Les Fantastiques #1 (1979) : ce que dit vraiment le relevé Lug, illustration article

Dans le catalogue, le numéro un de ce relevé est noté entre crochets et daté 1986, alors que le relevé lui-même démarre en 1979 et court jusqu'au numéro 41. Les crochets signalent une donnée reconstituée, jamais lue sur un exemplaire. Conclusion prudente : ce premier numéro n'est pas attesté sous ce libellé, et l'unique numéro un documenté du même titre porte une date de 1973. Vérifiez le libellé exact avant d'acheter.

Vous tombez sur une annonce qui propose « Les Fantastiques numéro 1, Lug, 1979 ». Le prix paraît logique, la couverture est jolie, et rien ne vous alerte. C'est précisément le cas où une fiche de numéro sert à quelque chose, parce que la donnée disponible ne confirme pas cette annonce : elle la met en doute, et pour une raison technique que le vendeur ignore probablement lui-même. Cet article décrit ce que le relevé contient, ce qu'il ne contient pas, et comment transformer cette incertitude en question concrète à poser avant de payer.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité du numéro Les Fantastiques #1 : éditeur, année, contenu de l'article

Le numéro un de ce relevé est entre crochets, et ce détail change tout

Première chose mesurée, avant même de parler de sommaire : la façon dont le numéro est écrit. Dans ce relevé, il n'apparaît pas comme 1 mais comme [1]. Les crochets ne sont pas une coquette typographique. Dans le catalogue, ils signalent une valeur reconstituée par déduction, et non lue sur l'objet. Autrement dit : personne n'a eu le fascicule en main pour confirmer que le chiffre 1 figure quelque part dessus, ni sur la couverture, ni dans l'ours, ni au dos.

Il faut dire avec soin ce que cela autorise à conclure, parce que la tentation est double et que les deux versants sont faux. Ce n'est pas une preuve que le fascicule n'a jamais paru : une donnée reconstituée peut parfaitement correspondre à un objet réel, simplement non consulté. Ce n'est pas davantage une preuve de rareté, et c'est l'erreur la plus coûteuse, parce qu'un vendeur de bonne foi peut lire les crochets comme le signe d'un fantôme recherché. Les crochets ne disent rien sur la rareté. Ils disent une chose, une seule : l'incertitude porte sur le relevé, pas sur le marché.

Pour un acheteur, la conséquence est simple et opérationnelle. Toute discussion sur ce numéro un doit commencer par une photographie du chiffre tel qu'il est imprimé. Pas une description, pas un titre de série recopié depuis une liste : l'endroit de la couverture ou de l'intérieur où la numérotation apparaît. Si le vendeur ne peut pas la montrer, vous n'achetez pas un numéro un, vous achetez une hypothèse.

Une date qui ne colle pas avec l'ouverture de la série

Deuxième anomalie, et elle renforce la première. La ligne entre crochets porte comme date 1986. Or le relevé est présenté comme démarrant en 1979, et ses autres lignes montent régulièrement de 1979 à 1986. Un premier numéro daté de la dernière année couverte n'ouvre rien du tout : il clôt. Une ligne de ce genre ressemble beaucoup plus à un fascicule tardif rattaché par défaut à un rang qu'on ne connaissait pas, qu'à une véritable tête de série.

Le titre d'histoire attaché à cette ligne va dans le même sens : « La Saga du surfer d'argent », créditée à Stan Lee et Jack Kirby. Une saga porte un nom de cycle, pas de premier épisode d'un titre généraliste. Les sources divergent sur la manière dont cette matière a circulé dans les publications françaises de l'époque, et rien dans la donnée ne permet de trancher. Ce qu'on peut écrire sans se tromper, c'est que la combinaison d'un rang reconstitué, d'une date de fin de parcours et d'un intitulé de cycle rend l'étiquette « premier numéro » inexploitable telle quelle.

Deux libellés voisins : même objet ou objets distincts ?

Le relevé pose un troisième problème arithmétique : il compte moins de lignes que son plus haut numéro. Vingt-quatre lignes, mais un dernier rang à 41. Un relevé complet ne peut pas faire ça. Il manque donc des rangs, et il en manque beaucoup : tout ce qui précède le 19, plus le 40, sans compter un 23 qui figure deux fois, une fois daté 1980 et une fois 1986.

La vérification s'imposait, et elle est concluante. Un fichier voisin décrit « Une Aventure des Fantastiques », chez Lug, à partir de 1973, avec quarante-trois numéros. En comparant rang par rang, les intitulés se superposent : le 19 porte dans les deux cas les sortilèges de Diablo et le crédit d'Archie Goodwin, le 21 le retour du Prince des Mers, le 24 l'imposture de Fatalis, le 27 le Pharaon du futur, le 31 l'affrontement avec les X-Men, le 41 la Panthère noire. Ce ne sont pas des coïncidences de titre, c'est la même séquence.

