Le catalogue relève la revue Thor éditée par Semic du numéro 3 au numéro 31, sans la moindre interruption de numérotation sur toute cette plage. Les dates de couverture dessinent un rythme bimestriel régulier, de la fin des années quatre-vingt au tout début de la décennie suivante. Tom DeFalco et Ron Frenz occupent la quasi-totalité du générique. Le point délicat tient à l'ouverture de la série : les fascicules antérieurs au relevé manquent, et cette absence ne dit rien de leur existence réelle.
Quand on sort une pile de revues Thor d'un carton, la première question n'est pas celle du contenu, c'est celle du compte : la pile est-elle complète, ou simplement continue ? Sur ce titre, la réponse se complique dès le premier geste, parce que le relevé disponible ne démarre pas là où un lecteur l'attendrait. C'est ce décalage qui commande toute la méthode de collection.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que publiait cette revue
Le titre consacre son nom au dieu du tonnerre, mais le format français ne fonctionne pas comme un fascicule mensuel américain : une revue de kiosque remplit ses pages avec plusieurs épisodes, et le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par numéro. Ce que vous lisez dans un relevé est donc une vitrine, pas un sommaire, et cette distinction doit précéder toute conclusion sur le contenu d'un fascicule.
La preuve est dans le relevé lui-même. Le titre retenu pour le dixième fascicule du compte s'intitule « La Femme-Sable », qui n'appartient évidemment pas au panthéon asgardien. Isolé au milieu d'une série consacrée à Thor, un titre de ce genre signale que la revue accueillait des récits venus d'ailleurs, et que l'épisode mis en avant n'était pas forcément celui qui remplissait le plus de pages. Pour un acheteur, cela veut dire une chose très concrète : la table des matières se vérifie sur l'exemplaire, jamais sur une fiche.
Où commence le relevé, et ce que cela ne prouve pas
Voici le point connu de ce titre, et il mérite d'être énoncé sans détour : le relevé commence au numéro 3. Les deux fascicules qui devraient logiquement le précéder sont absents. Vérification faite, ce n'est pas une erreur de lecture de notre part : la plage documentée démarre bel et bien à ce rang, et rien avant.
Ce qu'on peut en conclure est limité. On peut dire que la numérotation imprimée atteint au moins ce rang, donc que la série a existé avant le premier fascicule documenté. On peut dire aussi que l'incertitude est concentrée au tout début, et nulle part ailleurs. Ces deux affirmations sont solides.
Ce qu'on ne peut pas conclure importe davantage. L'absence des premiers rangs au relevé n'indique ni qu'ils n'ont jamais paru, ni qu'ils seraient rares, ni que la numérotation aurait démarré à un chiffre inhabituel. Une absence de documentation n'est pas une absence d'objet : c'est un trou dans le registre, pas dans le kiosque. Celui qui vous vendra un fascicule de rang inférieur n'est donc pas forcément en train de vous raconter une histoire, et vous n'avez aucun argument tiré du catalogue pour le contredire. La bonne posture consiste à tenir ces fascicules pour probables, leur contenu pour inconnu, et à les traiter comme des pièces à documenter si vous en croisez.
Un rythme très régulier, lisible dans les dates
Le reste de la série est d'une sagesse remarquable. En reclassant les dates de couverture par année civile, on obtient six fascicules pour chacune des années pleines du relevé. Cette régularité ne laisse aucune place au doute sur le régime de parution : il s'agit d'une revue bimestrielle, qui tient sa cadence sans accident visible pendant toute sa carrière.
Une paire d'entrées confirme la lecture de façon indépendante. Le relevé ne porte une précision de mois que sur deux fascicules consécutifs, datés d'octobre puis de décembre, soit exactement l'écart attendu. C'est la corroboration qu'on espère toujours sans l'obtenir, et elle tombe ici.
Cela change votre façon de chercher. Sur une revue bimestrielle qui n'a jamais sauté de livraison, aucun numéro intermédiaire n'est structurellement plus difficile qu'un autre : pas de rupture de diffusion, pas de rang fantôme. La difficulté de complétion se concentre sur les extrémités.
La dernière année, et ce qu'elle raconte
Une seule année du relevé compte moins de fascicules que les autres : la dernière, qui s'arrête après cinq livraisons au lieu de six. La revue n'a donc pas bouclé son année civile et s'est interrompue en cours de route.
Un arrêt en cours d'année explique le comportement du marché sur la fin de série. Les derniers fascicules d'une revue qui s'arrête sans préavis ont généralement été tirés dans les mêmes volumes que les précédents, mais ils ont circulé moins longtemps, été moins réassortis chez les dépositaires et moins conservés par des lecteurs qui n'avaient plus de raison de maintenir leur attention au titre. En pratique, c'est la queue de la série qui se fait désirer, pas son ventre. Commencez donc votre chasse par les derniers rangs et par la zone incertaine du début.
