Les mots employés dans les annonces de comics VF ne décrivent pas un objet, ils décrivent une intention de vendeur. « Hors-série », « bis », « album », « complet » ou « deuxième édition » recouvrent des réalités que le catalogue permet de départager numéro par numéro. Ce lexique donne, pour chaque terme, ce qu'il désigne, ce qu'il ne désigne pas, et la question précise à poser avant de régler.
Un acheteur de revues françaises passe plus de temps à décoder un intitulé qu'à examiner la marchandise. « Strange 229 » a deux destinataires possibles, parus le même jour. « Un Récit Complet Marvel 12 » renvoie à deux objets différents chez le même éditeur. « Les Fantastiques complet » peut vouloir dire une suite qui commence au 19. Rien de tout cela n'est de la mauvaise foi : la numérotation des petits formats a été souple, et le vocabulaire des vendeurs a suivi.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Petit format, grand format, poche, géant : quatre mots pour une mesure
Ces quatre termes désignent une taille, et rien d'autre. Le catalogue enregistre des titres qui portent le mot dans leur nom même : Superman Poche et Batman Poche chez Sagédition, Superman Géant chez la même maison, Artima color Marvel géant chez Arédit. Quand le format est inscrit sur la couverture, l'intitulé du vendeur est fiable ; sinon, le mot n'est plus qu'une appréciation.
Ce que ces mots ne désignent pas : une qualité de fabrication, une pagination, ni une périodicité. Un « géant » n'est pas forcément plus épais qu'un mensuel, et un « poche » est une hauteur de page, pas une sous-catégorie éditoriale. Le catalogue recense les numéros et leurs sommaires, il ne consigne pas les dimensions : rien ne remplace ici une règle graduée.
La question à poser : la hauteur et la largeur en centimètres, et le nombre de pages. Deux chiffres règlent le débat, là où « grand format » laisse place à la déception à l'ouverture du colis.
Fascicule : le mot neutre qui désamorce la moitié des malentendus
Le fascicule est l'unité de parution : un cahier agrafé, vendu en kiosque, portant un numéro et une date. C'est l'objet que le catalogue décrit ligne par ligne, avec sa date de couverture et au moins un titre d'histoire. Ombrax, chez Lug, en aligne 242 depuis 1966 : deux cent quarante-deux objets distincts à trouver, et non une série en quelques volumes.
Ce que le mot ne désigne pas : un recueil, un album, ni un numéro réédité. Il vaut la peine de l'imposer dans une conversation d'achat, même quand le vendeur dit « revue ».
La question à poser : s'agit-il d'un cahier agrafé tel qu'il est sorti en kiosque, avec sa couverture d'origine, ou d'un ensemble reconditionné ? Un vendeur sérieux répond en une ligne.
Recueil et reliure éditeur : vous achetez plusieurs numéros devenus un seul objet
Les éditeurs de petits formats ont écoulé leurs invendus en les reliant par trois ou quatre sous une couverture cartonnée neuve. Un recueil n'est donc pas une anthologie choisie, c'est un assemblage de fascicules dont les couvertures d'origine sont parfois conservées à l'intérieur, parfois supprimées. La différence compte : sans ces couvertures intérieures, le recueil ne vous donne pas les numéros, il vous donne leur contenu.
Ce que le mot ne désigne pas : une édition. Le recueil ne crée aucun numéro nouveau, et sa propre numérotation, quand il en porte une, n'a rien à voir avec celle de la revue.
La question à poser : quels numéros exactement, et les couvertures d'origine sont-elles reliées à l'intérieur ? Demandez la liste, pas la fourchette. « Du 12 au 15 » peut cacher un saut, et quatre numéros annoncés se révèlent parfois trois plus un doublon.
Album et cartonné : deux emplois qui ne se recouvrent pas
Dans les annonces, « album » désigne tantôt un volume cartonné édité comme tel, tantôt n'importe quel objet plus épais qu'un fascicule. Le catalogue garde la trace du premier emploi : chez Arédit, Captain America ouvert en 1979 comprend, à côté de ses numéros 1 à 27, une entrée notée comme cartonnée, et Conan le Barbare lancé la même année en compte deux, situées en 1981.
Le piège est ailleurs, redoutable pour qui cherche dans des listes : le mot apparaît aussi dans les titres relevés sur les pages intérieures. Nova, chez Lug, démarre le 10 février 1978 avec une mention renvoyant à l'album de l'Araignée numéro 2, « La nuit du Lézard » ; Strange au 58 renvoie à l'album des Fantastiques numéro 4, « Dr. Fatalis ». Ce sont des réclames imprimées dans la revue, pas la description du fascicule : une recherche textuelle sur ce mot ramène massivement des fascicules ordinaires.
