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Les récits majeurs se lisent dans Daredevil : l'introduction de 1976 (#131-132), le duel de 1977 (#146), l'arrivée de Frank Miller (#159-161, 1979), le diagnostic de #169 (1981), l'affrontement de #181 (kiosque 29 décembre 1981), la roulette de #191 (kiosque 26 octobre 1982) et le retour de #200 (kiosque 5 juillet 1983). Hors de cette série : la mini-série de 2004 signée Daniel Way et Steve Dillon, puis les récits d'équipe de 2007 et 2009.

Un tueur qui ne rate jamais pose un problème d'écriture redoutable : s'il touche toujours, aucun affrontement ne comporte d'enjeu, et le personnage devient inutilisable au bout de deux apparitions.

Cinquante ans de publication racontent surtout comment les auteurs successifs ont contourné cette impasse. Chacun a fait quelque chose de différent avec la précision — et c'est le meilleur ordre pour lire ce personnage.

1976 : la précision comme numéro de foire

Les deux premiers fascicules — couvertures mars et avril 1976, le second arrivé en kiosque le 6 janvier 1976 — présentent le personnage exactement pour ce qu'il est alors : une attraction.

Marv Wolfman au scénario, Bob Brown à l'intérieur, sous une couverture de Rich Buckler. Le second épisode se déroule d'ailleurs littéralement sous un chapiteau, ce que son titre annonce sans détour.

À ce stade, la précision est un tour d'adresse. Elle impressionne, elle fait de belles cases, elle ne signifie rien. Le personnage cherche à se faire un nom en s'attaquant publiquement à un justicier connu : c'est une stratégie de carrière, pas une obsession.

Ce diptyque garde pourtant un intérêt réel pour qui veut comprendre la suite. Il montre le matériau brut avant que quiconque n'ait su qu'en faire — un antagoniste efficace, plaisant, et parfaitement remplaçable.

À lire pour la valeur documentaire plus que pour le récit. Le prix suit d'ailleurs cette hiérarchie, comme le détaille notre analyse de la cote.

1977 : la précision mise à l'épreuve

Un an plus tard, un épisode isolé — arrivé en kiosque le 1er mars 1977 — pousse l'idée d'un cran.

Jim Shooter écrit, Gil Kane dessine. Le titre annonce un duel, et c'est bien ce que le récit organise : une confrontation frontale où l'avantage technique du tueur est confronté à un adversaire privé de la vue.

L'idée est simple mais elle ouvre la voie. Si l'un ne rate jamais et que l'autre ne voit rien, l'affrontement cesse d'être une question de force pour devenir une question de perception. C'est le premier récit qui traite la précision comme un problème plutôt que comme un argument publicitaire.

Kane apporte par ailleurs un sens de la composition dynamique qui rend l'épisode très lisible aujourd'hui encore.

1979 : l'arrivée d'un dessinateur qui deviendra auteur

La séquence de 1979 marque le vrai basculement du dossier, et il est d'abord graphique.

Roger McKenzie tient le scénario ; un jeune dessinateur nommé Frank Miller prend le crayon. Le fascicule central de la séquence est arrivé en kiosque le 5 juin 1979, et son titre place explicitement le héros entre les mains du tueur.

Ce qui change tient au traitement de l'espace. Miller cadre serré, découpe en bandes verticales, laisse des cases presque vides. La menace cesse d'être démontrée par des exploits et devient une affaire de position : le lecteur comprend que le personnage est dangereux parce qu'il occupe toujours le bon angle.

Le trio d'épisodes se lit d'une traite. Il constitue le point d'entrée que nous recommandons à qui découvre le personnage : assez tardif pour être maîtrisé, assez précoce pour ne rien exiger d'antérieur.

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1981 : la précision devient un symptôme

Le fascicule daté mars 1981 est celui que nous tenons pour le plus inventif du dossier, et il est rarement cité.

Miller y assure désormais le scénario et le dessin. Le titre place le nom du personnage en position d'énoncé, comme une déclaration d'identité.

L'idée du récit est la suivante : le tueur souffre d'une affection cérébrale qui altère sa perception, au point qu'il voit le visage du héros sur tous les inconnus qu'il croise. Sa maladie transforme le monde entier en cible unique.

Le procédé est remarquable parce qu'il n'explique rien. Ce n'est pas une origine : cela ne dit ni d'où vient le personnage, ni pourquoi il tue. C'est un diagnostic, et un diagnostic n'a pas de valeur morale. Miller ajoute de la matière clinique sans réduire l'opacité — exactement ce qu'il fallait pour un personnage dont l'intérêt repose sur l'impossibilité de le comprendre.

