Strange Spécial Origines (Lug, 1981) : le guide de collection, illustration article

Strange Spécial Origines est un hors-série trimestriel des Editions Lug, lancé en janvier 1981 et tenu pendant huit ans. Il compte trente-deux fascicules, et sa particularité commande toute la collecte : ses numéros ne se suivent pas, ils recopient celui du Strange mensuel du même mois. Un collectionneur qui raisonne en suite continue croit à des manques qui n'existent pas, et risque de confondre deux fascicules très différents portant le même chiffre sur la couverture.

Il y a une catégorie de revues qui résiste aux tableaux de collection : celles dont le numéro n'indique pas une place dans une série. Ce hors-série de Lug en fait partie, et c'est la première chose à comprendre avant d'acheter quoi que ce soit. Tant que vous cherchez une suite, vous courez après des fascicules qui n'ont jamais existé, et vous laissez passer ceux qui vous manquent vraiment. Ce guide part donc du libellé des numéros, parce que tout le reste en découle : la liste de manques, la lecture d'une annonce, et même l'idée que vous vous faites de la rareté.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Strange Spécial Origines : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que ce hors-série mettait sous le mot « Origines »

Le titre annonce un programme : revenir aux débuts. Plusieurs intitulés relevés dans le catalogue le confirment sans ambiguïté, de « C'est ainsi que tout commença... » à « A la recherche de Steve Rogers ! », en passant par « Un homme dans une fourmilière ! » ou « La Torche rencontre Iceberg ! ». On y lit la vocation d'un recueil qui remonte le fil, et qui s'adresse autant au lecteur arrivé en cours de route qu'à celui qui veut relire les commencements.

Mais le même catalogue fait apparaître une seconde couche, et elle surprend : « Qui inventa le microscope ? », « Comment fonctionne un moulin ? », « Depuis quand le ski existe-t-il ? », « Folklore et mysticisme : la semaine sainte à Séville ». Ces intitulés ne sont pas des titres d'épisodes, ce sont des rubriques documentaires, de celles que Lug intercalait entre les récits. Leur présence en tête de fiche indique que le fascicule n'était pas une anthologie pure, mais une revue complète, avec son appareil de pages non narratives.

Pour un collectionneur, cette double nature a une conséquence pratique immédiate. Un exemplaire se juge aussi sur ces pages annexes, parce que ce sont elles qui s'abîment, se remplissent ou se découpent. Nous y revenons plus bas, et c'est une des raisons pour lesquelles un exemplaire de ce hors-série n'a pas la même espérance d'état qu'un recueil cartonné.

Des numéros empruntés au Strange mensuel

Ouvrez la liste, et l'anomalie saute aux yeux. Le premier fascicule porte le 133 bis, le second le 136 bis. À partir du troisième, la mention disparaît et le chiffre reste nu, puis il progresse de trois en trois jusqu'au terme de la collection, sans jamais repartir de un.

La comparaison avec la revue mère tranche la question. Le fascicule numéroté 139 est daté du 5 juillet 1981, et le Strange mensuel de ce même mois porte lui aussi ce numéro, à cette même date. Le phénomène se vérifie sur toute la durée : à chaque fois, le hors-série emprunte le chiffre et le millésime du mensuel qui sortait en même temps que lui.

Autrement dit, ce numéro n'est pas un rang, c'est un repère de calendrier. Il ne dit pas « je suis le douzième de ma collection », il dit « je suis sorti avec le mensuel de ce mois-là ». La différence paraît théorique, elle est redoutable dans la pratique : elle signifie qu'un même chiffre désigne deux objets distincts chez le même éditeur, à la même date, et que rien dans le chiffre lui-même ne permet de les séparer.

La mention « bis » avait justement cette fonction, et elle n'a servi qu'au lancement. Dès le troisième fascicule, Lug l'abandonne. Vous ne pouvez donc pas vous reposer sur ce suffixe pour identifier un hors-série : il est l'exception des deux premiers, pas la règle de la collection.

Un rythme trimestriel tenu huit ans sans accroc

Le détail des dates de couverture donne une régularité rare. Huit parutions en janvier, huit en avril, huit en juillet, huit en octobre : la collection a tenu son trimestre pendant toute son existence, sans trimestre sauté ni rattrapage. C'est exactement pourquoi le pas de trois existe, un trimestre du mensuel valant trois de ses numéros.

Cette régularité est une bonne nouvelle pour qui veut constituer sa liste. Elle rend le catalogue prévisible : connaissant le premier libellé et la règle, vous reconstituez l'intégralité des entrées par le calcul, sans dépendre d'une liste recopiée ailleurs. Et surtout, elle vous dit qu'un trou dans la série arithmétique est un vrai manque dans votre pile, jamais un accident d'édition.