La question à poser : le mot « album » figure-t-il sur la couverture, ou seulement dans votre description ? La reliure se voit sur une photo de tranche, qu'il suffit de réclamer.
Hors-série et spécial : deux mots, deux numérotations qui se superposent
C'est le point où un acheteur perd le plus d'argent, et le catalogue le montre avec une netteté rare. Strange Spécial Origines, repris par Semic en 1989, ne porte pas de numérotation propre : ses parutions sont enregistrées comme 229 hors série, 232 hors série, 235 hors série, et ainsi de suite de trois en trois. Or Strange, à la même date, est arrivé au numéro 229, daté du 5 janvier 1989. Deux objets, un seul numéro, le même jour, et des sommaires différents.
Le pas de trois n'est pas un caprice : il trahit un rythme trimestriel calé sur un mensuel, le hors-série empruntant le numéro du mois où il sort. À partir du 301, la mention disparaît des relevés et la série adopte une numérotation suivie. Un vendeur qui écrit « Spécial Origines 241 » est donc exact, et l'acheteur qui coche son Strange 241 se trompe de case.
La question à poser : faites-vous confirmer le titre complet tel qu'il est imprimé sur la couverture, mention comprise, et non le seul chiffre.
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Commencer mon essai →Le « bis », le numéro double et le numéro sans numéro
Trois anomalies de numérotation, trois conséquences distinctes sur une liste de manques.
Le « bis » signale un objet inséré dans une numérotation déjà occupée. Strange Spécial Origines, du temps de Lug, ouvre en janvier 1981 sur un 133 bis suivi d'un 136 bis, avant de passer à 139 sans mention ; chez Sagédition, Superman et Batman et Robin comporte un 50bis écrit sans espace. Ce n'est ni une variante de couverture ni un second tirage, mais un numéro à part entière, qui manque à une collection même quand le numéro nu est présent.
Le numéro double est un seul fascicule portant deux numéros. Superman Poche en aligne une quinzaine, de 51-52 jusqu'à 108-109, et la même maison écrit ailleurs 65 - 66 avec des espaces. Il se vend une fois et il comble deux cases. L'erreur symétrique est fréquente dans les deux sens : acheter séparément un 51 et un 52 qui n'ont jamais existé, ou croire un manque là où un double numéro fait le lien.
Le numéro sans numéro est l'objet dont le chiffre n'est pas imprimé, et que le catalogue note alors entre crochets. L'Araignée, chez Lug à partir de 1978, en fournit deux, placés là où les numéros nus font défaut. Les Fantastiques, lancés par la même maison en 1979, en comportent un daté de 1986 à côté de numéros courant de 19 à 41. Ces exemplaires sont réels, simplement impossibles à réclamer par leur chiffre.
La question à poser : lisez-moi ce qui est imprimé sur la couverture, mention après le chiffre comprise. Et si rien n'y figure, dites-le, c'est une information en soi.
Réédition, deuxième édition, deuxième série : trois choses différentes
Une réédition remet en vente un contenu déjà paru. Une deuxième édition est un nouveau tirage du même numéro, parfois à des années de distance. Une deuxième série repart de 1 sous le même titre. Les trois existent dans le catalogue et les trois se confondent dans les annonces.
Artima color Marvel géant, ouvert par Arédit en 1979, en donne le cas le plus net : ses numéros ne vont pas au-delà de 16, mais les relevés en comptent bien davantage, parce qu'un même numéro y figure à plusieurs dates. Le 1 est attesté en 1979 puis en 1981, avec des contenus annoncés différents : acheter « le 1 » ne dit pas lequel on achète. Même logique pour Un Récit Complet Marvel, dont Lug tient deux ensembles numérotés 1 à 20 dont les sommaires ne s'alignent pas, un même récit se retrouvant au 12 dans l'un et au 16 dans l'autre.
À l'inverse, la reprise d'un titre ne remet pas toujours les compteurs à zéro, et c'est ce qui rend la règle imprévisible. Strange continue chez Semic au 229, Titans au 120, Nova au 132 : des titres qui changent de maison sans rompre leur suite. Hulk, lui, repart de 1 chez Semic en 1992 alors qu'Arédit en avait publié vingt-neuf numéros depuis 1976, et Aventures Fiction connaît chez Arédit deux séries ouvertes toutes deux au 1, en 1958 et en 1966.
