Rick Remender : par où commencer — illustration article
⚡ Réponse rapide

Commencez par Deadly Class si vous voulez comprendre Rick Remender en un seul volume : c'est son livre le plus accessible, le plus personnel, et celui qui condense tout ce qui fait sa manière. Si vous préférez la science-fiction, Black Science est l'autre bonne porte. Réservez Fear Agent, son œuvre fondatrice, pour un deuxième temps — elle est excellente mais plus rugueuse, et elle se comprend mieux quand on connaît déjà l'auteur.

Rick Remender a écrit près d'une dizaine de séries qu'il possède en propre, plus plusieurs années chez les grands éditeurs. La bibliographie est vaste, et rien n'indique par où l'aborder.

Cet article propose trois entrées selon ce que vous cherchez, explique ce qui relie toutes ces séries entre elles, et signale les pièges de collection propres à cet auteur — dont un qui coûte cher aux acheteurs pressés.

Les trois portes d'entrée

Deadly Class — la porte principale

Une école d'assassins dans les années 1980, peuplée d'adolescents qui se détruisent consciencieusement. Le dessin de Wes Craig y est nerveux, la mise en page souvent éclatée.

C'est le titre le plus immédiatement lisible de sa production, et le plus autobiographique dans son fond — l'adolescence punk, la marginalité, la culpabilité. Le premier volume suffit à savoir si l'auteur vous parle.

Black Science — la porte science-fiction

Un scientifique traîne sa famille et son équipe de dimension en dimension, en payant chaque saut d'un désastre. Dessin de Matteo Scalera, couleurs saturées.

Le concept permet de changer complètement de décor à chaque arc, ce qui rend la série très facile à lire par volumes. C'est aussi sa réflexion la plus explicite sur la paternité et l'irresponsabilité.

Seven to Eternity — la porte fantasy

Un monde en ruine, un pacte impossible, et le dessin de Jerome Opeña — probablement le plus spectaculaire de toutes ses séries.

Le rythme y est plus lent et le récit plus dense. À réserver à ceux qui aiment la fantasy exigeante, mais c'est graphiquement le sommet de sa production.

Fear Agent — la fondation, en second

Un exterminateur d'extraterrestres alcoolique, dans une science-fiction pulp assumée. C'est sa première série marquante en propre.

Tout ce qu'il fera ensuite y est en germe. Mais le ton est plus brut et l'objet a connu plusieurs éditions successives — deux raisons d'y venir après.

Ce qui relie toutes ses séries

Passé les décors, on retrouve les mêmes obsessions d'un titre à l'autre, et les reconnaître aide à choisir la suite.

Des protagonistes qui se sabotent. Ses personnages principaux sont presque systématiquement responsables de leur propre malheur. L'alcool, la fuite, la lâcheté et l'orgueil y font plus de dégâts que les antagonistes.

La famille comme champ de ruines. Père absent, enfant abandonné, fratrie dysfonctionnelle : le motif traverse Black Science, Deadly Class et Seven to Eternity sans jamais se répéter tout à fait.

Une violence qui coûte. Ses récits sont violents, mais la violence y laisse des séquelles — physiques et morales. C'est ce qui les distingue du divertissement pur auquel leurs pitchs pourraient les réduire.

Un dessinateur par série, jamais deux. Chacun de ses titres est identifié à un dessinateur unique qui l'accompagne d'un bout à l'autre. C'est un choix rare dans l'édition mensuelle, et il donne à chaque série une identité graphique franche.

Son travail pour les grands éditeurs

Avant de se consacrer surtout à ses propres séries, il a signé plusieurs années chez un grand éditeur, et cette période mérite d'être connue.

Son passage le plus célébré reste sa série de super-héros mutants dessinée par Jerome Opeña, dont l'arc final est régulièrement cité parmi les meilleures histoires du personnage principal. C'est aussi là que s'est nouée sa collaboration avec ce dessinateur, qu'il retrouvera plus tard sur Seven to Eternity.