Une réserve, cependant, sur la précision des dates. Les premières années affichent un jour de parution en tête du mois ; à partir de 1985, plusieurs fascicules n'indiquent plus que le mois et l'année. Ne faites donc pas du jour un critère d'authentification : son absence sur un exemplaire tardif est normale, et un vendeur qui l'omet ne cache rien.

Les signatures françaises qui donnent son visage à la collection

Le relevé des créateurs réserve une surprise à qui s'attendait à une liste américaine. Jean-Yves Mitton figure aux crédits graphiques de vingt-sept des trente-deux fascicules, c'est-à-dire presque partout. Jean Frisano en signe seize, et Thomas Frisano apparaît sur quatre d'entre eux.

Ce que cela change est concret. La part française de ces fascicules n'est pas un habillage, c'est leur identité visuelle, et la plus facile à authentifier quand on a l'objet en main. Un collectionneur qui apprend à distinguer la main de Mitton de celle de Frisano gagne un réflexe utile, parce que ces couvertures sont très souvent le seul élément discriminant entre un hors-série et le mensuel homonyme.

Côté scénario, Stan Lee est crédité sur vingt-sept entrées. Le chiffre est éloquent sur la nature du matériel repris, mais il n'autorise aucune conclusion sur un épisode précis : le catalogue agrège les crédits du fascicule, il ne les attribue pas page par page.

Le virage documentaire du milieu des années 1980

Un nom apparaît en cours de route et ne repart plus : Mark Gruenwald, crédité pour la première fois sur le fascicule numéroté 181, daté de janvier 1985, puis sur quatorze entrées au total. Eliot R. Brown l'accompagne sur plusieurs d'entre elles.

Ce duo-là est la marque d'une écriture encyclopédique, celle des fiches techniques et des notices de personnages qui ont fait école dans les années quatre-vingt. Leur arrivée dans un hors-série français indique que la formule s'est enrichie en route : la documentation ne porte plus seulement sur le monde réel, elle porte aussi sur l'univers publié lui-même.

Les rubriques généralistes n'ont pourtant pas disparu pour autant, puisque « Comment naît une chute d'eau ? » figure encore dans les dernières années. Les fascicules tardifs sont donc des objets mixtes, et ils intéressent souvent un lecteur différent de celui qui cherche les récits anciens. Si vous achetez par lots, séparez mentalement ces deux périodes avant de négocier un ensemble.

Comment les numéros de Strange Spécial Origines sont datés, numéro par numéro : date au jour, au mois, au trimestre, année seule, ou aucune date

Vous collectionnez cette série ?

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Les fascicules qui retiennent l'attention

Le fascicule d'ouverture, celui qui porte le 133 bis et la date du 5 janvier 1981, concentre l'intérêt pour une raison structurelle plus que narrative : c'est le seul moment où le libellé affiche encore sa nature de hors-série. Son intitulé relevé au catalogue, « L'incollable », appartient d'ailleurs au registre des pages de jeux, ce qui dit bien que la fiche ne résume pas le sommaire.

À l'autre extrémité, la dernière entrée est datée d'octobre 1988 et son intitulé relevé est « Fantastiques contre X-Men ». Elle tombe au moment où la série mère s'achève elle aussi, à la fin de la même année. Ce n'est pas une coïncidence de collection : le hors-série était arrimé au mensuel, il s'arrête avec la période Lug, et la suite de l'histoire appartient à une autre maison.

Entre les deux, quelques intitulés annoncent clairement une matière de super-héros : « Daredevil et la Veuve Noire » pour l'automne 1981, « L'énigme de Fatalis », ou encore « L'arme secrète de la Reine Blanche : Firestar la jeune mutante ». Ce sont de bons repères de recherche, et des sujets qui croisent les hubs de ce site, du côté de la Veuve Noire comme du côté d'Ant-Man.

Ce que le catalogue ne dit pas de chaque sommaire

Il faut être net sur une limite, parce qu'elle protège votre argent. Le catalogue conserve un seul intitulé par fascicule, alors qu'une revue de ce format en empilait plusieurs. La fiche donne donc une entrée du sommaire, et parfois, on l'a vu, une rubrique plutôt qu'un récit.

Conséquence directe : aucune de ces fiches ne permet d'affirmer qu'un fascicule contient telle première parution française, ni qu'il correspond à tel épisode américain précis. Qui l'affirme extrapole. La seule source qui tranche est la page de sommaire de l'exemplaire, et c'est exactement ce qu'il faut demander en photo avant un achat à distance.

Cette prudence n'est pas une faiblesse du guide, c'est le vrai niveau de difficulté du sujet. Les sommaires de revues françaises ont été reconstitués tardivement et de façon inégale, et un chiffre de couverture emprunté à une autre revue n'a pas aidé. Mieux vaut un inventaire honnête qu'une correspondance inventée.

Établir une liste de manques qui tient

La méthode découle de tout ce qui précède, et elle tient en trois gestes. Partez du libellé d'ouverture, appliquez le pas de trois, arrêtez-vous au dernier libellé relevé : vous obtenez la totalité des entrées, de 133 bis à 226, sans en inventer aucune.

