Titans (Semic, 1989) : le guide de collection, du n°120 au n°221, illustration article

Titans change d'éditeur en janvier 1989 sans toucher à son compteur : le premier fascicule publié par Semic porte le numéro 120, et la revue file ensuite d'une seule traite jusqu'au 221, daté de mai 1998. La numérotation ne repart jamais de 1. Le catalogue relève cent deux numéros sur cette période, sans le moindre trou dans la suite, et un seul véritable arrêt : l'année 1997, pendant laquelle la revue ne paraît pas.

Une pile de Titans posée sur une table ne se trie pas comme une pile de comics américains. Les numéros se suivent, les logos se ressemblent, et rien sur la tranche ne prévient le collectionneur qu'il tient en main deux époques éditoriales différentes. C'est tout l'enjeu de cette fiche : comprendre où commence la part Semic de la revue, ce qu'elle a publié, comment elle a glissé vers autre chose, et par quels détails matériels on reconnaît un fascicule de 1990 d'un fascicule de 1996.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Titans : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Le compteur ne repart pas de zéro, et c'est le premier piège

La question se pose à chaque annonce : un Titans numéro 12 vendu comme « Semic » est-il possible ? Non. Le catalogue est net sur ce point : la première livraison de l'ère Semic porte le numéro 120, datée de janvier 1989. Le compteur hérité de la période précédente est repris tel quel, sans remise à zéro, sans mention de nouvelle série, sans numéro un.

Cette continuité a une conséquence pratique immédiate. Un numéro de Titans identifie un fascicule de façon unique sur toute la durée de vie de la revue, ce qui simplifie énormément la tenue d'une liste de manques : il n'existe pas deux Titans 150, et vous n'avez jamais à préciser laquelle des deux séries vous cherchez. En revanche, le numéro seul ne vous dit pas quel éditeur l'a sorti, ni à quelle décennie il appartient. Pour cela, il faut l'ours intérieur et la date de couverture, pas la couverture.

Beaucoup d'annonces se trompent exactement là, en présentant ces fascicules comme une « nouvelle série Titans » par analogie avec d'autres relances françaises de la même époque qui, elles, ont bel et bien recommencé à un. Ici, la bascule d'éditeur est invisible dans la pagination.

Ce que la revue publiait réellement

Les intitulés relevés dans le catalogue dessinent une revue d'anthologie, et non le support d'une seule série. Sur les premières années, on voit défiler des têtes d'affiche très différentes d'un mois sur l'autre : La Panthère Noire en février 1989, Le retour de l'Homme-Fourmi en juillet, Le grand retour de Daredevil en août, puis Silver Surfer à l'automne. Ce n'est pas un sommaire : c'est l'histoire mise en avant, celle qui sert de titre à la livraison.

Il faut insister sur cette nuance, parce qu'elle protège l'acheteur d'une erreur coûteuse. Le catalogue n'enregistre qu'un seul titre d'histoire par fascicule, alors qu'une revue française de ce format en empilait plusieurs. L'intitulé vous renseigne donc sur la vedette du numéro, jamais sur son contenu complet. Si vous cherchez un épisode précis, le seul moyen fiable reste de faire ouvrir l'exemplaire et de lire le sommaire intérieur.

La même prudence s'applique dans l'autre sens. Un fascicule intitulé Venom en février 1990 ne permet pas d'affirmer qu'il contient la première parution française du personnage, ni qu'il correspond à tel fascicule américain : la donnée disponible ne descend pas à ce niveau. Elle dit que ce mois-là, la revue a mis ce nom en avant. C'est déjà beaucoup, et c'est tout.

Un métronome de huit ans

La régularité de la revue est son trait le plus remarquable, et sans doute le plus utile à connaître quand on constitue une collection. De janvier 1989 à décembre 1996, les livraisons se succèdent au rythme d'une par mois, sans saut de numéro ni mois manquant. Quatre-vingt-seize fascicules pour quatre-vingt-seize mois : la correspondance est exacte, et elle vous donne un outil de datation gratuit.

Concrètement, si vous connaissez la date d'un numéro, vous déduisez celle de n'importe quel autre par simple soustraction, et inversement. Un exemplaire dont la couverture est illisible se replace dans le temps à partir de son voisin. C'est précieux pour vérifier qu'un lot annoncé comme « complet de telle année » l'est vraiment : une année pleine, ici, c'est douze fascicules, et douze numéros consécutifs. Un lot de onze est un lot troué, quelle que soit la façon dont il est présenté.

La date de couverture glisse, et c'est un repère

Le détail qui suit est de ceux qu'on ne remarque qu'en alignant les fascicules, et il vaut un marqueur d'époque. La toute première livraison de l'ère Semic ne porte qu'un mois, sans jour. Dès la suivante, en février 1989, la couverture annonce un jour précis de mise en vente, le 10, et s'y tient pendant près de quatre ans.

