Une Aventure des Fantastiques est une collection Lug consacrée à une seule équipe, lancée au deuxième trimestre 1973 et arrêtée en 1987 après quarante-trois numéros. Elle paraissait deux puis trois fois l'an, sans mois imprimé sur la plupart des couvertures. Deux de ses derniers fascicules annoncent eux-mêmes une deuxième édition. C'est un format intermédiaire entre le périodique d'anthologie et l'album, et c'est ce qui le rend si difficile à identifier dans un lot.
Vous ouvrez une caisse achetée en brocante, et au milieu des revues d'anthologie habituelles vous tombez sur un fascicule plus épais que les autres, avec les Quatre Fantastiques seuls en couverture et un numéro à un ou deux chiffres. Ni album, ni mensuel : vous tenez probablement un exemplaire d'Une Aventure des Fantastiques, et la question qui suit est toujours la même, à savoir lequel, puisque rien sur l'objet ne vous donne un mois de parution.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Une collection pour une seule équipe, à côté des grandes revues
Le modèle dominant chez Lug, c'était la revue d'anthologie : un titre, et dedans trois ou quatre séries qui se partagent la pagination. Une Aventure des Fantastiques prend le contre-pied. Tout l'espace va à la même équipe, numéro après numéro, du premier fascicule au dernier. Pour un lecteur de l'époque, cela changeait le rapport à l'objet : on n'achetait plus un panier de séries en espérant que l'épisode attendu s'y trouve, on achetait un rendez-vous avec les Fantastiques.
Pour vous, collectionneur, la conséquence est différente et moins confortable. Une collection monographique ne se repère pas par son logo de revue mais par son sujet, et un vendeur pressé décrira l'objet par ce qu'il voit en couverture, pas par le titre exact du fascicule. C'est la racine de presque tous les problèmes d'identification décrits plus bas.
Le relevé du catalogue indique aussi que le titre français de l'histoire mise en avant n'existe pas toujours. Sur les six premiers numéros, il ne porte que l'intitulé de la collection elle-même, sans titre propre. Autrement dit, le début de la série est la partie la plus mal documentée, alors que c'est elle qu'on cherche en premier.
Deux par an, puis trois, puis plus rien de lisible
Les deux premières années fonctionnent sur un rythme très lent : deuxième trimestre, puis quatrième trimestre, et on recommence l'année suivante. À partir de 1975, la cadence passe à trois sorties annuelles, d'abord calées sur les premier, troisième et quatrième trimestres, puis décalées vers les deuxième, troisième et quatrième à l'orée des années quatre-vingt. Ce glissement de calendrier n'est pas un détail d'érudit : il explique pourquoi deux numéros consécutifs peuvent paraître séparés par six mois ici et par trois mois là.
Une anomalie mérite l'attention. Les numéros 4 et 5 portent tous deux la mention du quatrième trimestre 1974. Deux fascicules annoncés sur le même trimestre, c'est soit un rattrapage de retard, soit une mention de couverture approximative, et dans les deux cas cela vous interdit de reconstituer la chronologie par les seules dates imprimées. Classez par numéro, jamais par trimestre.
La fin de parcours est pire. À partir du numéro 35, la mention trimestrielle disparaît du relevé et laisse place au seul millésime, parfois répété sur deux fascicules de suite. Deux numéros tardifs échappent à la règle et portent un mois, décembre pour l'un et avril pour l'autre, ce qui au passage confirme que la collection a bien vécu jusqu'en 1987. Et un numéro, le 38, n'a aucune date du tout : si un vendeur vous en annonce une, elle vient de son estimation personnelle.
Les numéros qui comptent, et ceux dont le titre ne dit rien
Le relevé des titres d'histoire fait apparaître une hiérarchie que la numérotation seule ne montre pas. Un intitulé revient cinq fois sur l'ensemble de la collection : celui de Fatalis, décliné en robots, imposture, micro-monde et machination. Un adversaire qui occupe la couverture ou le sommaire principal à ce rythme-là est la colonne vertébrale éditoriale de la série, et ces fascicules sont les premiers que les acheteurs réclament à l'unité.
Trois autres numéros mettent en avant le Prince des Mers, dont un intitulé de retour, ce qui situe la série dans la logique des grands antagonistes historiques de l'équipe plutôt que dans celle des créations nouvelles. Un numéro annonce l'arrivée de Galactus, un autre une confrontation avec les X-Men. Ce sont les deux titres qui, dans une liste de vente, feront monter l'attention au-delà du cercle des amateurs de la famille Richards, parce qu'ils engagent des personnages qui ont leur propre public.
