Facteur X (Semic, 1989) : le guide de collection de la revue, illustration article

Facteur X est la revue que Semic consacre aux séries mutantes à partir de l'automne 1989. Le catalogue en recense quarante-quatre numéros, sans trou dans la numérotation, portés par un rythme de six parutions annuelles tenu jusqu'au bout. Pour un collectionneur, l'enjeu n'est donc pas de traquer un fascicule fantôme, mais de reconstituer une continuité de lecture que la revue elle-même n'offrait pas en entier, parce que ses récits se poursuivaient ailleurs.

Vous avez une pile de Facteur X dans un carton, et la question qui se pose n'est pas celle qu'on attend. Il ne manque probablement aucun numéro à votre série, ou presque, parce que cette revue a été l'une des plus régulières de son catalogue. En revanche, il vous manque des morceaux d'histoires, et ceux-là ne se trouvent pas en rachetant un Facteur X. C'est tout le paradoxe de ce titre, et c'est ce que cette fiche va vous permettre de mesurer avant d'acheter quoi que ce soit.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Facteur X : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que publiait Facteur X, et ce qu'on peut en dire honnêtement

Le catalogue garde la trace d'un seul titre d'histoire par fascicule. La limite est à poser tout de suite, parce qu'elle commande la suite : une revue française de ce format empilait souvent plusieurs épisodes sous une même couverture. Ce que l'on tient, c'est le récit de tête, celui qui donne son identité au numéro. Pour le reste, l'exemplaire que vous avez en main est la seule source fiable.

Ce récit de tête, justement, raconte quelque chose. Le premier numéro porte le titre « Pouvoir d'un jour » et se signe à deux plumes, Walter et Louise Simonson. À partir de là, les signatures ne tournent pas au hasard d'un numéro à l'autre : elles s'installent par blocs longs, et chaque bloc couvre une tranche continue de numérotation. Une revue qui rassemblerait des épisodes glanés dans plusieurs séries ne produirait pas ce profil. Celui-ci ressemble à une colonne vertébrale unique, suivie dans l'ordre.

Autre détail que les données laissent affleurer sans l'expliquer : deux noms apparaissent au scénario qui ne ressemblent pas aux crédits américains du reste du sommaire. Adeline Evens est créditée sur le huitième fascicule, Serge Lefaure sur le trente-septième. Ce que ces signatures couvraient exactement, pages de rédaction, adaptation, texte d'accompagnement, reste à vérifier sur le papier. Mais leur présence confirme que Facteur X n'était pas seulement un contenant : il y avait un travail éditorial fait en France, et il laissait une trace dans les crédits.

Un rythme de six numéros par an, et pourquoi il vous simplifie la vie

Du premier fascicule, daté de septembre 1989, au vingt-sixième, les dates se succèdent de deux mois en deux mois sans une seule irrégularité. Vous pouvez donc vérifier la cohérence d'un lot sans connaître les dates par cœur : si deux numéros voisins sont censés être séparés de plus de deux mois sur cette première moitié, c'est qu'il manque quelque chose entre les deux, ou que l'information que vous lisez est fausse.

Passé ce point, le catalogue change de précision. Pour la seconde moitié de la série, il ne retient plus que l'année de parution, à deux exceptions près, les trente-quatrième et trente-cinquième numéros, qui conservent un mois. Attention à la conclusion à ne pas tirer : cela ne veut pas dire que la revue a ralenti. Le compte annuel reste de six fascicules jusqu'au bout, jusqu'en 1996. C'est la finesse de la donnée qui s'est perdue, pas la cadence de l'éditeur.

Conséquence pratique, et elle est contre-intuitive : sur ce titre, la date n'est pas un bon identifiant. Le numéro, lui, l'est toujours. Quand un vendeur décrit un exemplaire par son année seule, vous n'avez aucune certitude sur lequel des six fascicules de cette année il parle. Demandez le chiffre porté sur la couverture, et refusez de conclure à partir d'autre chose. C'est la règle qui vous évitera la plupart des doublons sur cette série.

Lire la série par blocs de signatures

Louise Simonson signe le scénario du récit de tête depuis le tout premier numéro jusqu'au dix-septième, et elle n'y manque qu'une seule fois. C'est, et de loin, la plus longue tenue d'auteur de toute la revue. Pour un acheteur, cette information vaut mieux qu'une liste de titres : elle dit qu'acheter cette première tranche en bloc donne un ensemble homogène, lisible d'affilée, et que la casser en deux lots n'a pas beaucoup de sens.

Peter David apparaît d'abord en co-signature sur « Hommages », au quatorzième, puis prend la suite et tient de lui-même une longue séquence jusqu'au trentième. Le passage de relais n'est donc pas brutal : il a été préparé six numéros plus tôt. Si vous constituez la série par morceaux, c'est une charnière utile à connaître, parce qu'elle vous donne un point de coupe naturel entre deux lots.

