Pour lire les Thunderbolts, partez de la série fondatrice de Kurt Busiek et Mark Bagley (1997), dont le premier numéro dissimule un renversement resté célèbre. Viennent ensuite la version cynique de Warren Ellis et Mike Deodato Jr. (2007), puis celle de Jeff Parker et Kev Walker (à partir de 2010), plus fantaisiste. Cinq lectures figurent ici, dont la mini-série The Sentry ; chacune indique le support à viser.
Aucune équipe Marvel n'a autant changé de visage que celle-ci. Les Avengers gardent un noyau reconnaissable, les X-Men un projet, les Thunderbolts un seul principe : réunir des personnages dont la loyauté est douteuse et regarder ce que cette proximité leur fait. Chaque scénariste a répondu à sa manière, parfois par la rédemption, parfois par la farce, parfois par le cauchemar. Cinq lectures méritent un rang, présentées ci-dessous avec ce que chacune exige de vous.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Comment nous avons départagé les équipes
Une série d'équipe ne se juge pas à ses combats mais à ce qu'elle fait d'une promesse. Pour les Thunderbolts, la promesse tient en une phrase : des gens qui ne devraient pas être là font quelque chose d'inattendu ensemble. Nous avons donc cherché, dans chaque période, la preuve qu'un scénariste a tenu cette promesse avec une idée neuve, et non en recopiant la précédente. Les séries trop dépendantes d'un crossover ont été laissées de côté, de même que les mini-séries où l'équipe ne sert que de décor.
Ce classement juge la lecture. L'aspect collection vient plus bas, séparé, parce que le numéro le plus recherché de cette famille est celui d'une lecture que tout le monde connaît déjà par ouï-dire. Un rang élevé signifie : si vous ne deviez en ouvrir qu'un, ouvrez celui-là.
Top 1 : Kurt Busiek et Mark Bagley, Thunderbolts (1997)
Le contexte éditorial compte. Fin 1996, Onslaught fait disparaître de l'univers principal les Avengers comme les Quatre Fantastiques ; leurs séries passent entre les mains d'autres équipes, dans un monde parallèle. L'éditeur laisse donc un vide, et c'est dans ce vide que s'installe, au printemps 1997, une formation de nouveaux venus aux costumes flambants. Ils s'appellent Citizen V, MACH-1, Techno, Atlas, Songbird et Meteorite, et leur premier numéro, daté d'avril 1997, s'achève sur une dernière page que l'éditeur avait gardée secrète jusqu'à la mise en vente. Nous ne la décrirons pas ici : elle fonctionne mieux lue pour la première fois.
Ce qui fait de cette série la meilleure du groupe n'est pas le coup de théâtre mais ce que Kurt Busiek en tire. Pendant des dizaines de numéros, il suit des personnages qui jouent le rôle de héros devant l'opinion et qui, à force de répéter le geste, découvrent qu'ils aiment la reconnaissance. Certains veulent aller plus loin, d'autres tirent en arrière, et la tension entre ces deux pulsions nourrit l'intrigue bien plus que n'importe quel adversaire. Songbird en est l'exemple le plus net : son parcours, de la criminelle d'opérette à la cheffe respectée, reste l'une des meilleures trajectoires de personnage de la période. Mark Bagley dessine les premiers numéros avec une lisibilité de scène qui rend chaque rôle immédiatement identifiable, ce qui compte dans une équipe de six masques.
Il n'y a pas de fin nette à signaler, puisque Busiek construit sur la durée ; le bloc le plus cohérent est celui des premiers numéros, à partir du numéro 1 et en gardant à l'esprit que la présentation de l'équipe se joue en quelques épisodes. En préambule, le numéro 449 d'Incredible Hulk (janvier 1997, Peter David et Mike Deodato Jr.) montre le groupe pour la première fois, trois mois avant sa propre série. Aucune connaissance des années 1990 n'est nécessaire pour l'aborder. Le recueil d'ouverture porte le sous-titre Justice, Like Lightning ; les gros volumes reliés de la période Busiek existent aussi en intégrales, ce qui évite de courir après une centaine de fascicules.
Pour le collectionneur, deux objets se détachent : Hulk #449 pour la première apparition réelle, Thunderbolts #1 pour le point de départ de la série. Pour approfondir ce second numéro, notre dossier sur les numéros clés des Thunderbolts détaille ce qui distingue un premier tirage d'un exemplaire réimprimé.
Top 2 : Warren Ellis et Mike Deodato Jr., Thunderbolts (2007)
Dix ans après la naissance du groupe, la série connaît sa plus grande rupture de ton. La guerre civile entre super-héros vient de s'achever sur une loi d'enregistrement des pouvoirs, et un gouvernement qui veut contrôler ce qu'il ne comprend pas a besoin d'une équipe chargée de traquer les héros non déclarés. Warren Ellis reprend la série au numéro 110 (2007) et la réinvente en police secrète. La formation qu'il réunit est menée par Norman Osborn, l'ancien Bouffon Vert, et compte des figures aussi peu fréquentables que Venom, Bullseye, Moonstone, Penance, Radioactive Man et le Swordsman. Les deux premiers arcs, Faith in Monsters puis Caged Angels, couvrent une douzaine de numéros environ.
