Spidey est une revue des Editions Lug lancée le 5 avril 1979 et arrêtée au numéro 107, daté du 10 décembre 1988. Son particularisme tient à son sommaire : un titre entier porté par un seul héros, là où les autres revues du même éditeur assemblaient des séries sans lien. Pour le collectionneur, la série se coupe en deux : sept numéros rares et irréguliers, puis cent parutions mensuelles ininterrompues.
Vous avez une pile de Spidey chez vous, et vous butez sur la même question que tout le monde : jusqu'où faut-il remonter, et à partir de quel numéro la chasse redevient facile ? La réponse est inscrite dans les dates de couverture, à condition de les lire dans l'ordre. Entre le premier numéro du 5 avril 1979 et le numéro 8 du 10 septembre 1980, il s'écoule dix-sept mois pour sept fascicules. Après, plus un seul trou jusqu'à la fin. Cette fracture commande tout le reste : le prix, la difficulté, l'ordre dans lequel vous devez acheter.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Une revue entière pour un seul nom
Le choix éditorial saute aux yeux dès le titre. Les autres périodiques de l'éditeur portaient des noms de genre ou de famille, et leur sommaire rassemblait des séries indépendantes dont le lecteur prenait ce qu'il voulait. Spidey porte le surnom d'un personnage, et promet donc une seule porte d'entrée. Pour un lecteur de 1979 qui connaissait l'Araignée par les anthologies, c'était une proposition nouvelle : acheter un fascicule dont on savait d'avance qui tiendrait la couverture.
La promesse a tenu moins longtemps que le titre. Les histoires enregistrées au catalogue dérivent : au numéro 20 apparaît « La Confrérie des Mauvais Mutants », au numéro 53 « Les Nouveaux Mutants », au numéro 88 « Les Vengeurs de la Côte Ouest ». La revue reste nominalement celle de Spidey, mais le contenu qui s'y trouve emprunte de plus en plus à d'autres séries. Ce glissement est l'information la plus utile pour qui achète au numéro : à partir du milieu de la série, vous n'achetez plus un fascicule de l'Araignée, vous achetez un fascicule mixte où elle figure.
Cette dérive explique aussi un malentendu fréquent sur les brocantes. Un vendeur qui range ses lots par personnage mettra Spidey avec l'Araignée, et un acheteur venu chercher des mutants passera à côté d'un numéro 81 intitulé « La reine des Morlocks ». Le titre de la revue n'est pas un index de son contenu.
Dix-sept mois pour sept numéros, puis cent mois sans faute
Le premier numéro porte la date du 5 avril 1979. Le troisième, celle du 5 août 1979, soit quatre mois plus tard. Entre le numéro 6 et le numéro 7, quatre mois encore. Ce rythme erratique du début n'est pas une erreur de catalogue, c'est l'essai d'un titre dont l'éditeur ne savait pas encore à quelle cadence il tiendrait.
Puis tout se stabilise. À partir du numéro 8, daté du 10 septembre 1980, chaque numéro suivant porte le mois suivant, sans un seul saut, jusqu'au numéro 107 de décembre 1988. Cent parutions consécutives, une par mois, sur plus de huit ans. C'est une régularité rare, et elle a une conséquence pratique immédiate : passé le numéro 8, vous pouvez calculer la date de n'importe quel numéro de tête, et surtout vous ne chercherez jamais un numéro qui n'a pas existé.
Le jour du mois change lui aussi, et ce détail sert à dater un exemplaire dont la couverture est abîmée. Les numéros 1, 3, 5, 6 et 7 sont datés du 5. Le numéro 4 et tous ceux qui suivent le numéro 8 sont datés du 10. Si vous tenez un fascicule au numéro effacé mais à la date lisible au 5 du mois, vous êtes dans les sept premiers, donc dans la partie chère.
Ce que les titres d'histoires révèlent du contenu
Lus en série, les titres français dessinent trois âges que personne n'annonce en couverture. Les premiers sont des affrontements simples et nommés : « L'Homme Foudre » ouvre la série, « Face au Docteur Fatalis ! » arrive au numéro 3, « L'Homme-Sable » au numéro 7. Une revue qui démarre vend ses méchants.
Vient ensuite une série d'uchronies, reconnaissables à leur formule interrogative. Neuf titres enregistrés commencent par « Et si », du numéro 33 au numéro 50, dont « Et si Gwen Stacy avait vécu ? » étalé sur les numéros 49 et 50. Pour un collectionneur, cette poche a une valeur particulière : ce sont des récits que l'on cherche par leur sujet et non par leur numéro, ce qui les rend plus demandés que leurs voisins immédiats.
