique : d'autres périodiques français ont connu des trimestriels intercalaires, des numéros doubles d'été, des arrêts de quelques mois. Vérifiez-la série par série avant de l'appliquer, car un seul mois manquant fausse tout ce qui suit.
La règle de calcul, appliquée à Strange
La formule tient en une ligne : mois du numéro égale mois du premier numéro, plus le numéro moins un. Pour Strange, le point de départ est janvier 1970.
Prenez un exemplaire dont la couverture manque mais dont la tranche indique 100. Quatre-vingt-dix-neuf mois après janvier 1970, on arrive en avril 1978. Le catalogue confirme : Strange n°100 est daté du 5 avril 1978. Même exercice avec un n°55 : cinquante-quatre mois après janvier 1970 donne juillet 1974, et la date réelle est bien le 5 juillet 1974, celle d'un numéro dont la mention retenue est « Une Aventure des Fantastiques n°4 : Docteur Fatalis ».
Troisième essai, sur un numéro tardif : un n°200 se place deux cent dix-neuf mois après janvier 1970, soit août 1986, et la date portée est le 5 août 1986. La méthode ne dérive pas sur dix-neuf ans, parce que la cadence n'a jamais flanché. C'est ce contrôle en trois points, et non la formule seule, qui autorise à s'en servir.
Changer de série, changer d'origine : le cas de Nova
La formule est la même, le point d'ancrage ne l'est pas. Nova commence au n°1 daté du 10 février 1978 et s'achève au n°131 daté de décembre 1988 : là encore, cent trente et un numéros pour cent trente et un mois, sans trou.
Un n°58 sans couverture se place donc cinquante-sept mois après février 1978, soit novembre 1982, et la date réelle est le 5 novembre 1982. Appliquer par réflexe l'origine de Strange à un exemplaire de Nova vous décalerait de plus de huit ans : l'erreur la plus fréquente ne porte pas sur le calcul, elle porte sur la série que l'on croit avoir en main.
D'où une précaution simple avant tout calcul : identifiez le titre avant le numéro. Le logo, la maquette du sommaire et la liste des héros annoncés suffisent en général. Si le doute persiste entre deux titres de la même maison, le jour du mois imprimé tranche souvent, pour la raison expliquée juste après.
Le jour du mois, l'indice que personne ne regarde
Les dates de couverture Lug ne mentionnaient pas seulement un mois : elles portaient un jour. Et ce jour n'était pas le même d'un titre à l'autre. Strange paraissait le 5, Nova le 10 à ses débuts. Cette différence est un marqueur de titre utilisable même sur un fragment de couverture où le logo a disparu.
Mieux : elle bouge, et son mouvement est datable. Nova conserve le 10 jusqu'à son n°57, daté du 10 octobre 1982, puis passe au 5 dès le n°58, daté du 5 novembre 1982. Un fragment de Nova portant la mention du 10 est donc antérieur à novembre 1982, sans autre information. Un fragment portant le 5 lui est postérieur.
Dernier phénomène observable : la mention du jour finit par disparaître. Strange n°165 est daté « Septembre 1983 », n°193 « janvier 1986 », et Nova abandonne le jour à partir de son n°123, daté « avril 1988 ». Une date de couverture réduite au mois et à l'année n'est donc pas un signe d'édition fautive, c'est un signe d'époque tardive.
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Commencer mon essai →Le prix de couverture, borne haute et borne basse
Le prix imprimé est un second thermomètre, et il fonctionne même quand le numéro est illisible. Le principe est purement comparatif : vous ne retenez aucune valeur absolue, vous construisez une échelle à partir de vos propres exemplaires encore datés.
La manœuvre est à la portée de tous. Alignez les numéros de votre pile dont la date subsiste, relevez le prix de chacun, et notez les paliers. Vous obtenez une suite de fenêtres : tel prix correspond à telle plage de numéros, donc à telle plage de mois. Un exemplaire anonyme portant ce même prix tombe nécessairement dans la fenêtre correspondante. Sur une série aussi longue que Strange, les hausses successives découpent les dix-neuf années en tranches de quelques années chacune.
La limite est claire : le prix donne une fourchette, jamais un mois. Il sert donc de contrôle, pour valider ou contredire un calcul fait sur le numéro, et de recours quand le numéro a disparu. Notez aussi que certains exemplaires portaient une surcharge destinée à un autre marché francophone, ce qui déplace la grille : à vérifier sur l'exemplaire avant d'en tirer une conclusion.
Les mentions intérieures : où chercher, et ce qu'on peut en attendre
Les périodiques français portaient des obligations légales, et ces obligations laissent des traces à l'intérieur du fascicule : nom de l'imprimeur, numéro d'impression, mention de dépôt légal, numéro de commission paritaire selon le statut de la publication. Chacune de ces mentions est datable, et aucune ne se trouve sur la couverture, donc aucune ne disparaît avec elle.
