Le catalogue garde trois relevés chez Arédit-Artima : Big Boy, numéros 1 à 45, d'octobre 1956 à juin 1960 ; Big Boss, numéros 46 à 70, de 1960 à juillet 1962 ; puis un second Big Boss reparti de 1, qui va jusqu'au 59 entre 1970 et 1983. Résultat : quatorze étiquettes, du 46 au 59, désignent deux fascicules distincts sous un titre identique. Le numéro seul n'identifie rien.
Vous tombez sur une annonce qui dit « Big Boss n°52, bon état ». Vous ouvrez votre liste de manques, le 52 y figure, vous achetez. Quand le colis arrive, l'exemplaire n'a pas la bonne tête : papier différent, mise en page différente, et un numéro 52 qui vous paraît appartenir à une autre époque que celui que vous cherchiez. Vous ne vous êtes trompé ni de titre, ni de numéro, ni d'éditeur : vous vous êtes trompé de série, et ce piège est propre à ces deux titres voisins.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Trois relevés, deux titres, un seul éditeur
La situation se décrit en une phrase et se vit beaucoup moins simplement. Arédit-Artima a porté deux titres presque homonymes, et le catalogue en tire trois relevés : un pour Big Boy lancé en 1956, deux pour Big Boss, commençant en 1960 et en 1970. Même maison, même famille de contenus, une lettre d'écart au titre.
Aucun des trois relevés ne montre à lui seul ce que cette configuration produit. Pris séparément, chacun est d'une régularité exemplaire : aucune lacune, aucun numéro manquant, aucun bis pour brouiller le compte. C'est en les superposant que l'ennui apparaît, et l'erreur se commet d'autant plus facilement : le vendeur ne mentait pas, il décrivait un relevé que vous ne regardiez pas.
Les plages de numéros, mesurées
Big Boy occupe les numéros 1 à 45 sans interruption, le premier Big Boss les numéros 46 à 70, également sans interruption. Ces deux plages sont contiguës et ne se recouvrent nulle part : aucun numéro de Big Boy ne peut donc être confondu avec un numéro de ce premier Big Boss, pour la raison la plus simple du monde, les étiquettes ne sont pas les mêmes.
Le second relevé de Big Boss casse cet arrangement. Il repart du numéro 1 et monte jusqu'au 59. Il traverse donc intégralement la plage de Big Boy, puis entame celle du premier Big Boss. Deux des trois relevés commencent à 1 ; un seul démarre à un numéro élevé, et c'est précisément celui qui ne pose aucun problème d'identification.
Retenez cette géographie, elle suffit à l'essentiel : les étiquettes 60 à 70 n'existent que dans un relevé, les étiquettes 46 à 59 dans deux relevés au titre identique, les étiquettes 1 à 45 dans deux relevés aux titres différents. Aucun numéro n'est partagé par les trois.
Big Boy, la numérotation qui ne trompe personne
Autant évacuer tout de suite le relevé tranquille. Big Boy démarre avec un numéro 1 daté d'octobre 1956, dont le récit relevé s'intitule « Appât humain », et s'arrête au 45 en juin 1960 : quarante-cinq fascicules, quarante-cinq mois, sans désynchronisation. Pour un collectionneur, la conséquence est pratique : aucun manque invisible à redouter, et une plage dont on connaît la fin, donc un objectif fini.
Le relevé date tous les numéros au mois près, ce qui est rare, mais de façon hétérogène : la plupart des dates sont libellées à l'anglaise, deux seulement à la française, aux numéros 38 et 39 de la fin 1959. Cette inconstance ne dit rien sur les fascicules, elle dit comment les relevés ont été constitués, et elle a une conséquence concrète : une recherche sur le mois en français échouera sur une partie de la série.
Côté créateurs, les crédits tournent autour d'un noyau stable : Henry Boltinoff comme signature la plus fréquente au scénario, John Prentice, Bill Ely ou Nick Cardy au dessin. Attention toutefois, le relevé ne retient qu'un récit par fascicule alors que ces périodiques en publiaient plusieurs : ces noms ne sont pas la liste complète des participants d'un numéro.
Le 46 qui succède au 45 : ce que les dates autorisent à dire
Big Boy s'arrête au 45 en juin 1960. Le premier Big Boss ouvre au 46, daté 1960. Même éditeur, aucun trou dans la suite des étiquettes, aucun chevauchement, et un millésime commun. Toute personne qui aligne ces deux relevés en tire la même lecture spontanée : le titre a changé et le compteur a continué.
Cette lecture est vraisemblable, elle n'est pas démontrée, et la différence commande vos décisions d'achat. Les relevés montrent une continuité de numérotation entre deux titres du même éditeur. Ils ne montrent pas l'acte éditorial : rien n'y indique un changement de titre, aucune mention ne relie explicitement les deux ensembles, et le catalogue les conserve comme deux séries autonomes.