Côté dessin, un nom traverse tout le premier tiers sans appartenir à aucun des blocs de scénario : Ciro Tota, crédité sur neuf fascicules, du premier au vingt-deuxième. Il revient par intermittence, à cheval sur l'ère Simonson et sur l'ère David. Cette récurrence transversale, hors des blocs de scénario, invite à regarder de près ce qui, dans la revue, a été dessiné en France plutôt que repris. Là encore, l'exemplaire tranchera mieux que n'importe quelle déduction : regardez ce qui porte sa signature.

Les numéros qui comptent vraiment sur ce titre

Le premier reste le plus demandé, comme sur toute revue, et pour une raison qui ne doit rien à son contenu : c'est celui que les lecteurs achètent par curiosité avant de s'abonner, donc celui qu'on garde le moins soigneusement. Sa particularité ici est de porter deux scénaristes dès l'ouverture, ce qui n'arrivera plus souvent sur la série. Un exemplaire propre de ce fascicule est la pièce la plus structurante d'un lot.

Le sixième est l'autre numéro à repérer, pour une raison strictement vérifiable. Il porte le titre « Inferno », et c'est le seul de toute la première tranche où aucune des deux signatures Simonson n'apparaît au scénario : le récit de tête y est signé Chris Claremont, dessiné par Marc Silvestri. Une rupture nette dans un bloc par ailleurs très régulier, et les ruptures se voient sur le marché.

Trois autres repères méritent une ligne, parce qu'ils concentrent des noms que les acheteurs recherchent par créateur plutôt que par série. Le neuvième associe Rob Liefeld et Arthur Adams au dessin du récit de tête. Les dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième forment une séquence où Whilce Portacio est crédité à la fois au scénario et au dessin, trois fascicules de suite, ce qui ne se reproduit nulle part ailleurs sur la revue. Enfin le quarante-quatrième ferme la série, et nous verrons plus loin pourquoi il n'est pas une conclusion.

Ce que les titres d'histoires révèlent, et ce qu'ils cachent

Voici l'observation la plus utile de toute cette fiche. Le vingt-septième fascicule porte un titre annoncé comme sixième partie d'un récit nommé « Le chant du bourreau ». Le suivant, immédiatement consécutif en numérotation, annonce la dixième partie du même récit. Les parties intermédiaires ne figurent nulle part dans cette revue. Vous pouvez posséder la série entière, dans l'ordre, sans numéro manquant, et ne pas détenir l'histoire complète.

Le phénomène n'est pas isolé. Le trente-sixième ouvre « Jeux d'ombres » en première partie, et le suivant enchaîne sur sa troisième. Le treizième annonce une première partie au « verdict des dieux » dont la suite n'apparaît pas ensuite, et le dix-huitième porte un « Dernier sursaut » en deuxième partie dont la première manque juste avant. Le schéma est trop régulier pour être une erreur de relevé.

Deux anomalies plus bénignes complètent le tableau. Le septième fascicule n'a aucun titre d'histoire enregistré alors que ses créateurs le sont : un blanc dans le relevé, pas un numéro sans contenu. Les trente-huitième et trente-neuvième portent le même titre, « Fichier Stryfe », avec la même équipe au scénario. Un diptyque, et un piège pour qui achète sur une description de vendeur.

De là vient ce qui distingue Facteur X des autres revues de la maison. Elle est nécessaire, parce que les blocs d'auteurs qu'elle abrite ne se lisent dans cet ordre, sous cette couverture, nulle part ailleurs. Elle n'est pas suffisante, parce que ses grands récits débordent de sa propre numérotation. Qui l'ignore croit avoir fini au bout, et garde des trous qu'aucune complétion de la série ne refermera.

Reconnaître l'édition et dater un exemplaire

Le réflexe à prendre ici est de lire le numéro avant la date, puis de contrôler le récit de tête. Si on vous propose « celui d'Inferno », le fascicule attendu est le sixième, avec Claremont au scénario et Silvestri au dessin. Une description qui n'aligne pas ces éléments mérite une photo de plus avant l'achat.

La même méthode fonctionne sur les charnières. Un exemplaire présenté dans la tranche tenue par Peter David mais dont le récit de tête serait signé Louise Simonson seule n'est pas impossible, puisque les crédits se recoupent parfois sur un même fascicule : il est simplement à vérifier. Appuyez-vous sur la mécanique des blocs, pas sur une correspondance automatique entre un nom et un numéro.

Frise de parution de Facteur X : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

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L'état d'un exemplaire, ce qu'il faut regarder en premier

Sur une série aussi longue, l'homogénéité d'état compte autant que l'état lui-même. Un ensemble complet dont tous les exemplaires sortent du même rangement vaut mieux, à la revente comme au plaisir de lecture, qu'un ensemble complet rassemblé à partir de dix provenances dont deux fascicules sont fatigués. Quand vous complétez, essayez d'acheter par lots issus d'une même collection plutôt que numéro par numéro.

Vérifiez aussi l'intégrité intérieure, et spécifiquement l'absence de pages découpées. Une revue de ce type comportait des pages non narratives que certains lecteurs ont retirées à l'époque. Un fascicule dont la pagination est amputée reste collectionnable, mais il ne doit pas être décrit ni payé comme un exemplaire complet, et la différence ne se voit pas sur une photo de couverture.