Il a également écrit une longue période sur un symbiote bien connu, en imaginant un nouveau porteur, ainsi que plusieurs séries d'équipe. Ces récits sont plus contraints par la continuité de l'éditeur, donc moins personnels — mais ils constituent un point d'entrée intéressant pour qui vient du super-héros.

Le piège de collection propre à cet auteur. Plusieurs de ses séries ont été rééditées sous des formats et des numérotations différents. Fear Agent en particulier a connu des éditions successives, chez plus d'un éditeur, avec des découpages en volumes qui ne se correspondent pas.

Conséquence : deux exemplaires portant le même titre et le même numéro de tome peuvent contenir des chapitres différents. Notez toujours l'édition, jamais seulement le titre et le tome. C'est la seule information qui permette, des mois plus tard, de savoir si le volume qu'on vous propose complète votre série ou la duplique.

Les difficultés que rencontrent les nouveaux lecteurs

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Des séries interrompues puis reprises

Plusieurs de ses titres ont connu des pauses longues entre deux arcs. Un lecteur qui découvre la série au milieu peut croire qu'elle est abandonnée alors qu'elle a simplement fait une interruption.

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Des rééditions aux découpages différents

Le même récit existe parfois en volumes fins et en intégrales épaisses, avec des frontières de tomes qui ne coïncident pas. Mélanger les deux formats crée des trous ou des doublons.

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Un ton qui ne convient pas à tous

Nihilisme, addiction, suicide, violence sur des personnages jeunes : ses récits abordent frontalement des sujets durs. Mieux vaut le savoir avant d'acheter cinq volumes d'un coup.

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Une continuité entre ses propres séries

Certains de ses titres partagent discrètement des éléments. Ce ne sont pas des lectures obligatoires, mais les repérer change la perception de l'ensemble.

Le rôle des dessinateurs dans son œuvre

Chez cet auteur, le choix du dessinateur n'est pas un détail de production : c'est une décision d'écriture, et elle explique pourquoi ses séries se ressemblent si peu.

Il écrit visiblement pour quelqu'un. Les pages destinées à Wes Craig sur Deadly Class exploitent une mise en page éclatée que le récit rendrait illisible chez un autre dessinateur. Celles destinées à Jerome Opeña sur Seven to Eternity ménagent au contraire de grands espaces descriptifs, parce que ce dessin-là supporte la contemplation.

Cette fidélité a une conséquence pratique pour le collectionneur. Le dessinateur identifie la série aussi sûrement que son titre, et souvent mieux : sur les marchés d'occasion, les annonces sont fréquemment indexées sous le nom de l'artiste, surtout quand celui-ci est plus connu du grand public que le scénariste.

Elle a aussi une conséquence de lecture. Si un titre vous a déplu, ce n'est pas nécessairement l'auteur qui est en cause mais l'association : passer à une autre de ses séries revient souvent à changer d'expérience du tout au tout.

Un ordre de lecture qui fonctionne

Il n'y a aucune continuité obligatoire entre ses séries indépendantes : chacune se lit seule. L'ordre proposé ici est un ordre de découverte, pas de chronologie.

Premier temps. Deadly Class, premier volume. C'est le test le plus rapide et le plus représentatif. Si le ton passe, tout le reste passera.

Deuxième temps. Black Science, pour voir ce qu'il fait d'un concept de science-fiction pur, ou Seven to Eternity si vous préférez la fantasy. Ces deux titres montrent l'étendue de son registre.

Troisième temps. Fear Agent, en ayant identifié l'édition avant d'acheter. Vous y reconnaîtrez, en plus rugueux, tout ce que les séries suivantes affineront.

Ensuite, au choix. Ses séries plus courtes et plus récentes, ou son travail chez les grands éditeurs si le super-héros vous intéresse. À ce stade vous saurez ce que vous cherchez chez lui.

Les adaptations, et ce qu'elles changent

Une de ses séries a été portée à l'écran, ce qui a eu deux effets sur sa disponibilité.

