À début octobre 2026, les meilleurs comics Marvel de l'année sont, dans l'ordre de notre palmarès : le Amazing Spider-Man de Joe Kelly, couronné par le #1000 du 30 septembre (104 pages, Pepe Larraz au dessin du récit principal) ; la conclusion d'Ultimate Spider-Man par Jonathan Hickman et Marco Checchetto, achevé en février au #24 ; le diptyque de Chip Zdarsky, Captain America puis Avengers: Armageddon, où David Colton devient Miracleman au #4 (16 septembre) ; The Mortal Thor d'Al Ewing, la série la plus constante du catalogue ; et l'événement Death Spiral (février à avril), partagé entre Spider-Man et Venom. DNX, commencé le 16 septembre, et la ligne Midnight, lancée le 7 octobre, seront jugés en fin d'année. Ce bilan s'arrête au 3 octobre : rien n'y est dit d'octobre à décembre.
Un palmarès annuel rédigé en octobre a un défaut évident : il manque trois mois. Il a aussi une qualité, moins visible : il juge sur pièces. Les séries retenues ici ont toutes publié assez de numéros pour qu'on puisse dire si elles ont tenu leurs promesses. Celles qui viennent de commencer ou qui commencent dans les semaines qui viennent sont mentionnées, mais pas classées, et c'est volontaire.
L'angle est celui de la lecture, pas de la spéculation. Nous ne disons pas quel numéro vaudra le plus, ce que personne ne peut dire honnêtement sur des séries de l'année. Nous disons ce qui mérite d'être lu, dans quel ordre et sous quelle forme. Pour l'arbitrage de collection sur la seule rentrée d'automne, notre analyse des relances Marvel de l'automne s'en charge ; pour un classement tous éditeurs confondus établi en début d'année, voir notre tier list des lectures 2026.
Notre méthode : trois critères, et une date d'arrêt
Une série figure dans ce palmarès si elle remplit trois conditions au 3 octobre 2026. Elle a publié en 2026 assez de numéros pour former au moins un arc complet. Elle a tenu son équipe créative et son rythme. Et elle a produit au moins un moment dont on parlera encore dans quelques années : une révélation, une fin, une transformation de personnage.
Ces critères excluent mécaniquement deux catégories. Les séries lancées après l'été, dont on n'a lu qu'un ou deux numéros. Et les annonces, aussi prometteuses soient-elles. La New York Comic Con se tient du 8 au 11 octobre : des annonces y sont attendues, et elles n'ont évidemment aucune place dans un bilan de ce qui a été publié.
1. Amazing Spider-Man, de Joe Kelly : l'année du #1000
Amazing Spider-Man (2025-) et le #1000
Lancé le 9 avril 2025 avec un nouveau #1, qui porte aussi le numéro historique 965, le run de Joe Kelly a passé 2026 à préparer son centième cap. Le #26 du 8 avril introduit sans le nommer un riche philanthrope, Mac Crane ; les numéros de l'été révèlent son secret ; le #1000 le fait devenir Ravage.
Le #1000, sorti le 30 septembre avec quinze jours de retard pour cause d'impression, compte 104 pages. Le récit principal, « Ravaged », est signé Joe Kelly et Pepe Larraz. Autour de lui, six histoires anniversaires réunissent des équipes qui couvrent l'histoire du personnage : Dan Slott et Marcos Martin, Brian Michael Bendis et Stuart Immonen, Frank Miller et Peach Momoko, Noah Hawley et Patrick Gleason, J.M. DeMatteis et Humberto Ramos, Larry Lieber et Giuseppe Camuncoli. Un entretien avec Tom Holland complète le numéro. Plus de 400 000 exemplaires ont été commandés, et un deuxième tirage est annoncé pour le 28 octobre.
Ce qui fait la qualité de l'année, pourtant, ce n'est pas le chiffre. C'est la cohérence. Ravage, dont le pouvoir consiste à absorber, effacer et matérialiser les souvenirs, est un méchant pensé pour Spider-Man : il s'attaque à la mémoire de tante May, donc à ce que Peter a de plus précieux. Notre fiche sur Ravage détaille le personnage, et notre guide de lecture du run de Joe Kelly donne l'ordre complet.
