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Jason Todd apparaît pour la première fois dans Batman #357 (mars 1983, Gerry Conway et Don Newton) comme le deuxième Robin. En 1988, dans A Death in the Family (Batman #426-429, Jim Starlin et Jim Aparo), DC organise un vote téléphonique inédit qui décide de sa mort sous les coups du Joker, à seulement 72 voix d'écart sur plus de 10 600 votants. Ressuscité au milieu des années 2000 dans l'arc Under the Hood de Judd Winick, il devient le Red Hood, un anti-héros au code moral radical qui reste aujourd'hui l'un des personnages les plus recherchés par les collectionneurs de comics Batman.

Peu de personnages secondaires de l'univers DC ont un parcours éditorial aussi accidenté que Jason Todd. Créé pour remplacer Dick Grayson dans le rôle de Robin, il a d'abord été un pâle décalque de son prédécesseur avant d'être entièrement réinventé, tué par un vote de lecteurs payants, puis ramené à la vie par une décision scénaristique qui a fait grincer des dents pendant des années. Cette trajectoire chaotique, rare dans l'histoire du comic book américain, est précisément ce qui rend les numéros clés liés à Jason Todd si recherchés aujourd'hui.

Contrairement à beaucoup de personnages dont la cote repose sur une seule apparition marquante, l'intérêt collector autour de Jason Todd se répartit sur plusieurs moments charnières bien distincts : sa création en 1983, le retcon de son origine en 1987, sa mort en 1988, sa résurrection au milieu des années 2000 et sa transformation en Red Hood. Chacun de ces jalons correspond à un ou plusieurs numéros précis, avec des dynamiques de marché qui leur sont propres.

Cet article retrace cette histoire dans le détail, en s'appuyant sur les faits éditoriaux vérifiables : dates de publication, créateurs, numéros exacts et éléments de marché documentés. L'objectif est de donner aux collectionneurs, qu'ils découvrent le personnage ou cherchent à compléter une collection déjà avancée, une vision claire de ce qui fait la valeur et l'intérêt de chaque étape de la vie éditoriale de Jason Todd.

Des origines de cirque au retcon de rue : la naissance de Jason Todd

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Jason Todd fait son apparition dans Batman #357, daté de mars 1983, sous la plume de Gerry Conway et le crayon de Don Newton. Sa mission éditoriale est claire : offrir un successeur à Dick Grayson, qui a quitté le rôle de Robin pour devenir Nightwing et voler de ses propres ailes dans les New Teen Titans. DC a besoin d'un jeune partenaire pour Batman, et Conway construit un Jason Todd calqué presque trait pour trait sur Dick Grayson : un jeune acrobate de cirque, roux, orphelin après le meurtre de ses parents artistes. Ce même numéro contient d'ailleurs une autre première apparition notable, celle de Killer Croc, sous forme de caméo.

Cette version originelle de Jason Todd, très proche de celle de son prédécesseur, ne convainc pas complètement la rédaction ni le lectorat sur la durée. Après le passage de la continuité DC par la maxi-série Crisis on Infinite Earths, l'éditeur profite du grand nettoyage de son univers pour retravailler le personnage en profondeur. C'est le scénariste Max Allan Collins qui signe ce retcon dans Batman #408 à #411, publiés en 1987. Exit l'acrobate de cirque : Jason Todd devient un gamin des rues de Gotham, surpris par Batman alors qu'il tente de démonter les pneus de la Batmobile garée dans Crime Alley, le lieu même où les parents de Bruce Wayne ont été assassinés. Touché par ce écho troublant avec sa propre histoire, Batman recueille l'adolescent et l'entraîne pendant six mois avant de lui confier le costume de Robin.

Ce nouveau Jason Todd, plus brut, plus impulsif et parfois insubordonné sous la plume de Jim Starlin qui reprend ensuite la série, ne fait pas l'unanimité auprès des lecteurs de l'époque. Le personnage est perçu comme moins attachant que Dick Grayson, parfois même agaçant dans sa désobéissance récurrente aux consignes de Batman. Cette réception mitigée, documentée par de nombreux témoignages de l'époque, va directement motiver la décision éditoriale la plus radicale jamais prise sur un personnage secondaire de l'univers Batman : laisser les lecteurs voter sur sa mort.

