Collectionner Power Girl demande deux précautions particulières. D'abord vérifier l'année : sa première apparition (All Star Comics #58, 1976) porte la numérotation d'un titre des années 1940, ce qui produit des confusions permanentes. Ensuite comprendre que ses numéros les plus intéressants — ceux de la réécriture de son origine — ne figurent dans aucun index.
Ce dossier est peu coûteux et mal documenté, ce qui en fait l'un des plus favorables de ce corpus à qui prend le temps de comprendre sa structure.
Cette structure tient en une phrase : le personnage a été créé en 1976, privé de son origine au milieu des années 1980 par une décision qui ne le concernait pas, doté d'une origine de remplacement, puis rétabli vingt ans plus tard.
L'ambiguïté de numérotation : la vérification obligatoire
C'est le point technique le plus important de ce dossier, et il concerne le numéro le plus cher.
All Star Comics est un titre des années 1940, interrompu au début des années 1950. Quand l'éditeur le relance en 1976, il choisit de poursuivre la numérotation d'origine plutôt que de repartir d'un numéro 1.
Conséquence : un « All Star Comics #58 » peut désigner, selon le contexte, un fascicule de 1976 ou un objet d'une tout autre nature et d'une tout autre valeur.
Trois réflexes s'imposent donc, systématiquement :
Exigez le millésime. Une annonce qui ne donne que le titre et le numéro est incomplète. Ce n'est pas nécessairement une tentative de tromperie — les vendeurs eux-mêmes s'y perdent — mais l'ambiguïté doit être levée avant l'achat.
Vérifiez le prix de couverture imprimé. Il situe immédiatement l'époque, et c'est l'information la plus fiable disponible sur une photo.
Méfiez-vous des classements en bac. Un numéro de 1976 portant une numérotation d'époque ancienne se range mal. On le trouve parfois avec les années 1950 — ce qui produit des erreurs dans les deux sens, et donc des occasions.
Les numéros de réécriture : le gisement du dossier
Voici la recommandation centrale de ce guide, et elle ne figure dans aucun autre.
L'origine de Power Girl a été écrite trois fois : en 1978, à la fin des années 1980, puis au milieu des années 2000. Chaque version occupe des numéros précis, parfaitement identifiables.
Aucun d'eux n'est valorisé. La raison est mécanique : le marché recense les premières apparitions, et une réécriture d'origine n'en est pas une. Les index ne savent pas nommer cette catégorie, donc ils ne la contiennent pas.
Or c'est là que se trouve tout l'intérêt de ce personnage. Un individu dont la biographie a été refaite trois fois en trente ans documente, à lui seul, la manière dont un éditeur gère son catalogue — ce qu'il supprime, ce qu'il remplace, ce qu'il finit par restituer sous la pression des lecteurs.
Ces numéros se trouvent au prix du tout-venant. C'est le meilleur rapport contenu-prix de tout le dossier, et de loin.
Deux ensembles complétables intégralement
Ce dossier offre une possibilité que peu de personnages majeurs autorisent : constituer des collections réellement complètes.
Le personnage n'a obtenu un titre continu à son nom qu'en 2009, trente-trois ans après sa création. Une seconde série suit dans les années 2010, avec une partenaire.
Ces deux ensembles totalisent quelques dizaines de fascicules, tous issus de périodes d'offre abondante. On les réunit sans difficulté, en quelques recherches, pour un budget très modeste.
Ce corpus recommande cette voie à qui débute sur ce personnage. Une collection close — même sans pièce coûteuse — procure quelque chose qu'une sélection lacunaire ne procure jamais : on peut la lire de bout en bout.
Reconnaître un bel exemplaire de 1976
La partie ancienne de cette collection appartient au milieu des années 1970, période aux défauts caractéristiques qu'il faut savoir repérer.
Le jaunissement des bords est le premier signal. Il progresse par oxydation et ne se corrige pas ; un exemplaire dont les tranches ont bruni ne redeviendra jamais frais.
Les agrafes viennent ensuite. L'auréole brune de la rouille ne se voit pas sur une photo prise de face — demandez une vue rapprochée, ou passez votre chemin.
Les coupons découpés constituent le défaut le plus coûteux et le moins mentionné. Les pages intérieures de cette période comportaient des bons à renvoyer, et beaucoup d'exemplaires ont été amputés. Exigez des photos de l'intérieur.
Le décalage de massicot enfin, fréquent à cette époque : un exemplaire mal coupé plafonne en gradation quelle que soit sa fraîcheur par ailleurs.
Sur les numéros postérieurs à 2009, aucune de ces précautions n'est nécessaire : l'offre en excellent état est abondante, et un exemplaire décevant se remplace pour presque rien.
Ce que vous n'achèterez pas
Une honnêteté nécessaire sur ce dossier : il ne comporte aucune clé indirecte.
Chez la plupart des personnages, l'entourage fournit des premières apparitions secondaires intéressantes — un adversaire, un partenaire, un membre de la famille. Power Girl n'en a pas, et c'est une conséquence directe de sa situation : son monde d'origine ayant été supprimé, elle n'a jamais constitué de galerie propre.
Son entourage appartient à d'autres franchises, avec leurs propres marchés, généralement bien plus chers.
Cela simplifie le dossier autant que cela le limite. Il n'y a pas de piste cachée du côté des seconds rôles — tout se joue sur ses propres numéros.
Pourquoi ce dossier est plus favorable qu'il n'en a l'air
Une mise en perspective, parce que ce personnage souffre d'une réputation de second rang qui ne correspond pas à ce que le dossier offre réellement.