La force de cette lecture est son économie. Warren Ellis n'explique pas, il place ses pièces. Chaque protagoniste a une fonction claire, chaque scène avance un rapport de force, et l'humour noir, loin d'alléger l'ensemble, souligne la nature de ce que ces personnages sont censés défendre. Mike Deodato Jr. donne à l'ensemble une texture photographique, des ombres épaisses, des visages éclairés de côté, qui convient à un récit d'espionnage. La série ne cherche pas à émouvoir : elle montre ce qui arrive quand la sécurité nationale devient un métier.
Ce run s'adresse au lecteur qui a déjà une idée du contexte de la guerre civile Marvel, ou qui accepte de la reconstituer à mesure. Il se lit mieux en deux volumes reliés que numéro par numéro, parce que la progression est celle d'un roman court plus que celle d'un feuilleton. Côté fascicules, les numéros de ce bloc ont l'avantage de n'avoir été ni recherchés ni spéculés : ils se trouvent sans difficulté et c'est un bon terrain pour qui veut compléter un début de série sans viser le haut de gamme.
Top 3 : Jeff Parker et Kev Walker, Thunderbolts (à partir de 2010)
Après l'ère Osborn et le grand ménage de l'âge dit héroïque, l'équipe est reprise par Jeff Parker, qui la renverse. Luke Cage, ancien Avenger, reçoit la mission de gérer un groupe de détenus transformés en agents de terrain, et le principe devient presque une comédie d'ateliers : un chef qui croit à la seconde chance, des équipiers qui n'ont pas demandé la leur. Le casting est volontairement bizarre, avec Juggernaut, Man-Thing, Moonstone et Songbird. Kev Walker dessine plusieurs arcs avec un trait compact, très expressif, qui rend crédible cette bande de monstres en uniforme.
Ce run sert de contrepoint parfait aux deux précédents. Là où Busiek jouait la rédemption et Ellis le cynisme, Jeff Parker met en scène un travail ordinaire : faire équipe quand on n'a rien en commun, accepter un salaire de tous les jours, apprendre à se supporter. Il en tire des épisodes souvent brillants, qui accueillent des idées de science-fiction sans jamais perdre de vue le caractère de chacun. Les lecteurs de Luke Cage y trouveront une version assagie et pourtant intraitable du personnage ; notre analyse de Luke Cage, Hero for Hire #1 remonte à ses origines pour mesurer la distance.
Il s'adresse à celui qui a lu Busiek et veut voir ce que devient l'idée sous un autre regard. Les recueils suffisent pour tout lire. En fascicules, les numéros de ce bloc se trouvent sans peine, sauf ceux d'un crossover : vérifiez que le volume couvre bien la suite visée.
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Top 4 : Paul Jenkins et Jae Lee, The Sentry (2000)
Ce n'est pas une série de l'équipe, et c'est pourtant l'une des meilleures raisons de lire les Thunderbolts d'aujourd'hui. Bob Reynolds, le Sentry, naît en septembre 2000 dans une mini-série en cinq numéros du label Marvel Knights. La mise en scène éditoriale joue la redécouverte d'un héros oublié des années 1960, comme si l'éditeur avait retrouvé un trésor dans un carton ; le récit lui-même est celui d'un homme dont tout le monde a perdu le souvenir, et dont la puissance s'accompagne d'une ombre. Paul Jenkins écrit une histoire de mémoire et de honte, Jae Lee dessine avec des silhouettes étirées et un encrage dense qui font de chaque page un tableau.
Si ce titre mérite un rang, c'est qu'il explique le personnage que le film de 2025 met au centre de l'équipe. Sa lecture n'exige aucune connaissance préalable, et sa brièveté en fait une des entrées les plus faciles de ce classement. Il s'adresse à celui qui préfère le conte sombre à la bataille de masques et qui veut comprendre, avant de voir le Sentry ailleurs, de quoi il est fait. Pour la suite de sa carrière, notre dossier sur l'histoire du Sentry prend le relais.
Pour collectionner, la mini-série existe en cinq fascicules d'origine, d'un format élégant, et en recueil. Le premier numéro est le plus convoité, et c'est aussi celui dont les versions se multiplient : méfiez-vous des numéros annoncés comme « spéciaux » sans indication claire de leur provenance, et préférez un exemplaire dont la couverture, les mentions et le papier sont cohérents avec un tirage de 2000.
