Daredevil #131 (couverture mars 1976, 25 ¢) — « Bullseye Never Misses! », Marv Wolfman au scénario, Rich Buckler au dessin, Marvel Comics. Le numéro suivant est arrivé en kiosque le 6 janvier 1976. Particularité du personnage : il n'a ni pouvoir ni origine établie, et cette absence relève d'un choix éditorial maintenu pendant des décennies. Une édition britannique à 9p existe également.
Voici un antagoniste qui contredit tout ce sur quoi reposait son genre : pas de capacité surhumaine, pas d'accident fondateur, pas même un passé cohérent. Il sait viser, c'est tout.
Ce dépouillement, loin de l'avoir desservi, explique sa longévité — et il produit un dossier de collection aux caractéristiques inhabituelles.
Un personnage sans origine, délibérément
Attaquons par le trait qui sépare ce dossier de tous les autres.
La quasi-totalité des figures de cet univers possède un récit fondateur : une exposition, un accident, une lignée, un serment. Ce personnage n'en a aucun qui fasse autorité.
Ce n'est pas un oubli. Plusieurs versions de son passé ont été proposées au fil des décennies, et elles se contredisent — parfois dans la même bouche, le personnage lui-même racontant des histoires différentes selon son interlocuteur. Cette incohérence a été maintenue sciemment.
Le procédé produit un effet précis : l'impossibilité de le comprendre. Un adversaire dont on connaît les blessures devient explicable, donc réductible. Celui-ci reste opaque, et son absence de motivation identifiable le rend inquiétant d'une manière que les origines tragiques n'atteignent jamais.
Pour le collectionneur, cette particularité a une conséquence directe : il n'existe pas de « numéro d'origine » à acquérir. Sur la plupart des dossiers, le fascicule qui explique le personnage constitue une clé secondaire recherchée. Ici, ce numéro n'existe pas — ce qui concentre l'attention sur la première apparition seule.
Le contexte de 1976
Le fascicule s'affiche à 25 cents, montant qui borne l'époque et disqualifie toute republication.
Un point de datation mérite d'être signalé, car il illustre les limites des sources disponibles. Le catalogue ne renseigne pas la date de mise en vente de ce numéro précis, alors qu'il indique celle du suivant : le 6 janvier 1976. On en déduit que le fascicule qui nous intéresse est arrivé en kiosque quelques semaines plus tôt, à la fin de 1975 — malgré une couverture datée de mars 1976.
Ce décalage de plusieurs mois entre le millésime affiché et l'arrivée en rayon constitue alors la règle. Il explique qu'une annonce puisse décrire le même objet comme un comic de 1975 ou de 1976 sans se tromper.
Quant à la série d'accueil, elle traversait alors une période discrète. Le titre n'était pas parmi les mieux vendus du catalogue, et il changeait fréquemment d'équipe créative. Cette instabilité a une traduction matérielle : les tirages étaient modestes et le lectorat peu fidèle, deux facteurs qui pèsent aujourd'hui sur la disponibilité en bel état.
Le creux du milieu des années 1970
Une observation de marché utile, et qui dépasse largement ce personnage.
L'attention des collectionneurs se porte massivement sur deux périodes : les années 1960, pour leurs créations fondatrices, et les années 1980, pour le basculement vers un lectorat adulte et la naissance du circuit spécialisé.
Entre les deux s'étend une zone moins fréquentée. Le milieu et la fin des années 1970 souffrent d'une réputation ingrate : trop tardive pour l'âge d'argent, trop précoce pour ce qui suivra, avec une qualité de fabrication en baisse et des séries souvent instables.
Cette réputation produit un effet mesurable. À importance narrative comparable, une clé de 1976 se négocie nettement en dessous d'une clé de 1966 ou de 1986. Le personnage introduit ici a beau être devenu un antagoniste majeur, son fascicule fondateur reste dans une gamme de prix sans commune mesure avec ce que vaudrait un équivalent d'une décennie plus tôt.
Pour un acheteur, c'est une piste à exploiter : cette période concentre des créations durables à des niveaux que les décennies encadrantes ont depuis longtemps quittés.
Wolfman et Buckler
Marv Wolfman signe le scénario, Rich Buckler le dessin.