Puis la mécanique bouge. À partir de décembre 1992, le jour affiché passe du 10 au 5, ce qui correspond vraisemblablement à un changement de calendrier de distribution. Enfin, à partir de septembre 1994, le jour disparaît complètement des couvertures, qui ne portent plus que le mois et l'année jusqu'à la fin.

Pour un collectionneur, ces trois états de la date forment une grille de lecture immédiate. Une couverture qui annonce le 10 du mois appartient forcément à la première moitié de la vie de la revue. Une couverture sans jour appartient aux dernières années. Si une annonce vous montre une date incohérente avec le numéro affiché, vous tenez soit une erreur de saisie, soit un montage de deux exemplaires différents, et il faut demander des photos supplémentaires.

Le relais des créateurs, lu dans les crédits

Les noms enregistrés par le catalogue racontent, en creux, le matériel que la revue traduisait. Les premières années sont dominées par les scénaristes qui tenaient alors les séries mutantes et les séries d'équipe : Chris Claremont et Louise Simonson reviennent plus souvent que tous les autres sur l'ensemble de la période, signe que le socle de la revue est resté longtemps le même catalogue de titres. Steve Englehart accompagne les premiers mois, puis s'effacera.

Ensuite, les générations se succèdent de façon très lisible. John Byrne occupe le tournant des années quatre-vingt-dix, Rob Liefeld et Fabian Nicieza les crédits de 1991 et 1992, Jim Starlin l'essentiel de 1993 et 1994, Scott Lobdell, Dan Abnett et Andy Lanning le milieu de la décennie, et Warren Ellis l'année 1996. Un lecteur qui cherche une époque graphique précise peut donc viser directement les années concernées, sans parcourir toute la série.

Deux noms méritent une attention particulière, parce qu'ils renseignent sur la fabrication française du fascicule. Alan Davis est le créateur le plus présent du relevé, et il y apparaît tantôt comme auteur, tantôt comme dessinateur. Et Ciro Tota, artiste français, revient très régulièrement dans le champ « dessinateur » sur des numéros dont les histoires sont américaines : le champ mélange donc, par construction, les intervenants de la couverture et ceux des planches intérieures. Jean-Yves Mitton figure d'ailleurs aux crédits de la première livraison. Ne lisez pas ce champ comme le dessinateur de l'épisode principal.

Frise de parution de Titans : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

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Les intitulés qui en disent plus que l'histoire

Certains titres relevés ne sont pas des titres d'histoire du tout, et ce sont les plus instructifs. En avril 1995, une livraison s'intitule Image en France, imaginez... : la revue annonce elle-même, en couverture, l'arrivée en France d'un catalogue éditorial nouveau. Deux ans plus tard, ce qui n'était qu'une annonce sera devenu le contenu.

D'autres intitulés fonctionnent comme des enseignes commerciales plutôt que comme des titres : une livraison de février 1995 porte le nom d'une autre publication maison et de son numéro, et les six derniers fascicules de la revue sont intégralement construits sur ce principe. Quand vous tombez sur un de ces numéros, attendez-vous à un objet hybride, à mi-chemin entre le fascicule de lecture et l'échantillon promotionnel.

Enfin, deux intitulés se répondent à onze mois d'intervalle autour du passé de Serval, nom français de Wolverine : une première séquence au printemps 1992, puis un retour sur le même matériau au printemps 1993. C'est le genre de rappel éditorial qui montre qu'un sujet avait bien marché en kiosque, et ces numéros sont souvent plus demandés que leurs voisins immédiats.

L'année blanche de 1997 et les six derniers numéros

La fin de la revue n'est pas une extinction progressive, c'est une cassure. Le dernier fascicule du rythme mensuel est daté de décembre 1996. Le suivant porte une date de décembre 1997 : entre les deux, une année entière sans parution, alors que la revue n'avait pas manqué un seul mois depuis janvier 1989.

Ce qui reprend en décembre 1997 n'est plus la même publication. Les six derniers numéros portent des titres emmenés par d'autres catalogues que celui des débuts, et les crédits changent complètement : on y lit des noms liés aux studios américains apparus au début des années quatre-vingt-dix, dont Marc Silvestri, Brandon Peterson, David Finch et Michael Turner, aux côtés d'intervenants français comme Sophie Viévard ou Nicole Duclos dans le champ rédactionnel. La toute dernière livraison, en mai 1998, met en avant le premier numéro d'une série d'équipe DC. Autrement dit, Titans ne s'arrête pas sur le matériel qui l'avait fait vivre.

