Captain America Comics #1 (couverture mars 1941, 10 cents, 68 pages), mis en vente le 20 décembre 1940 — soit près d'un an avant l'entrée en guerre des États-Unis. Le sommaire comporte un récit consacré au personnage. Attention toutefois : le marché distingue cette apparition de celle du septième numéro (4 août 1941), tenu par convention pour les débuts de l'homme qui portera durablement ce masque. L'éditeur ne s'appelait pas encore Marvel.
Ce dossier pose une question que peu d'autres soulèvent : quand deux hommes différents portent successivement le même masque dans la même année, laquelle des deux apparitions constitue la première ?
La réponse détermine ce qu'on achète, et l'écart de prix entre les deux réponses est considérable.
Un masque, deux porteurs, deux fascicules
Commençons par la distinction qui structure tout le dossier.
Le catalogue permet de la constater directement. Le premier numéro de la série, mis en vente le 20 décembre 1940, comporte un récit consacré au personnage. Le troisième, arrivé le 17 mars 1941, en annonce le retour. Le septième, arrivé le 4 août 1941, lui consacre un nouvel épisode.
Trois récits en sept numéros : une densité remarquable, qui montre que l'éditeur avait immédiatement compris de quoi il disposait.
Mais l'histoire éditoriale ajoute une couche que le relevé ne code pas. Selon la lecture retenue depuis des décennies par les collectionneurs, l'homme masqué du premier numéro n'est pas celui du septième. Le premier est un imposteur, ou du moins un porteur provisoire ; le second est le personnage que soixante-dix ans de publication ont installé.
Cette distinction ne figure nulle part dans les données. Le catalogue enregistre des dates, des prix, des titres de récits — il ne se prononce pas sur l'identité de qui se cache derrière un masque. C'est une convention de marché, pas une donnée vérifiable. Nous la signalons comme telle.
Elle a néanmoins des conséquences bien réelles sur les prix, que détaille notre analyse de la cote.
Ce que chaque fascicule représente vraiment
Il est utile de dire ce que l'on achète dans chaque cas, car les deux objets n'ont presque rien en commun.
Le premier numéro est l'un des fascicules les plus recherchés de tout le médium — mais pas pour le personnage qui nous occupe. Sa valeur vient du héros dont il porte le nom, de sa couverture célèbre, et de sa position dans l'histoire de l'édition. L'apparition de l'antagoniste y est un élément parmi d'autres.
Autrement dit : un collectionneur qui achète ce numéro pour l'adversaire paie un prix fixé par quelqu'un d'autre, et il le paie très cher.
Le septième numéro est un objet d'une tout autre catégorie. Recherché, ancien, mais sans commune mesure. C'est lui que vise le collectionneur qui s'intéresse spécifiquement à l'antagoniste, et le rapport entre ce qu'il représente et ce qu'il coûte est bien plus favorable.
Nous en tirons une règle générale, qui dépasse ce dossier : quand un masque change de porteur, le fascicule qui inaugure le costume porte la valeur du titre, et celui qui inaugure l'homme porte la valeur du personnage. Ce ne sont pas les mêmes acheteurs, et ce ne sont pas les mêmes prix.
Décembre 1940 : un an d'avance
La date de mise en vente mérite qu'on s'y arrête, car elle situe l'objet dans l'Histoire avec une précision troublante.
Le fascicule arrive en kiosque le 20 décembre 1940. Les États-Unis n'entreront en guerre qu'un an plus tard, en décembre 1941. Le pays est alors officiellement neutre, et le débat sur l'intervention divise profondément l'opinion.
Cette publication prend donc parti avant que le pays ne le fasse. Elle désigne un ennemi, le met en scène, et sa couverture montre le héros frappant un dirigeant identifiable. Ce n'était pas un geste anodin en 1940 : les éditeurs concernés ont reçu du courrier hostile, et il a fallu une certaine détermination pour publier cela.
L'antagoniste introduit ici est conçu dans cette logique. Il ne s'agit pas d'un criminel ordinaire mais d'une figure de propagande : l'incarnation d'un régime, destinée à donner un visage à une menace politique réelle.
Ce statut d'origine explique une grande part de ce que le personnage est devenu, et nous y revenons dans nos meilleurs arcs. Il explique aussi une difficulté d'écriture permanente : un adversaire créé pour représenter un régime historique devient encombrant dès que ce régime appartient au passé.