Comment le lire : le minimum utile avant le #1000 tient en dix numéros, du #26 au #35 sans le #28. Pour tout le reste, attendez les recueils, qui reprennent les arcs dans l'ordre. Le guide des sept récits du #1000 permet de lire le numéro en sachant à quelle période renvoie chaque équipe.
2. Ultimate Spider-Man : la fin la mieux tenue de l'année
Le Ultimate Spider-Man de Jonathan Hickman et Marco Checchetto, lancé en janvier 2024, s'est achevé en février 2026 au #24, écrit de bout en bout par le même scénariste. C'est la qualité qu'on lui reconnaîtra le plus volontiers : une série qui avait annoncé sa durée, qui l'a tenue, et qui a refermé son histoire au lieu de la laisser s'effilocher.
Le principe ne changeait pas : un Peter Parker adulte, marié à Mary Jane, père de deux enfants, qui devient Spider-Man tard dans un monde où les héros n'existaient pas. La série a fait de cette prémisse un drame familial et politique, et sa fin assume les conséquences de vingt-quatre numéros de choix. Pour un lecteur qui ne l'aurait pas suivie, c'est aujourd'hui l'une des rares séries Marvel récentes qu'on peut lire d'un bout à l'autre, sans se demander où s'arrêter.
La ligne Ultimate, de son côté, continue : au 8 juin 2026, elle comptait sept séries en cours. Son avenir dépasse le cadre de ce bilan.
3. Captain America et Avengers: Armageddon : le pari Miracleman
Captain America (2025-) et Avengers: Armageddon
Dans son Captain America, Zdarsky introduit en 2025 un personnage nommé David Colton. La mini-série Avengers: Armageddon, en cinq numéros, fait de lui Miracleman au #4, sorti le 16 septembre 2026.
La manœuvre est d'une ambition rare. Miracleman, né Marvelman en 1954, ressuscité par Alan Moore en 1982 puis poursuivi par Neil Gaiman, porte un héritage littéraire que peu de personnages possèdent. L'insérer dans la continuité principale par un personnage neuf, construit patiemment sur une année de Captain America, est un geste d'auteur. Notre fiche Qui est Miracleman ? retrace ce passé.
Une réserve, cependant : l'arc n'est pas terminé. Le dernier numéro d'Armageddon sort le 21 octobre, et Zdarsky lance le 4 novembre un nouveau Avengers avec Marco Checchetto, dont l'effectif inclut Miracleman. Le jugement final viendra avec ces deux numéros. À ce jour, la construction est remarquable. Notre guide pour préparer l'Avengers de Zdarsky donne le parcours de lecture minimal.
4. The Mortal Thor : la constance comme qualité
Il y a des séries qui font l'événement et des séries qui font le catalogue. The Mortal Thor d'Al Ewing appartient à la seconde catégorie, et c'est un compliment. Ewing prolonge en 2026 le long travail commencé avec Immortal Thor : un dieu du tonnerre traité comme une figure mythologique, avec ses cycles, ses dettes et ses renaissances, plutôt que comme un super-héros en cape.
Ce qui place la série dans ce palmarès, c'est sa continuité : un même scénariste, une même vision du personnage, et un récit qui avance d'arc en arc sans changer de cap. Pour un lecteur qui cherche une série à suivre mensuellement sans craindre un revirement, c'est l'une des valeurs les plus sûres du catalogue. Ewing a par ailleurs coécrit le premier numéro de Death Spiral, preuve de sa place centrale dans l'organisation de l'année. La fiche de Thor situe la série parmi les grands runs du personnage.
5. Death Spiral : un événement qui a servi les séries
Death Spiral est un événement en neuf parties, partagé entre Amazing Spider-Man et Venom, de février à avril 2026, suivi d'un épilogue. Il s'ouvre le 25 février avec Amazing Spider-Man / Venom: Death Spiral #1, écrit à trois mains par Joe Kelly, Al Ewing et Charles Soule et dessiné par Jesús Saiz.
