Miracleman est un super-héros britannique né en 1954 sous le nom de Marvelman, créé par Mick Anglo pour remplacer en urgence une série américaine dont la publication venait de cesser. Il se transforme en prononçant le mot magique « Kimota ». Oublié en 1963, il est ressuscité en 1982 par Alan Moore dans le magazine Warrior, puis rebaptisé Miracleman aux États-Unis en 1985 pour éviter un conflit avec Marvel. Après Moore, Neil Gaiman et Mark Buckingham poursuivent la série jusqu'à la faillite de l'éditeur. Marvel en acquiert les droits en 2009. En 2026, le nom revient au premier plan : David Colton, un Captain America créé par Chip Zdarsky en 2025, devient Miracleman dans Avengers: Armageddon #4 (16 septembre 2026) et fait partie de l'équipe d'Avengers #1, prévu le 4 novembre 2026.
Depuis l'annonce de la nouvelle équipe des Avengers, une question revient chez les lecteurs qui n'ont pas suivi les comics britanniques des années 1980 : qui est ce Miracleman qui côtoie Spider-Man, Wolverine et Captain Marvel ? La réponse est double, et c'est ce qui rend le personnage déroutant. Il y a le Miracleman historique, l'un des héros les plus importants de l'histoire du médium malgré sa notoriété limitée. Et il y a celui de 2026, qui porte le même nom et les mêmes pouvoirs, mais pas le même visage.
Cet article répond d'abord à la question directe, puis remonte l'histoire éditoriale du personnage, l'une des plus tortueuses de la bande dessinée, avant de présenter la version actuelle et ce qu'elle implique pour qui veut lire ou collectionner.
La réponse courte : deux Miracleman
Le Miracleman historique est Michael Moran, un homme ordinaire qui, en prononçant « Kimota », devient un surhomme quasi invulnérable. Dans la version d'Alan Moore, Moran a oublié ce mot pendant des années et le retrouve à l'âge adulte, découvrant au passage que tout ce qu'il croyait savoir de son passé héroïque était faux.
Le Miracleman de 2026 est David Colton, un soldat devenu super-soldat qui reçoit, par une suite d'événements propres à l'univers Marvel actuel, les pouvoirs d'un Michael Moran venu d'une autre réalité. Il prononce lui aussi un mot magique, et renaît sous cette forme.
Les deux partagent un nom, des pouvoirs et une thématique : que fait un être tout-puissant d'un monde imparfait ? Ce n'est pas un hasard. Toute l'histoire de Miracleman tourne autour de cette question depuis 1982.
1954 : un héros de remplacement
L'origine du personnage est une affaire de commerce. Au début des années 1950, un éditeur britannique, L. Miller & Son, réimprime au Royaume-Uni les aventures d'un super-héros américain très populaire. Quand la publication de ce héros cesse aux États-Unis, à la suite d'un procès pour plagiat, l'éditeur britannique se retrouve sans matériel à réimprimer.
Il demande alors à Mick Anglo, qui dirige un studio de création, de lui fournir un remplaçant. Anglo conçoit Marvelman, un jeune reporter, Micky Moran, qui se transforme en super-héros en prononçant « Kimota », le mot « atomic » lu à l'envers phonétiquement. Pour ne pas perdre les lecteurs, la nouvelle série conserve la numérotation de l'ancienne : Marvelman #25, daté de février 1954, est donc le premier numéro du personnage.
Deux compagnons suivent rapidement, Young Marvelman et Kid Marvelman, ce dernier incarné par un jeune garçon, Johnny Bates. La série dure près de dix ans, avec des récits destinés aux enfants, sans prétention. Elle s'arrête en 1963. Le personnage tombe dans l'oubli, et tout semble indiquer qu'il y restera.
1982 : Alan Moore et Warrior
En mars 1982, l'éditeur britannique Dez Skinn lance Warrior, un magazine d'anthologie en noir et blanc destiné à un public adulte. Il confie à un jeune scénariste encore peu connu, Alan Moore, la relance de Marvelman. Le premier dessinateur est Garry Leach, bientôt remplacé par Alan Davis.
La proposition de Moore est radicale. Michael Moran est désormais un journaliste d'âge mûr, marié, sujet à des migraines et à des rêves étranges. Il retrouve par hasard le mot magique, se transforme, et découvre que ses souvenirs d'aventures héroïques ont été fabriqués. Le personnage enfantin des années 1950 sert ainsi de point de départ à une réflexion très sombre sur le pouvoir, la manipulation et ce qu'un surhomme ferait réellement s'il existait.
L'importance historique de ces épisodes est considérable. On y trouve, plusieurs années avant Watchmen, l'idée que les super-héros peuvent être traités avec un réalisme psychologique et politique. Pour comprendre la trajectoire de l'auteur, voyez notre histoire d'Alan Moore et nos numéros clés de Watchmen.
1985 : Marvelman devient Miracleman
Warrior s'arrête en 1985, et la série de Moore reste inachevée. L'éditeur américain Eclipse Comics propose de la reprendre et de la terminer. Un obstacle se présente aussitôt : Marvel Comics s'oppose à l'utilisation du mot « Marvel » dans le titre d'une série publiée aux États-Unis. Le personnage est donc rebaptisé Miracleman, et c'est sous ce nom qu'Eclipse publie, à partir de 1985, les épisodes de Warrior mis en couleur, puis la suite inédite.
