Pour lire le Spectre, c'est-à-dire Jim Corrigan, commencez par la série The Spectre de John Ostrander et Tom Mandrake (1992 à 1998), qui donne au personnage sa profondeur morale. Poursuivez avec Adventure Comics #431 à #440 de Michael Fleisher et Jim Aparo (1974-1975) pour la version la plus brutale, puis remontez à More Fun Comics #52 (février 1940) pour les origines. Les séries de 1967 et de 1987 viennent ensuite.
Le Spectre pose un problème rare aux scénaristes : comment écrire un justicier que rien ne menace, puisque son hôte est déjà mort et que la puissance qui l'habite est celle d'une colère divine ? Chaque époque a répondu à sa manière, par l'horreur, par la théologie, par l'enquête policière ou par le polar surnaturel. Ce guide classe les sept lectures qui valent le détour pour Jim Corrigan, dit dans quel ordre les aborder, puis explique comment distinguer les hôtes qui ont porté le nom après lui.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Sa première apparition
Le Spectre naît dans More Fun Comics #52, daté de février 1940, sous la plume de Jerry Siegel avec le dessin de Bernard Baily. Bernard Baily en reste le dessinateur pendant toute la série d'origine. Le personnage y est déjà Jim Corrigan, policier assassiné qui revient sous la forme d'un justicier spectral. Sa série d'origine court dans cette revue jusqu'au numéro #101, en 1945.
Pour un lecteur d'aujourd'hui, ce numéro de 1940 est surtout un jalon de collection : il marque l'entrée de Corrigan dans les comics. La lecture passe plutôt par les rééditions du Golden Age que par le fascicule, et elle sert de contexte plutôt que de point d'entrée. Les histoires qui suivent expliquent mieux pourquoi le personnage a duré.
1 : The Spectre, John Ostrander et Tom Mandrake (1992-1998)
La série lancée fin 1992, dont le numéro #1 porte la date de décembre, installe le Spectre comme un personnage à part entière et pas comme un simple renfort de crossover. John Ostrander écrit, Tom Mandrake dessine l'essentiel des numéros, avec des remplacements ponctuels : Jim Aparo au #16, John Ridgeway au #20, Joe Phillips au #14. Elle s'achève avec le #62, en 1998.
Ce que cette série apporte au personnage tient en une idée : la colère de Dieu a besoin d'un témoin humain, et Corrigan est ce témoin, déchiré entre la justice froide de l'entité et ce qu'il reste de sa compassion. L'arc d'ouverture oppose Corrigan au tueur en série surnommé le Reaver, tandis que la voyante Madame Xanadu lui annonce qu'Amy Beitermann mourra des mains du Reaver. Corrigan promet alors de la protéger, et leur relation devient le fil sentimental de la série. Le numéro #1 montre aussi Corrigan au chevet de l'homme responsable de sa mort, cinquante ans plus tôt.
À qui s'adresse-t-elle ? Aux lecteurs qui aiment les récits de vengeance et de culpabilité, et qui acceptent un rythme lent. Comment la lire : dans l'ordre, sans sauter d'épisodes, car les personnages secondaires, le policier Nate Kane et le père Richard Craemer en tête, s'installent au fil des numéros. C'est le meilleur point de départ pour comprendre qui est Corrigan.
2 : Le Spectre dans Adventure Comics #431 à #440, Michael Fleisher et Jim Aparo (1974-1975)
Dix histoires où Fleisher et Aparo font du Spectre un exécuteur, avec des châtiments macabres infligés à des criminels. La série s'ouvre dans Adventure Comics #431, cover-daté de début 1974, et s'arrête avec le #440, en 1975. Elle a été interrompue brutalement : trois scripts de Fleisher restaient sans dessin et n'ont paru qu'en 1988, dans la mini-série The Wrath of the Spectre, dont le quatrième numéro les contient.
Ce que ces numéros apportent au personnage : une version sombre, sans humour, qui fixe l'image du justicier implacable. Ils s'adressent aux amateurs d'horreur de l'âge de bronze et aux lecteurs de Jim Aparo. Comment les lire : d'une traite, dans l'ordre des numéros. La réédition de 1988 dans The Wrath of the Spectre reprend les mêmes histoires, ce qui facilite l'accès à qui ne cherche pas les fascicules d'origine. Vous retrouverez l'artiste sur sa page Jim Aparo.