Simon et Kirby
Le fascicule est l'œuvre de Joe Simon et Jack Kirby, dont les noms figurent en tête des intervenants relevés sur ce numéro.
La réserve habituelle s'applique : sur un magazine à sommaire partagé, les crédits sont enregistrés globalement et non récit par récit. Une demi-douzaine de noms se mêlent ici, et l'attribution fine relève de l'histoire éditoriale plutôt que de ce relevé.
Ce que l'on peut affirmer sans risque, en revanche, tient à l'ampleur de ce qui se joue dans ce seul fascicule. Les deux hommes y installent d'un coup un héros durable, son costume, son bouclier, son jeune partenaire et son adversaire principal. Peu de premiers numéros mettent en place autant de matériel d'un seul geste, et pratiquement rien n'en a été retiré depuis.
Un point mérite d'être noté pour le collectionneur : le tandem ne restera pas longtemps chez cet éditeur. Leur départ intervient dans l'année qui suit, ce qui limite à une poignée de numéros la période où la série est portée par ses créateurs. Cette brièveté est l'une des raisons pour lesquelles les tout premiers fascicules se détachent aussi nettement des suivants sur le marché — au-delà même de leur ancienneté.
L'éditeur ne s'appelait pas Marvel
Voici un point d'authentification que beaucoup d'acheteurs ignorent, et qui est directement vérifiable sur l'objet.
Les mentions légales imprimées dans ce fascicule ne portent pas le nom sous lequel la maison est connue aujourd'hui. Le catalogue en cite le contenu : la publication est éditée par une société au nom entièrement différent, domiciliée dans le Connecticut, et le dépôt postal y est mentionné.
Cette page a trois usages pratiques pour l'acheteur.
Elle date l'objet. Un exemplaire d'époque porte forcément la raison sociale de 1940, jamais celle adoptée plus tard. Une reproduction ou une réédition ultérieure trahit immédiatement son millésime à cet endroit.
Elle atteste la complétude. Ces mentions figurent sur la première page intérieure. Leur absence signale un fascicule dont on a retiré des feuillets — situation loin d'être rare sur des objets aussi anciens.
Elle donne un repère aux recherches. Une annonce rédigée par quelqu'un qui a réellement ouvert le fascicule cite parfois ce nom d'éditeur. C'est un signe de sérieux, et c'est aussi ce qui permet de trouver des exemplaires mal référencés.
Le format et l'objet
68 pages, 10 cents. Le fascicule est épais, comme toutes les publications de cette période, et il contient une demi-douzaine de récits ainsi que des pages de courrier et de réclame.
Cette épaisseur a des conséquences matérielles bien identifiées. Le bloc, retenu par deux agrafes, s'ouvre en éventail sous son propre poids ; les cahiers centraux se libèrent en premier ; et les agrafes finissent par déchirer le papier à leur point d'ancrage.
Sur un objet de plus de quatre-vingts ans, ajoutez-y un papier fortement acide, qui jaunit et casse plutôt qu'il ne plie. Les exemplaires en bel état sont extraordinairement peu nombreux, et la plupart de ceux qui circulent ont subi des interventions.
Une seule version existe : ni variante de prix, ni tirage étranger, ni réimpression contemporaine. Sur ce plan au moins, l'identification est simple.
Ce que contient le récit
L'épisode qui introduit le personnage est court, comme tous ceux du fascicule.
Il fonctionne sur le registre du mystère : une série d'actes de sabotage, une figure masquée qui les orchestre, et une résolution qui révèle son identité. Le procédé était éprouvé et il sert ici un but précis — faire exister la menace avant de montrer l'homme.
Le masque lui-même est l'invention durable. Sa réussite tient à une économie de moyens totale : il n'y a rien à expliquer, rien à justifier, et il produit un effet immédiat sur n'importe quelle couverture. Quatre-vingts ans plus tard, il n'a pratiquement pas changé.
Un lecteur d'aujourd'hui trouvera le récit sommaire, la caractérisation minimale et le rythme précipité. C'est la norme de 1940 : ces pages étaient conçues pour être consommées, pas relues.