Verdict, et il faut l'énoncer clairement : les deux libellés décrivent le même objet éditorial, pas deux séries concurrentes. Le relevé court est un extrait tronqué du long, amputé de ses dix-huit premiers rangs et doté d'un titre raccourci, du genre qui s'installe quand on recopie une couverture plutôt qu'un ours. Pour vous, cela signifie qu'il n'existe pas un numéro un de 1979 à chercher à côté d'un numéro un de 1973 : il y a un seul numéro un, et il est ailleurs.

Ce que la donnée dit du véritable premier fascicule

Le relevé long attribue à son numéro un une date de deuxième trimestre 1973, un titre d'histoire identique au titre de la publication, un crédit d'écriture à Stan Lee, et côté dessin une liste qui mêle Jean Frisano, Jean-Yves Mitton et Jack Kirby. Cette triple signature graphique est intéressante en soi : elle reflète la pratique française de l'époque, où la couverture était refaite localement par un illustrateur maison tandis que les planches intérieures venaient d'ailleurs. Vous ne lisez donc pas là le dessinateur d'un épisode, vous lisez l'ensemble des mains qui ont fabriqué le fascicule.

Un avertissement indispensable sur le sommaire. Le relevé ne donne qu'un seul intitulé d'histoire par fascicule, alors qu'une revue de ce type en publiait plusieurs. Ce que vous lisez n'est donc pas le sommaire complet, c'est une entrée parmi d'autres, et parfois même pas un épisode : plusieurs lignes du relevé long portent des intitulés comme une mention de quatrième de couverture ou un renvoi vers la collection d'albums reliés de l'éditeur. Autrement dit, la ligne décrit ce qui a été relevé, pas la totalité de ce qui est imprimé. Le sommaire réel se vérifie sur l'exemplaire, page par page.

Comment reconnaître un vrai premier numéro dans une annonce

Le test tient en quatre gestes, à faire dans cet ordre, et aucun ne demande d'expertise.

D'abord, exigez la mention de numérotation photographiée, pas retranscrite. Ensuite, demandez la date portée par le fascicule, et acceptez qu'elle soit trimestrielle : le relevé long date ses premiers rangs par trimestre, et un vendeur qui vous annonce un mois précis sur cette période recopie probablement une source secondaire. Troisièmement, faites photographier l'ours, ce petit bloc de mentions légales où figurent l'éditeur, le dépôt légal et le numéro de commission paritaire. C'est la seule zone du fascicule qui résiste aux approximations de catalogue. Enfin, comparez le titre complet imprimé en couverture avec le titre de l'annonce : un intitulé raccourci dans l'annonce est exactement le mécanisme qui a produit le relevé tronqué dont nous parlons.

Si les quatre éléments concordent, vous savez ce que vous achetez. S'il en manque un, posez la question avant de payer plutôt qu'après réception, parce qu'une discussion sur un rang de numérotation après un envoi se termine rarement bien pour l'acheteur.

Frise de parution de Les Fantastiques : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

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Les confusions possibles, et celle qui coûte le plus

Trois confusions reviennent sur ce titre. La première est celle que nous venons de démonter : prendre le relevé raccourci pour une série distincte, et chercher un numéro un de 1979 qui n'a pas d'existence documentée. La deuxième vient du doublon de rang : un même chiffre 23 apparaît avec deux dates, à six ans d'écart, ce qui sur le marché produit deux objets différents vendus sous le même numéro sans que personne mente. La troisième tient aux rééditions : le relevé long signale explicitement, sur ses derniers rangs, des mentions de deuxième édition. Un fascicule tardif reprenant un contenu ancien n'a pas le même statut qu'un tirage d'origine, et seule la mention imprimée permet de les séparer.

La plus coûteuse des trois est la deuxième, parce qu'elle est invisible. Vous croyez compléter un trou dans votre suite, vous recevez un exemplaire parfaitement authentique, et le trou reste ouvert. La parade consiste à noter dans votre suivi non seulement le rang mais l'année portée par l'exemplaire, ce qui rend le doublon détectable chez vous avant d'être payé deux fois.

Ce qu'il faut regarder sur l'objet avant d'acheter

Au-delà de l'identification, l'examen matériel de ces fascicules suit quelques points fixes. Le dos agrafé est le premier : sur une publication trimestrielle de cette épaisseur, les agrafes rouillent et marquent le papier autour d'elles, et une rouille qui a traversé n'est pas réparable. Vérifiez ensuite le bloc intérieur en le faisant éventer : il arrive que des pages aient été prélevées, notamment les pages de jeux ou de publicité, et un fascicule amputé n'est pas un fascicule complet même si la lecture reste possible.