Pour la collection, cette fin crée une zone à part. Six fascicules sortis après un an d'interruption, dans un kiosque qui avait perdu l'habitude du titre, cela signifie des tirages et une diffusion sans rapport avec ceux des années fastes. C'est la tranche de la série que les vendeurs ont le moins souvent en stock, et celle qu'il faut chercher activement plutôt qu'attendre.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Reconnaître un exemplaire et juger son état

Commencez toujours par l'ours intérieur, cette mention légale de quelques lignes qui donne la raison sociale et le numéro de dépôt. C'est elle, et non la couverture, qui tranche la question de l'éditeur. Comparez ensuite la date de couverture avec la grille des trois états décrite plus haut : le jour affiché, ou son absence, doit être cohérent avec le numéro.

Sur l'état, les fascicules de kiosque de cette période ont leurs faiblesses propres. Le dos collé supporte mal les ouvertures répétées, et un exemplaire très lu présente souvent un bloc qui se détache par cahiers entiers plutôt qu'une simple cassure de dos. Vérifiez donc la tenue du bloc avant la blancheur du papier. Les angles de couverture, eux, trahissent le passage en présentoir : un frottement régulier sur un seul angle est le signe d'un exemplaire resté longtemps en rayon, pas d'un exemplaire maltraité par un lecteur.

Deux points sont souvent omis dans les annonces et changent beaucoup la valeur d'usage. Les pages de courrier et les rubriques rédactionnelles étaient parfois détachables, et il arrive qu'elles manquent sans que le vendeur le signale, car la pagination des histoires reste complète. Et les fascicules ayant servi de support à un encart promotionnel peuvent avoir été ouverts puis refermés en force, ce qui laisse une marque au centre du bloc.

Compléter la série, et suivre sa collection

La stratégie efficace découle directement de la structure que nous venons de décrire. La partie mensuelle des années fastes s'achète par lots annuels, parce qu'elle a circulé ainsi : viser douze numéros consécutifs vous coûtera presque toujours moins cher et vous prendra moins de temps que douze achats à l'unité. Réservez les achats pièce par pièce aux numéros que vous cherchez pour une raison précise, et à la tranche finale de 1997 et 1998, qui ne se présente jamais groupée.

Sur les écarts de cote, la logique est stable d'un marché à l'autre, sans qu'on puisse en donner de barème. Un fascicule dont la couverture met en avant un personnage très demandé se négocie au-dessus de ses voisins du même mois, à état égal. Les numéros ronds attirent une prime qui tient surtout à la psychologie de l'acheteur. Et l'écart entre un exemplaire lu et un exemplaire resté plat est, sur ce type de papier, plus large que sur les comics agrafés américains, parce que le dos collé ne pardonne pas.

Le vrai travail, sur une série de plus de cent numéros, est celui de la tenue de liste. Une collection de Titans se suit par numéro, puisque le compteur est unique, mais elle gagne à être annotée par année : vous repérez ainsi d'un coup d'œil l'année incomplète, et vous savez quoi demander à un vendeur qui vous propose un lot. Notez aussi, pour chaque exemplaire, l'état du dos séparément de l'état de la couverture. C'est la distinction qui vous servira le jour où vous revendrez.

Questions fréquentes

Non, et c'est l'erreur la plus répandue dans les annonces. Le premier fascicule de l'ère Semic porte le numéro 120 et poursuit sans interruption la numérotation existante, jusqu'au 221. Il n'existe donc pas deux Titans portant le même numéro, et le numéro seul ne permet jamais de déterminer l'éditeur : seules la date de couverture et la mention légale intérieure le font.

Le catalogue recense cent deux fascicules pour cette période, du 120 au 221, et la suite des numéros est pleine : aucun manquant. En revanche la série n'est pas continue dans le temps. Le rythme est mensuel de janvier 1989 à décembre 1996, puis la revue disparaît pendant un an avant six dernières livraisons.

Trois formes se succèdent. La première livraison ne porte qu'un mois. De février 1989 à l'automne 1992, les couvertures annoncent le 10 du mois. À partir de décembre 1992, ce jour devient le 5. Enfin, à partir de septembre 1994, le jour disparaît et seul le mois subsiste. Ces trois états datent un exemplaire au premier regard.

Non. La donnée disponible ne retient qu'une histoire par fascicule, alors que la revue en publiait plusieurs. L'intitulé vous dit quelle vedette a été mise en avant ce mois-là, rien de plus. Pour savoir si un épisode précis s'y trouve, il faut lire le sommaire sur l'exemplaire lui-même, et le demander en photo avant d'acheter à distance.

Ils intéressent surtout qui veut la série close. Parus entre décembre 1997 et mai 1998 après un an d'absence, ils abandonnent le matériel des débuts au profit d'autres catalogues, jusqu'à une série d'équipe DC sur la toute dernière couverture. Leur diffusion réduite les rend nettement plus difficiles à trouver que les livraisons mensuelles des années fastes.