Semic n'a pas remis les compteurs à zéro. Le catalogue montre que Lug s'arrête au numéro 59, daté de novembre 1988, et que Semic enchaîne au numéro 60, daté de janvier 1989. La période Semic couvre donc les numéros 60 à 115, soit cinquante-six fascicules sans trou, du début 1989 à la fin 1996. Un « Spécial Strange 72 » ne désigne qu'un seul objet, celui de janvier 1991.
Vous avez une pile de Spécial Strange chez vous, et vous voulez savoir où s'arrête l'ancienne série et où commence celle que l'on appelle « la période Semic ». La réponse tient dans un détail de numérotation qui change tout à la lecture d'une annonce, et qu'une légende tenace brouille depuis des années. Ce guide la tranche avec les dates du catalogue, puis déroule ce qu'il faut savoir pour acheter, classer et compléter ces cinquante-six fascicules.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
La numérotation ne repart pas de 1, et c'est le point de départ
L'idée reçue veut qu'un changement d'éditeur entraîne un nouveau numéro 1. Pour Spécial Strange, le catalogue dit exactement le contraire. Le dernier fascicule de la série lancée en 1975 porte le numéro 59 et une date de couverture de novembre 1988. Le premier de la série Semic porte le numéro 60 et une date de janvier 1989. Deux mois d'écart, un numéro d'écart : la continuation est mécanique, et il n'y a ni saut ni doublon dans la suite.
Pour un collectionneur, la conséquence est confortable. Quand une annonce indique un numéro, il n'y a jamais d'ambiguïté sur l'objet, contrairement à des titres où deux fascicules différents se disputent le même chiffre. Un numéro inférieur à soixante appartient forcément à la période antérieure, un numéro supérieur ou égal à soixante appartient forcément à la période Semic. Vous pouvez trier une pile entière sans ouvrir un seul exemplaire.
La contrepartie est qu'une série jugée complète sur son seul segment Semic reste un fragment. Un vendeur qui annonce « la série complète » en vous proposant la tranche haute vend une suite, pas un ensemble. Vérifiez toujours quel chiffre ouvre le lot : c'est la seule information qui distingue une collection commencée en 1975 d'une collection commencée en 1989.
Ce que publiait la revue sous Semic
Les crédits enregistrés dans le catalogue sont éloquents sur la construction de ces fascicules. Sur les cinquante-six numéros, la grande majorité porte trois noms de scénaristes et trois noms de dessinateurs, alors qu'un seul titre d'histoire est consigné. Ce décalage n'est pas une erreur de saisie : il signale un sommaire à plusieurs épisodes, dont le catalogue ne garde que l'intitulé mis en avant.
Un seul numéro de la série échappe à cette règle côté scénario, le 90, daté de janvier 1994, crédité à Fabian Nicieza seul. C'est le genre d'anomalie qui mérite un coup d'œil sur l'exemplaire plutôt qu'une conclusion hâtive : elle peut signaler un sommaire resserré, ou simplement un relevé incomplet. Partout ailleurs, tenez pour acquis que le fascicule que vous tenez contient plus d'épisodes que ce qu'un titre unique laisse croire.
Les noms consignés dessinent une revue centrée sur la bande mutante, avec des compléments qui changent au fil des années. Les premiers numéros croisent Chris Claremont, Ann Nocenti et Tom DeFalco côté scénario ; les derniers, Scott Lobdell, D. G. Chichester et Gregory Wright. Entre les deux, le catalogue n'autorise aucune affirmation sur la correspondance avec tel fascicule américain, et nous n'en ferons aucune.
Deux régimes de parution, et une bascule à l'automne 1995
Les dates de couverture racontent une histoire très régulière, puis une accélération nette. De janvier 1989 à septembre 1995, la revue sort tous les deux mois, sur les mois impairs : janvier, mars, mai, juillet, septembre, novembre, année après année, sans un seul mois manquant. Quarante et un fascicules suivent ce rythme, ce qui explique qu'on trouve ces numéros par séries entières chez un même vendeur : les abonnés et les lecteurs fidèles les accumulaient six par an.
Puis le numéro 101 porte la date d'octobre 1995, quand le précédent portait septembre. La revue passe au mensuel et ne lâche plus un mois jusqu'à décembre 1996. Quinze fascicules en quinze mois, c'est un rythme qui laisse moins de temps à la diffusion en kiosque et qui change la façon dont ces exemplaires circulent aujourd'hui.
Cette bascule est votre meilleur outil de datation mentale. Si vous avez un fascicule de la tranche haute sous les yeux et que son mois est pair (février, avril, juin), vous savez immédiatement qu'il appartient à la phase mensuelle, donc aux quinze derniers. Inversement, un mois pair est impossible dans la longue phase bimestrielle, et une date de ce type sur un numéro bas doit vous faire suspecter une confusion de lot.
