The Underwater Welder et Trillium : les récits courts de Lemire — illustration article
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The Underwater Welder (2012, Top Shelf) et Trillium (2013-2014, Vertigo, 8 numéros) sont les deux récits courts qui montrent le mieux ce que Jeff Lemire cherche formellement. Le premier est un huis clos sur la paternité, dessiné en noir et blanc ; le second une histoire d'amour à travers le temps, construite avec des planches qu'il faut retourner. Les deux se lisent isolément, sans rien connaître du reste.

Deux récits courts, deux expériences de forme. Ce sont les livres à conseiller à qui veut tester Lemire sans s'engager sur une série longue.

Ils sont aussi les plus mal servis par leur résumé : « un soudeur hanté par son père » et « une romance entre deux époques » ne disent rien de ce que la lecture produit. Cet article détaille chacun, explique pourquoi ils forment une paire cohérente, et lequel choisir selon ce que vous cherchez.

The Underwater Welder : un huis clos sous l'eau

Jack Joseph est soudeur sur une plateforme pétrolière au large de la Nouvelle-Écosse. Sa femme est enceinte, le terme approche, et il enchaîne les plongées plutôt que de rentrer. Son propre père, plongeur lui aussi, a disparu en mer un soir d'Halloween quand Jack avait dix ans.

Lors d'une plongée, quelque chose se produit sous l'eau. Jack remonte dans une version du monde où il n'existe plus tout à fait, et où le soir de la disparition de son père se rejoue.

Le livre a été présenté par Damon Lindelof comme l'épisode le plus émouvant de La Quatrième Dimension jamais produit. La comparaison est juste : le dispositif fantastique est minimal, jamais expliqué, et sert entièrement à mettre un homme face à ce qu'il est en train de reproduire.

Ce que le livre réussit tient à un détail de mise en scène : Lemire ne dessine presque jamais le visage de Jack pendant les plongées. Le casque, la visière, les reflets. Un homme dont on ne voit pas les yeux pendant cent pages, et qui refuse de rentrer chez lui — la forme dit le sujet sans qu'une seule ligne de dialogue ait à le faire.

Trillium : deux récits qui se rejoignent par le milieu

Nika est botaniste en 3797, envoyée sur une planète lointaine chercher un remède à un virus qui achève l'humanité. William est explorateur britannique en 1921, à la recherche d'un temple perdu au Pérou. Ils se rencontrent, ce qui n'a aucun sens, et la série passe huit numéros à rendre cette rencontre possible.

Le livre qu'il faut retourner

Plusieurs numéros se lisent depuis les deux extrémités : l'histoire de Nika d'un côté, celle de William de l'autre, jusqu'à une double page centrale où les deux récits se touchent. Le lecteur doit physiquement retourner le fascicule.

Deux langues, deux couleurs

Les personnages ne se comprennent pas. Lemire refuse la traduction commode et laisse le lecteur dans la même incompréhension qu'eux, en distinguant les époques par des palettes opposées.

Une seule fleur

Le trillium du titre est la plante qui relie tout. Elle est réelle — c'est la fleur emblème de l'Ontario, la province où Lemire a grandi. Le détail n'est jamais souligné dans le livre.

Pourquoi les lire ensemble

Publiés à un an d'intervalle, ces deux livres forment le moment où Lemire teste jusqu'où la forme peut porter le fond. Ils partagent trois traits.

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Un fantastique jamais expliqué

Ni l'un ni l'autre ne justifie son surnaturel. Aucune science, aucune règle, aucune révélation finale. Le procédé sert un état intérieur, et s'arrête là.

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La transmission comme sujet

Un homme qui va devenir père et n'a pas réglé la question du sien ; deux personnes séparées par huit siècles qui essaient de se transmettre quelque chose. C'est le même problème sous deux costumes.

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La page comme outil

Le casque qui cache le visage dans l'un, les planches à retourner dans l'autre : dans les deux cas, le dispositif graphique porte une part du sens que le texte ne dit pas.

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Un format court et fini

Cent trente pages pour l'un, huit numéros pour l'autre. Aucune suite, aucun univers étendu. Deux achats qui se referment.

L'eau et l'espace : deux façons de dessiner le vide

Les deux livres reposent sur un même problème graphique : représenter un milieu où il n'y a rien à dessiner. Lemire le résout différemment dans chacun, et la comparaison est instructive.

Dans The Underwater Welder, le fond marin est traité en noir massif. Pas de dégradés, pas d'effets de profondeur : de l'encre pleine, dans laquelle le casque de Jack forme parfois la seule zone claire de la page. L'effet est étouffant, et il transforme chaque plongée en descente psychique plutôt qu'en scène d'action. Quand le récit bascule dans le fantastique, ce noir devient l'endroit d'où viennent les souvenirs — sans qu'aucune transition ne soit nécessaire.

Dans Trillium, l'espace est au contraire traité en aplats de couleur saturée, souvent sans décor du tout. Les personnages flottent sur des fonds unis, roses ou verts selon l'époque. Le vide n'y est pas menaçant : il sépare, et c'est le sujet du livre — deux êtres qui ne devraient pas pouvoir se toucher.

Cette opposition résume assez bien les deux versants de son travail. Le noir de la mer, c'est le Lemire d'Essex County : la matière, le poids, l'enfermement. Les aplats colorés de Trillium, c'est celui qui écrira Descender avec Nguyen : l'abstraction, la distance, la mélancolie douce. Les deux livres paraissent à un an d'écart, et il n'a jamais été aussi visible qu'il travaillait sur deux registres à la fois.

