Pour découvrir Bizarro, lisez d'abord Superboy n°68 (octobre 1958), où Otto Binder et George Papp créent le double raté de Superboy. Passez ensuite à Action Comics n°254 (juillet 1959), à la rubrique Tales of the Bizarro World d'Adventure Comics, puis à The Man of Steel n°5 de John Byrne (décembre 1986), à la mini-série Bizarro de 2015 et au cycle de Red Hood and the Outlaws.
Bizarro est un contresens volontaire : une copie de Superman qui inverse chaque règle, et dont les auteurs successifs ont tiré tantôt de la farce, tantôt de la tragédie. Cette double nature complique le choix d'une porte d'entrée, parce que la même figure crayeuse peut servir une comédie familiale en 2015 ou un drame de laboratoire en 1986.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Sa première apparition
Bizarro paraît pour la première fois dans Superboy n°68, daté d'octobre 1958. Le scénariste Otto Binder et le dessinateur George Papp signent cette histoire où une expérience de rayon duplicateur produit, à partir du jeune Clark Kent, une copie à la peau crayeuse et aux gestes maladroits. À ce stade il s'agit d'un adolescent : la version adulte n'arrive qu'avec Action Comics n°254, daté de juillet 1959, toujours sous la plume de Binder, avec Al Plastino au dessin.
Un détail éclaire la suite de la carrière du personnage. Dans le récit de 1958, le Bizarro adolescent disparaît à la fin de l'histoire, et il ne reparaît pas sous cette forme. Autrement dit, la figure qui hante les collections naît d'un récit qui se referme sur une note mélancolique, et c'est cette tonalité que certains auteurs ultérieurs ont cherché à retrouver.
1 : Superboy n°68, Otto Binder et George Papp (1958)
Ce récit pose les bases de ce que Bizarro deviendra. Un rayon duplicateur engendre un double imparfait de Superboy, rejeté par les habitants de Smallville ; il se lie d'amitié avec Melissa, une jeune fille aveugle, puis se détruit avec les restes de l'appareil, dont l'effet imite la kryptonite bleue. L'explosion rend la vue à la jeune fille. La créature y est donc présentée d'abord comme une victime, et non comme un adversaire.
L'ambiguïté fait toute la matière de ce numéro : Bizarro ne cherche pas à nuire et suit sa logique inversée avec une sincérité désarmante. Elle s'adresse au lecteur qui veut comprendre l'origine émotionnelle du personnage avant ses déclinaisons comiques, et au collectionneur qui souhaite situer la date de naissance exacte d'un des antagonistes durables de la famille Superman. Lisez-la en fascicule d'époque si vous voulez la sensation du Silver Age, sinon dans un recueil rétrospectif : le propos tient dans ce numéro.
2 : Action Comics n°254, Otto Binder et Al Plastino (1959)
Ce numéro de juillet 1959 introduit Bizarro dans sa forme adulte et lui donne la logique que les années suivantes développeront. Il devient alors un personnage récurrent des titres de la famille Superman : on lui compte une quarantaine d'apparitions entre 1959 et 1984, ce qui en fait un fil continu de la bibliothèque Superman plutôt qu'un simple coup d'éclat.
L'intérêt pour le lecteur est de voir comment Binder transforme une figure de pathos en machine à gags : la formule « tout à l'envers » devient un cadre narratif réutilisable, que Superman, Lois et Jimmy affrontent à tour de rôle. Ce numéro s'adresse à qui apprécie le Silver Age pour son inventivité plus que pour son réalisme. Pour la lecture, associez-le à Superboy n°68 : les deux numéros se répondent, et la comparaison des deux dessinateurs, Papp puis Plastino, montre combien le même personnage change d'allure d'un trait à l'autre.
3 : Tales of the Bizarro World dans Adventure Comics, Jerry Siegel et John Forte (1961 à 1962)
À partir du n°285 d'Adventure Comics, daté de juin 1961, une rubrique entière est consacrée à la planète des Bizarros, un monde cubique appelé Htrae. La rubrique s'étend du n°285 au n°299 (août 1962), soit quinze numéros, et son démarrage est écrit par Jerry Siegel, le cocréateur de Superman, avec John Forte au dessin. Le premier épisode, intitulé The Shame of the Bizarro Family!, installe la famille Bizarro et son humour à rebours.