Les bornes de créateurs qui découpent la série
Deux noms suffisent à couper la période Semic en tranches lisibles. Chris Claremont figure au scénario sur vingt-quatre numéros consécutifs, du 60 au 83, puis disparaît des crédits. Cette borne est nette, sans intermittence : elle isole un premier bloc homogène que beaucoup de collectionneurs cherchent comme un ensemble.
Côté dessin, Marc Silvestri est crédité sur quinze numéros d'affilée à partir du premier, et son dernier passage tombe sur le 74, daté de mai 1991. Là encore, la continuité est totale : si vous cherchez ses contributions dans cette revue, vous n'avez à parcourir qu'un segment, pas à éplucher la série entière. C'est exactement le genre de borne qui fait monter la demande sur une tranche sans faire bouger le reste.
La seconde moitié appartient à Fabian Nicieza et Scott Lobdell. Le premier apparaît au scénario dès le 75 et revient jusqu'au 112 ; le second entre au 86 et reste crédité jusqu'au dernier numéro. Un détail amusera les francophones : le 100 fait figurer Jean-Paul Jennequin parmi les scénaristes, seul nom français du relevé côté texte, sur un fascicule intitulé « Anniversaires ».
Un nom français apparaît aussi, et souvent, au dessin. Ciro Tota est crédité sur onze numéros, du 61 au 87, répartis sur presque toute la série plutôt que groupés. Sa présence étalée est un bon rappel que ces revues n'étaient pas de simples traductions mises bout à bout.
Les numéros qui comptent, et pourquoi
Le 60 compte d'abord parce qu'il est le premier sous le nouvel éditeur. Daté de janvier 1989 et intitulé « Eternel retour ! », il ouvre une suite qu'un acheteur peut vouloir constituer d'un bloc. Les premiers numéros d'un nouveau régime éditorial sont souvent les plus recherchés d'une série, moins pour leur contenu que pour leur fonction de borne dans un classement.
Le 83, daté de novembre 1992, mérite votre attention pour une raison inverse. Son titre, « L'éternel retour, 2ème partie : espoir et trahison », ressemble à s'y méprendre à celui du 60. Deux fascicules séparés par plus de trois ans portent donc presque le même intitulé, ce qui suffit à égarer une recherche par titre sur une place de marché. Cherchez par numéro, toujours.
Le piège se répète ailleurs. Les numéros 91 et 92, de mars et mai 1994, portent tous deux le titre « Mots croisés ». Un vendeur qui décrit son exemplaire par son titre vous laisse donc une chance sur deux de recevoir celui que vous aviez déjà. Enfin, le 115 ferme la série en décembre 1996 : c'est le dernier numéro, et les derniers numéros sont souvent plus durs à trouver que les premiers parce qu'ils paraissent quand le lectorat a déjà fondu.
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Les titres relevés signalent beaucoup de récits en plusieurs parties, et rarement la partie 1. Le 88 porte la mention « 3ème partie », le 89 la « 4ème partie », le 106 une « 4ème partie » d'un autre arc, le 108 une « 8ème partie ». Cette abondance de milieux de récit n'est pas un hasard de collecte : elle tient au fait que la revue menait plusieurs feuilletons en parallèle et que le titre mis en avant pouvait être celui de n'importe lequel d'entre eux.
Il faut en tirer une conclusion prudente. Un numéro dont le titre annonce une « 3ème partie » ne garantit pas que les parties précédentes se trouvent dans les deux numéros d'avant. Elles peuvent avoir été publiées dans une autre revue du même éditeur, ou dans un hors-série. Le catalogue ne permet pas de reconstituer cette chaîne, et nous ne la reconstituerons pas à votre place : vérifiez sur l'exemplaire.
Surtout, ne déduisez jamais d'un titre d'histoire qu'un numéro contient la première apparition française d'un personnage, ni qu'il correspond à un fascicule américain précis. Un seul titre par numéro, pour un sommaire qui en comptait plusieurs, interdit cette conclusion. C'est une limite réelle de la donnée, et la connaître vous évitera de payer un supplément pour une attribution que personne ne peut prouver.
Reconnaître l'édition et dater un exemplaire
Le relevé de dates réserve une curiosité utile. Pour une partie des fascicules, le catalogue consigne un jour précis, et ce jour change au cours de la série : plusieurs numéros du début portent une mise en vente le 10 du mois, et ceux de 1994 et 1995 pour lesquels un jour est noté portent le 5. Pour la majorité des autres, seul le mois est enregistré.