3 : More Fun Comics #52 à #101, Bernard Baily avec Jerry Siegel au lancement (1940-1945)
Le Golden Age du Spectre est le socle sur lequel tout repose : un policier tué par des gangsters, puis renvoyé sur Terre par une puissance qui veut qu'il châtie le crime. Bernard Baily tient le crayon pendant toute la série d'origine, d'où l'intérêt de ces fascicules pour les collectionneurs d'âge d'or.
Ce que cette période apporte au personnage : son principe de base, le policier devenu instrument d'une autre autorité. Elle s'adresse aux lecteurs d'histoire du média et aux collectionneurs de l'âge d'or. Comment la lire : par les volumes de réimpression, dont l'un reprend les histoires de #52 à #70 (1940-1941), plutôt que par les originaux. Pour le contexte des héros de cette période, le guide Hawkman éclaire l'autre grande figure du Golden Age.
4 : The Spectre #1 à #10, Gardner Fox et Murphy Anderson, puis Neal Adams (1967-1969)
Dix numéros, lancés en décembre 1967 : le numéro #1 est de Gardner Fox et Murphy Anderson, puis Neal Adams dessine les numéros #2 à #5. C'est la série du Spectre à l'âge d'argent, et elle vaut surtout par ces numéros d'Adams.
Ce qu'elle apporte : un titre à part entière pour le personnage, qui reprend le travail de la relance de 1966. À qui s'adresse-t-elle : aux fans de Neal Adams et aux lecteurs de l'âge d'argent. Comment la lire : en commençant par le #2, si c'est le dessin d'Adams qui vous intéresse.
5 : Showcase #60, #61 et #64, Gardner Fox et Murphy Anderson (1966)
C'est Showcase #60, en 1966, qui remet Jim Corrigan en circulation : Gardner Fox écrit, Murphy Anderson dessine. Ces numéros du magazine d'essai précèdent la série de 1967.
Ce que cette relance apporte au personnage : sa remise en circulation après les années de l'âge d'or. Elle s'adresse aux amateurs d'âge d'argent et aux collectionneurs de relances. Comment la lire : avant la série de 1967 si vous suivez la chronologie, après si vous cherchez d'abord le dessin d'Adams.
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6 : The Spectre, Doug Moench avec Gene Colan (1987-1989)
La série de 1987 compte 31 numéros et s'achève en novembre 1989. Doug Moench l'écrit de bout en bout ; Gene Colan dessine les numéros #1 à #6, puis Cam Kennedy, Gray Morrow et d'autres artistes prennent le relais. Moench y utilise abondamment Madame Xanadu, créée en 1978 par David Michelinie et Michael William Kaluta.
Ce que cette série apporte au personnage : un Spectre de la fin des années 1980, avec Madame Xanadu comme personnage récurrent. Public visé : les amateurs de Gene Colan, et ceux qui cherchent le chaînon entre la période Fleisher et la série d'Ostrander. Comment la lire : les six numéros de Colan suffisent si vous manquez de temps.
7 : Gotham by Midnight, Ray Fawkes et Ben Templesmith (2014-2015)
La série débute fin 2014 et compte douze numéros. Jim Corrigan y appartient à la police de Gotham, dans une cellule d'enquête consacrée aux affaires hors normes, avec la détective Lisa Drake pour partenaire. Le style de Templesmith, griffé et brumeux, donne à la série une atmosphère de film noir qui évoque l'horreur plus que le super-héros.
Ce qu'elle apporte : une version moderne de Corrigan, flic avant d'être entité. Elle s'adresse aux lecteurs qui veulent une histoire contenue, qui se lit sans connaître quarante ans de continuité. Le recueil d'ouverture, We Do Not Sleep, réunit les numéros #1 à #6.
Qui porte le nom après Corrigan
Le Spectre n'est pas toujours Jim Corrigan, et mélanger les hôtes fausse une lecture. Dans la mini-série Day of Judgment (1999), cinq numéros écrits par Geoff Johns avec Matthew Dow Smith au crayonné, Hal Jordan devient l'hôte de la puissance, après que Corrigan est parti vers le ciel. Les Sentinels of Magic, dont fait partie Zatanna, y choisissent l'hôte.