À l'inverse, méfiez-vous des entrées muettes. Sur plusieurs fascicules, le titre relevé n'est pas une histoire mais un élément d'imprimé : une quatrième de couverture, ou une annonce de la collection d'albums maison. Cela ne veut pas dire que le numéro est vide, cela veut dire que le sommaire exploitable n'a pas été saisi. Quand on additionne ces entrées muettes et les six premiers numéros au titre générique, c'est plus d'un tiers de la collection dont le contenu réel ne peut être connu que l'exemplaire en main.
Le fil des dessinateurs, et ce qu'il raconte de l'édition
Deux noms français traversent toute la collection : Jean Frisano et Jean-Yves Mitton, crédités au dessin du premier numéro au dernier. Chez Lug, cette présence constante signale le travail de couverture et d'adaptation graphique, et elle vous donne un repère d'authenticité utile : un fascicule de cette collection sans aucun des deux au générique est une exception, pas la norme.
Les exceptions, justement, sont rares et localisées. Un seul numéro, le 34, fait apparaître Christian Goussale, et Frisano n'y figure pas. Une autre poignée de fascicules se passe de Mitton, dont celui où Steve Ditko apparaît au dessin. Si vous constituez une collection complète, ces quatre ou cinq numéros atypiques sont ceux qu'il faut vérifier au générique plutôt que de les présumer conformes aux autres.
Côté américain, Jack Kirby domine le relevé au dessin, ce qui place le gros de la collection dans le matériel fondateur de l'équipe. Mais la série ne s'y tient pas : John Buscema puis Sal Buscema apparaissent sur trois numéros voisins à la charnière des années soixante-dix, George Pérez et Keith Pollard plus tard, John Byrne sur un fascicule tardif. Un collectionneur qui achète cette série pour le dessin de Kirby doit donc savoir qu'une partie des numéros ne lui doit rien.
Les noms français au scénario, et pourquoi ils troublent les recherches
Le relevé des scénaristes mélange deux choses différentes. On y trouve Stan Lee sur la grande majorité des fascicules, accompagné selon les numéros d'Archie Goodwin, de Bill Mantlo, de Len Wein, d'Alan Kupperberg, de Marv Wolfman ou de Doug Moench. Et on y trouve aussi des noms français : Geneviève Coulomb sur trois numéros, Yves Chantereau sur un, Jean-Yves Mitton lui-même crédité au scénario sur un autre.
Ces mentions françaises correspondent selon toute vraisemblance au travail d'adaptation et de réécriture propre à l'édition Lug, dont les pratiques sont bien connues des amateurs même si les sources divergent sur l'ampleur exacte des remaniements. Ce qu'il faut en retenir à l'achat est pratique : un moteur de recherche interrogé sur l'un de ces noms ne vous sortira pas la série américaine attendue, et l'absence de résultat ne signifie pas que le vendeur s'est trompé.
Vous collectionnez cette série ?
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Commencer mon essai →Pourquoi ces fascicules se perdent dans les lots
Le titre commence par un article indéfini. Résultat, le même objet se retrouve classé sous A, sous F, sous « Fantastiques », ou décrit comme un hors-série des revues d'anthologie dont il n'a jamais fait partie. Dans une annonce rédigée à la va-vite, il devient « album Fantastiques Lug », ce qui le mélange avec les véritables albums reliés, et l'acheteur découvre un fascicule souple là où il attendait un dos carré.
La deuxième cause est l'absence de mois. Un lot de revues françaises se trie d'ordinaire par date de couverture, et ici la date s'arrête au trimestre pour les trois quarts de la collection, puis au millésime seul vers la fin. Les fascicules sans date lisible glissent naturellement vers le fond de la pile, là où personne ne les décrit. C'est désagréable pour le vendeur et avantageux pour vous : les numéros tardifs sont précisément ceux qui s'achètent au prix du lot.
La troisième cause est la numérotation courte. Quarante-trois numéros sur quatorze ans, cela donne des couvertures où le chiffre tient sur une seule case, facile à confondre avec celui d'une autre collection Lug de même gabarit. Vérifiez toujours le titre complet, pas seulement le numéro.
Reconnaître une édition, et repérer la deuxième
Deux numéros de la fin de collection portent dans leur titre même la mention d'une deuxième édition, l'un consacré à la Panthère Noire et l'autre au Docteur Fatalis. C'est l'information la plus utile de tout cet article, parce qu'elle vous dit noir sur blanc que la série se termine en partie sur du matériel republié, et qu'un même contenu peut donc exister sous deux habillages.
Pratiquement, cela veut dire qu'un exemplaire décrit par son seul contenu ne suffit jamais. Demandez une photo de la couverture entière, mention de prix et mention d'édition comprises, et une photo de la page d'ours si elle existe. Une republication tardive n'a pas la même rareté qu'un tirage d'époque, même quand les pages intérieures se ressemblent.