Son mérite est d'avoir servi les séries au lieu de les interrompre. Beaucoup d'événements mettent en pause les intrigues régulières le temps d'un croisement. Celui-ci a fait avancer celle de Spider-Man (des révélations de Mary Jane y prennent tout leur sens) et préparé la suite, puisque le #28 en tire directement les conséquences. Le défaut habituel du genre demeure : il faut lire les épisodes parus dans Venom pour suivre, ce qui piège le lecteur qui ne suit qu'une série.
Mentions : ce qui a compté sans entrer au palmarès
Le spécial des 50 ans des Éternels, publié le 1er avril 2026 en 40 pages et centré sur Ikaris et Captain America, rend un hommage soigné à la création de Jack Kirby. Un numéro isolé ne fait pas une série, mais celui-ci rappelle l'importance du matériau d'origine. Notre dossier sur les numéros clés des Éternels le replace dans cinquante ans d'histoire.
Queen in Black, croisement centré sur Venom, s'est achevé le 30 septembre. Il ouvre la voie au septième volume de Venom, par Charles Soule et Tommaso Bianchi, attendu le 14 octobre. On jugera l'ensemble à la lumière de cette suite.
À juger en fin d'année : ce qu'on ne peut pas encore classer
Plusieurs titres importants de 2026 sont en cours ou n'ont pas commencé. Les classer maintenant serait de la prédiction, pas du bilan.
DNX (16 septembre au 18 novembre)
Événement X-Men et Fantastic Four en cinq numéros, par Jed MacKay et Federico Vicentini. Deux numéros parus au 3 octobre. Notre guide de lecture de DNX donne l'ordre complet.
La ligne Midnight (à partir du 7 octobre)
Trois numéros 1 le même jour : Midnight X-Men (Hickman), Midnight Spider-Man (Phillip Kennedy Johnson), Midnight Fantastic Four (Benjamin Percy). Aucun numéro lu à ce jour. Voir notre guide complet de Midnight.
Avengers de Zdarsky (4 novembre)
La suite logique d'Armageddon, avec une équipe déjà annoncée. Elle décidera si le pari Miracleman était le bon.
Amazing Spider-Man #1001 et #1002
Les numéros qui suivent un anniversaire disent souvent plus de la santé d'une série que l'anniversaire lui-même.
Lire en recueil ou en fascicules ?
Pour la plupart des titres de ce palmarès, le recueil est la bonne réponse. Ultimate Spider-Man, désormais complet, se lit idéalement en volumes. The Mortal Thor aussi : la série gagne à être lue par arcs entiers. Les éditions françaises de Marvel sont publiées par Panini Comics, généralement avec plusieurs mois de décalage sur la version originale ; vérifiez la disponibilité de chaque tome avant d'en faire un cadeau ou un achat.
Deux exceptions. Le #1000 d'Amazing Spider-Man est d'abord un objet : son format, ses couvertures et son statut de numéro rond font partie de son intérêt, ce que notre guide de collection du #1000 détaille. Et Avengers: Armageddon, mini-série de cinq numéros, se suit facilement en fascicules pour qui veut lire la conclusion le jour de sa sortie.
Ce que 2026 dit de Marvel
Trois tendances se dégagent de l'année, au moins jusqu'à octobre. D'abord, Marvel a misé sur ses anniversaires (le #1000, les 50 ans des Éternels, ceux de Captain Britain en octobre) et les a traités comme des occasions de récit, pas seulement de couverture. Ensuite, l'éditeur a confié ses paris les plus audacieux à des scénaristes qui avaient le temps de les construire : Kelly sur Spider-Man, Zdarsky sur Captain America, Ewing sur Thor. Enfin, il a multiplié les lancements à la rentrée, au point de rendre l'automne illisible pour un budget raisonnable.
Cette dernière tendance est la seule inquiétante. Elle rend ce palmarès d'octobre d'autant plus utile : il identifie ce qui a tenu avant la vague. Ce qui viendra après sera jugé en temps voulu.