À début octobre 2026, les comics de science-fiction et de fantasy qui ont marqué l'année sont, côté fantasy, D'orc de Brett Bean (Image, 4 février), comédie d'héroïc fantasy devenue l'un des succès surprise de l'hiver, et le long cycle mythologique d'Al Ewing sur Thor, poursuivi avec The Mortal Thor. Côté science-fiction, White Sky de William Harms et JP Mavinga (Image, 18 février), récit post-apocalyptique ; Legion of Super-Heroes #1 de Joshua Williamson et Hayden Sherman (DC, 2 septembre), retour de l'équipe du XXXIe siècle ; et Alien vs. X-Men (Marvel, septembre), mini-série de quatre numéros de Kieron Gillen avec une histoire inédite de Chris Claremont. L'horreur, traitée ailleurs, est exclue. Ce bilan s'arrête à septembre : rien n'est dit ici sur octobre à décembre.
La science-fiction et la fantasy occupent une place curieuse dans les comics américains. Elles sont partout et nulle part : partout parce que les super-héros eux-mêmes empruntent sans cesse aux deux genres, avec leurs extraterrestres, leurs dieux et leurs futurs alternatifs ; nulle part parce que les séries qui assument pleinement l'un ou l'autre restent minoritaires dans les ventes. Faire le bilan d'une année de genre, c'est donc d'abord décider de ce qu'on compte.
Notre règle est simple : nous retenons les séries dont le genre est le cœur du récit, et non un décor. Un héros qui affronte un extraterrestre ne fait pas une série de science-fiction ; une équipe qui vit au XXXIe siècle, oui. Ce bilan est écrit au 3 octobre 2026, sur la seule année en cours. Pour un panorama toutes époques, voyez nos classements des meilleurs comics de science-fiction et des meilleurs comics de fantasy. L'horreur, qui a connu une vague propre cette année, est traitée dans notre article sur l'horreur chez les grands éditeurs en 2026.
Une année de genre portée par les créations d'auteur
Le premier constat de 2026 est que la fantasy et la science-fiction les plus remarquées ne sont pas venues des grands éditeurs, mais d'Image, en tout début d'année. En février, deux créations originales sans aucun personnage préexistant ont été annoncées épuisées chez le distributeur le jour même de leur sortie : une comédie de fantasy et un récit post-apocalyptique. Deux genres, deux tons, et une même réaction des lecteurs.
Ce n'est pas un hasard. Les créations de genre sont les plus faciles à prendre en route : elles n'exigent aucune connaissance préalable, aucune continuité, aucun arriéré de lecture. Pour un lecteur qui arrive dans un magasin spécialisé sans connaître les super-héros, une série de fantasy ou de science-fiction est une porte d'entrée naturelle. C'est l'une des explications de la croissance du public des magasins spécialisés depuis 2025, et les lancements de genre en profitent directement.
Le second constat est que les grands éditeurs ont surtout utilisé la science-fiction par le biais de leurs propriétés existantes : une équipe du futur relancée chez DC, une licence de cinéma croisée avec les mutants chez Marvel. Ce sont des opérations de catalogue plus que des paris de création, mais elles ont produit des lectures solides.
Fantasy : les titres de l'année
D'orc
Un orphelin mi-nain mi-orc, accompagné d'un bouclier enchanté qui ne se tait jamais. Brett Bean écrit et dessine, Jean-François Beaulieu met en couleurs. Le numéro 1 a été épuisé le jour de sa sortie, réimprimé en mars, puis réimprimé à nouveau. C'est la fantasy la plus lue de l'année, et de loin.
Le cycle Thor d'Al Ewing
Al Ewing poursuit en 2026, avec The Mortal Thor, le long cycle qu'il consacre au dieu du tonnerre. C'est la série la plus clairement mythologique des grands éditeurs : un récit de dieux, de royaumes et de destin, plus proche de la fantasy épique que du récit de super-héros.
La fantasy de 2026 reste donc partagée entre deux pôles très éloignés : l'humour d'aventure d'une création d'auteur, et la mythologie au long cours d'un personnage de catalogue. Entre les deux, peu de choses ont percé, et c'est un constat honnête plutôt qu'un manque de ce bilan : la fantasy pure reste un genre de niche dans le marché direct américain, où elle est plus présente en recueil et en roman graphique qu'en fascicule.