La fin de la série vire au catalogue de team-books : « La saga des Brood », « Firestar », « Fantastiques contre X-Men », « Le Surfer d'argent » au tout dernier numéro. Un cas mérite d'être signalé à part, le numéro 24 intitulé « Superman et Spider-Man » et le numéro 61 « Les étranges X-Men et les Jeunes Titans ». Ces deux titres désignent des récits de rencontre entre maisons d'édition, ce qui en fait des numéros recherchés par deux publics au lieu d'un.
Dernier signal, moins glorieux mais révélateur : le numéro 66 a pour titre enregistré « Mots croisés en images ». Une revue dont un numéro est référencé par son jeu dit quelque chose de l'épaisseur du rédactionnel qui entourait les récits.
Les signatures : un dessinateur sur trois numéros sur quatre
Un nom écrase tous les autres au générique. Jean-Yves Mitton est crédité au dessin sur 75 des 107 numéros, soit près de trois sur quatre, et il apparaît dès le numéro 1 aux côtés de Win Mortimer. Sur une revue où les récits viennent d'ailleurs, cette permanence est celle de la fabrication française : couvertures, illustrations, habillage. C'est elle qui donne à la pile son unité visuelle, et c'est aussi elle qui explique qu'un Spidey se reconnaisse de loin.
Autour de lui, le catalogue fait tourner Werner Roth sur trente et un numéros, puis Don Heck, Jack Kirby et Win Mortimer à parts voisines. Côté scénario, les crédits suivent les époques des récits repris : Stan Lee domine la seule année 1982, Roy Thomas la tranche médiane de 1983 et 1984, et Louise Simonson revient plus souvent qu'aucun autre scénariste sur les quatre dernières années, jusqu'au numéro 107. Ciro Tota apparaît à la fois au dessin et au scénario, et Jean Frisano signe des visuels sur les numéros 49, 86 et 87.
Attention à un piège de lecture dans les crédits : le même artiste y figure sous deux graphies, « Ciro Tota » et « Cyrus Tota », parfois « Win Mortimer » et parfois « Winslow Mortimer ». Si vous cherchez un numéro par le nom de son dessinateur dans un outil de recherche, essayez les deux orthographes avant de conclure qu'un numéro manque.
Les numéros dont le catalogue ne dit rien
Il faut le dire franchement, parce que c'est la limite de ce guide. Sur les six numéros allant du 10 au 15, publiés de novembre 1980 à avril 1981, le catalogue ne donne ni titre d'histoire ni scénariste. Seul le dessinateur est renseigné, et c'est à chaque fois Jean-Yves Mitton. Ces six numéros existent, leurs dates sont connues, mais leur contenu reste à relever sur l'exemplaire.
Un autre trou, plus petit, concerne le numéro 2 : son titre d'histoire est enregistré, « Piège en quatre dimensions... », mais pas sa date de couverture. Elle se situe nécessairement entre le 5 avril et le 5 août 1979, ce qui suffit pour le classer mais pas pour le dater au mois. Cinq numéros enfin ne portent qu'un mois sans jour : les numéros 42, 65, 75, 100 et 103.
Si vous possédez l'un de ces huit numéros incomplets, vous détenez une information que les bases publiques n'ont pas. Relever le sommaire au dos de la couverture et la date exacte est un geste de dix secondes qui vaut mieux que toutes les suppositions.
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Le catalogue n'enregistre qu'un seul titre d'histoire par numéro, alors qu'un fascicule de cette époque en contenait plusieurs. Autrement dit, lorsque vous lisez ici « Le Lézard revit !... » pour le numéro 16, vous savez qu'un récit de ce nom s'y trouve, vous ne savez pas s'il ouvrait le numéro ni ce qui l'accompagnait.
De cette lacune découle une règle que nous appliquons sans exception : nous n'affirmons jamais qu'un numéro de Spidey contient la première parution française d'un personnage, ni qu'il correspond à tel fascicule américain. Les deux affirmations circulent beaucoup, elles demandent une collation page à page que le catalogue ne fournit pas. Un vendeur qui vous les sert doit pouvoir montrer le sommaire, pas un numéro.
Cette prudence a un avantage concret pour l'acheteur : elle déplace la question du numéro vers l'exemplaire. Ce que vous payez, c'est un objet dont vous avez vérifié le sommaire et l'état, pas une légende attachée à un rang dans la série.
Reconnaître l'édition et juger l'état
Une série de 107 numéros étalée sur dix ans ne se présente pas de façon homogène. Les numéros anciens, parus avant la stabilisation de 1980, ont connu une diffusion plus courte, et les exemplaires qui ont survécu sont souvent ceux que des lecteurs avaient mis de côté sans savoir que la revue tiendrait. À l'autre bout, les derniers numéros de 1988 ont été achetés par un lectorat déjà collectionneur, donc mieux conservés en moyenne.
Les points à contrôler sont toujours les mêmes et toujours au même endroit. Le bloc d'agrafes d'abord : une agrafe rouillée tache le cahier central et la tache ne part pas. Le dos ensuite, qui blanchit dès qu'un fascicule a été lu plié. Les coins enfin, qui disent l'histoire du rangement : des coins émoussés signalent une pile debout, un coin corné signale une lecture.
