Sweet Tooth compte 40 numéros parus chez Vertigo entre 2009 et 2013, écrits et dessinés par Jeff Lemire. La série se lit dans l'ordre, d'une traite, et se prolonge par The Return, une mini-série de six numéros publiée en 2020 chez DC Black Label. Le meilleur format d'entrée reste l'édition en trois volumes reliés, qui couvre l'intégralité du récit principal sans rupture.
Sweet Tooth compte 40 numéros parus chez Vertigo entre 2009 et 2013, écrits et dessinés par Jeff Lemire. La série se lit dans l'ordre, d'une traite.
C'est la porte d'entrée la plus fréquente vers son œuvre, et celle qui pose le plus de questions pratiques : combien de tomes, quelles éditions, faut-il lire la suite parue sept ans plus tard, et dans quel ordre placer les récits annexes. Cet article répond à chacune, éditions françaises comprises.
Ce que raconte la série
Une pandémie a décimé l'humanité. Depuis, plus aucun enfant humain ne naît : les seules naissances sont des hybrides, mi-humains mi-animaux, dont personne ne sait s'ils sont la cause du fléau ou sa conséquence. Gus, petit garçon à bois de cerf, a grandi caché dans une forêt du Nebraska par un père qui lui a interdit d'en sortir. Le père meurt. Gus sort.
Il rencontre Jepperd, colosse taciturne qui propose de le conduire vers une Réserve où d'autres hybrides seraient à l'abri. Le lecteur comprend très vite ce que Gus ne comprend pas — et c'est ce décalage, tenu sur quarante numéros, qui fait la série.
La comparaison qui revient le plus souvent est Bambi croisé avec Mad Max. Elle est juste sur le ton, mais elle rate l'essentiel : Sweet Tooth est d'abord un récit sur la paternité de substitution, et sur ce qu'un adulte abîmé fait d'un enfant qui lui fait confiance.
L'ordre de lecture, en trois lignes
Il n'y a pas de piège chronologique ici, contrairement à Black Hammer. La série principale se lit du numéro 1 au numéro 40, dans l'ordre. Deux choses seulement demandent une décision.
1. La série principale — 40 numéros
De 2009 à 2013 chez Vertigo. Récit complet, avec une fin voulue par l'auteur : Lemire a arrêté la série au moment qu'il avait prévu, ce qui est assez rare pour être signalé. Aucun tome n'est facultatif.
2. Sweet Tooth: The Return — 6 numéros
Publiée en 2020-2021 chez DC Black Label. Ce n'est ni une préquelle ni une suite directe : un récit parallèle situé dans un futur bien plus lointain, avec un nouveau Gus. À lire après les 40, jamais avant — l'intérêt tient entièrement à ce qu'on sait déjà.
3. Les récits courts
Quelques histoires additionnelles ont paru dans des recueils Vertigo et dans les éditions reliées. Elles éclairent des personnages secondaires sans rien apporter à l'intrigue. Facultatives, et à lire en dernier.
Les formats, et lequel choisir
C'est le point qui coûte le plus cher aux lecteurs, parce que quatre objets différents contiennent le même récit et que rien ne le signale clairement sur les couvertures.
Les 40 numéros souples. La forme d'origine, celle que cherchent les collectionneurs. Pour lire, c'est le format le plus inconfortable : quarante fascicules à ranger, et une lecture hachée par des coupures pensées pour un rythme mensuel qui n'a plus lieu d'être.
Les six recueils. Le découpage classique de Vertigo, cinq à sept numéros par volume. Format économique, largement disponible d'occasion, et le plus simple à compléter progressivement. C'est aussi celui qui circule le plus en bibliothèque.
Les trois volumes reliés dits « Deluxe ». Chacun couvre environ un tiers de la série, en plus grand format et avec des bonus. C'est l'édition que je recommande pour une première lecture : le découpage en trois correspond bien mieux aux trois mouvements du récit que le découpage en six.