Lequel choisir

Prenez The Underwater Welder si vous avez aimé Essex County ou si vous voulez savoir ce que Lemire fait quand il est seul aux commandes. C'est le plus personnel des deux, le plus dépouillé, et celui qui ressemble le plus au reste de son œuvre intimiste.

Prenez Trillium si vous venez de la science-fiction, ou si l'idée d'un livre qui joue avec son propre objet vous attire. C'est le plus spectaculaire formellement, et le seul de sa bibliographie qui pousse l'expérimentation aussi loin.

Une réserve honnête sur Trillium : le dispositif de lecture inversée fonctionne parfaitement en numéros souples, moins bien en recueil relié. Certaines éditions reliées ont dû réorganiser les pages, ce qui atténue l'effet. Si le procédé vous intéresse en tant que tel, cherchez les fascicules d'origine.

Le piège de collection sur Trillium : c'est l'un des rares cas où le format d'origine n'est pas seulement plus authentique, il est fonctionnellement différent. Un recueil qui a linéarisé les planches à retourner ne contient pas la même expérience de lecture, même si le texte et les dessins sont identiques.

Notez donc le format dans votre catalogue, pas seulement le titre. C'est l'une des rares séries où « je l'ai en recueil » et « je l'ai en numéros » ne veulent pas dire la même chose.

Leur place dans l'œuvre

Ces deux livres arrivent juste après Sweet Tooth et juste avant l'installation de Lemire chez Image comme auteur de séries longues. Ils marquent une bascule : c'est le dernier moment où il publie des récits courts entièrement personnels avant que Descender, Black Hammer et Gideon Falls n'occupent son calendrier.

On peut lire The Underwater Welder comme le quatrième volet officieux d'Essex County : même région du Canada, même père absent, même homme incapable de parler. La différence est le métier — soudeur plutôt que fermier ou hockeyeur — et l'eau, qui remplace la neige comme espace blanc.

Trillium, lui, annonce ce que Lemire fera plus tard avec Andrea Sorrentino sur Gideon Falls : faire de la composition de la page le lieu où l'histoire se passe. La différence est qu'il le fait seul ici, ce qui rend le résultat plus rugueux et, selon les lecteurs, plus attachant.

Halloween, et le seul repère temporel du livre

Un détail de The Underwater Welder mérite d'être signalé parce qu'il structure tout le récit sans jamais être commenté : l'action se déroule le soir d'Halloween, et la disparition du père a eu lieu un soir d'Halloween.

Lemire n'exploite jamais le potentiel horrifique de la date. Pas de déguisements menaçants, pas d'atmosphère de film. Halloween sert à une seule chose : c'est la nuit où l'on frappe aux portes, où les enfants attendent leur père, et où celui de Jack n'est pas rentré. La fête devient l'anniversaire d'un abandon.

Ce refus d'exploiter un décor qui s'y prêtait est caractéristique. Lemire prend systématiquement les éléments les plus codés — le super-héros, le fantôme, le monstre marin, la fête costumée — et refuse d'en faire ce que le genre attend. C'est aussi ce qui explique que ses livres circulent bien au-delà du lectorat de bande dessinée : il n'y a jamais de code à connaître pour y entrer.

Les formats et la disponibilité

The Underwater Welder a été publié directement en volume unique chez Top Shelf, avec une réédition ultérieure. Il n'y a donc pas de casse-tête de découpage : un livre, un objet. C'est le plus simple à acheter de toute la bibliographie.

Trillium existe en 8 numéros souples et en recueil. Comme indiqué plus haut, les deux formats ne procurent pas exactement la même lecture — un cas rare qu'il vaut mieux connaître avant d'acheter.

Un mot sur l'état du marché d'occasion : ces deux titres n'ont pas connu la flambée qu'ont vue Sweet Tooth ou Black Hammer, portés l'un par une adaptation télévisée, l'autre par un univers étendu. Ils restent accessibles, y compris en bon état, ce qui en fait des entrées raisonnables dans l'œuvre pour qui veut la découvrir sans engager un budget.

Les deux titres ont circulé en français, avec une disponibilité irrégulière selon les périodes. Comme pour le reste de l'œuvre, vérifiez la pagination et les numéros couverts plutôt que de vous fier au titre seul.

Questions fréquentes

Non, les deux sont totalement autonomes et ne supposent aucune lecture préalable. Ce sont même de bons tests : courts, finis, et représentatifs de deux facettes très différentes de son travail.

Moins bien. Les planches conçues pour être lues en retournant le fascicule perdent une partie de leur effet quand elles sont réorganisées en volume relié. Si le procédé formel est ce qui vous attire, cherchez les numéros souples d'origine.

Non, et c'est un récit complet en un seul volume, sans suite ni personnage récurrent. Une adaptation cinématographique a été évoquée à plusieurs reprises sans jamais aboutir à ce jour, ce qui n'a aucune incidence sur le livre. Il se suffit entièrement à lui-même, et c'est précisément ce qui en fait un bon cadeau. Une adaptation cinématographique a été évoquée à plusieurs reprises sans aboutir à ce jour. Le livre se suffit entièrement à lui-même.

The Underwater Welder sans hésiter. C'est un volume unique, sans référence à aucun univers, dont le sujet — devenir père quand on n'a pas eu de père — parle à n'importe quel lecteur. Trillium demande davantage d'habitude de la bande dessinée pour que son dispositif soit un plaisir plutôt qu'un obstacle.

Pour Trillium, oui, contrairement à la plupart des séries. Numéros souples et recueil ne procurent pas la même lecture, ce qui en fait deux objets distincts et non deux emballages du même contenu. C'est l'une des rares exceptions à la règle générale.

Le format compte autant que le titre

Enregistrez l'édition et le format de chaque volume, pas seulement l'œuvre — sur certains livres, ce n'est pas la même lecture.

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