Wolfman construisait alors des antagonistes fondés sur une idée simple poussée à son terme, plutôt que sur une accumulation de pouvoirs. La formule appliquée ici — quelqu'un qui transforme n'importe quel objet en projectile mortel — relève exactement de cette approche.
Buckler apporte un dessin solide et lisible, dans la tradition de son époque. Il conçoit un costume dont le principal mérite est la clarté : une cible dessinée sur le front, motif qui dit tout du personnage sans un mot d'explication.
Ce design a traversé cinquante ans sans modification substantielle, ce qui témoigne de sa justesse. Peu de créations de cette période peuvent en dire autant.
Une nuance sur ce dernier point : Buckler travaillait à un rythme soutenu, sur plusieurs titres à la fois, ce qui était la norme pour un dessinateur de série régulière à cette période. La qualité d'exécution varie donc d'un fascicule à l'autre — un élément à garder en tête quand on compare deux exemplaires du même numéro et qu'on croit voir un défaut d'impression là où il s'agit du trait d'origine.
L'édition britannique
Ce fascicule existe en deux tirages officiels, et la distinction se lit au prix imprimé.
La version américaine annonce 25 cents. Celle destinée au Royaume-Uni affiche 9p, en pence décimales — le pays étant passé à ce système au début de la décennie.
Ce détail permet d'ailleurs de dater grossièrement un exemplaire britannique : les tirages antérieurs portent des pence anciennes, ceux d'après portent des pence décimales. C'est un repère utile sur toute la production de cette période.
Pour la valeur, la règle habituelle s'applique : le marché américain, qui fait référence, place les exemplaires en pence en dessous. Sur un dossier dont la cote reste modérée, l'écart est réel mais moins spectaculaire que sur une clé majeure.
Demandez néanmoins une photo du coin où figure le tarif. Sur ce type de fascicule, beaucoup de vendeurs ignorent l'existence même de cette distinction.
Pourquoi l'absence de pouvoir a servi le personnage
Un paradoxe mérite d'être élucidé : comment une figure sans capacité surhumaine a-t-elle survécu cinquante ans dans un genre qui repose entièrement sur les capacités surhumaines ?
Trois raisons se cumulent.
Il ne peut jamais être surclassé. Un adversaire défini par sa force devient obsolète dès qu'un personnage plus fort apparaît. Celui-ci n'entre dans aucune échelle de puissance : son avantage est une précision, qui ne se compare à rien.
Il reste mortel. Cette vulnérabilité lui permet d'être vaincu sans que sa menace en souffre. On peut le battre, l'emprisonner, le blesser — et le ramener sans que rien ne paraisse forcé.
Il s'adapte à tous les registres. Faute d'attaches cosmiques ou technologiques, il fonctionne aussi bien dans un récit urbain que dans un affrontement d'équipe. Peu d'antagonistes offrent cette souplesse.
Pour le collectionneur, cette polyvalence explique une chose : on le retrouve dispersé dans une quantité considérable de publications, si bien que son corpus se cerne mal mais son fascicule fondateur d'autant plus identifiable.
Ce que raconte le numéro
L'intrigue introduit un tueur à gages qui choisit publiquement le héros de la série comme adversaire, afin d'établir sa réputation professionnelle.
Deux éléments méritent d'être signalés.
Le premier tient au motif. Il ne s'agit ni de vengeance, ni d'idéologie, ni d'appât du gain au sens ordinaire : le personnage cherche à se faire un nom. C'est une motivation de carrière, presque prosaïque, appliquée à un métier monstrueux — et ce décalage constitue l'essentiel de son intérêt.
Le second tient à la capacité qui le définit. Elle est présentée sans explication et sans limite : n'importe quel objet devient une arme entre ses mains. Le récit ne cherche pas à la justifier, ce qui, en 1976, était plus audacieux qu'il n'y paraît.
Le ton reste celui de son époque — dialogues abondants, narration explicite — et un lecteur venu des versions récentes trouvera ici quelque chose de nettement moins sombre.
Ce qu'il faut examiner
Les fascicules de 1975-1976 posent des problèmes qui leur sont propres.