L'intégrale en un volume. Elle existe, elle est lourde, et elle a l'avantage de régler la question du rangement en une fois. Réserve : un pavé de plus de mille pages se lit mal en tenant le livre, et se relit peu.
L'erreur la plus fréquente, et elle est mécanique. Un lecteur commence par les recueils, s'arrête au troisième, revient deux ans plus tard et achète un Deluxe parce qu'il ne se souvient plus de ce qu'il possède. Le Deluxe 1 recouvre alors intégralement les recueils 1 et 2 déjà achetés.
Le seul remède est de décider du format avant de commencer, et de le noter quelque part. Sur une série de quarante numéros déclinée en quatre éditions, la mémoire ne suffit pas — et le vendeur d'occasion ne vous préviendra pas.
Les éditions françaises
La série a été publiée en français, avec un découpage propre à l'édition francophone qui ne recoupe pas exactement celui des recueils américains. C'est une source de confusion classique quand on complète une collection commencée dans une langue et poursuivie dans l'autre.
Deux conseils pratiques. D'abord, ne mélangez pas les langues sur une même série : les numéros couverts par un tome français et par un recueil américain ne coïncident presque jamais, et vous vous retrouverez avec des trous ou des recouvrements. Ensuite, vérifiez toujours la plage de numéros indiquée dans les pages de garde plutôt que de vous fier au numéro de tome — c'est la seule information fiable.
Pour The Return, la disponibilité française a été plus tardive et plus irrégulière que celle de la série principale. Si vous ne la trouvez pas, ce n'est pas une erreur de votre part.
Ce que le dessin apporte au récit
Lemire dessine lui-même l'intégralité de la série, et c'est ce qui la distingue de la plupart des récits post-apocalyptiques. Son trait tremblé, ses proportions instables, ses aplats de noir maladroits produisent un décalage permanent avec la dureté de ce qui est raconté.
Concrètement : les scènes de violence ne sont jamais spectaculaires. Là où un dessinateur de genre chercherait l'impact, Lemire laisse la case presque vide, ou décale le regard. La violence est constante mais jamais offerte — ce qui la rend nettement plus dérangeante que si elle était détaillée.
Le procédé le plus remarquable concerne Gus lui-même. Ses bois de cerf sont dessinés sans effort de crédibilité anatomique : ils sont simplement là, comme un enfant les dessinerait. Ce refus du réalisme fait que le lecteur cesse très vite de les voir comme une prothèse, et les accepte comme faisant partie de l'enfant — ce qui est exactement le mouvement moral que la série demande.
Trois choses à savoir avant de commencer
La série est plus dure qu'elle n'en a l'air
La couverture, le trait et l'enfant à bois de cerf laissent penser à un conte. Ce n'en est pas un. La série traite de captivité, d'expérimentation médicale et de deuil, sans complaisance mais sans détour non plus.
L'explication arrive tard, et c'est voulu
L'origine de la pandémie et des hybrides n'est éclaircie que dans le dernier tiers. Beaucoup de lecteurs abandonnent au milieu en croyant que la série n'a pas de réponse. Elle en a une, et elle est cohérente depuis le premier numéro.
Ce n'est pas un récit de survie
Les codes post-apocalyptiques — ressources, factions, hordes — sont présents mais secondaires. Le sujet réel est la relation entre Gus et Jepperd, et tout le reste y est subordonné.
L'adaptation raconte autre chose
La série télévisée existe et a sa qualité propre, mais son ton est nettement plus doux et plusieurs arcs divergent. La connaître ne dispense pas de lire, et ne gâche pas non plus la lecture.
Où Sweet Tooth se place dans l'œuvre de Lemire
C'est sa première série longue, et la charnière entre les deux versants de son travail. Avant, il y a Essex County : le drame rural intimiste, en noir et blanc, sans genre. Après, il y aura Descender, Black Hammer, Gideon Falls — des séries de genre assumées, souvent confiées à d'autres dessinateurs.
