Rick Remender : l'ordre de lecture complet — illustration article
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Il n'existe aucun ordre de lecture obligatoire chez Rick Remender : chacune de ses séries est entièrement autonome. Aucune préquelle, aucune suite, aucun croisement — un seul titre fait exception, une série d'univers partagé qu'il n'a pas créée. L'ordre proposé ici est donc un ordre de découverte, construit pour que chaque lecture éclaire la suivante. Il commence par le titre le plus accessible, garde son œuvre fondatrice pour plus tard, et termine par l'exception qui inverse toutes les autres.

Une bibliographie sans continuité obligatoire pose un problème différent de celui d'un univers partagé : il n'y a pas d'ordre à respecter, mais il y a de bons et de mauvais points d'entrée.

Cet article propose un parcours complet en cinq étapes, explique le raisonnement derrière chacune, et signale les deux erreurs d'ordre qui font abandonner cet auteur à tort.

Le principe : aucune continuité, mais une progression

Il faut lever d'emblée une confusion fréquente. Chez un auteur de séries appartenant à leurs créateurs, il n'existe pas d'univers commun : ses titres ne se répondent pas, ne partagent pas de personnages, et ne supposent aucun ordre.

Mais ils se ressemblent sur le fond tout en différant radicalement sur la forme. Un parcours mal ordonné donne donc l'impression de relire la même chose, ou au contraire de changer d'auteur à chaque titre — deux façons de manquer ce qui fait sa cohérence.

L'ordre proposé ici vise donc un équilibre entre deux écueils : alterner les genres pour éviter la lassitude d'un registre unique, et espacer suffisamment les titres les plus proches thématiquement pour que les échos entre eux se remarquent sans jamais donner l'impression d'une redite. Ce n'est pas le seul ordre défendable, mais c'est celui qui fait le moins de victimes parmi les nouveaux lecteurs.

Le parcours en cinq étapes

1. Le récit d'école

Le titre le plus accessible et le plus immédiatement lisible. Un volume suffit à savoir si son ton vous convient, sans engager de série.

C'est le test le plus rapide et le plus représentatif de sa manière.

2. Une série de genre longue

Sa science-fiction dimensionnelle, pour voir ce qu'il fait d'un concept sur la durée et découvrir qu'il change complètement de registre visuel d'un titre à l'autre.

3. Un titre court

Son anticipation urbaine ou son récit routier. Deux volumes, une respiration dans le parcours, et la démonstration que le format court le rend plus tendu.

4. L'œuvre fondatrice, puis la fantasy

Sa première série marquante se savoure une fois qu'on reconnaît ce qu'elle annonce. Sa fantasy, la plus exigeante, vient ensuite — c'est là qu'il pousse son motif le plus loin.

La cinquième étape est facultative et se choisit selon le goût, chacune répondant à une curiosité différente : sa période chez un grand éditeur pour qui vient du super-héros et veut voir ce qu'il fait sous contrainte de continuité, sa comédie d'espionnage pour qui veut mesurer jusqu'où il peut s'éloigner de son registre, ou son récit sous-marin pour qui a bien identifié sa mécanique et souhaite la voir fonctionner à l'envers. Aucune de ces trois lectures n'est nécessaire à la compréhension de l'ensemble ; elles complètent le tableau plutôt qu'elles ne le construisent.

Les deux erreurs d'ordre les plus coûteuses

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Commencer par l'œuvre fondatrice

C'est l'erreur la plus fréquente, et elle paraît pourtant logique. Ce titre est plus rugueux que les suivants, et son achat est compliqué par des éditions successives aux découpages différents.

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Commencer par sa comédie

Elle donne de lui une image entièrement fausse. Un lecteur qui enchaînerait sur sa fantasy croirait avoir changé d'auteur — le ton n'a rien de commun.

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Commencer par la fantasy

Son rythme lent et son monde livré sans explication en font un mauvais test. Un lecteur qui décroche au premier arc conclura à tort que l'auteur n'est pas pour lui.

🌊

Commencer par son récit optimiste

C'est le seul de ses titres où il inverse sa conclusion habituelle. Lu en premier, il ne peut pas être perçu comme l'exception qu'il constitue.

La règle qui résume tout. Commencez par le titre le plus simple, pas par le plus important. Ce sont deux choses différentes, et les confondre est ce qui fait abandonner cet auteur avant d'avoir su ce qu'il fait.

Son œuvre la plus fondatrice et sa série la plus ambitieuse sont l'une et l'autre de mauvais points d'entrée, pour des raisons opposées.

Que faire s'il vous manque un titre en cours de route

Une question pratique se pose souvent : faut-il attendre d'avoir la série complète avant de commencer ?

La réponse est non, et pour une raison qui tient au modèle éditorial. Ses séries personnelles n'ont jamais été relancées ni renumérotées, et leurs volumes reliés restent disponibles ou réimprimés régulièrement. Un titre commencé aujourd'hui pourra être complété demain, sans risque de tomber sur une édition incompatible.

La seule exception concerne son œuvre fondatrice, dont les éditions successives découpent les chapitres différemment. Sur ce titre précis, il vaut mieux identifier l'édition retenue avant d'acheter le premier volume, faute de quoi la suite ne s'emboîtera pas.

Pour tout le reste, on peut avancer par étapes sans planifier. C'est un confort que les univers partagés n'offrent jamais, et il découle directement de l'absence de continuité collective.

Combien de temps prend ce parcours

La question mérite une réponse chiffrée, parce qu'elle conditionne l'engagement et que peu d'articles la posent.

Les quatre premières étapes représentent une quinzaine de volumes reliés environ. À raison d'un volume par semaine — un rythme confortable qui laisse le temps de lire autre chose — le parcours principal tient en un trimestre.