La qualité de fabrication. C'est le point dominant sur cette période. Le contrôle s'était relâché : coupes obliques, dos décentrés, agrafes mal placées sont fréquents. Ces travers viennent de l'usine et bornent la note pour toujours.
Le papier. Sa tenue s'améliore par rapport aux décennies antérieures, mais une vue du bloc prise de côté demeure l'examen le plus parlant.
Le pli de dos. À examiner sous un éclairage oblique, comme toujours.
L'intégrité. Les pages de réclame comportaient encore des bons découpables à cette date.
Un dernier repère de recherche : ce fascicule circule assez librement, sans que les vendeurs le signalent toujours comme une clé. Sur une série qui n'était pas parmi les mieux suivies de son époque, les lots couvrant cette tranche de numérotation restent abordables — et c'est souvent là qu'on le trouve au meilleur prix.
Par où commencer
Trois entrées, selon votre objectif.
La première apparition, dans l'édition qui vous convient. Pièce centrale du dossier, et son prix demeure raisonnable au regard des clés produites avant et après.
Le numéro suivant, arrivé le 6 janvier 1976, qui conclut l'affrontement inaugural. Il forme avec le précédent un diptyque cohérent et coûte une fraction du prix.
Les affrontements ultérieurs, nombreux, où le personnage acquiert progressivement l'épaisseur qui lui manque ici. C'est là que se trouve ce qui l'a rendu célèbre — et nous y consacrons un article distinct.
Les questions de prix figurent dans notre analyse de la cote ; les récits marquants dans nos meilleurs arcs.
Ce que demandent les collectionneurs
Daredevil #131, dont la couverture porte la date de mars 1976, au prix de 25 cents. Le récit s'intitule « Bullseye Never Misses! », avec Marv Wolfman au scénario et Rich Buckler au dessin, chez Marvel Comics. Le numéro suivant est arrivé en kiosque le 6 janvier 1976.
Par choix éditorial maintenu pendant des décennies. Plusieurs versions de son passé ont circulé, et elles se contredisent — le personnage lui-même en raconte de différentes selon son interlocuteur. Cette opacité le rend impossible à comprendre, donc irréductible : un adversaire dont on connaît les blessures devient explicable, celui-ci non.
Non, et c'est une singularité de ce dossier. Sur la plupart des personnages, le fascicule qui explique les origines constitue une clé secondaire recherchée. Ici, ce numéro n'existe tout simplement pas, ce qui concentre l'attention — et la valeur — sur la seule première apparition.
Parce que le catalogue ne la renseigne pas pour ce numéro précis, alors qu'il indique celle du suivant — le 6 janvier 1976. On en déduit une arrivée en kiosque quelques semaines plus tôt, fin 1975, malgré une couverture datée de mars 1976. Cet écart entre date imprimée et mise en vente était la norme à l'époque.
À cause de la période. L'attention se porte massivement sur les années 1960, pour leurs créations fondatrices, et sur les années 1980, pour le basculement vers un lectorat adulte. Le milieu des années 1970 souffre d'une réputation ingrate — trop tardif, trop précoce, fabrication en baisse — si bien qu'à importance comparable, une clé de 1976 se négocie très en dessous d'une clé de 1966 ou 1986.
Par le tarif imprimé : 25 cents pour l'américaine, 9p pour celle destinée au Royaume-Uni. Notez qu'il s'agit de pence décimales, le pays ayant changé de système monétaire au début de la décennie — un repère de datation utile sur toute la production de cette période. Le marché américain place ces exemplaires en dessous.
Trois raisons. Il ne peut jamais être surclassé : son avantage est une précision, qui n'entre dans aucune échelle de puissance. Il reste mortel, ce qui permet de le vaincre sans que sa menace en souffre, puis de le ramener sans forcer. Et faute d'attaches cosmiques ou technologiques, il fonctionne dans tous les registres, du récit urbain à l'affrontement d'équipe.
Les défauts de fabrication avant tout : le contrôle qualité s'était relâché, et coupes obliques, dos décentrés ou agrafes mal placées sont fréquents. Ils viennent de l'usine et bornent la note pour toujours. Viennent ensuite le brunissement du papier, qu'une vue du bloc prise de côté révèle immédiatement, le pli de dos, et l'intégrité des pages de réclame.
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