Cette irrégularité vous dit deux choses. D'abord, un jour lu quelque part n'est pas un critère d'authenticité : son absence sur votre exemplaire ne signifie rien. Ensuite, si vous saisissez vos dates dans un logiciel de collection, prenez le mois comme granularité commune, sinon vous obtiendrez un classement bancal où quelques fascicules se placeront par rapport aux autres de façon arbitraire.
Juger l'état et éviter les pièges à l'achat
Ces fascicules ont circulé en kiosque, puis en caisses de brocante, et leur état se juge d'abord sur les zones qui souffrent le plus : la tranche, les angles, et la liaison entre la couverture et le bloc intérieur. Ouvrez au milieu et regardez si les pages tiennent sans jeu. Un exemplaire qui bâille au centre a été lu à plat de nombreuses fois, et cela compte davantage qu'une petite usure de coin.
Le piège le plus courant sur cette série n'est pourtant pas l'état, c'est le lot mal décrit. Beaucoup d'annonces mélangent la période antérieure et la période Semic sous le même titre, parce que le titre de la revue n'a pas changé. Demandez systématiquement la liste des numéros, pas une photo de pile : sur une photo, les tranches d'un fascicule de 1980 et d'un fascicule de 1992 se ressemblent assez pour tromper un acheteur pressé.
Compléter la série sans payer deux fois
La régularité de parution est votre meilleure alliée. Puisque aucun numéro ne manque dans la numérotation, votre manque se décrit par une simple liste de chiffres, sans exception ni variante à gérer. Construisez cette liste une fois, gardez-la sur vous, et vous cesserez de racheter par précaution des numéros que vous possédez déjà.
Attaquez par les blocs plutôt que par les unités. La phase bimestrielle produisait six fascicules par an, ce qui fait que les vendeurs les proposent souvent par année complète, et qu'une année entière coûte presque toujours moins cher que la somme des numéros pris séparément. Les tranches de créateurs se prêtent au même raisonnement : demander les numéros 60 à 83 d'un coup est une requête que beaucoup de vendeurs comprennent immédiatement.
La cote aujourd'hui, et comment suivre sa collection
Aucun montant n'a de sens ici, parce que la cote de ces fascicules dépend de trois choses que personne ne peut fixer à l'avance : l'état réel, la rareté relative du numéro dans les stocks français, et la demande du moment sur les personnages concernés. Ce qui se mesure, en revanche, ce sont des rapports. Le premier et le dernier numéro se négocient structurellement plus haut que le milieu de série, et un exemplaire sans pli de lecture se négocie structurellement plus haut qu'un exemplaire lu.
Suivez donc votre collection en valeur relative plutôt qu'en valeur absolue. Notez pour chaque numéro l'état constaté et la date à laquelle vous l'avez acquis, et vous verrez apparaître vos vrais manques, qui sont rarement ceux que vous croyez. Une série où dix fascicules sont en état médiocre a plus à gagner d'un remplacement que d'un numéro de plus.
Pour la tenue de l'inventaire, l'essentiel est de saisir le numéro et l'éditeur, et de résister à la tentation de saisir un sommaire que vous n'avez pas vérifié. Les hubs Cyclops et Mister Sinister vous aideront à situer les personnages que ces fascicules mettaient en avant.
Questions fréquentes
Non. Le catalogue montre un dernier numéro 59 daté de novembre 1988 pour la série antérieure, puis un numéro 60 daté de janvier 1989 pour la période Semic. La numérotation continue sans interruption jusqu'au 115. Aucun chiffre n'est donc attribué deux fois, ce qui rend les annonces faciles à interpréter pour cette revue.
Cinquante-six, du numéro 60 au numéro 115, sans aucun trou dans la numérotation. Le premier porte une date de janvier 1989, le dernier une date de décembre 1996. Une collection complète sur cette période se décrit donc par deux bornes, ce qui simplifie à la fois la recherche et la description d'un lot à la revente.
Avec le numéro 101, daté d'octobre 1995. Jusqu'au 100, les dates de couverture ne tombent que sur des mois impairs, soit six parutions par an. À partir du 101 et jusqu'à la fin, chaque mois est représenté. Un mois pair sur une couverture signale donc à coup sûr un fascicule de la dernière phase.
Jusqu'au 83, daté de novembre 1992, après vingt-quatre numéros consécutifs depuis le 60. Son nom ne réapparaît pas ensuite dans les crédits de scénario de la série. Marc Silvestri, de son côté, est crédité au dessin du 60 au 74 sans interruption, ce qui délimite une seconde tranche recherchée pour elle-même.
Les numéros 91 et 92, de mars et mai 1994, sont tous deux relevés sous le titre « Mots croisés », et le 83 reprend presque celui du 60. Une revue publiait plusieurs épisodes par fascicule et le titre retenu n'est que l'un d'eux. Achetez toujours en citant le numéro, jamais le titre seul.