Accessoirement, ce récit fait quelque chose que peu d'auteurs osent : il rend son antagoniste pitoyable sans le rendre sympathique.

Fin 1981 : la seule victoire, et ce qu'elle coûte

L'épisode arrivé en kiosque le 29 décembre 1981 est le plus célèbre de la série, et le plus cher. C'est aussi un tournant pour le personnage lui-même, dans un sens qu'on souligne rarement.

Jusque-là, il perdait. C'était sa fonction : revenir, échouer, revenir encore. Ici, il l'emporte — et cette victoire le définit pour les quarante années suivantes.

Le bénéfice est immédiat. Un adversaire qui a réellement gagné une fois devient crédible en permanence ; toutes ses apparitions ultérieures héritent de cette menace acquise. C'est ce qui le sépare définitivement des dizaines de tueurs à gages contemporains restés anonymes.

Le coût est tout aussi réel, et il se mesure sur la durée. Le personnage n'a plus jamais rien pu accomplir d'aussi marquant. Chaque auteur qui l'a repris depuis écrit dans l'ombre de cet épisode, et beaucoup ont tenté de le rejouer. Aucun n'y est parvenu, pour une raison simple : l'effet reposait sur la surprise, et la surprise ne se répète pas.

Le fascicule était vendu au format double, à un dollar quand le tarif courant en valait soixante cents. Une version britannique à 40p existe également.

1982 : retirer la précision de l'équation

Le dernier épisode de Miller sur la série, arrivé le 26 octobre 1982, constitue la réponse la plus élégante au problème posé en introduction.

Puisqu'un personnage qui ne rate jamais rend tout affrontement prévisible, Miller construit un récit où l'adresse ne sert à rien : une partie de roulette russe, où seul le hasard décide. Le tueur y est privé de sa seule qualité.

Le récit est court, tendu, presque théâtral, et il fonctionne encore parfaitement. Il montre aussi ce qui reste du personnage quand on lui retire son talent — et la réponse, franchement dérangeante, est : la volonté de gagner quand même.

Ce numéro se trouve encore à des niveaux raisonnables, sans commune mesure avec celui de décembre 1981. C'est l'anomalie la plus exploitable du dossier.

1983 : le retour, sous une autre plume

Le deux centième numéro de la série, arrivé en kiosque le 5 juillet 1983, ramène le personnage après le départ de Miller.

Denny O'Neil écrit, John Byrne dessine, et le titre du récit annonce une rédemption qui n'est pas celle qu'on croit.

L'intérêt de l'épisode tient à sa position : c'est le premier qui doit composer avec l'héritage de l'année précédente. Il choisit de ne pas l'effacer, et de traiter le personnage comme un homme diminué qui cherche à prouver qu'il existe encore. Ce sera, pendant longtemps, la façon standard de l'écrire.

2004 : une origine qu'on ne peut pas croire

Vingt ans plus tard, une série limitée en cinq parties tente l'impossible : raconter d'où il vient.

Daniel Way écrit, Steve Dillon dessine, sous des couvertures de Mike Deodato Jr. Les cinq épisodes portent des titres qui forment une progression nette, du « dernier endroit sur terre » jusqu'à l'entrée dans le feu.

La trouvaille est structurelle. L'origine y est racontée par le personnage lui-même, dans des circonstances qui rendent son témoignage invérifiable. Le lecteur reçoit une biographie complète et n'a aucun moyen de savoir si elle est vraie.

C'est la seule manière honnête d'écrire l'origine d'une figure dont l'absence d'origine constitue l'intérêt principal. Le trait de Dillon, sec et sans emphase, sert exactement ce propos : il raconte l'invraisemblable sur le ton du fait divers.

Cette série se trouve aujourd'hui pour presque rien. C'est le meilleur achat de lecture du dossier.

2007-2009 : porter le nom d'un autre

Deux séries d'équipe déplacent ensuite le personnage vers un registre inattendu.

La première, dont le premier épisode est arrivé en kiosque le 10 janvier 2007, est écrite par Warren Ellis et dessinée par Mike Deodato Jr. Elle intègre le tueur à une unité gouvernementale de criminels employés comme justiciers. Le titre du récit inaugural parle de foi accordée à des monstres, et c'est précisément le sujet.

La seconde, lancée le 21 janvier 2009 sous la plume de Brian Michael Bendis avec le même dessinateur, franchit un pas supplémentaire : le personnage y opère sous l'identité publique d'un héros connu, costume compris.

Cette période a une conséquence directe pour le collectionneur, développée dans notre guide de collection : pendant plusieurs années, ses apparitions les plus importantes ne figurent ni sous son nom ni sous son costume. Un vendeur qui ne connaît pas la période ne les signalera jamais.