Deuxième geste, notez à côté de chaque entrée la date correspondante, puisqu'elle est celle du mensuel du même mois. Vous obtenez un double critère, et c'est lui qui vous sauve quand une annonce est imprécise : si le chiffre et le mois ne s'accordent pas selon cette règle, l'un des deux est faux, et il faut demander une photo avant d'aller plus loin.

Troisième geste, le plus contre-intuitif : relisez votre pile de mensuels avant de cocher quoi que ce soit. Beaucoup de collections comportent un doublon apparent qui n'en est pas un, et un manque invisible juste à côté. Tant que votre inventaire confond les deux objets dans une même ligne, il surestime ce que vous possédez.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Lire une annonce sans se tromper de fascicule

Une annonce qui dit « Strange 151 » ne vous renseigne pas. Elle peut désigner le mensuel de l'été 1982, ou le hors-série qui porte ce chiffre à la même date. Le millésime ne tranche pas davantage, puisque les deux objets le partagent, et c'est bien ce qui rend ce cas particulier plus retors qu'une homonymie ordinaire.

Les éléments qui tranchent sont ailleurs. Demandez la couverture entière, avec sa ligne de titre complète, et comparez la pagination à celle d'un mensuel que vous possédez déjà. Un hors-série trimestriel n'a pas le gabarit d'un fascicule mensuel, et cette différence se voit sur la tranche comme au toucher. La page de sommaire, enfin, lève tous les doutes en une photo.

Méfiez-vous aussi du suffixe employé à contretemps. Un vendeur qui écrit « bis » pour un chiffre élevé recopie une habitude et non son exemplaire : son libellé est une approximation, pas une preuve. À l'inverse, l'absence de « bis » ne prouve rien du tout, puisque Lug l'a abandonné très tôt. Dans les deux cas, revenez à l'objet.

L'état, les pièges à l'achat et la cote

L'appareil de rubriques dont nous parlions plus haut pèse sur l'état des exemplaires. Là où le catalogue relève « Jeux » ou « Retrancher une lettre », il y a des grilles, des cases et des réponses à inscrire, et beaucoup de lecteurs les ont remplies. Un exemplaire annoté ou amputé d'une page de jeux change de catégorie, même si sa couverture est irréprochable : vérifiez cette partie avant la tranche.

Les autres points de contrôle sont ceux de toute revue souple ayant vieilli en cave ou en grenier : le dos, qui blanchit au premier feuilletage appuyé, les agrafes, les pliures d'angle, le jaunissement du papier. Sur une parution trimestrielle, le tirage est par construction plus modeste que celui du mensuel qui l'accompagnait, et les exemplaires vraiment frais se font donc rares aux deux extrémités de la collection.

Sur la valeur, raisonnez en rapports et non en montants. Un lot complet se négocie mieux qu'un lot troué, un exemplaire d'ouverture mieux qu'un numéro de milieu de parcours, et un fascicule complet de ses pages de jeux mieux qu'un exemplaire joué. Et gardez en tête le biais propre à ce titre : une offre qui mélange mensuels et hors-séries sous un même chiffre vend souvent moins de pièces distinctes qu'elle n'en annonce.

Questions fréquentes

Le catalogue en relève trente-deux, du lancement de janvier 1981 au dernier trimestre de 1988. Le chiffre est modeste, mais il porte sur huit années pleines, à raison d'une parution par trimestre. Une collection complète représente donc un objectif atteignable, à condition d'avoir la bonne liste d'entrées au départ.

Parce que leur chiffre était déjà pris par le mensuel du même mois, et que l'éditeur a d'abord voulu lever l'ambiguïté. Le procédé a été abandonné dès la troisième parution, sans que le principe d'emprunt change. Vous rencontrerez donc deux libellés suffixés, puis trente chiffres nus qui désignent pourtant la même situation.

Non, et c'est l'erreur la plus fréquente sur ce titre. Deux chiffres sur trois ne sont pas attribués à ce hors-série, simplement parce que le pas suit le trimestre et non le mois. Ces libellés appartiennent à la revue mensuelle. Ne les inscrivez pas dans votre liste de manques, vous chercheriez indéfiniment.

Pas entièrement. La fiche conserve un seul intitulé, parfois celui d'une rubrique documentaire et non d'un récit, alors que le fascicule en empilait plusieurs. Elle vous oriente, elle ne tient pas lieu de sommaire. Pour un achat à distance, demandez la photo de la page de sommaire : c'est la seule réponse fiable.

Pleinement, et plus que sur une revue sans rubriques. Les intitulés relevés montrent que ces fascicules comportaient des jeux à compléter, donc des pages souvent écrites ou découpées. Un exemplaire vierge de ces interventions se distingue nettement, et cette vérification se fait page à page, pas sur une photo de couverture.