Vérifiez aussi que le cahier central est présent et au bon endroit. Sur une revue dont certains numéros comportaient des pages de jeux et des rubriques illustrées, dont les crédits photographiques relevés sur une douzaine de numéros entre le 22 et le 54 témoignent, les pages détachables sont les premières à manquer. Un exemplaire amputé de son poster ou de son jeu n'est pas complet, même si le récit est entier.
Les pièges à l'achat, propres à cette série
Le premier piège est le lot « complet » annoncé sur la foi d'un comptage. Comme la série va jusqu'à 107 sans interruption après le numéro 8, un vendeur qui compte ses fascicules et tombe sur cent pièces conclut vite qu'il n'en manque que sept. Or ce sont précisément les sept premiers qui portent l'essentiel de la valeur du lot. Demandez les numéros, jamais le total.
Le deuxième piège est l'attribution par la couverture. Puisque la fabrication française est largement signée du même dessinateur d'un bout à l'autre, deux numéros éloignés de plusieurs années se ressemblent, et un numéro bien conservé des années 1986 à 1988 peut être présenté comme un numéro de début de série. La date de couverture et son jour, le 5 ou le 10, tranchent en une seconde.
Le troisième piège concerne les numéros à double récit. Une dizaine de titres se poursuivent sur deux numéros consécutifs, par exemple « Le triomphe du docteur Octopus » aux numéros 68 et 69, ou « Nemrod » aux numéros 98 et 99. Acheter l'un sans l'autre laisse une histoire coupée. Avant de valider un achat à l'unité dans cette tranche, vérifiez si le numéro voisin porte le même titre.
Compléter la série et la suivre dans le temps
La méthode qui fonctionne tient en un ordre. Commencez par la tranche mensuelle, du numéro 16 au numéro 107 : elle se trouve en lots, elle se complète vite, et elle vous donne une base cohérente. Attaquez ensuite les numéros 10 à 15, moins chers que les tout premiers mais souvent absents des lots parce que leur contenu est mal documenté. Gardez pour la fin les numéros 1 à 9, qui se négocient à l'unité et qu'il faut guetter.
Pour suivre une série aussi longue, une liste de numéros ne suffit pas longtemps. Ce qu'il faut consigner, c'est l'état de chaque exemplaire, la présence du cahier central, et pour les huit numéros mal documentés, le sommaire que vous avez relevé vous-même. Une collection de Spidey tenue à ce niveau de détail devient une source, et plus seulement une pile.
Quant à la valeur, elle ne se lit pas dans un barème. Elle se déduit de trois rapports : l'écart entre un numéro des sept premiers et un numéro mensuel, qui est considérable ; l'écart entre deux exemplaires du même numéro selon l'état, qui peut être du même ordre ; et la prime des numéros recherchés pour leur sujet, les uchronies et les deux récits de rencontre entre éditeurs. Raisonner en rapports plutôt qu'en montants vous protège des variations du marché.
Questions fréquentes
La série compte 107 numéros. Le premier porte la date du 5 avril 1979, le dernier celle du 10 décembre 1988, soit un peu plus de neuf ans. Après le numéro 8, daté du 10 septembre 1980, la parution est mensuelle sans interruption : cent numéros consécutifs, un par mois, jusqu'à l'arrêt.
Parce qu'ils sont peu nombreux et espacés. Sept numéros seulement couvrent les dix-sept premiers mois, avec des écarts allant jusqu'à quatre mois entre deux parutions. Un titre qui ne revient pas chaque mois fidélise mal, les invendus repartent, et les exemplaires conservés sont ceux de lecteurs qui achetaient déjà par collection.
Non, ce sont des numéros ordinaires parus de novembre 1980 à avril 1981. C'est leur documentation qui manque : le catalogue n'enregistre pour eux ni titre d'histoire ni scénariste, seulement Jean-Yves Mitton au dessin. Leur sommaire se relève sur l'exemplaire, et cette vérification vaut mieux que n'importe quelle supposition.
Non. Les titres enregistrés montrent une ouverture progressive à d'autres séries : la Confrérie des Mauvais Mutants au numéro 20, les Nouveaux Mutants au numéro 53, les Vengeurs de la Côte Ouest au numéro 88, les X-Men et le Surfer d'argent dans les dernières années. Le nom de la revue reste celui d'un héros, son sommaire non.
Pas depuis un catalogue. Chaque fascicule contenait plusieurs récits et le catalogue n'en enregistre qu'un seul titre par numéro. Toute affirmation de première parution française demande donc une collation page à page de l'exemplaire. Demandez au vendeur une photo du sommaire, et méfiez-vous d'une annonce qui avance un numéro sans montrer son contenu.