Regardez la coupe. Ces publications étaient massicotées de façon inégale, et un bord légèrement biais n'est pas un défaut d'exemplaire mais une caractéristique de fabrication ; en revanche un bord rogné droit et net sur un fascicule d'époque doit vous faire penser à une recoupe postérieure. Enfin, demandez une photographie de la couverture en lumière rasante plutôt que de face : les plis de lecture et les frottements d'angle, invisibles sur une photo frontale, apparaissent immédiatement.

Ce qui fait varier la valeur, sans citer le moindre chiffre

La valeur de ce type de fascicule se raisonne en rapports, pas en montants. Un exemplaire complet, au dos sain et à la couverture fraîche, se situe dans un ordre de grandeur nettement supérieur à un exemplaire lu et plié, et l'écart entre les deux est plus large que l'écart entre deux rangs voisins de la série. Dit autrement : sur ce titre, l'état décide davantage que la position dans la suite.

Le statut d'identification pèse ensuite. Un objet dont la numérotation est lisible et photographiée se négocie sur une base claire ; un objet dont le rang reste une déduction, exactement comme la ligne entre crochets dont part cet article, supporte une décote liée au doute, et c'est normal. L'incertitude n'est pas une qualité, c'est un risque que l'acheteur assume et qui se paie. Si vous vendez, lever le doute par deux photographies vaut mieux que n'importe quel argumentaire.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Consigner ce numéro dans une collection suivie

Pour un titre dont le relevé public est incomplet et dédoublé, votre propre fiche devient la source la plus fiable que vous possédiez. Notez le rang, l'année portée, l'intitulé complet imprimé en couverture, la présence ou l'absence d'une mention de réédition, et l'état du dos. Cinq champs suffisent, et ils règlent par avance les trois confusions décrites plus haut.

Cette discipline a un second effet, moins évident. Quand vous aurez une dizaine de rangs de cette série documentés de cette façon, vous verrez apparaître la structure réelle de la parution, celle que le relevé tronqué masque. C'est souvent à ce moment que les collectionneurs comprennent où sont leurs vrais manques, et que la chasse devient efficace au lieu d'être opportuniste. Les hubs consacrés aux X-Men et à Hulk, dont des histoires traversent ce relevé, permettent de replacer ces fascicules dans un ensemble plus large.

En résumé, ce que vous pouvez affirmer et ce que vous ne pouvez pas

Vous pouvez affirmer que le relevé court attache à son rang un intitulé de cycle, une date de 1986 et un crédit à Stan Lee et Jack Kirby, et que ce rang est noté entre crochets donc reconstitué. Vous pouvez affirmer que ce relevé et son voisin décrivent le même objet sous deux libellés, parce que leurs rangs communs portent les mêmes intitulés. Vous pouvez affirmer que l'unique numéro un documenté du titre porte une date de deuxième trimestre 1973.

Vous ne pouvez pas affirmer qu'un fascicule a été la première parution française d'une histoire ou d'un personnage, parce que le relevé ne donne qu'une entrée de sommaire par fascicule. Vous ne pouvez pas établir de correspondance avec une numérotation américaine à partir de ces seules données. Et vous ne pouvez pas conclure des crochets que le numéro est rare. Ces trois réserves ne sont pas des faiblesses de l'article : elles sont exactement les trois phrases que vous pouvez opposer à une annonce trop assurée.

Questions fréquentes

Parce que le catalogue utilise les crochets pour signaler une valeur reconstituée par déduction, et non lue sur un exemplaire tenu en main. Cela veut dire que le rang n'a pas été confirmé sur l'objet. Ce n'est ni une indication de non parution, ni une indication de rareté : c'est une incertitude de relevé, qu'une photographie de la numérotation suffit à lever.

Oui, d'après la comparaison des deux relevés. Leurs rangs communs portent les mêmes intitulés d'histoire et les mêmes crédits, du dix-neuvième au quarante et unième. Le relevé court est un extrait tronqué du long, privé de ses dix-huit premiers rangs et doté d'un titre raccourci. Il faut donc chercher le numéro un du côté du relevé complet.

Le relevé complet lui attribue le deuxième trimestre 1973, avec un crédit d'écriture à Stan Lee et une couverture signée côté français. Les publications de cette période sont datées par trimestre et non par mois. Si une annonce vous donne un mois précis pour ce rang, demandez la photographie de la mention imprimée avant de la retenir.

Sur ce relevé, oui : le rang vingt-trois apparaît deux fois, avec deux années distantes de six ans. Les derniers rangs du relevé complet portent par ailleurs des mentions de deuxième édition. Notez donc toujours l'année portée par votre exemplaire en plus du rang, sinon un doublon reste indétectable dans votre suivi.

Non. Le relevé ne retient qu'un intitulé par fascicule, alors que ces revues publiaient plusieurs épisodes. Certaines lignes désignent même une mention de quatrième de couverture ou un renvoi vers les albums reliés de l'éditeur. Le sommaire réel se vérifie sur l'exemplaire, en feuilletant, et pas sur une fiche de catalogue.