Top 5 : Daniel Way et Steve Dillon, Thunderbolts (2012)
Lancée à l'hiver 2012-2013 dans le cadre de Marvel NOW!, cette nouvelle série repart de zéro. Thaddeus Ross, devenu Red Hulk, y dirige un commando d'antihéros qui comprend le Punisher, Elektra, Deadpool et Venom, alors incarné par Flash Thompson. Le principe est celui d'un film de braquage décalé : des tueurs, un objectif, un chef qui ne mâche pas ses mots. Steve Dillon, dessinateur des premiers numéros, y apporte un trait net, très narratif, hérité de ses années de bande dessinée britannique.
Cette lecture occupe le dernier rang parce qu'elle est la plus inégale, pas la moins amusante. Les premiers arcs tiennent par la mécanique et le plaisir de voir des personnages que l'on associe à des séries très différentes cohabiter ; la suite s'étire. Elle s'adresse au lecteur qui connaît bien le Punisher, Deadpool ou Venom et veut les voir ailleurs que dans leurs propres titres, ou à celui que les rapports d'équipe plus légers attirent. La série de 2012 compte une trentaine de numéros, dont Daniel Way signe la première partie avant de passer la main ; elle se lit d'une traite en recueils ; en fascicules, la série n'est pas recherchée, et c'est l'un des blocs de ce classement où l'on peut compléter une collection sans effort.
Pour prolonger vers les personnages, voyez nos pages sur les meilleurs runs du Punisher et sur ceux de Venom, qui complètent utilement cette lecture.
Par lequel commencer selon votre profil
Si vous découvrez les Thunderbolts après le film de 2025, la série de Busiek et Bagley est la bonne porte, parce qu'elle contient le concept dont le film s'inspire. Si vous préférez passer directement au personnage qui a marqué le film, ouvrez The Sentry, qui se lit en un après-midi et ne demande aucune connaissance préalable. Les lecteurs venus du Punisher ou de Venom trouveront leur compte dans la série de Daniel Way, tandis que ceux qui apprécient les récits d'espionnage et la politique préféreront Warren Ellis.
Ce que valent ces runs en collection
Dans cette famille, les rapports comptent plus que les chiffres. Le premier numéro de 1997 et la première apparition d'Incredible Hulk #449 forment le noyau dur : ils concentrent la demande, et leur écart avec le reste de la série est large. Les numéros suivants de la période Busiek se trouvent à des niveaux sans commune mesure avec ce noyau, ce qui rend la série facile à entamer par le milieu. Vérifiez toujours, sur un exemplaire de premier tirage, les mentions légales à l'intérieur de la couverture, plutôt que de vous fier au seul aspect de la couverture.
Trois rapports servent de boussole pour votre budget : le fascicule face au recueil qui le reprend, qui dit si l'achat en volumes est économique ; l'exemplaire courant face à l'exemplaire gradé, qui mesure la prime de conservation ; le même numéro avant et après le film, qui isole la part de l'effet cinéma. Aucun de ces rapports n'est stable, et les séries récentes comme celle de Daniel Way n'ont pas de cote installée : ce qui les fera bouger, c'est l'apparition au cinéma des personnages qui y figurent et la durée de vie de leurs propres titres. Procédez par ventes terminées plutôt que par annonces, et ne soustrayez jamais les frais d'envoi et de protection de votre calcul.
Enfin, souvenez-vous que les recueils, y compris les intégrales, sont souvent le meilleur choix pour lire une période complète : ils coûtent moins que la somme des fascicules, se rangent mieux et laissent l'argent disponible pour les deux numéros qui valent la peine d'être possédés en version d'origine. Le comparatif albums reliés et fascicules pose les termes de ce choix.
Questions fréquentes
Il faut remonter à janvier 1997 et à Incredible Hulk #449, écrit par Peter David avec Mike Deodato Jr. au crayon. La série régulière de Kurt Busiek et Mark Bagley ne démarre que trois mois plus tard, avec Thunderbolts #1 daté d'avril 1997, qui reste néanmoins le numéro de référence.
Aucune lecture n'est requise : le film compose son propre groupe. La série de Busiek et Bagley en livre toutefois le principe, et la mini-série de Jenkins et Lee éclaire Bob Reynolds, figure centrale de l'intrigue.
Oui, avec un peu de patience. Warren Ellis installe son contexte en quelques pages : une loi d'enregistrement des pouvoirs, une équipe dirigée par Norman Osborn chargée de traquer les héros réfractaires. Les références à la guerre civile sont de décor, pas de passage obligé.
En recueils pour la lecture, en fascicules pour une poignée de repères seulement : Incredible Hulk #449 et Thunderbolts #1. Les intégrales couvrent la période Busiek sans courir après des dizaines de numéros, et les volumes de Warren Ellis ou Jeff Parker se trouvent aisément.
Non, c'est une mini-série en cinq numéros, publiée en 2000 sous le label Marvel Knights par Paul Jenkins et Jae Lee. Elle est liée à l'équipe par le personnage, rendu central dans le film de 2025, mais se lit entièrement à part.
Vous possédez un Incredible Hulk #449 ou un Thunderbolts #1 ? Faites-les estimer en vérifiant d'abord le tirage et l'état de l'exemplaire.
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