A Death in the Family : le vote qui a scellé le destin de Robin

À l'été et à l'automne 1988, DC publie A Death in the Family, un arc en quatre parties réparti sur Batman #426 à #429, scénarisé par Jim Starlin et dessiné par Jim Aparo, avec des couvertures notamment signées Mike Mignola pour le tome #427. L'histoire suit Jason Todd parti en Éthiopie sur les traces de sa mère biologique, Sheila Haywood, qui se révèle être impliquée avec le Joker dans un trafic international. Le Joker capture Jason et Sheila dans un entrepôt.

C'est là que DC prend une décision inédite dans l'histoire du comic book grand public : plutôt que de trancher elle-même le sort de Robin, l'éditeur imprime au dos de Batman #427 une petite annonce invitant les lecteurs à appeler l'un de deux numéros surtaxés en 1-900 pour voter. Un numéro (1-900-720-2660) laissait Jason Todd en vie, l'autre (1-900-720-2666) le condamnait à mort. La ligne reste ouverte 35 heures, à partir de 9 heures (heure de l'Est) le 15 septembre 1988, aux États-Unis et au Canada, chaque appel étant facturé 50 cents. Au terme du décompte, 10 614 votes sont enregistrés, et c'est la mort de Jason Todd qui l'emporte, à seulement 72 voix d'écart. Jim Starlin lui-même racontera par la suite avoir été surpris par un écart aussi serré, alors qu'il s'attendait à une décision plus nette du public.

Dans Batman #428, publié en décembre 1988, le Joker roue Jason Todd de coups avec un pied-de-biche avant de faire exploser l'entrepôt où il l'a enfermé avec sa mère. Batman, arrivé trop tard, ne peut que sortir le corps sans vie de son partenaire des décombres. La scène, d'une violence rare pour l'époque dans un comic mettant en scène un personnage aussi jeune, marque durablement les esprits et contribue à faire de cet arc l'un des récits Batman les plus commentés de toute l'histoire de l'éditeur. Le numéro #429 clôt le récit sur les conséquences de cette mort pour Batman, qui traverse ensuite une période de deuil et de remise en question qui infusera plusieurs années de la série mensuelle.

Sur le plan du marché, A Death in the Family reste l'un des arcs les plus demandés de la période moderne du Batman des années 1980, aux côtés de The Dark Knight Returns et de The Killing Joke. Les exemplaires en très haut grade des numéros #426 à #429, en particulier ceux ayant conservé l'encart publicitaire du vote téléphonique dans #427, sont particulièrement suivis par les collectionneurs spécialisés dans les moments charnières de l'histoire éditoriale DC.

Batman #357, la première apparition qui reste la pierre angulaire

Malgré la notoriété de A Death in the Family, c'est bien Batman #357 qui demeure la référence absolue pour tout collectionneur cherchant à posséder un jalon fondateur du personnage : il s'agit de sa toute première apparition, doublée de celle de Killer Croc. Le marché confirme cet intérêt soutenu : un exemplaire gradé CGC 9.8 s'est vendu 615,25 dollars chez ComicConnect en juin 2025, un niveau qui illustre la demande constante pour les copies en état quasi parfait de ce numéro fondateur, plus de quarante ans après sa publication.

De la tombe au Lazarus Pit : la résurrection de Jason Todd

Pendant près de dix-sept ans, la mort de Jason Todd reste l'un des rares décès de personnage régulier de l'univers DC à ne jamais être annulé, presque érigée en principe éditorial : « personne ne ressuscite Jason Todd ». C'est ce statu quo que Judd Winick vient bousculer en 2005 avec l'arc Under the Hood, publié dans la série mensuelle Batman à partir du numéro #635 et qui se prolonge sur plusieurs numéros jusqu'au #650, avec Doug Mahnke au dessin sur une partie de l'arc. L'histoire s'ouvre sur l'apparition d'un mystérieux vigilante masqué appelé Red Hood, qui prend le contrôle du milieu criminel de Gotham avec une brutalité que Batman lui-même refuse d'employer.