Le premier est heureux : les volumes ont été réimprimés en quantité et se trouvent facilement, souvent à prix modeste. Une adaptation rend presque toujours une série plus accessible en librairie, l'éditeur anticipant la demande.

Le second l'est moins pour un collectionneur : les tout premiers fascicules, eux, n'ont pas été réimprimés à l'identique. L'écart entre l'abondance des volumes et la rareté relative des premiers numéros s'est donc creusé au lieu de se réduire.

C'est un schéma général sur ce segment, et il est utile à connaître : une adaptation rend le récit plus facile à lire et le premier fascicule plus difficile à trouver. Les deux mouvements sont simultanés et vont en sens inverse.

Ce qu'il faut noter dans son catalogue

Sur cet auteur plus que sur d'autres, un titre et un numéro de tome ne suffisent pas à identifier un exemplaire.

L'édition et l'éditeur. C'est la précision décisive sur les séries rééditées. Sans elle, impossible de savoir si le tome 2 que vous possédez contient les mêmes chapitres que celui qu'on vous propose.

Le dessinateur. Puisqu'il n'en change pas au sein d'une série, c'est un identifiant fiable — et souvent le mot-clé sous lequel les vendeurs indexent leurs annonces.

Le format. Fascicule, volume fin ou intégrale. Les trois coexistent pour plusieurs de ses titres, et se rangent différemment.

Un catalogue qui enregistre « Fear Agent, tome 2 » laissera une ambiguïté que rien ne lèvera plus tard. Le même précisant l'édition et le format répond immédiatement à la question « qu'est-ce qui me manque ? ».

Faut-il commencer en fascicules ou en volumes ?

Pour découvrir, les volumes sont plus sûrs : ils regroupent un arc complet, coûtent moins cher au chapitre, et évitent le risque de tomber sur une série dont il manque des numéros.

Les fascicules gardent un intérêt pour deux raisons. Ils portent les couvertures d'origine, souvent absentes des rééditions, et ce sont eux qui constituent le marché de collection proprement dit sur ce segment.

La démarche la plus économique consiste donc à lire en volumes, puis à ne chercher en fascicules que les séries dont vous voulez réellement les premiers numéros. Acheter les deux systématiquement revient à payer deux fois la même lecture.

Questions fréquentes

Non, aucune de ses séries indépendantes ne suppose la lecture d'une autre. L'ordre de parution n'a d'intérêt que si vous souhaitez observer l'évolution de son écriture, ce qui est un projet de lecteur averti plutôt qu'une nécessité.

Parce qu'elle est plus rugueuse que les suivantes et qu'elle existe en plusieurs éditions au découpage différent, ce qui complique l'achat. Elle se savoure mieux quand on connaît déjà la manière de l'auteur et qu'on peut mesurer ce qu'il y avait déjà mis en place.

Oui, en particulier sa série de super-héros mutants, régulièrement citée parmi les meilleures du personnage principal. Ces récits restent toutefois plus contraints par la continuité de l'éditeur, donc moins personnels que ses propres séries.

Cela dépend des titres, et plusieurs ont connu de longues interruptions entre deux arcs sans être abandonnées pour autant. Avant d'acheter une série en cours, vérifiez la date du dernier numéro paru plutôt que de vous fier à l'impression d'arrêt.

À un lecteur que la noirceur rebute. Addiction, autodestruction et violence sur des personnages jeunes traversent l'essentiel de sa production, et ce n'est pas un habillage : c'est le sujet. Un pitch séduisant — une école d'assassins, un vaisseau qui saute de dimension en dimension — ne doit pas faire oublier ce que le récit va réellement traiter. À déconseiller également à qui cherche des personnages auxquels s'attacher sans réserve : les siens sont conçus pour décevoir.

Sur cet auteur, l'édition compte autant que le titre

Éditeur, format et dessinateur : trois champs qui évitent d'acheter deux fois les mêmes chapitres sous deux couvertures.

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