Les créateurs et leurs bornes
Le générique dessine une passation très nette. Walt Simonson, dont le nom apparaît sous deux orthographes dans les crédits, est au scénario des quatre premiers fascicules documentés, puis disparaît. Tom DeFalco prend le relais et ne lâche plus : il est crédité sur vingt-sept des vingt-neuf numéros relevés, soit tout le reste de la série sans exception.
Côté dessin, la continuité est plus spectaculaire encore. Ron Frenz apparaît au crédit graphique à partir du n°5, le troisième fascicule du relevé, et tient jusqu'au dernier, sans une seule absence. Il figure en outre au scénario sur une large moitié de la série, aux côtés de DeFalco. Pour un collectionneur, cela signifie que ce titre n'est pas un patchwork : c'est une revue à main tenue, où la signature graphique reste stable d'un bout à l'autre.
Les bornes délimitent des zones exploitables. Sal Buscema est crédité sur les quatre premiers fascicules du relevé et nulle part ailleurs, ce qui fait de cette tranche initiale un chevauchement entre deux régimes graphiques. À l'autre bout, Patrick Olliffe apparaît sur les trois derniers : la série change encore de main juste avant de s'arrêter. Entre les deux, Gary Hartle signe un bloc continu au cœur du titre, et Tony DeZuniga une paire consécutive. Ce sont ces blocs, et non les numéros isolés, qui forment des ensembles cohérents à chercher ensemble.
Des noms français au générique
Voici la particularité la plus intéressante de ce relevé pour un lecteur francophone : des dessinateurs français figurent aux crédits graphiques, mêlés aux noms américains. Ciro Tota revient sur cinq fascicules répartis sur presque toute la durée du titre. Jean-Yves Mitton et Manchu apparaissent eux aussi, plus ponctuellement.
Soyons précis sur ce que cela permet d'affirmer. Le catalogue crédite les noms au niveau du fascicule, pas au niveau de la page ni de la couverture. Il indique donc que ces artistes ont travaillé sur ces numéros, sans dire à quoi : on ne sait pas, à partir de cette seule source, quelle part de l'objet leur revient, et toute précision supplémentaire serait une invention.
La piste de collection reste remarquable : un fascicule dont le générique associe un dessinateur français de cette génération à une série du dieu du tonnerre est un objet de double appartenance. Si vous tenez ces numéros en main, notez précisément ce que vous voyez signé.
Vous collectionnez cette série ?
Suivez ce que vous possédez, ce qu'il vous manque et ce que vaut votre collection. Essai de 7 jours.
Commencer mon essai →Les numéros qui comptent, lus dans les titres
Les titres d'histoires retenus par le catalogue dessinent une ligne thématique très lisible. Un fil court d'un bout à l'autre du relevé, celui du marteau : « Le chant de Mjolnir » ouvre la série documentée, « Moi, ce marteau » arrive au milieu, et « Quiconque brandira ce marteau ! » revient à la charge dans la dernière partie. L'arme n'est pas un accessoire dans ce titre, c'est un personnage.
Un second fil, plus sombre, se superpose au premier. Trois titres convoquent explicitement la mort, de « Au royaume de la mort » à « Si la mort est mon destin ! », et le dernier fascicule documenté s'intitule « Le procès de Beta Ray Bill ! ». Que la série se referme sur un procès et sur un nom de porteur de marteau concurrent n'est pas un hasard de mise en page : c'est une fin de cycle, et elle est lisible dans le relevé sans qu'on ait besoin d'ouvrir le fascicule.
Reconnaître la bonne édition
Première précaution, purement nominale : une autre revue française au même titre a été publiée par Arédit à partir de 1977, et il ne s'agit pas de la série traitée ici. La comparaison des deux titres fait l'objet d'un guide distinct.
Pour trancher sur un exemplaire, fiez-vous à trois repères, dans cet ordre. L'éditeur imprimé sur la couverture ou dans l'ours est le critère décisif. Le millésime de couverture vient ensuite, puisque la plage documentée ici couvre la fin des années quatre-vingt et le début de la décennie suivante. Le rang de numérotation, enfin, place l'exemplaire dans la série mais ne le distingue pas à lui seul d'un homonyme : un rang bas peut exister chez l'un comme chez l'autre, et c'est précisément le piège. Notez toujours ces repères ensemble dans votre inventaire, sous peine d'acheter deux fois le même objet.
L'état d'un exemplaire et les pièges à l'achat
Une revue de kiosque de cette époque ne se juge pas comme un fascicule américain agrafé. Le dos est souvent collé, le papier intérieur est mat et lourd, et les deux se dégradent différemment. Regardez le pli du dos en premier, parce qu'une revue lue à plat a tendance à ouvrir sa colle et à relâcher ses cahiers centraux : un exemplaire dont les pages du milieu bougent perdra toujours sa valeur, même sous une couverture impeccable.