Le même raisonnement vaut pour les numéros dont l'entrée de catalogue ne retient qu'une quatrième de couverture. L'élément indexé est un imprimé publicitaire, qui change d'un retirage à l'autre : s'il correspond à ce que montre la photo, vous avez un indice de datation que la couverture ne vous donne pas.
L'état, les pièges à l'achat, et comment compléter
Un fascicule trimestriel plus épais que la moyenne souffre d'abord au dos. L'agrafage travaille davantage, le pli central marque, et un exemplaire qui ne reste pas fermé à plat a presque toujours été lu plusieurs fois. Regardez ensuite les angles de la couverture, qui sur ces formats dépassent légèrement du bloc de pages et prennent les coups en premier dans une pile.
Trois pièges reviennent dans les annonces. On vous vend un numéro de la série en le présentant comme la première parution française d'un personnage : rien dans la documentation disponible ne permet de l'affirmer, puisque le sommaire complet des fascicules français n'est pas documenté et qu'une revue de ce format publiait plusieurs épisodes. On vous annonce une correspondance précise avec un numéro américain : même réponse, à vérifier page par page sur l'exemplaire. On vous propose un ensemble « complet » qui s'arrête avant le numéro 43 : la collection va bien jusque-là.
Pour compléter, travaillez par blocs de parution plutôt que par numéros isolés. Le début des années soixante-dix, à deux sorties annuelles, concerne peu de fascicules et se trouve surtout chez les spécialistes. Le cœur des années quatre-vingt, à trois sorties par an, est la partie la plus abondante et la moins chère à l'unité. La queue de collection, celle sans trimestre imprimé, est la plus facile à rater et doit être cochée numéro par numéro sur une liste tenue à jour. Un adversaire comme Fatalis vous donne au passage un fil conducteur commode pour prioriser vos achats.
La cote aujourd'hui, et le suivi de votre collection
La valeur de ces fascicules se construit sur trois leviers, et aucun des trois n'est un montant. Le premier est l'état du dos et des angles, qui sur un format agrafé épais fait tout l'écart entre un exemplaire de lecture et un exemplaire de collection. Le deuxième est le sujet de couverture : les numéros à grand antagoniste se négocient structurellement mieux que les fascicules au titre générique. Le troisième est le statut d'édition, un tirage d'époque n'étant pas comparable à une republication tardive.
Le suivi, lui, demande une discipline particulière à cette série. Comme les dates ne sont pas exploitables, votre liste doit s'organiser sur la numérotation et porter, pour chaque entrée, l'état, la mention d'édition relevée sur la couverture et ce que vous avez réellement lu dans le sommaire. C'est la seule manière de savoir, deux ans plus tard, si le numéro que vous possédez est bien celui que vous croyez. Une fiche par exemplaire, avec photo de couverture, vaut tous les tableaux approximatifs.
Enfin, pensez votre collection comme un ensemble et non comme une addition de pièces. Une suite continue de cette série, en état homogène, raconte quatorze années de politique éditoriale française autour d'une seule équipe, et cette cohérence a sa propre valeur sur le marché. Elle se perd dès qu'on revend les numéros à adversaire fort séparément.
Questions fréquentes
La collection compte quarante-trois numéros, du deuxième trimestre 1973 à 1987. Une suite annoncée complète qui s'arrête avant le numéro 43 est donc incomplète, et c'est l'erreur la plus fréquente dans les annonces de lots. Vérifiez toujours la borne haute avant d'acheter un ensemble présenté comme intégral.
Parce que la collection était datée au trimestre, et seulement au millésime à partir du numéro 35. Deux fascicules tardifs portent exceptionnellement un mois, décembre puis avril. Un numéro n'a aucune date relevée. Si un vendeur vous annonce un mois précis sur les autres, il l'a déduit, pas lu.
Deux numéros proches de la fin portent explicitement cette mention dans leur titre, l'un autour de la Panthère Noire, l'autre autour du Docteur Fatalis. Cela signale une republication plutôt qu'un contenu neuf. Un exemplaire republié ne se valorise pas comme un tirage d'époque : demandez une photo de la couverture complète.
Pas de façon fiable à distance. La documentation disponible ne retient qu'un titre d'histoire par fascicule, alors que ce format en publiait plusieurs. Toute correspondance affirmée avec un numéro américain est une hypothèse. La seule méthode sûre reste de feuilleter l'exemplaire et de relever les épisodes un par un.
Ceux dont le titre engage un adversaire majeur. Fatalis revient cinq fois sur l'ensemble de la collection, le Prince des Mers trois fois, et deux fascicules isolés annoncent Galactus et les X-Men. Ces numéros intéressent un public plus large que les seuls amateurs de l'équipe, et ils se raréfient plus vite à l'unité.