Les pièges à l'achat, propres à cette série

Le deuxième est celui du diptyque de titre identique. Deux fascicules consécutifs portent le même intitulé dans la dernière tranche de la revue, et une annonce fondée sur le titre seul ne permet pas de savoir lequel vous recevez. Si vous complétez cette zone, exigez une photo où le numéro est lisible, ou acceptez le risque d'un doublon.

Le troisième est plus insidieux : l'annonce qui promet une histoire complète. Compte tenu de ce que les titres montrent, aucun lot limité à cette revue ne peut garantir la continuité d'un grand récit à épisodes numérotés. Une annonce qui l'affirme se trompe, ou s'avance. Achetez des numéros et des blocs d'auteurs, pas des promesses de récit entier.

Compléter la série, dans quel ordre

Attaquez ensuite la tranche centrale tenue par Peter David, qui se négocie généralement sans tension particulière, puis réservez pour la fin les cinq derniers fascicules signés John Francis Moore. Ce sont eux qui vous retiendront le plus longtemps, non pour une raison de contenu, mais parce que les fins de série sont tirées et conservées en moins grand nombre. Les garder pour la fin évite de bloquer tout votre budget sur la partie la plus rare pendant que le reste file ailleurs.

Traitez enfin les récits à épisodes comme un chantier séparé : complétez d'abord la revue, documentez ensuite où les parties manquantes ont paru. Mélanger les deux est le meilleur moyen de n'en finir aucun. Les hubs de Magneto et de Mister Sinister aident à situer les figures mutantes de cette période.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

La cote aujourd'hui, et comment la raisonner

Trois éléments font monter un fascicule isolé au-dessus du lot : l'ouverture de la série, la rupture d'auteur du sixième numéro, et les dernières parutions. Tout le reste s'apprécie surtout par l'état. Raisonnez donc en rapports plutôt qu'en valeurs absolues : combien vaut ce fascicule par rapport au prix moyen du lot complet que vous visez, et accepterez-vous ce rapport si l'état n'est que moyen.

Surveillez enfin les ventes réellement conclues, pas les demandes affichées. Sur une revue régulière et abondante, l'écart entre les deux est large, et c'est dans cet écart que se perdent les acheteurs pressés. Le hub Tornade et les autres pages de personnages donnent un point d'entrée thématique pour situer la période sur le marché français.

Suivre la collection, et ce qu'il faut en retenir

Dans votre inventaire, inscrivez le numéro de couverture comme clé principale, le titre du récit de tête comme contrôle, et l'année sans le mois pour tout ce qui suit la vingt-sixième parution. Ajoutez une colonne libre pour les parties d'histoires manquantes : c'est elle qui vous dira, en un regard, si vous avez une série complète ou une lecture complète, ce qui n'est pas la même chose.

Facteur X se résume à cela, finalement. Une revue qu'on peut terminer, ce qui est rare, et qui ne se termine pas pour autant, puisque son dernier fascicule porte un titre annoncé comme deuxième partie d'un récit intitulé « Havok déchaîné ». Elle s'arrête au milieu d'une phrase, avec une numérotation impeccable. C'est une série facile à posséder et difficile à épuiser, et c'est exactement ce qui en fait un bon objet de collection.

Questions fréquentes

Le catalogue recense quarante-quatre fascicules, numérotés sans interruption du premier au dernier. Aucun numéro n'est sauté, ce qui est inhabituel pour une revue qui a tenu sept années. La difficulté de cette série n'est donc pas la chasse au fascicule manquant, mais la rareté relative des dernières parutions, toujours moins conservées que les premières.

Six parutions par an, de l'automne 1989 jusqu'à la fin de la série. Sur la première moitié, les dates relevées s'enchaînent strictement de deux mois en deux mois, sans irrégularité. Sur la seconde, le catalogue ne retient plus que l'année, mais le compte annuel ne change pas : c'est la précision du relevé qui diminue, pas la cadence de l'éditeur.

Parce que les titres relevés annoncent des parties numérotées dont les intermédiaires n'apparaissent pas dans cette revue. Un fascicule porte une sixième partie, le suivant une dixième du même récit. Ces histoires circulaient entre plusieurs publications de la même maison. Posséder la série entière ne garantit donc pas de tenir les récits complets.

Non, et c'est important de le savoir avant d'acheter. Le relevé disponible ne conserve qu'un titre d'histoire par fascicule, le récit de tête. Une revue française de ce format pouvait en contenir davantage sous une même couverture. Le seul sommaire fiable est celui imprimé dans l'exemplaire que vous avez en main.

Le fascicule d'ouverture, toujours le plus demandé et le moins bien conservé, puis le bloc continu tenu au scénario par Louise Simonson, qui se trouve souvent regroupé et offre une lecture homogène. Gardez pour la fin les cinq dernières parutions, signées John Francis Moore : elles sont les plus longues à réunir en état correct.