Sweet Tooth tient les deux à la fois. La forme est celle du récit de genre — post-apocalypse, complot, quête. Le fond est celui d'Essex County — un enfant, un père de substitution, une campagne où l'on ne dit pas ce qu'on ressent. C'est la série qui prouve que Lemire pouvait faire du genre sans renoncer à ce qui l'intéressait.
Elle explique aussi pourquoi Marvel et DC sont venus le chercher juste après. Animal Man chez DC en 2011, puis Old Man Logan et Moon Knight chez Marvel : à chaque fois, un personnage de genre traité par sa famille et sa santé mentale plutôt que par ses combats. La méthode a été mise au point ici.
Le Nebraska, l'Alaska et la carte du récit
La série est construite comme un déplacement, et connaître sa géographie aide à ne pas se perdre dans le tiers central, réputé le plus lent.
Tout commence dans une forêt du Nebraska, espace clos et protecteur que Gus n'a jamais quitté. La première moitié du récit est un mouvement vers l'est, vers la Réserve, à travers un pays vidé. Puis la série bascule : le dernier tiers remonte vers l'Alaska, où se trouve l'origine de tout, et la nature du voyage change complètement — on ne fuit plus, on cherche.
Ce basculement géographique correspond exactement au basculement narratif. Tant qu'on va vers l'est, la série est un récit de survie ; dès qu'on monte vers le nord, elle devient une enquête sur les origines. Les lecteurs qui décrochent au milieu s'arrêtent en général juste avant ce virage — c'est-à-dire au moment précis où la série commence à répondre à ses propres questions.
Suivre une série longue déclinée en quatre éditions
Quarante numéros, six recueils, trois Deluxe, une intégrale, plus une mini-série de six numéros et des éditions françaises au découpage différent : Sweet Tooth est un cas d'école du problème que pose la collection par série plutôt que par œuvre.
Le réflexe qui évite les doublons est simple à énoncer et difficile à tenir de mémoire : enregistrer ce qu'on possède au niveau du numéro, pas du volume. Un catalogue qui sait que vous détenez les numéros 1 à 17 vous dira immédiatement qu'un Deluxe 1 ne vous apporterait rien, quel que soit le nom de l'édition sur la tranche.
Questions fréquentes
Cela dépend entièrement de l'édition, et c'est la source de confusion la plus courante. La série compte 40 numéros, regroupés soit en six recueils, soit en trois volumes reliés, soit en une intégrale unique. Les éditions françaises ont leur propre découpage. Le seul repère fiable est le numéro d'origine, indiqué dans les pages de garde.
Elle n'est pas nécessaire pour que le récit principal soit complet — les 40 numéros ont une vraie fin. The Return est un prolongement autonome situé dans un futur très éloigné, dont tout l'intérêt repose sur ce que le lecteur connaît déjà. À lire après, ou pas du tout, mais jamais avant.
Oui, et c'est un point important : Lemire a conclu Sweet Tooth au numéro 40, à l'endroit qu'il avait prévu, sans annulation ni fin précipitée. C'est un récit complet, ce qui n'est pas si fréquent dans la bande dessinée sérielle américaine.
La série a été publiée sous le label Vertigo, destiné à un lectorat adulte. Elle contient de la violence, des scènes de captivité et des thèmes d'expérimentation médicale. Le dessin doux et le personnage enfantin induisent en erreur : ce n'est pas un livre pour jeunes lecteurs, malgré son apparence.
Les trois volumes reliés, si le budget le permet : leur découpage en trois correspond aux trois mouvements du récit, bien mieux que le découpage en six recueils pensé pour la parution mensuelle. Les recueils restent le choix le plus économique et le plus facile à trouver d'occasion.
Ne rachetez plus deux fois le même numéro
Enregistrez vos numéros plutôt que vos tomes, et sachez immédiatement ce qu'une édition reliée vous apporterait — ou pas.