Trois facteurs jouent en faveur du collectionneur, et ils se cumulent.
Une première apparition à triple demande. Le numéro de 1976 est recherché pour le personnage, pour la signature de Wally Wood au générique, et pour la relance d'une équipe historique. Un numéro soutenu par trois demandes indépendantes se comporte nettement mieux dans les creux qu'un numéro qui n'en a qu'une — quand l'intérêt pour le personnage retombe, les deux autres continuent de porter.
Une rareté authentique sur le segment ancien. Contrairement à la plupart des dossiers de cette campagne, la partie coûteuse de celui-ci relève d'une rareté réelle et non d'une simple notoriété. Un titre relancé après vingt-cinq ans d'interruption reçoit un tirage prudent, et s'adresse à un lectorat étroit.
Un potentiel d'adaptation intact. Le personnage n'a jamais été porté à l'écran en rôle central. Ce corpus a observé ailleurs que c'est la centralité, non la simple présence, qui déplace les cotes — rien n'a donc encore été consommé de ce côté.
Face à cela, une seule faiblesse, mais elle est réelle : l'absence totale de clés indirectes. Le dossier ne se diversifie pas.
Faut-il faire graduer ?
La réponse est nette et diffère selon deux segments seulement, ce qui simplifie l'arbitrage.
All Star Comics #58 (1976) : oui, sans réserve. C'est le seul numéro du dossier où la gradation se justifie systématiquement, et pour trois raisons qui se renforcent. Elle authentifie — l'ambiguïté de numérotation rend l'identification délicate. Elle détecte les restaurations, fréquentes sur les clés d'âge de bronze. Et elle rend l'exemplaire comparable à des ventes récentes, ce qui est indispensable sur un numéro peu échangé.
Showcase #97 (1978) : selon l'état. Un exemplaire nettement au-dessus de la moyenne le justifie ; un exemplaire correct ne le justifie pas, le coût de gradation dépassant souvent le gain de valeur.
Tout le reste : non. Les numéros de réécriture, les séries solo, les récits modernes appartiennent à des périodes d'offre abondante. La gradation n'y ajoute rien, sauf sur un exemplaire réellement exceptionnel.
Ce corpus applique une règle générale que ce dossier illustre bien : la gradation se justifie quand elle lève un doute — sur l'authenticité, sur une restauration, ou sur un état exceptionnel. Elle ne se justifie pas comme habitude.
Trois stratégies selon le budget
Budget serré — les séries solo complètes. Le run de 2009 et celui des années 2010, intégralement. Quelques dizaines de numéros, budget dérisoire, et une collection réellement terminée qui contient le personnage tel qu'il est écrit aujourd'hui.
Budget intermédiaire — ajouter les réécritures. Showcase (1978) pour l'origine initiale, puis les numéros de la fin des années 1980 pour l'origine de remplacement, puis ceux du rétablissement. Vous détenez alors le vrai matériau du dossier, pour presque rien.
Budget confortable — l'origine. All Star Comics #58 (1976), avec vérification impérative de l'année, des pages intérieures et des agrafes. C'est le seul achat de ce dossier où l'expertise se justifie.
Organiser une collection sans série centrale
Un problème pratique que ce dossier pose plus que les autres : rien ne sert de colonne vertébrale.
Chez un personnage à série longue, la collection s'organise d'elle-même — on suit une numérotation, on repère les trous, on complète. Ici, les numéros proviennent de cinq titres différents sur quarante ans, sans continuité de numérotation.
Ce guide recommande un classement par époque de statut plutôt que par titre. Quatre entrées suffisent :
1976-1985, l'origine valide. All Star Comics, Showcase, et les apparitions d'équipe de la période. Le personnage a un monde, une famille, une cohérence.
1985-fin des années 1980, le vide. Le monde a disparu, la nouvelle origine n'est pas encore écrite. Segment court et curieux : le personnage y existe sans explication.
Fin 1980s-milieu 2000s, l'origine de substitution. La version de remplacement, restée en vigueur une quinzaine d'années.
Milieu 2000s à aujourd'hui, l'origine rétablie. Le retour à la version initiale, puis les séries solo.
Ce classement présente un avantage que ce corpus juge décisif sur ce dossier précis : il rend visible le sujet même du personnage. Une collection rangée par titre ne raconte rien ; rangée par statut, elle raconte exactement ce qui fait l'intérêt de Power Girl.
Il facilite aussi le repérage des manquants, en faisant apparaître les trous comme des périodes plutôt que comme des numéros isolés — information bien plus opérationnelle quand on chasse en bac ou en lot.
Résumé : la liste minimale
- Power Girl #1 et suivants (2009) — le point de départ recommandé, le personnage à son meilleur.
- Showcase #97 (1978) — l'origine initiale, celle qui sera supprimée puis rétablie.
- Les numéros de réécriture (fin des années 1980) — invalorisés, et pourtant le cœur du dossier.
- Les numéros du rétablissement (milieu des années 2000) — la parenthèse se referme.
- La série des années 2010 — à compléter intégralement.
- All Star Comics #58 (1976) — la première apparition. ⚠️ Vérifiez l'année.
Une soixantaine de numéros, dont un seul réellement coûteux.
Comme toujours, l'état et la gradation déterminent la valeur ; l'appui sur des ventes récentes réelles est vivement conseillé avant chaque achat.
Pour approfondir, consultez notre tier list des issues clés, nos meilleurs arcs et l'univers du personnage.
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