Le détail des dates affaiblit même la précision de l'argument. Le 45 est daté au mois, le 46 ne porte qu'un millésime. On ne peut donc pas affirmer que le second a suivi le premier d'un mois : la seule chose mesurable est qu'ils partagent la même année. Sur la nature exacte du lien entre les deux titres, les sources divergent, et la position tenable est la suivante : traitez la continuation comme une hypothèse solide, ne la traitez jamais comme un fait sur lequel reposerait votre inventaire.
La vraie collision : quatorze étiquettes doublées sous un titre identique
Le problème sérieux n'est pas entre Big Boy et Big Boss : deux titres différents se distinguent à l'œil, et leurs plages ne se recouvrent pas. Il est à l'intérieur du titre Big Boss, et il est bien plus coriace.
Des numéros 46 à 59, il existe deux fascicules portant la même étiquette et le même titre de couverture, séparés par une vingtaine d'années de parution. Quatorze étiquettes dans ce cas : c'est peu en proportion, c'est énorme en pratique, parce que rien dans une annonce rédigée en trois mots ne permet de choisir. Sous le seul titre Big Boss, les deux relevés additionnent quatre-vingt-quatre fascicules pour soixante-dix étiquettes seulement ; l'écart de quatorze, c'est exactement la zone de collision.
Un exemple vaut mieux qu'une règle. Le numéro 59 du premier relevé est daté 1961 et son récit relevé s'intitule « Sidéral ». Le numéro 59 du second est daté 1983 et porte « L'homme de l'île des robots ». Même titre de revue, même numéro, deux objets qui n'ont rien à voir. De même pour le 46 : « La ville martienne des U.S.A. » en 1960 d'un côté, « Le secret de l'homme de bronze » en 1980 de l'autre. Les contenus permettent de trancher, le numéro seul jamais.
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Commencer mon essai →Ce que les titres de récits révèlent, et où ils cessent d'aider
Les titres de récits sont un bon discriminant, à condition de connaître leur défaut. Le second relevé de Big Boss reprend des récits déjà relevés vingt ans plus tôt dans Big Boy : « J'étais le roi des casse-cou » apparaît au 4 de Big Boy en janvier 1957 puis au 2 du relevé de 1970, et « L'homme microscopique » au 23 en août 1958 puis au 55 en 1982. Un titre de récit, à lui seul, ne vous dit donc pas dans quel relevé vous êtes.
Pire, un même intitulé peut revenir deux fois dans un seul relevé. « J'ai traqué l'animal de la forêt de Montrouge » figure au 1 du relevé de 1970, puis au 50 en 1981, après être apparu au 2 de Big Boy en novembre 1956 : trois occurrences, dont deux sous la même numérotation. Un titre de récit identifie un contenu, pas une position.
Enfin, deux fascicules échappent complètement à cette méthode. Les numéros 35 et 52 du second relevé, datés 1978 et 1981, n'ont ni titre de récit, ni scénariste, ni dessinateur enregistrés. Pour ces deux-là, aucun croisement de contenu n'est possible depuis le catalogue : il faut l'exemplaire en main, ou des photographies précises, et c'est le genre de lacune qu'il vaut mieux connaître avant de miser sur une annonce plutôt qu'après.
Ce que les dates de couverture permettent, et leur limite
La date est le discriminant le plus robuste, parce que les deux relevés de Big Boss ne se touchent jamais dans le temps. Le premier court de 1960 à juillet 1962, le second de 1970 à 1983 : huit années séparent la fin de l'un du début de l'autre, aucun millésime n'est commun. Un Big Boss daté d'avant 1963 relève donc du premier relevé, un Big Boss daté de 1970 ou après du second, sans exception dans les données disponibles.
Sa limite est la granularité. Contre toute attente, c'est le relevé le plus ancien qui est le mieux daté : Big Boy porte un mois sur chacun de ses quarante-cinq numéros, tandis que le premier Big Boss n'en précise que quatre, de décembre 1961 à juillet 1962, et le second seulement deux, mai 1975 et décembre 1980. Pour l'immense majorité des fascicules Big Boss, vous ne disposez donc que d'une année.
Une année suffit pourtant à lever l'ambiguïté qui compte, puisque les deux périodes ne se recouvrent pas. Ce qu'elle ne permet pas, c'est de reconstituer un ordre de parution fin. Un ordre de grandeur reste calculable, et il est parlant : le second Big Boss étale cinquante-neuf numéros sur quatorze millésimes, soit un rythme environ quatre fois plus lent que le mensuel Big Boy. Même famille d'objets, deux économies de publication très différentes.
Identifier son exemplaire devant une annonce
Voici la procédure, dans l'ordre où elle coûte le moins d'efforts. Premier geste, lire le titre exact sur la couverture, lettre à lettre : deux caractères séparent Big Boy de Big Boss, et une annonce recopiée de mémoire se trompe souvent.
Deuxième geste, lire le numéro et appliquer la géographie des plages. Un Big Boy appartient au relevé de 1956, quel que soit son numéro, et l'affaire est close. Un Big Boss numéroté 60 ou au-delà relève du premier relevé ; numéroté 45 ou en dessous, du second. Il ne reste à traiter que la bande 46 à 59.
