Strange Spécial Origines, publié par Semic à partir de janvier 1989, compte 35 fascicules. Sa particularité est sa numérotation : elle n'est pas autonome, elle recopie celle de la revue mensuelle dont ce titre est le satellite, d'abord avec la mention « hors série », ensuite sans aucune marque distinctive. Devant une annonce, le numéro seul ne dit donc pas lequel des deux fascicules on achète. Il faut croiser la date de couverture et le titre de tête.
Vous avez une pile de revues Semic chez vous, et dedans quelques fascicules plus épais dont le numéro inscrit en couverture figure déjà sur un mensuel rangé juste à côté. Ce n'est ni une erreur d'impression ni un doublon : c'est le fonctionnement normal de ce hors-série. Tant que vous classez cette collection par numéro, vous vous tromperez d'exemplaire une fois sur deux.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que contient réellement ce hors-série
Les titres de tête relevés dans le catalogue dessinent deux familles, et la distinction compte pour décider ce que vous gardez. La première est documentaire : « Le règne animal », « La civilisation japonaise », « Plans HMSS Starjammer », « Top 10 des super-vilains des New Warriors ». Ce sont des fiches, des plans, des classements, pas des récits suivis. Un lecteur qui cherche une histoire les trouvera frustrantes ; un collectionneur qui documente un univers les trouvera précieuses, car ce matériel a rarement été repris ensuite en album.
La seconde famille relève de l'uchronie et de la rétrospective. « Et si Serval avait épousé Mariko ? » annonce un récit alternatif, hors de la continuité ordinaire ; « Qui est Daredevil ? » et « Les origines des X-Men » annoncent au contraire des retours en arrière explicatifs. Mais le catalogue ne retient qu'un titre par fascicule, celui de tête, alors que ce format en empilait plusieurs. Le sommaire complet ne se lit donc que sur l'exemplaire : ne jugez pas de l'intérêt d'un numéro sur ce qu'en dit une annonce.
Une numérotation empruntée, pas une numérotation propre
Le premier fascicule ne porte pas le numéro un, il porte le rang 229. Ce chiffre ne vient pas de ce titre, il vient de la revue mensuelle dont le hors-série est l'excroissance, et qui atteignait précisément ce rang au mois de sa sortie. Autrement dit, ce hors-série n'a jamais eu de compteur à lui : il s'est greffé sur celui du mensuel et l'a suivi jusqu'à sa dernière livraison.
La suite des rangs relevés le confirme : après le premier viennent le 232, puis le 235, et ainsi de pas en pas. Aucun rang intermédiaire n'existe. Le hors-série avance de trois en trois parce que le mensuel avance de un en un chaque mois et que lui ne paraît qu'un trimestre sur quatre. Le numéro de couverture n'est donc pas un rang dans la série : c'est une date déguisée, qui vous dit à quel mois du mensuel ce fascicule était adossé en kiosque.
L'effet pratique est immédiat. Compter les trous de votre série par soustraction de numéros ne marche pas : l'écart entre votre rang le plus bas et votre rang le plus haut ne donne pas le nombre de fascicules manquants, il en donne le triple, et seulement sur la première partie de la collection. La seule liste fiable est celle des rangs effectivement parus, jamais l'intervalle entre deux bornes.
À partir de quel numéro la mention « hors série » disparaît
Sur les trente-cinq fascicules, vingt-quatre portent dans le catalogue un rang suivi de la mention « hors série », du premier de janvier 1989 jusqu'à celui d'octobre 1994. C'est la période confortable : le libellé lui-même vous avertit que vous n'avez pas en main le mensuel du même rang. Tant qu'il est là, aucune confusion n'est possible pour qui sait le lire.
Puis il tombe. Le fascicule de janvier 1995 est enregistré comme un simple 301, sans mention, et aucun des suivants ne la reprend. Ce sont onze fascicules, le dernier tiers de la collection, qui circulent avec un rang nu, identique à celui d'un mensuel existant. Notez que la bascule de libellé ne coïncide pas avec le changement de rythme : les deux premiers fascicules sans mention gardent encore l'ancien pas de trois.