Contrôlez ensuite la tranche supérieure et les coins, qui prennent l'humidité des caves. Ces revues ont beaucoup voyagé en piles, et les exemplaires du dessus portent souvent une insolation du rouge de couverture qui ne se répare pas. Un jaunissement régulier du papier est normal pour l'âge ; une auréole ou une odeur ne le sont pas.
Le piège propre à ce titre tient à sa forme même. Parce que ces revues contiennent plusieurs récits, il arrive qu'un vendeur décrive un exemplaire par le seul épisode qu'il connaît, celui que le catalogue met en avant. Exigez une photographie du sommaire imprimé plutôt qu'une description, et vérifiez qu'aucun cahier ne manque : sur un objet multi-récits, un cahier arraché se remarque beaucoup moins qu'ailleurs, et c'est l'erreur qui coûte le plus cher en lots.
Compléter la série et suivre sa cote
Avec une plage continue et une cadence sans accident, la complétion de ce titre est une affaire d'organisation plus que de chance. Travaillez par blocs d'une année civile : six fascicules consécutifs forment une unité d'achat naturelle, et les lots proposés sur le marché de l'occasion respectent souvent ce découpage parce que c'est ainsi que les lecteurs rangeaient leurs revues.
Pour la cote, raisonnez en rapports et non en valeurs absolues. Sur une série de ce profil, l'écart entre un exemplaire très frais et un exemplaire lu est d'un ordre de grandeur nettement supérieur à l'écart entre deux numéros différents du ventre de la série. L'état pèse donc plus lourd que le rang, sauf sur les extrémités : la fin écourtée et la zone incertaine du début échappent à cette règle et se négocient à part.
Tenez votre suivi sur l'objet, pas sur une liste théorique : pour chaque fascicule, notez le rang, l'éditeur, le millésime lu en couverture, l'état constaté et le sommaire présent. C'est ce qui vous dira, le jour où vous vendrez ou assurerez, ce que vous détenez réellement.
Ce qu'il faut retenir
Cette revue est un cas rare de série française à la fois courte, continue et graphiquement tenue : une plage sans trou, un rythme bimestriel qui ne faiblit pas, un duo de créateurs qui occupe presque tout le générique. Elle se complète sans acrobatie dès lors qu'on accepte de chercher par blocs annuels.
Les deux zones de prudence sont parfaitement identifiées. À l'ouverture, les fascicules antérieurs au relevé existent probablement mais ne sont pas documentés, et il faut s'interdire d'en déduire quoi que ce soit, dans un sens comme dans l'autre. À la clôture, l'arrêt en cours d'année rend les derniers rangs plus difficiles à trouver que leur place dans la série ne le laisserait croire. Entre les deux, vous avez une série saine, où l'état des exemplaires fera toute la différence. Les autres guides de collection et le hub consacré au personnage vous aideront à situer ce titre dans un ensemble plus large.
Questions fréquentes
Parce que les fascicules antérieurs au rang 3 ne figurent pas au catalogue consulté. C'est une lacune de documentation, pas une preuve que ces numéros n'ont jamais paru. Si vous en croisez un, considérez-le comme une pièce à documenter : relevez son éditeur, son millésime de couverture et son sommaire imprimé, aucune source consultée ici ne vous les donnera.
Les dates de couverture donnent six fascicules par année civile pleine, soit un régime bimestriel. Deux numéros consécutifs du relevé portent une précision de mois, octobre puis décembre, et confirment cet écart. La cadence ne montre aucune rupture sur la plage documentée, ce qui signifie qu'aucun numéro du milieu de série n'est structurellement plus rare.
Walt Simonson est au scénario des premiers fascicules documentés. Tom DeFalco lui succède et reste crédité sur la quasi-totalité du reste. Ron Frenz tient le dessin sans interruption de son arrivée jusqu'au dernier numéro relevé, et cosigne une large part des scénarios. Sal Buscema ouvre la plage, Patrick Olliffe la referme.
Non. Le catalogue ne retient qu'un titre par fascicule, alors que ces revues publiaient plusieurs récits. Le relevé comporte d'ailleurs un titre dont le personnage principal n'appartient pas à l'univers asgardien, ce qui le prouve. Le sommaire complet se vérifie uniquement sur l'exemplaire, en photographiant la page de sommaire imprimée.
Lisez l'éditeur imprimé sur la couverture ou dans l'ours, c'est le seul critère décisif. Une revue homonyme a été publiée par Arédit à partir de 1977. Le millésime de couverture complète le tri, et le rang de numérotation ne suffit jamais à lui seul, puisqu'un rang bas peut exister chez les deux éditeurs.