Science-fiction : les titres de l'année
White Sky
Une adolescente et son père traversent une Amérique dévastée vers les ruines de San Francisco. Couleurs de Lee Loughridge. Épuisé le jour de sa sortie, le numéro 1 a vu son deuxième tirage dépasser 30 000 commandes, davantage que le premier. C'est la science-fiction indépendante la plus remarquée de l'année.
Legion of Super-Heroes #1
La Légion des super-héros, équipe de jeunes héros du XXXIe siècle, revient dans un neuvième volume portant ce titre, sous l'étiquette Next Level de DC. Le dessin est confié à Hayden Sherman, dessinateur d'Absolute Wonder Woman, ce qui signale l'importance accordée au projet.
Alien vs. X-Men
Une mini-série de quatre numéros qui fait affronter aux mutants la créature du cinéma de science-fiction. Le premier numéro contient en complément une histoire inédite de Chris Claremont, qui revient aux créatures extraterrestres qu'il avait lui-même introduites dans Uncanny X-Men #155 en 1982, largement inspirées du film.
Deux autres titres méritent une mention, avec une réserve. Mind MGMT: New & Improved, retour de la série d'espionnage psychique de Matt Kindt, flirte avec la science-fiction par ses pouvoirs mentaux et ses organisations secrètes, et son numéro 1 a été épuisé chez le distributeur avant parution. Et Absolute Martian Manhunter de Deniz Camp et Javier Rodríguez, lancée en mars 2025 dans la ligne Absolute de DC, a été récompensée cette année : c'est un récit de premier contact plus que de super-héros, au sens où son extraterrestre est d'abord une conscience étrangère. Ni l'un ni l'autre n'est une création de 2026 au sens strict, mais tous deux font partie de ce qu'on a lu de plus singulier dans le genre cette année. Notre guide des numéros clés de l'univers Absolute situe cette série.
Ce que ces titres ont en commun
Mis côte à côte, ces titres dessinent une tendance claire. La science-fiction et la fantasy de 2026 n'ont pas été portées par de grands concepts, mais par des formes simples : un voyage, une quête, une équipe, un affrontement. Aucun de ces récits n'exige une connaissance encyclopédique. Même la Légion, réputée intimidante, est relancée avec l'objectif explicite d'être accessible.
Deuxième point commun : la place de l'auteur. Brett Bean écrit et dessine D'orc. Al Ewing a construit sur plusieurs années un cycle personnel. Gillen et Claremont sont des signatures fortes. Même dans les opérations de catalogue, c'est un nom qui fait la promesse. Cette tendance traverse toute l'année 2026, au-delà des genres.
Troisième point commun, plus inattendu : la proximité avec l'image. White Sky a la structure d'un film de survie, Alien vs. X-Men croise une licence de cinéma, D'orc emprunte aux codes du jeu de rôle et de l'animation. Le genre en bande dessinée dialogue en permanence avec les autres médias, et les lecteurs qui arrivent par ces médias s'y retrouvent.
Comment choisir sa lecture de genre
Partir du ton
Humour d'aventure ou gravité, récit intime ou grande fresque : le ton compte plus que le sous-genre. D'orc et White Sky ont paru à deux semaines d'écart et n'ont strictement rien en commun.
Préférer la création d'auteur pour débuter
Une série originale se lit sans prérequis. Une relance d'équipe ou un cycle au long cours demande parfois un peu de contexte, même quand elle se veut accessible.
Lire en recueil
Les récits de genre se construisent sur la durée : un voyage, une quête, une guerre. Le recueil, qui rassemble un arc complet, rend mieux justice à ces structures que le fascicule mensuel.
Ne pas confondre rupture et rareté
Les numéros 1 de genre épuisés en février ont été réimprimés en mars. Les payer au prix fort dans la semaine de sortie n'a aucun intérêt pour un lecteur. Notre article sur la spéculation sur les nouveautés Image le montre en détail.
Ce que ce bilan laisse de côté
Nous avons exclu l'horreur, qui a son propre article, et les séries de super-héros qui utilisent la science-fiction comme simple décor. Nous n'avons retenu que des titres dont la date, l'équipe et l'éditeur sont vérifiables, ce qui laisse de côté des séries peut-être excellentes mais que nous n'avons pas pu documenter précisément. Nous ne citons aucune cote : aucune source consultée ne publie de prix récents vérifiables sur ces numéros. Enfin, nous ne disons rien des lancements d'octobre à décembre 2026 : ils seront jugés après leur parution, pas avant.
Pour remonter aux classiques du genre, la fiche Saga #1 présente la série de space fantasy qui a montré, en 2012, qu'une création d'auteur pouvait mêler les deux genres et devenir un phénomène.