Dans les comics, Steve Rogers a renoncé au rôle de Captain America au moins quatre fois. En 1974, dégoûté par le scandale du Secret Empire, il abandonne le costume dans Captain America #176, devient Nomad au #180 et revient au #183 (daté de mars 1975). En 1987, il refuse de servir le gouvernement dans #332 (« The Choice ») ; John Walker le remplace au #333, jusqu'au retour de Steve au #350 (février 1989). En 2007, Steve est tué dans Captain America #25, et Bucky Barnes prend le bouclier au #34 (mars 2008). En 2014, vieilli, il le confie à Sam Wilson dans Captain America #25 de la série de Rick Remender, avant All-New Captain America #1. Chris Evans revient en Steve Rogers dans Avengers: Doomsday (18 décembre 2026) ; ce guide ne spécule pas sur l'intrigue.
Il y a une idée qui revient sans cesse dans l'histoire de Captain America : le costume n'appartient pas à l'homme qui le porte. Steve Rogers est le Captain America par excellence, mais les auteurs l'ont régulièrement forcé à s'en séparer, parfois par choix moral, parfois par la mort, parfois par l'âge. Chaque fois, la question posée est la même : qu'est-ce qui fait Captain America, le sérum, le bouclier ou les valeurs ?
Le cinéma a rendu ce motif célèbre, avec la scène où Steve confie le bouclier à Sam Wilson. Le premier teaser d'Avengers: Doomsday, en décembre 2025, a confirmé le retour de Chris Evans, en montrant Steve qui reprend son ancien costume. Ce guide ne cherche pas à deviner ce que le film fera de cette image. Il raconte les comics où le passage de relais a déjà eu lieu, et indique les numéros à lire pour chacun.
Avant tout : ce qui ne compte pas comme une passation
D'autres hommes ont porté le costume quand Steve était absent, notamment pendant les années où il était censé être pris dans la glace, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et son retour dans Avengers #4, daté de mars 1964. Ces remplaçants ont été inventés après coup pour expliquer les aventures publiées dans les années 1940 et 1950. Steve ne leur a rien transmis : il ignorait leur existence. Ce guide ne retient donc que les moments où Steve, vivant ou mort, laisse lui-même le rôle à un autre.
1974 : Nomad, l'homme sans pays
Captain America #176 à #183
Au terme de l'arc du Secret Empire, Steve découvre que le complot qu'il combattait remontait jusqu'au sommet de l'État. Dans le #176, « Captain America Must Die! », dessiné par Sal Buscema, il renonce au costume : il ne peut plus incarner un pays qui l'a trahi. Au #180, daté de décembre 1974, « The Coming of the Nomad! », il devient Nomad, un héros sans drapeau. Au #183, « Nomad: No More », il reprend le rôle de Captain America, convaincu qu'il doit défendre l'idéal américain plutôt que son gouvernement.
Cet arc est le modèle de toutes les passations suivantes. Steve Englehart, qui écrit la série pendant la période du Watergate, fait du costume un objet politique : le porter, c'est accepter de représenter quelque chose. C'est aussi le moment où le personnage devient plus qu'un soldat : un homme capable de désobéir.
1987 : le Captain America du gouvernement
Captain America #332 et #333
Une commission gouvernementale exige que Captain America, création d'un programme militaire, se mette à ses ordres. Dans le #332, « The Choice », Steve refuse et rend le costume. Dans le #333, « The Replacement », la commission choisit John Walker, jusque-là connu sous le nom de Super-Patriot, pour le remplacer. Walker est plus brutal, plus obéissant, et le récit montre pas à pas ce que devient le rôle quand on le confie à quelqu'un qui n'en comprend que l'apparence.
Pendant ce temps, Steve ne reste pas inactif. Dans le #337, daté de janvier 1988, « The Long Road Back », il adopte un nouveau costume et un nouveau nom, The Captain. Il faut attendre le #350, daté de février 1989, « Seeing Red », pour qu'il reprenne son identité, au terme d'un affrontement avec Crâne rouge. Walker devient ensuite U.S. Agent, une autre carrière qui commence là. Mark Gruenwald, qui écrit tout cet arc, est l'un des scénaristes les plus durables du personnage ; notre sélection des meilleurs runs de Captain America lui fait une place.
2007 : la mort de Steve, le bouclier de Bucky
Captain America #25 (cinquième série)
Au lendemain de Civil War, Steve est abattu sur les marches d'un tribunal. « The Death of the Dream » fait de cette mort un événement médiatique bien au-delà des lecteurs habituels. C'est la seule passation où Steve n'a rien décidé : il n'est plus là pour choisir son successeur.
La relève vient de son plus vieux compagnon d'armes. Bucky Barnes, son partenaire de la Seconde Guerre mondiale devenu le Soldat de l'Hiver, revêt le costume dans le #34, daté de mars 2008, toujours sous la plume de Brubaker et le crayon d'Epting. C'est un Captain America plus sombre, marqué par des décennies d'assassinats commandités, qui cherche à mériter le rôle. Notre guide de lecture du Soldat de l'Hiver suit ce parcours en détail.