Ce que ces pages apportent est un changement d'échelle : Bizarro cesse d'être un invité dans le monde de Superman et obtient sa propre mythologie, avec ses lois, ses habitants et son vocabulaire. Elles conviennent au lecteur qui cherche de la fantaisie pure et au collectionneur attiré par les rubriques secondaires des anthologies de l'époque. Comment les lire ? Par petites doses : chaque épisode est autonome, et la répétition de la logique inversée fatigue vite si on enchaîne les quinze numéros d'une traite. Notez aussi que le numéro géant Superman n°202 (décembre 1967 à janvier 1968) est entièrement consacré à Bizarro et réimprime des histoires parues dans des numéros antérieurs, ce qui offre une porte d'entrée plus commode qu'une chasse aux fascicules d'origine.
4 : Whatever Happened to the Man of Tomorrow?, Alan Moore et Curt Swan (1986)
Publié dans Superman n°423 et Action Comics n°583 (septembre 1986), ce récit d'adieu à l'Homme d'acier d'avant Crisis on Infinite Earths est écrit par Alan Moore et dessiné par Curt Swan, avec des encrages de George Pérez et de Kurt Schaffenberger. Précision de rang : Bizarro n'est qu'un des antagonistes de cette histoire chorale, mais son passage tient le premier chapitre, où il détruit son propre monde, s'abat sur Metropolis puis met fin à ses jours, avant que la clé de l'énigme n'apparaisse dans la suite.
Pour le personnage, l'apport est la fermeture d'un cycle : le Bizarro du Silver Age y trouve une sortie qui donne à l'invention de 1958 une dimension tragique qu'elle n'avait que par éclairs. À qui s'adresse-t-il ? Au lecteur qui veut voir ce que l'on peut faire de la logique inversée quand on la prend au sérieux. Lisez les deux parties à la suite, en recueil, sans chercher à en tirer une continuité : l'histoire se présente elle-même comme hors continuité.
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5 : The Man of Steel n°5, John Byrne (1986)
Après la refonte de l'univers DC, John Byrne réintroduit le personnage dans le n°5 de sa mini-série The Man of Steel, daté de décembre 1986. Le numéro, intitulé The Mirror, Crack'd..., est écrit et crayonné par Byrne avec un encrage de Dick Giordano. Bizarro n'est plus une créature de fantaisie venue d'une planète cubique : c'est un clone défectueux conçu par Lex Luthor, avec l'aide du docteur Teng, dans le cadre d'un projet de duplication de Superman.
Ce Bizarro-là est muet, d'une intelligence limitée, et enlève Lois Lane. Il meurt en percutant Superman, et sa poussière rend la vue à Lucy Lane, un écho direct à l'issue du récit de 1958 que le lecteur attentif relève immédiatement. L'apport est une relecture sombre et compacte, qui prouve que le personnage résiste à toutes les refontes. Il convient au lecteur qui veut un Bizarro moderne et bref, et au collectionneur qui s'intéresse aux numéros charnières de l'après-Crisis. Pour replacer Luthor dans cette histoire, notre histoire de Lex Luthor en comics détaille ses refontes.
6 : Bizarro, Heath Corson et Gustavo Duarte (2015)
Lancée en 2015, cette série limitée de six numéros est écrite par Heath Corson et dessinée par Gustavo Duarte, avec Pete Pantazis aux couleurs. L'intrigue est un road movie : Jimmy Olsen est chargé par Clark Kent d'accompagner Bizarro à travers les États-Unis pour le déposer à la frontière canadienne, que Jimmy lui présente comme une Amérique à l'envers. Les deux compères enchaînent les catastrophes, et le scénariste a lui-même décrit son projet comme un road movie américain à deux personnages.
Ce que la série apporte au personnage est une tonalité tout public, sans continuité à connaître : Bizarro y devient un naïf attachant, tandis que Jimmy joue l'homme sérieux. Elle s'adresse au lecteur qui veut sourire, ou qui cherche un titre à partager avec un enfant. Elle se lit en un après-midi, dans son recueil de six numéros, et son trait très stylisé change des dessins réalistes du reste de la bibliothèque Superman.
7 : Red Hood and the Outlaws, le cycle Bizarro, Scott Lobdell et Dexter Soy (2016 à 2018)
Dans la série Red Hood and the Outlaws lancée en 2016 pour DC Rebirth, Scott Lobdell scénarise l'arrivée de Bizarro auprès de Jason Todd et d'Artemis : le n°2 les montre trouvant un clone dans un tube à bord d'un train dérobé par Black Mask. Le recueil Bizarro Reborn, qui rassemble les n°12 à 18 et l'annuel n°1, est écrit par Lobdell et dessiné par Dexter Soy ; la série compte plusieurs autres dessinateurs sur la durée.