Quand un même numéro désigne deux fascicules différents
Prenons le cas le plus net, celui du 301. Le mensuel daté de janvier 1995 porte ce rang et un titre de tête relevé comme « Indiscrétions ». Le hors-série du même mois porte le même rang et un titre de tête relevé comme « Le défi du Surfer », signé au scénario par Stan Lee. Même numéro, même mois de couverture, deux objets différents, aucune mention pour les séparer : une annonce qui indique le rang et l'année ne permet pas de trancher.
Le 304 répète la configuration en avril de la même année : d'un côté un titre de tête relevé comme « Armageddon », de l'autre « Prends garde... aux Frères de Sang ! », avec Jim Starlin au scénario comme au dessin. Ces deux rangs sont les plus dangereux de la collection, parce qu'ils cumulent le rang partagé, le mois partagé et l'absence de mention. Devant eux, seul le titre de tête ou l'épaisseur du fascicule vous sauve.
Au-delà, un mécanisme plus favorable se met en place. Le hors-série passe à un pas de un alors que le mensuel reste mensuel : les deux séries se mettent à dériver dans le temps tout en partageant leurs rangs, et l'écart de date s'élargit d'un mois à chaque livraison. Au premier rang de cette zone il n'est encore que d'un mois ; au rang 313, le dernier à se superposer, le mensuel est daté de janvier et le hors-série d'octobre.
Cet élargissement progressif est votre meilleur outil de tri sur la fin de la collection. Plus le rang est élevé, plus la date de couverture devient discriminante : un fascicule tardif portant un rang haut et une date d'automne est le hors-série, pas le mensuel. Pour les rangs du milieu de cette zone, où l'écart ne fait encore que quelques mois, revenez au titre de tête, qui reste le seul critère sans appel.
Périodicité : un trimestre, puis deux mois
Les dates de couverture racontent un titre très régulier, puis un titre qui accélère. Sur la première période, les mois reviennent avec une constance de métronome : janvier, avril, juillet, octobre, année après année, sans un trimestre manqué. Pour un collectionneur, cette régularité est une aubaine : elle signifie qu'il n'existe pas de numéro fantôme, pas d'interruption à documenter, pas de parution avortée dont l'existence se discuterait.
La seconde période est plus courte et plus dense : après le passage au pas de un, les fascicules se suivent de deux mois en deux mois, jusqu'au dernier daté d'octobre 1996. Un rythme bimestriel sur un hors-série de ce format signale en général une volonté de rentabiliser un fonds documentaire pendant qu'il trouve encore son public. Les sources divergent sur les raisons de l'arrêt ; tenons-nous au constat, le mensuel continue quand ce titre s'achève.
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Un nom domine les relevés de dessin : Ciro Tota, crédité sur 14 des fascicules, soit près de deux sur cinq. Sa présence est massive sur la période à mention « hors série » et cesse avant la fin du titre. Pour un collectionneur français, c'est un repère de datation utile : un fascicule crédité à ce dessinateur appartient très probablement à la première moitié de la collection, celle où le libellé protège encore de la confusion.
Côté scénario, les relevés font remonter Roy Thomas et Stan Lee à égalité, suivis de Chris Claremont. Un hors-série « origines » puise logiquement dans les signatures fondatrices et dans celles qui ont refondé les X-Men. Attention toutefois : les crédits relevés par fiche sont multiples parce que le fascicule empilait plusieurs segments. Voir trois dessinateurs sur une ligne ne signifie pas que trois personnes ont dessiné les mêmes pages ; ces noms servent à dater et à reconnaître, pas à attribuer.
Reconnaître et classer un exemplaire
La méthode qui marche tient en trois gestes, dans cet ordre. Regardez d'abord s'il y a une mention de hors-série à côté du rang : si oui, le fascicule est classé. Si non, relevez le mois de couverture et comparez-le à celui du mensuel de même rang. Si cela ne suffit pas, ouvrez au sommaire et comparez le titre de tête. Ce troisième geste ne manque jamais, il coûte seulement une question au vendeur.
Pour ranger, abandonnez le classement par rang et passez au classement chronologique. C'est contre-intuitif quand on a l'habitude des séries à numérotation propre, mais ici le rang n'est pas un ordre de série, c'est un marqueur emprunté. Un rayonnage ordonné par date rend visibles les trous réels, là où un rayonnage par numéro vous fera chercher des fascicules qui n'ont jamais existé. Notez aussi la mention telle qu'elle apparaît, pas telle que vous la reconstituez.