Moore conduit la série jusqu'au #16, publié fin 1989, avec plusieurs dessinateurs, dont Rick Veitch et John Totleben. Le #9, qui montre un accouchement de façon explicite, provoque des remous. Le dernier livre de Moore, « Olympus », dessiné par Totleben, se termine par une transformation complète du monde par les surhommes, et par l'un des affrontements les plus violents jamais dessinés dans un comic de super-héros, contre Kid Miracleman.
1990-1993 : Gaiman, Buckingham et l'interruption
Moore confie la suite à Neil Gaiman, alors auteur de Sandman, et au dessinateur Mark Buckingham. Leur projet est de raconter le monde utopique installé par Miracleman, en trois cycles. Le premier, « The Golden Age », paraît dans les #17 à #22. Le deuxième, « The Silver Age », commence avec les #23 et #24.
Puis tout s'arrête. Eclipse fait faillite au milieu des années 1990, et les droits du personnage se retrouvent pris dans un enchevêtrement juridique qui implique l'ancien éditeur, le créateur original, les auteurs successifs et un éditeur qui rachète une partie des actifs d'Eclipse. Pendant près de quinze ans, Miracleman ne peut plus être réimprimé. Les numéros d'Eclipse deviennent difficiles à trouver, et le personnage acquiert une réputation de chef-d'œuvre introuvable.
2009 : Marvel rachète le personnage
En 2009, Marvel annonce avoir acquis les droits sur Marvelman auprès de Mick Anglo. Il faudra encore plusieurs années pour régler les autres questions et republier les épisodes de Moore, dont la réédition commence en 2014. Moore, en désaccord avec l'utilisation de ses œuvres, a demandé que son nom n'apparaisse pas : il est crédité comme « The Original Writer ».
Gaiman et Buckingham reprennent ensuite leur récit là où ils l'avaient laissé, et Marvel publie à partir de 2022 la suite de « The Silver Age ». C'est l'aboutissement d'une attente de près de trente ans pour les lecteurs de la série.
2025-2026 : David Colton et les Avengers
La version actuelle du personnage naît d'un tout autre côté. Le 2 juillet 2025, Chip Zdarsky et Valerio Schiti lancent une nouvelle série Captain America. Ils y introduisent David Colton, un jeune homme qui a vu les attentats du 11 septembre 2001, s'est engagé malgré un asthme sévère, et a reçu un sérum de super-soldat. Il sert sous le nom de Captain America dans les guerres d'Afghanistan et d'Irak, et en revient profondément marqué.
Captain America #1 (2025)
C'est le numéro où apparaît pour la première fois le personnage qui deviendra le Miracleman de 2026. À ce stade, il n'a aucun lien avec Miracleman. Pour l'ensemble des séries du personnage titre, voir notre guide de lecture de Captain America.
Grièvement blessé, Colton est sauvé par Wolverine, qui utilise sur lui un appareil venu de la Terre-6160, la réalité de la ligne Ultimate relancée en 2023. Il en reçoit des pouvoirs considérables, dont il ignore l'origine. Pendant l'événement Armageddon, il affronte Red Hulk, désarme les puissances nucléaires de la planète et inquiète les héros. C'est dans Avengers: Armageddon #4, sorti le 16 septembre 2026, qu'une vision de sa mère lui souffle un mot magique : il renaît alors avec l'intégralité de ses pouvoirs, ceux du Michael Moran de la Terre-6160. Autrement dit, de Miracleman.
Avengers: Armageddon #4
Le numéro de la transformation. La mini-série Armageddon compte cinq numéros et s'achève le 21 octobre 2026.
L'équipe d'Avengers #1, écrit par Zdarsky et dessiné par Marco Checchetto, prévu le 4 novembre 2026, réunit Spider-Man, Wolverine, Captain Marvel, Daredevil, Luke Cage et Miracleman. Avant cette annonce, nous avions analysé les pistes envisagées dans notre article sur la spéculation autour du sixième membre, écrit avant que l'effectif ne soit public. Pour tout ce qui touche à l'équipe, voir aussi notre hub Avengers.
Que lire, selon ce que vous cherchez
Le Miracleman historique
Les rééditions de Marvel du travail de Moore, qui reprennent les épisodes de Warrior et d'Eclipse dans l'ordre. Prévoyez des récits durs, en particulier dans le dernier livre.
La suite utopique
« The Golden Age » de Gaiman et Buckingham, puis « The Silver Age », dont Marvel publie la suite à partir de 2022. Un ton très différent, plus contemplatif.
Le Miracleman de 2026
La série Captain America de Zdarsky depuis le #1 de juillet 2025, puis Avengers: Armageddon, puis Avengers #1 en novembre 2026. Aucune lecture de Moore n'est nécessaire pour suivre l'intrigue.
Pour les collectionneurs : ne pas confondre les éditions
Le même titre, Miracleman, a été utilisé par Eclipse dans les années 1980 et par Marvel à partir de 2014 pour ses rééditions, avec des numéros 1 dans les deux cas. Un Miracleman #1 n'est donc pas forcément un numéro ancien. La date dans l'indicia et le nom de l'éditeur suffisent à trancher. Les numéros d'Eclipse, surtout ceux de la fin de la série, ont été imprimés en quantités bien moindres que les rééditions récentes, et ils ont longtemps été la seule façon de lire l'œuvre. Pour les numéros de Warrior, il s'agit de magazines britanniques en noir et blanc, à ranger et à identifier comme tels.
Côté version 2026, les numéros de Zdarsky ont été publiés récemment et en grand nombre. Leur intérêt de collection dépendra de la place que Colton prendra dans les années à venir, ce que personne ne peut prédire aujourd'hui. Lisez-les pour l'histoire ; ne les accumulez pas sur une hypothèse.