L'apport est un Bizarro membre d'équipe, capable de sacrifice : il tombe malade, sauve ses coéquipiers, puis revient grâce à Lex Luthor sous la forme d'un être très intelligent, propriété de LexCorp. Ce parcours s'adresse aux lecteurs de Jason Todd plus qu'aux puristes de Superman. Lisez d'abord le volume Bizarro Reborn, qui regroupe le cœur de l'histoire, puis revenez aux numéros précédents si l'équipe vous plaît. Pour le héros qui accueille Bizarro, notre histoire de Jason Todd en comics donne le contexte complet.
Par où commencer selon votre profil
Votre point d'entrée dépend moins du goût pour Superman que de ce que vous attendez d'un Bizarro. Voici quatre trajectoires, de la plus courte à la plus fournie.
- Vous voulez comprendre le personnage en un après-midi : lisez Superboy n°68, puis The Man of Steel n°5. Ces deux numéros se répondent et résument son destin tragique.
- Vous aimez le Silver Age : ajoutez Action Comics n°254 et les épisodes de Tales of the Bizarro World, en commençant par le n°285 d'Adventure Comics.
- Vous cherchez de l'humour sans pré-requis : la série Bizarro de Corson et Duarte se lit sans connaître Superman.
- Vous suivez Jason Todd : allez directement au cycle Red Hood and the Outlaws et à son recueil Bizarro Reborn.
Si vous débutez sur Superman en général, ouvrez plutôt le guide de lecture, puis revenez à Bizarro quand le reste de la famille vous est familier.
Les numéros clés à connaître
Pour un collectionneur, les numéros qui comptent autour de Bizarro se classent selon la nature de leur importance : naissance, expansion, refonte, réinvention. Aucun montant n'est donné ici, parce que les cotes bougent ; la méthode est de comparer des exemplaires de même état et de même édition.
- Superboy n°68 (octobre 1958) : la première apparition, par Binder et Papp.
- Action Comics n°254 (juillet 1959) : l'arrivée de la version adulte, par Binder et Plastino.
- Adventure Comics n°285 (juin 1961) : le début de la rubrique Tales of the Bizarro World, par Siegel et Forte.
- Superman n°202 (décembre 1967 à janvier 1968) : le numéro géant tout Bizarro, composé de réimpressions.
- Superman n°423 et Action Comics n°583 (septembre 1986) : l'adieu de Moore et Swan à l'Homme d'acier d'avant Crisis.
- The Man of Steel n°5 (décembre 1986) : le retour post-Crisis, par Byrne.
- Bizarro n°1 (2015) : l'ouverture de la série de Corson et Duarte.
- Red Hood and the Outlaws (2016) n°2 : l'apparition du clone auprès de Jason Todd.
Pour chacun de ces numéros, notez la série, le mois de couverture et le type d'édition en regard de l'annonce : un fascicule de 1958 et son facsimilé affichent le même chiffre sans se valoir. Appuyez-vous sur plusieurs ventes conclues pour un même état plutôt que sur une annonce isolée, et gardez les fascicules du Silver Age pour la fin de votre liste si votre budget est contraint, car ce sont ceux dont l'état varie le plus.
Questions fréquentes
Bizarro naît dans Superboy n°68 (couverture d'octobre 1958), dont Otto Binder écrit l'histoire et George Papp assure le dessin. Il s'agit alors d'un adolescent. La version adulte arrive dans Action Comics n°254, daté de juillet 1959, écrit par Binder et dessiné par Al Plastino.
Pour comprendre le personnage, lisez Superboy n°68 puis The Man of Steel n°5, deux numéros qui se répondent à vingt-huit ans d'écart. Pour un ton léger, préférez la série Bizarro de 2015, par Heath Corson et Gustavo Duarte, qui ne demande aucune connaissance préalable de Superman.
La rubrique Tales of the Bizarro World débute dans Adventure Comics n°285, daté de juin 1961, avec Jerry Siegel au scénario et John Forte au dessin. Elle présente la planète cubique Htrae et se poursuit jusqu'au n°299, soit quinze numéros publiés jusqu'en août 1962.
Cela dépend de l'époque. Le Silver Age en fait un perturbateur plus maladroit que cruel, les années 1980 un clone fabriqué par Lex Luthor, et la série Red Hood and the Outlaws un équipier de Jason Todd. Le personnage change de camp selon les auteurs, ce qui justifie de lire plusieurs versions.
Pas pour la série Bizarro de 2015, qui ne demande aucune connaissance préalable. Pour The Man of Steel n°5 ou le récit de Moore et Swan, mieux vaut connaître Lex Luthor, Lois Lane et Jimmy Olsen. Le guide de lecture Superman du blog vous donne l'ordre des volumes.
Vous possédez un Superboy n°68, un Action Comics n°254 ou un Adventure Comics de la rubrique Bizarro World ? Faites estimer l'exemplaire en vous appuyant sur son état et son édition.
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