Crispus Allen naît dans Detective Comics #742, de mars 2000, sous la plume de Greg Rucka et le crayon de Shawn Martinbrough. Il devient plus tard l'hôte du Spectre, et son histoire est au cœur de Final Crisis: Revelations, cinq numéros publiés d'octobre 2008 à janvier 2009, écrits par Greg Rucka avec Philip Tan au dessin. Retenez la règle : une histoire appartient à Corrigan, à Hal Jordan ou à Allen selon l'hôte qu'elle met en scène, pas selon le titre de la série.
Par où commencer selon votre profil
- Vous découvrez le personnage : la série d'Ostrander et Mandrake, numéros #1 à #6, puis la suite si le ton vous plaît.
- Vous aimez l'horreur et l'excès : Adventure Comics #431 à #440, ou la réédition The Wrath of the Spectre.
- Vous préférez le polar moderne : Gotham by Midnight, qui se lit sans prérequis.
- Vous collectionnez l'âge d'argent : Showcase #60 et la série de 1967, dont les numéros dessinés par Neal Adams.
- Vous suivez la magie DC : le guide de Doctor Fate et le hub Zatanna complètent ce parcours.
Les numéros clés à connaître
Pour un collectionneur, la méthode compte plus que la liste : repérez d'abord les entrées de personnage, ensuite les relances, enfin les changements d'hôte. Les repères suivants sont vérifiés.
- More Fun Comics #52 (février 1940) : la première apparition du Spectre.
- Showcase #60 (1966) : la relance de Gardner Fox et Murphy Anderson.
- The Spectre #1 (décembre 1967) : le début de la série de dix numéros, avec Neal Adams à partir du #2.
- Adventure Comics #431 (1974) : l'ouverture du run de Michael Fleisher et Jim Aparo.
- The Spectre #1 (1987) : le début de la série de Doug Moench.
- The Spectre #1 (décembre 1992) : le début de la série d'Ostrander et Mandrake.
- Day of Judgment #1 (1999) : le changement d'hôte vers Hal Jordan, par Geoff Johns.
- Detective Comics #742 (mars 2000) : la première apparition de Crispus Allen.
- Gotham by Midnight #1 (fin 2014) : le retour de Corrigan en enquêteur.
Deux conseils de méthode : distinguez le numéro d'ouverture d'une série de celui qui introduit un nouvel hôte, car ils ne répondent pas à la même demande ; et privilégiez les rééditions, comme The Wrath of the Spectre, quand vous voulez lire sans manipuler un fascicule ancien. Quel que soit le fascicule visé, comparez sa date de couverture à l'année de sortie réelle avant de conclure l'achat.
Si vous disposez de peu de temps, lisez l'arc du Reaver dans la série de 1992, puis le run de Fleisher et Aparo dans Adventure Comics, enfin Gotham by Midnight. Vous aurez trois visions de Corrigan, à trois époques, sans passer par les périodes de transition.
Questions fréquentes
Le Spectre est une force de vengeance divine qui s'incarne dans un hôte humain. L'hôte d'origine est Jim Corrigan, policier assassiné, apparu dans More Fun Comics #52 en février 1940. D'autres hôtes ont suivi, dont Hal Jordan en 1999 et Crispus Allen après son apparition en 2000.
Ouvrez avec The Spectre, que John Ostrander écrit et Tom Mandrake illustre de 1992 à 1998 : Jim Corrigan y est le plus lisible. Elle explore la morale du personnage, et son arc d'ouverture avec le Reaver se lit sans connaissance préalable de l'univers DC.
Les dix histoires d'Adventure Comics #431 à #440, écrites par Michael Fleisher et dessinées par Jim Aparo en 1974 et 1975, forment la version la plus sombre du personnage. Trois scripts de cette série ont été dessinés plus tard et publiés en 1988 dans The Wrath of the Spectre.
Non : la force est la même, l'hôte change. Jim Corrigan l'habite depuis 1940, puis Hal Jordan en devient l'hôte dans la mini-série Day of Judgment en 1999, écrite par Geoff Johns. Crispus Allen, créé dans Detective Comics #742, la porte ensuite. Vérifiez l'hôte avant d'acheter un numéro.
Oui. La série d'Ostrander et Mandrake, Adventure Comics #431 à #440 et Gotham by Midnight sont autonomes. Il suffit de savoir que Corrigan est un policier mort revenu en justicier, hôte d'une puissance divine ; le reste se comprend à la lecture, sans connaître les équipes de l'univers DC.
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