Sur le fond, ces récits ajoutent quelque chose de neuf. Un tueur contraint de se faire passer pour un modèle de vertu doit simuler en permanence — et le voir échouer à imiter la décence ordinaire est plus révélateur que n'importe quel affrontement.

2010-2017 : retour au métier

Deux séries plus tardives referment le parcours.

Un diptyque paru fin 2010 le remet en situation professionnelle pure, sans équipe et sans masque emprunté. Puis une série limitée dont le premier numéro est arrivé le 1er février 2017, écrite par Ed Brisson et dessinée par Guillermo Sanna, l'envoie exécuter un contrat en Amérique du Sud.

Ni l'une ni l'autre ne réinvente quoi que ce soit, et ce n'est pas leur but. Elles font ce que le personnage permet depuis 1976 : un récit criminel court, mené par quelqu'un qu'aucune morale n'encombre.

Notez que le premier numéro de la série de 2017 existe en sept versions de couverture différentes. C'est sans importance pour la lecture, et cela dit beaucoup du contexte commercial de sa parution.

Dans quel ordre lire

Trois parcours, selon le temps que vous voulez y consacrer.

L'essentiel en trois épisodes : le diagnostic de 1981, l'affrontement de décembre 1981, la roulette de 1982. Dans cet ordre. Vous aurez le personnage complet en moins d'une heure.

Le parcours chronologique : de 1976 à 1983 dans l'ordre de parution. C'est la meilleure façon de voir un antagoniste secondaire devenir une figure majeure, transformation qui s'opère sous vos yeux en une quarantaine de fascicules.

Le parcours moderne : la série de 2004 pour l'origine invérifiable, puis les deux titres d'équipe de 2007 et 2009. C'est le moins cher, et c'est ce qui correspond le mieux aux versions vues à l'écran.

Pour les débuts eux-mêmes, voyez notre article sur sa première apparition.

Ce que les lecteurs demandent le plus souvent

Par la séquence de 1979 signée Roger McKenzie et dessinée par Frank Miller, dont l'épisode central est arrivé en kiosque le 5 juin 1979. Elle est assez tardive pour que le personnage soit maîtrisé, assez précoce pour ne rien exiger d'antérieur, et elle se lit d'une traite. Si vous n'avez qu'une heure, préférez le trio 1981-1982.

Celui arrivé en kiosque le 29 décembre 1981, vendu au format double à un dollar. C'est la seule fois où le personnage l'emporte réellement, et cette victoire le rend crédible pour les quarante années suivantes. Elle a aussi un coût : plus rien d'aussi marquant n'a pu être accompli depuis, et les tentatives de rejouer l'effet ont toutes échoué.

Oui, la série limitée en cinq parties de 2004 écrite par Daniel Way et dessinée par Steve Dillon. Mais elle est construite de façon à ce que le témoignage soit invérifiable : c'est le personnage lui-même qui raconte, dans des circonstances qui interdisent de le croire. C'est la seule manière honnête de traiter une figure dont l'absence d'origine fait tout l'intérêt.

Parce qu'il retire au personnage sa seule qualité. Frank Miller y construit une partie de roulette russe, où l'adresse ne sert strictement à rien et où seul le hasard décide. C'est la réponse la plus élégante au problème que pose un tueur qui ne rate jamais, et le récit montre ce qui reste de lui sans son talent.

Beaucoup, et ils sont sous-estimés. Le personnage y est intégré à une unité de criminels employés par le gouvernement, puis opère carrément sous l'identité publique d'un héros connu. Le voir simuler la décence ordinaire, et échouer, en dit plus long que n'importe quel affrontement. Warren Ellis puis Brian Michael Bendis écrivent, Mike Deodato Jr. dessine les deux.

C'est le plus inventif du dossier et le moins cité. Frank Miller, alors scénariste et dessinateur, y donne au personnage une affection cérébrale qui lui fait voir le visage du héros sur tous les inconnus. Le procédé n'explique rien de ses motivations : il ajoute de la matière clinique sans lever l'opacité, ce qui est exactement ce qu'il fallait.

Pour la valeur documentaire surtout. Marv Wolfman y écrit un antagoniste efficace mais parfaitement remplaçable, dont la précision n'est encore qu'un tour d'adresse — le second épisode se déroule littéralement sous un chapiteau. C'est le matériau brut avant que quiconque n'ait su qu'en faire, et cela éclaire tout ce qui suit.

La période 1979-1983 est régulièrement rééditée en volumes, ce qui reste la façon la plus économique de la découvrir. Les séries limitées modernes se trouvent en fascicules pour presque rien. Notre conseil habituel s'applique : lisez d'abord en recueil, achetez ensuite en fascicule les seuls numéros que vous voulez réellement posséder.

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