Troisième geste, pour cette bande seulement, demander la date portée sur l'exemplaire, et à défaut un cliché du récit d'ouverture. Le couple titre plus numéro ne suffit pas, le couple numéro plus année suffit toujours. Vingt ans séparant les deux impressions, le papier et le graphisme de couverture diffèrent visiblement : indice utile, pas preuve, et une photographie de la quatrième de couverture tranchera mieux qu'une impression générale.
Tenir une liste de manques qui ne compte pas deux fois le même numéro
La faute d'inventaire classique consiste à ouvrir une ligne « Big Boss » et à y cocher des numéros. Elle garantit deux erreurs symétriques : vous croirez posséder un fascicule que vous n'avez pas, dans la bande 46 à 59, et vous rachèterez un doublon en croyant combler un manque.
La clé d'identification doit comporter trois composantes, pas deux : le titre, le relevé, le numéro. Concrètement, tenez trois lignes séparées, que vous pouvez nommer « Big Boy, 1 à 45 », « Big Boss première numérotation, 46 à 70 » et « Big Boss seconde numérotation, 1 à 59 ». Dans la bande commune, ouvrez deux cases distinctes pour chaque étiquette, et n'en cochez qu'une.
Deux précautions. Ne fusionnez pas Big Boy et le premier Big Boss en une seule ligne de 1 à 70, même si l'hypothèse de continuation vous convainc : si elle est fausse, vous aurez fabriqué des manques fantômes dans un ensemble qui n'en a aucun. Et notez, pour chaque numéro acquis, la date lue sur l'exemplaire plutôt que celle recopiée d'une annonce : c'est elle qui vous dira, dans six mois, lequel des deux 52 dort dans votre boîte. La même discipline sert pour les autres titres de cette époque aux numérotations qui se chevauchent.
Ce qu'on peut affirmer, ce qu'on ne peut pas
On peut affirmer les plages : 1 à 45 pour Big Boy, 46 à 70 pour le premier Big Boss, 1 à 59 pour le second, les trois relevés étant complets, sans aucun numéro absent. On peut affirmer la contiguïté du 45 de juin 1960 et du 46 daté 1960, l'absence de tout recouvrement temporel entre les deux Big Boss, et le fait que quatorze étiquettes désignent deux objets différents sous un titre identique.
On ne peut pas affirmer que le premier Big Boss est la continuation administrative de Big Boy : les numéros et les millésimes rendent l'hypothèse très plausible, rien dans les données ne la confirme, et les sources divergent. On ne peut pas davantage affirmer qu'un récit reparu en 1982 reproduit à l'identique celui relevé en 1958 sous le même intitulé : le catalogue donne un titre, pas une collation. Et comme un seul récit est retenu par fascicule, aucun sommaire complet ne se reconstitue d'ici, il se vérifie sur l'exemplaire.
Cette prudence est l'outil, pas un aveu de faiblesse : un acheteur qui sait où s'arrête sa certitude pose la bonne question au vendeur, et c'est cette question, pas le numéro annoncé, qui lui évite le mauvais colis. Les dessinateurs crédités ici, de Carmine Infantino à Gil Kane ou Nick Cardy, sont par ailleurs associés à des séries que vous suivez peut-être : les hubs Flash et Aquaman éclairent ces signatures, sans rien permettre de conclure sur le contenu d'un fascicule français précis.
Questions fréquentes
Quatorze, du numéro 46 au numéro 59. Le premier relevé de Big Boss couvre les numéros 46 à 70, le second repart de 1 et monte jusqu'au 59 : leur intersection est cette bande de quatorze étiquettes. Au-delà du 59, c'est-à-dire du 60 au 70, un seul fascicule existe par numéro, et en dessous du 46 également.
Les plages se recouvrent, puisque le second relevé de Big Boss reprend les numéros 1 à 59, mais les titres de couverture diffèrent et suffisent à trancher. Le risque réel est l'annonce mal recopiée, deux lettres séparant les deux titres : demandez une photographie de la couverture avant d'acheter un numéro inférieur à 46.
C'est probable, et ce n'est pas démontré. Big Boy s'achève au numéro 45 en juin 1960, le premier Big Boss ouvre au 46 daté 1960, chez le même éditeur, sans trou ni doublon. Rien dans les relevés n'énonce pourtant un changement de titre, et le catalogue les garde séparés : sur ce point, les sources divergent.
Par la date et par le récit relevé. Celui du premier relevé est daté 1961 et son récit s'intitule « Sidéral » ; celui du second est daté 1983 et porte « L'homme de l'île des robots ». Plus généralement, tout Big Boss daté avant 1963 appartient au premier relevé, tout Big Boss daté de 1970 ou après au second.
Ces deux fascicules, datés 1978 et 1981, n'ont ni titre de récit ni créateurs enregistrés. Le croisement par le contenu est donc impossible depuis le catalogue. Fiez-vous à l'année portée sur l'exemplaire, qui suffit à les rattacher au second relevé, et demandez des photographies du sommaire si vous devez documenter précisément ce que vous achetez.