Une remarque s'impose enfin sur la nature de ce personnage, puisqu'elle conditionne la façon dont on le lit aujourd'hui. Il a été créé comme outil de propagande de guerre, dans un contexte où l'ennemi désigné commettait des crimes que le grand public découvrirait dans toute leur ampleur quelques années plus tard. Les récits de 1941 relèvent donc de la caricature militante, avec ce que cela suppose de simplification.
Les auteurs ultérieurs ont dû composer avec cet héritage, et leurs solutions varient considérablement d'une décennie à l'autre. C'est ce qui rend ce dossier singulier, y compris sur le plan éditorial.
Vérifier un exemplaire
Les mentions légales, pour la raison sociale et le millésime. C'est la vérification prioritaire.
Le sommaire, pour confirmer la présence du récit concerné. Demandez une photo de la table des matières, qui figure en tête du fascicule.
Le dos, tenu par la couverture, pour juger de l'état des agrafes et de la tenue du bloc.
Les réparations anciennes. Sur cette période, ruban adhésif, agrafes remplacées et coins reconstitués sont fréquents. Ils doivent être déclarés, et ils changent radicalement la valeur.
Par où commencer
Le septième numéro, pour qui s'intéresse au personnage lui-même. C'est le choix rationnel : il correspond à l'homme que la publication a retenu, et son prix reste sans rapport avec celui du premier.
Le retour du troisième numéro, arrivé le 17 mars 1941, souvent négligé et pourtant intéressant : il montre que l'antagoniste était déjà considéré comme reconductible deux mois après son introduction.
Le silver age, à partir de février 1965, où le personnage revient et acquiert l'essentiel de ce qui le définit aujourd'hui. Infiniment plus accessible, et développé dans notre guide de collection.
Questions fréquentes des collectionneurs
Cela dépend de ce qu'on entend par là. Captain America Comics #1, mis en vente le 20 décembre 1940, contient un récit consacré au personnage masqué. Mais la lecture retenue de longue date par les collectionneurs veut que l'homme du premier numéro ne soit pas celui du septième, arrivé le 4 août 1941 — ce dernier étant tenu pour les débuts du porteur durable.
Non, et il faut le dire clairement. Le catalogue enregistre des dates, des prix et des titres de récits ; il ne code pas l'identité de qui porte un masque. Il s'agit d'une convention de marché solidement établie, pas d'une donnée. Elle a néanmoins des effets bien réels sur les prix pratiqués.
Le septième, si c'est l'antagoniste qui vous intéresse. Le premier numéro est l'un des fascicules les plus recherchés du médium, mais sa valeur vient du héros, de sa couverture et de sa place dans l'histoire de l'édition — l'apparition de l'adversaire n'y est qu'un élément parmi d'autres. Vous paieriez un prix fixé par une autre demande.
Parce que les États-Unis n'entreront en guerre qu'un an plus tard. Le pays est alors neutre et l'opinion divisée sur l'intervention. Cette publication désigne donc un ennemi avant que le pays ne le fasse, ce qui n'était pas un geste anodin — les éditeurs concernés ont reçu du courrier hostile.
Par les mentions légales de la première page intérieure. Elles portent la raison sociale de 1940, entièrement différente du nom sous lequel l'éditeur est connu aujourd'hui, avec une domiciliation dans le Connecticut. Une reproduction ou une réédition ultérieure trahit immédiatement son millésime à cet endroit précis.
Non. Une seule version a été produite : ni variante de prix, ni tirage destiné à l'étranger, ni réimpression contemporaine. Sur ce plan, l'identification est simple, et toute la difficulté se reporte sur l'état et sur l'authenticité de l'objet.
Le bloc avant tout : 68 pages retenues par deux agrafes s'ouvrent en éventail sous leur propre poids, les cahiers centraux se libèrent, et les agrafes déchirent leur point d'ancrage. Ajoutez un papier très acide qui casse au lieu de plier. Enfin, les réparations anciennes — adhésif, agrafes changées, angles refaits — sont fréquentes et doivent être déclarées.
Il est souvent négligé, à tort. Mis en vente le 17 mars 1941, il annonce dans son sommaire le retour du personnage — preuve que l'éditeur le considérait déjà comme reconductible deux mois après son introduction. Trois récits en sept numéros constituent une densité remarquable pour l'époque.
Suivez la cote de Captain America Comics #1 et de toute votre collection avec My Comics Collection.
Découvrir l'application