Le coût suit la même échelle. En volumes reliés d'occasion, l'ensemble se situe dans le même ordre de grandeur qu'une poignée de romans, et rien n'oblige à tout acquérir d'avance : chaque étape se décide après la précédente.

Cette progressivité est un avantage réel de ce type de bibliographie. Sur un univers partagé, on entre difficilement sans acheter plusieurs séries simultanément pour comprendre un croisement. Ici, un volume à la fois suffit, et chaque arrêt est un arrêt propre — on peut s'interrompre après n'importe quelle étape sans laisser de récit en suspens.

Un parcours alternatif : par dessinateur

Il existe une autre façon de traverser cette bibliographie, moins évidente et parfois plus satisfaisante.

Puisque chaque série est confiée à un artiste unique du début à la fin, on peut choisir ses lectures par le dessin plutôt que par le pitch. Un lecteur qui aime les mises en page éclatées, un autre qui préfère un trait dense et minéral, un troisième qui cherche l'aquarelle : chacun trouvera son titre.

Ce parcours a un avantage concret. L'écart graphique entre deux de ses séries dépasse souvent celui qui sépare deux auteurs différents, si bien qu'un lecteur déçu par l'une a de fortes chances de trouver son compte dans une autre — à condition de choisir sur le dessin plutôt que sur le résumé.

C'est aussi une manière de découvrir des artistes qu'on suivra ensuite ailleurs. Plusieurs des dessinateurs de ses séries ont une œuvre propre, et ce fil de lecture est au moins aussi fiable que de suivre un scénariste.

Ce que le parcours complet fait apparaître

Lu dans cet ordre, l'ensemble révèle une chose que chaque titre isolé ne montre pas.

Le même mécanisme revient partout, sous des genres incomparables : quelqu'un obtient ce qu'il désirait, et le paiement dure. Le décor change à chaque fois parce que sa fonction est constante — rendre lisible un sujet qui ne le serait pas traité de face.

Une fois ce fil identifié, la relecture des premiers titres donne davantage que la première lecture. Ce qui passait pour de l'aventure devient la mise en place d'une dette, et des détails pris pour du décor prennent leur sens.

C'est la meilleure raison de suivre un ordre plutôt que de piocher au hasard : le parcours produit un sens que les titres pris séparément ne contiennent pas.

Pour un lecteur qui vient du super-héros

Un cas particulier mérite son propre parcours, parce que le point de départ change complètement le meilleur ordre.

Un lecteur habitué aux grands éditeurs a intérêt à commencer par la période de commande de cet auteur, en particulier sa série de mutants clandestins. Le cadre lui est familier, les codes aussi, et il y découvrira un scénariste sans avoir à changer d'univers.

La transition se fait ensuite naturellement vers ses séries personnelles, parce que les thèmes y sont les mêmes. Le motif de la dette contractée volontairement apparaît déjà dans ses travaux de commande — un personnage y retrouve l'usage de ses jambes en échange d'une servitude — et il suffit de le suivre pour arriver à sa fantasy, qui en fait le sujet entier d'un récit.

L'ordre inverse fonctionne moins bien pour ce profil. Passer directement d'un univers de super-héros à un roman graphique sur l'autodestruction demande une adaptation que la période de commande rend inutile, puisqu'elle sert précisément de pont.

Ce qu'il faut enregistrer en chemin

Un parcours étalé sur des mois demande un minimum de tenue de compte, et trois informations suffisent.

L'édition et la plage de chapitres de chaque volume. C'est le seul point où ce segment ne pardonne pas : les tomes ne désignent pas le même contenu d'une présentation à l'autre.

Le dessinateur de chaque série. Il oriente les lectures suivantes si vous adoptez le parcours graphique, et il identifie la série aussi sûrement que son titre.

Ce que vous avez pensé du titre. Sur une bibliographie où les thèmes se répondent, retrouver son impression six mois plus tard vaut plus qu'une note chiffrée — surtout au moment de décider si l'on continue.

Questions fréquentes

Aucun. Chacune est entièrement autonome, sans préquelle, suite ni croisement obligatoire. L'ordre proposé est un ordre de découverte destiné à ce que chaque lecture éclaire la suivante, pas une contrainte narrative.

Parce que la plus importante n'est pas la plus simple, et que confondre les deux fait abandonner cet auteur avant d'avoir su ce qu'il fait. Son œuvre fondatrice est plus rugueuse que les suivantes et son achat est compliqué par des éditions successives ; sa série la plus ambitieuse est la plus lente et la plus opaque.

Sans aucun problème, puisque rien ne dépend de rien : aucun de ses titres ne suppose la lecture d'un autre, et sauter une étape ne laisse aucun trou dans la compréhension. Le parcours perd simplement en effet cumulatif — le motif qui traverse toute son œuvre se remarque d'autant mieux qu'on en a vu plusieurs variantes sous des genres qui n'ont rien en commun. Sauter deux titres consécutifs prive surtout de ce bénéfice-là, pas de l'intrigue.

Non, sauf pour son œuvre fondatrice, dont les éditions successives découpent les chapitres différemment. Sur tous les autres titres, la numérotation n'a jamais été relancée et les volumes restent disponibles : ce qu'on commence aujourd'hui se complète sans risque d'incompatibilité.

Les deux fonctionnent, et le second est souvent plus satisfaisant qu'on ne l'imagine. Chaque série ayant un artiste unique du premier au dernier chapitre, choisir par le dessin donne des lectures visuellement cohérentes avec ses goûts — et c'est le meilleur recours pour qui a été déçu par un titre sans savoir pourquoi.

Un parcours étalé sur des mois se tient par écrit

Édition, plage de chapitres, dessinateur : trois champs qui évitent de racheter ce qu'on possède déjà.

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