Steve revient dans Captain America: Reborn, dont le #1 est daté de septembre 2009, écrit par Brubaker et dessiné par Bryan Hitch. Fait remarquable : une fois revenu, il laisse d'abord Bucky garder le bouclier, et opère sous son propre nom, notamment dans Steve Rogers: Super-Soldier (2010). Ce n'est qu'en 2011, avec une nouvelle série dont le #1 est daté de septembre 2011, dessinée par Steve McNiven, qu'il redevient Captain America à plein temps.
2014 : le sérum s'éteint, Sam Wilson prend le relais
Captain America #25 (septième série)
Privé des effets du sérum, Steve a retrouvé son âge réel : un homme âgé. Dans « The Tomorrow Soldier: Conclusion », il confie le bouclier à Sam Wilson, le Faucon, son partenaire de longue date. C'est la passation la plus proche de celle que le cinéma a mise en scène, et la seule où Steve choisit, vivant et lucide, de transmettre le rôle à quelqu'un qui le mérite.
Sam Wilson n'est pas un remplaçant de passage. Il porte le titre pendant plusieurs années, avec sa propre série et ses propres positions politiques, qui divisent ses lecteurs dans le récit. L'origine du personnage, dans les années 1960, est racontée dans notre article sur la première apparition du Faucon.
En 2016, Steve retrouve sa jeunesse, et la série Captain America: Steve Rogers, dont le #1 est daté de juillet 2016, écrite par Nick Spencer et dessinée par Jesús Saiz, installe une situation inédite : deux Captain America en même temps, Sam et Steve. La série prend ensuite un tour qui a fortement divisé les lecteurs, et qui débouche sur l'événement Secret Empire en 2017.
Depuis : deux boucliers, et plus encore
La coexistence est devenue la norme. En 2021, The United States of Captain America, dont le #1 est daté d'août 2021, de Christopher Cantwell et Dale Eaglesham, montre Steve et Sam partir à la recherche du bouclier volé, et rencontrer des citoyens ordinaires qui se sont eux-mêmes proclamés Captain America dans leur communauté. L'idée pousse jusqu'au bout la logique de 1987 : le titre n'appartient à personne.
En 2022, Marvel publie deux séries parallèles : Captain America: Symbol of Truth, avec Sam, écrite par Tochi Onyebuchi et dessinée par R.B. Silva, et Captain America: Sentinel of Liberty, avec Steve, écrite par Collin Kelly et Jackson Lanzing et dessinée par Carmen Carnero. Depuis 2025, Chip Zdarsky écrit la série principale, avec Steve au centre ; c'est dans cette série qu'est introduit David Colton, dont le parcours est retracé dans notre article sur l'Avengers de Zdarsky.
Ordre de lecture conseillé
Captain America #176 à #183 (1974-1975)
Le modèle : un homme qui pose le costume parce qu'il ne croit plus en ce qu'il représente. Huit numéros, à lire d'une traite.
Captain America #332 à #350 (1987-1989)
Le plus long et le plus riche : le rôle confié à un autre, et ce que cela révèle. Si le temps manque, lisez #332, #333, #337 et #350.
Captain America #25 à #42 de Brubaker, puis Reborn (2007-2009)
La mort et la relève de Bucky. Le run de Brubaker se lit idéalement en entier, depuis son début en 2005.
Captain America #25 de Remender et All-New Captain America (2014-2015)
La passation à Sam Wilson, la plus proche des films. À compléter par Captain America: Sam Wilson.
Pour l'ensemble du personnage, toutes époques confondues, notre guide de lecture de Captain America donne un parcours complet, et la page meilleurs arcs de Captain America classe les récits par qualité plutôt que par thème.
Ce que ces numéros représentent pour un collectionneur
Les numéros de passation ne sont pas tous des numéros clés au sens du marché. Le #333 de 1987 l'est, parce qu'il est aussi la première apparition de John Walker en Captain America ; le #180 aussi, en tant que première apparition de Nomad ; le #25 de 2007 a été massivement acheté à sa sortie et reste très abondant ; le #34 de 2008 marque une première pour Bucky dans le costume. Ce guide ne donne aucun montant : aucune source consultée ne publie de prix daté et vérifiable pour ces numéros sur la période récente.
Une précaution de classement, enfin. Captain America a connu de nombreuses relances, et le même numéro, #25 par exemple, existe dans plusieurs séries différentes. Dans un inventaire, notez toujours l'année ou le numéro de série à côté du numéro du fascicule. Sans cela, le #25 de 2007 et celui de 2014 se confondent, alors qu'ils racontent deux passations opposées. Nos numéros clés modernes de Captain America détaillent ces repères.