La question à poser : quelle année de parution, et quel éditeur sur la couverture ? Ces deux éléments lèvent presque toujours l'ambiguïté que le numéro seul entretient.
Complet, incomplet, dépareillé, lot : le vocabulaire de l'ensemble
« Complet » n'a de sens que rapporté à une borne. Les Fantastiques, chez Lug, se tiennent entre le 19 et le 41, le 40 n'apparaissant nulle part dans les relevés : un ensemble complet de ce titre ne commence pas à 1 et ne contient pas tous les chiffres de son intervalle. Top BD, chez Semic, est enregistré depuis le 14 et non depuis le 1. Un vendeur peut donc proposer un « complet » honnête qui ne couvre pas ce que vous imaginiez, et un autre un « incomplet » qui contient tout ce qui existe.
« Dépareillé » signale que les exemplaires ne viennent pas d'une même source et ne se ressemblent pas entre eux : employé franchement, le mot annonce une hétérogénéité que les photos d'ensemble masquent. « Lot » ne dit rien d'autre qu'une quantité, sans suite, sans cohérence, sans garantie contre les doublons.
La question à poser, en deux temps : la liste exacte des numéros, chiffre par chiffre ; puis, pour un lot, le nombre de doublons. Sur une série longue, comptez vous-même : un Strange du temps de Lug annoncé complet doit présenter deux cent vingt-huit lignes.
La mention de partie : un faux indice de continuité
« 1ère partie », « 2e partie », « conclusion » : ces mentions figurent dans les titres d'histoire et elles trompent, parce qu'elles ne numérotent pas le fascicule français. Spider-Man, lancé par Semic en 1991, ouvre son numéro 1 sur un récit annoncé en quatrième partie. Captain America, chez Arédit, ouvre de même son numéro 1 de 1979 sur une deuxième partie, dont le titre se retrouve d'ailleurs dans Dracula au numéro 23. Vous n'avez rien manqué : la série française commence là où elle commence.
Les sauts sont tout aussi normaux. Dans Spider-Man, un même récit-fleuve est relevé en deuxième partie au 11, en sixième au 12, en dixième au 13, en quatorzième au 14. Ce pas de quatre indique qu'un fascicule français regroupe plusieurs épisodes d'origine, ce que le catalogue laisse deviner sans le détailler. Facteur X montre le même écart entre ses numéros 27 et 28. Et la formulation dérive : Spécial Strange annonce au 41 une première partie dont le sous-titre devient le titre principal au 43, où la mention passe à troisième partie.
La question à poser : ces mentions sont une raison de demander des photos du sommaire, pas de conclure à un manque. Le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par numéro, alors qu'une revue comme Strange en publiait trois ou quatre : seul l'exemplaire tranche, et la prudence est ici un argument, pas une faiblesse. Reste un domaine entier dont ce lexique ne traite pas, celui de l'état et de sa notation, qui fait l'objet de guides séparés sur ce site.
Questions fréquentes
En demandant le titre complet imprimé sur la couverture. Strange et Strange Spécial Origines portent tous deux un 229 daté de janvier 1989, le second avec la mention hors série. Les sommaires diffèrent. Le chiffre seul ne départage pas, le titre complet oui, et une photo de couverture le règle en une minute.
Oui. Un 133 bis est un objet distinct, pas une variante du 133 : il a sa date, son sommaire, sa couverture. Chez Lug, Strange Spécial Origines ouvre d'ailleurs sur deux numéros à mention bis avant d'adopter une numérotation nue. Qui coche le numéro nu croit avoir complété ce qu'il n'a pas acheté.
Parce que le titre a été repris par un autre éditeur avec un compteur remis à zéro. Vingt-neuf numéros chez Arédit depuis 1976, vingt-neuf autres chez Semic depuis 1992 : les deux séries occupent les mêmes chiffres. Précisez toujours l'année et l'éditeur, sinon vous achetez une loterie entre deux objets sans rapport.
Pour un objet et deux cases. Superman Poche en compte une quinzaine, de 51-52 à 108-109, et un vendeur peut écrire 65 - 66 avec des espaces. Ne cherchez pas les chiffres séparément, ils n'ont jamais été imprimés seuls, et ne comptez pas un manque là où le double numéro assure la continuité.
Non, mais sachez ce qu'il contient. Certains conservent les couvertures d'origine à l'intérieur, d'autres les ont supprimées : dans le second cas vous obtenez les histoires sans les fascicules. Réclamez la liste exacte des numéros reliés et une photo de la tranche, puis décidez si cela remplit ou non vos cases.