Soyons précis sur le degré de certitude. L'emplacement exact de ces mentions a varié selon les titres et les années : parfois en pied de la page de sommaire, parfois sur la dernière page, parfois dans la page du courrier des lecteurs. Nous n'affirmons pas où elles se trouvent sur votre exemplaire, car cela dépend de l'époque : à vérifier page par page, en commençant par les deux premières et les deux dernières.
Ce que vous pouvez en tirer : un trimestre ou un semestre de dépôt légal, ce qui est souvent plus serré que la fourchette obtenue par le prix. Combiné au calcul sur le numéro, c'est la confirmation la plus solide dont vous disposerez. Si les deux se contredisent, c'est le numéro qui est douteux, pas la mention légale : vérifiez d'abord que vous n'avez pas un exemplaire recomposé à partir de deux fascicules.
Les publicités intérieures, datation par ce qui est annoncé
Une revue qui annonce une parution à venir se date elle-même. Les pages promotionnelles de Lug sont pour cela une mine, et le catalogue permet de les recouper.
L'exemple le plus net concerne le lancement de Nova. Pour Strange n°98, daté du 5 février 1978, la mention retenue dans le catalogue est « Ces 3 super-héros chaque mois dans Nova ». Or Nova n°1 est daté du 10 février 1978 : la réclame est strictement contemporaine du lancement du titre frère. Un exemplaire anonyme contenant cette annonce se place donc aux alentours de février 1978, sans avoir besoin du moindre numéro.
Le mécanisme se répète à l'échelle du mois. Pour Strange n°68, daté du 5 août 1975, la mention retenue est « Strange 69 » ; pour le n°69, daté du 5 septembre 1975, c'est « Strange 70 » ; pour le n°70, daté du 5 octobre 1975, « Strange 71 ». Une annonce du numéro suivant vous donne donc le mois précédent sa parution. Même logique avec les annonces d'albums et de titres associés, comme « Spécial Strange n°11 » pour le n°99 du 5 mars 1978, ou « Titans n°13 » pour le n°100 du 5 avril 1978. Attention cependant : le catalogue ne retient qu'une mention par numéro, et une revue en contenait plusieurs. Le reste du sommaire publicitaire est à vérifier sur l'exemplaire.
Conclure : une fourchette assumée vaut mieux qu'une fausse date
La méthode complète s'enchaîne dans cet ordre. Identifiez le titre. Relevez le numéro. Appliquez l'origine de la série, janvier 1970 pour Strange, février 1978 pour Nova. Contrôlez par le prix, puis par la mention légale intérieure, enfin par les publicités. Quand les cinq indices convergent, vous tenez un mois. Quand ils divergent, vous tenez une fourchette, et c'est la fourchette qu'il faut écrire.
Consignez-la dans votre inventaire sous une forme qui reste honnête : « Strange n°55, juillet 1974, date calculée, couverture absente » est une fiche utile. « Strange n°55, 1974 » l'est moins, et une date inventée au jour près ne l'est pas du tout. Un acheteur sérieux préférera toujours une incertitude déclarée à une précision inventée, parce qu'il sait vérifier. Nos fiches sur l'Araignée et sur Thanos, deux présences majeures de ces deux titres sur toute leur durée, suivent la même discipline.
Enfin, gardez trace de vos exemplaires datés : ce sont eux qui servent d'étalon pour tous les autres. Une pile de vingt numéros encore lisibles suffit à reconstruire l'échelle de prix et à placer, année après année, les cinquante exemplaires anonymes du même carton.
Questions fréquentes
Non, elle suppose une cadence mensuelle sans trou. Strange et Nova la respectent, l'une sur deux cent vingt-huit numéros, l'autre sur cent trente et un. D'autres périodiques ont connu des trimestriels, des numéros doubles ou des arrêts. Avant d'appliquer le calcul, vérifiez sur quelques numéros datés que la cadence tient réellement, sinon la dérive s'accumule.
Vous passez aux indices indirects. Le prix imprimé vous donne une tranche de quelques années. La mention légale intérieure resserre souvent au semestre. Une publicité pour une parution à venir, comme l'annonce de Nova dans Strange en février 1978, peut ramener au mois. Ces trois indices se croisent, aucun ne suffit seul.
Les sources divergent sur l'avance exacte prise par ces revues en kiosque. Ce qui est certain, c'est que la date imprimée est une date de retrait, destinée au distributeur. Tenez-la pour un repère de classement fiable et régulier, pas pour le jour où un lecteur a acheté l'exemplaire. Pour un inventaire, cela ne change rien.
Parce que la maquette a changé en fin de parcours. Strange porte « Septembre 1983 » au n°165 et « janvier 1986 » au n°193, Nova abandonne le jour à partir du n°123 d'avril 1988. Une date sans jour n'indique donc ni une anomalie ni une édition étrangère, mais une période tardive de la série.
Non, et c'est une erreur coûteuse. Une revue française assemblait plusieurs épisodes d'origines et de dates diverses, et le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par numéro. La date calculée vous dit quand le fascicule français a paru, rien de plus. Le sommaire complet et sa correspondance américaine sont à vérifier sur l'exemplaire.