L'état d'un exemplaire et les pièges à l'achat
Un hors-série de ce format souffre d'abord par le dos. Plus épais qu'un mensuel, il a été ouvert à plat par des lecteurs qui n'avaient pas en main un objet de collection, et les plis de dos y sont la norme plutôt que l'exception. Vérifiez donc le dos avant la couverture : un plat impeccable sur un dos cassé reste un exemplaire moyen, et une annonce qui ne montre que le plat se lit avec cette réserve.
Le deuxième contrôle est la complétude intérieure, et il vise la famille documentaire plus que les récits. Fiches, plans et classements sont exactement les pages que les jeunes lecteurs découpaient ou punaisaient. Enfin, le piège propre à ce titre reste le rang nu : sur un lot vendu en vrac, un vendeur de bonne foi comptera deux fois le même rang comme un doublon et pourra en écarter un. Demandez toujours les dates de couverture des rangs de fin de collection.
Compléter la série et la cote aujourd'hui
Complété, ce titre représente trente-cinq fascicules, un objectif raisonnable à l'échelle d'une collection française. La difficulté n'est pas le volume, elle est l'identification : l'essentiel du temps que vous y passerez ira à vérifier que l'exemplaire proposé est bien le hors-série et non son homonyme mensuel. Prévoyez ce temps de vérification plutôt qu'un gros effort de recherche, et refusez les lots décrits par simple liste de numéros.
Sur la valeur, le raisonnement utile est un rapport, pas un chiffre. Dans ce genre de série, la fin de parution se trouve plus difficilement que le début, parce que les tirages tardifs baissent et que les acheteurs se raréfient en même temps. Ici, cette règle se combine avec la disparition de la mention distinctive, qui rend les fascicules tardifs à la fois plus rares et plus souvent mal identifiés. Les annonces mal libellées sont donc l'endroit où se font les trouvailles, y compris sur un titre à Punisher ou à Hulk en tête de sommaire.
Suivre cette collection dans le temps
Trois informations suffisent à tenir cette série proprement, et aucune n'est le rang seul : la date de couverture, le titre de tête, la présence ou l'absence de la mention. Avec ces trois champs, vous décrivez sans ambiguïté n'importe lequel des fascicules et vous vérifiez une annonce en une minute. Un tableur suffit, à condition de ne jamais fusionner la colonne du rang avec celle du mensuel.
Le catalogue laisse par ailleurs le titre de tête vide sur le fascicule d'août 1996, et c'est un bon exemple de ce qu'un inventaire personnel apporte en plus : là où une base générique s'arrête, votre exemplaire a un sommaire. Notez-le. Gardez enfin à l'esprit que ce hors-série ne se comprend jamais seul : il emprunte ses rangs, suit puis quitte le rythme du mensuel. Sur ce titre, le numéro est une indication de date, pas une identité.
Questions fréquentes
Parce qu'elle n'a pas de compteur à elle. Ce hors-série reprend le rang atteint par la revue mensuelle à laquelle il est adossé, au mois où il paraît. Le premier fascicule, daté de janvier 1989, porte donc le rang du mensuel de ce mois. Aucun fascicule de ce titre ne porte le numéro un.
Cherchez d'abord une mention de hors-série à côté du rang : présente, elle tranche. Absente, comparez le mois de couverture annoncé avec celui du mensuel de même rang. En dernier recours, demandez le titre de tête ou une photo du sommaire, qui lèvent le doute dans tous les cas.
Ils sont surtout plus difficiles à identifier, ce qui revient souvent au même sur le marché. Un fascicule tardif mal libellé passe inaperçu dans une liste de numéros et peut rester invendu longtemps. Pour un acheteur attentif à la date de couverture, c'est une occasion plutôt qu'un obstacle.
Non. Les relevés disponibles ne retiennent qu'un titre par fascicule, celui de tête, alors que ce format en empilait plusieurs. Le sommaire réel ne se lit que sur l'exemplaire. C'est pour cette raison que nous n'affirmons jamais, à partir d'une fiche, ce que contient exactement un fascicule donné.
Séparément dans le rangement, ensemble dans l'inventaire. Les deux séries partagent leurs rangs, donc les mélanger sur une étagère garantit des erreurs de classement. Mais tenir les deux listes côte à côte est ce qui vous permet, devant une annonce ambiguë, de savoir immédiatement lequel des deux fascicules vous manque.