Le mécanisme narratif choisi pour justifier ce retour est directement rattaché à l'événement Infinite Crisis qui se déroule à la même période : Superboy-Prime, enfermé dans une dimension paradisiaque avec les héros de la Terre pré-Crisis, se met à frapper la structure même de la réalité, provoquant une série de modifications rétroactives de la continuité DC. L'une de ces altérations corrige la mort de Jason Todd, qui se réveille dans son propre cercueil et parvient à en sortir par ses propres moyens. S'ensuit une longue période où le personnage, amnésique, erre comme un vagabond pendant environ un an, avant d'être reconnu par un petit criminel qui alerte Talia al Ghul. Celle-ci le fait plonger dans un Lazarus Pit, aux côtés de son père Ra's al Ghul, ce qui lui restitue à la fois sa santé physique et sa mémoire, mais aussi une forme de rage définitive envers Batman, qu'il tient pour responsable de ne pas avoir vengé sa mort en tuant le Joker.

L'identité du Red Hood est confirmée comme étant celle de Jason Todd dans Batman #638, et l'explication complète du mécanisme de sa survie est développée dans Batman Annual #25, publié en mai 2006, qui inclut notamment une page épilogue signée à nouveau par Jim Starlin et Jim Aparo, redonnant un sens rétroactif à la scène de l'explosion de 1988. Ce choix créatif reste l'un des plus commentés et débattus de la période, certains lecteurs saluant la complexité morale nouvelle apportée au personnage, d'autres regrettant que la mort de 1988 perde une partie de son poids dramatique originel.

Le Red Hood aujourd'hui : un anti-héros à part dans l'univers Batman

Depuis sa résurrection, Jason Todd occupe une place singulière dans la Bat-Famille : ni véritable allié, ni ennemi permanent, il opère selon un code moral qui n'exclut pas de tuer les criminels qu'il juge irrécupérables, en rupture frontale avec la règle absolue de Batman. Le nom même de Red Hood n'est pas anodin pour les lecteurs de longue date : il s'agit de l'identité criminelle qu'utilisait, des décennies plus tôt dans la continuité DC, l'homme qui allait devenir le Joker, avant sa chute dans une cuve de produits chimiques. En choisissant ce nom, Jason Todd s'approprie littéralement le point de départ du bourreau qui l'a tué.

En 2011, dans le cadre du relaunch éditorial New 52, DC lance une série dédiée, Red Hood and the Outlaws, écrite par Scott Lobdell avec Kenneth Rocafort au dessin. Jason Todd y forme un trio improbable avec Arsenal (Roy Harper) et Starfire, éloigné de Gotham et de la supervision de Batman. La série connaît une réception critique contrastée à sa sortie, notamment sur le traitement du personnage de Starfire, mais elle installe durablement Jason Todd comme un personnage capable de porter sa propre série, statut confirmé par la suite lors de l'ère Rebirth avec une nouvelle mouture de Red Hood and the Outlaws puis Red Hood: Outlaw. Plus récemment, en 2025, DC a annoncé une mini-série intitulée Robin & Batman: Jason Todd, signée Jeff Lemire et Dustin Nguyen, revenant sur les débuts du personnage sous le costume de Robin, preuve que l'intérêt éditorial pour cette période fondatrice ne faiblit pas près de quarante ans après sa création.

L'impact des adaptations sur la cote

Comme pour de nombreux personnages secondaires devenus cultes, les adaptations audiovisuelles ont joué un rôle décisif dans la notoriété de Jason Todd auprès d'un public qui n'a pas nécessairement suivi les comics originaux. Le film d'animation Batman: Under the Red Hood, sorti en 2010 et réalisé par Brandon Vietti, en est l'exemple le plus marquant : avec Jensen Ackles au doublage de Jason Todd et Bruce Greenwood dans le rôle de Batman, le film adapte librement Under the Hood et est aujourd'hui considéré par une large partie de la critique comme l'un des meilleurs films d'animation DC jamais produits. Son succès a durablement replacé le personnage au centre de l'attention, dix ans après sa résurrection en comics.

DC a par la suite exploité ce même terrain avec Batman: Death in the Family, un film d'animation interactif sorti en 2020, qui reprend une partie du casting du film de 2010 (Bruce Greenwood, John DiMaggio) mais confie cette fois le rôle de Jason Todd à Vincent Martella, Jensen Ackles n'étant pas de la distribution. Le concept du film, qui permet au spectateur de choisir différentes issues à l'histoire, fait directement écho au vote téléphonique historique de 1988.

Le jeu vidéo Batman: Arkham Knight, développé par Rocksteady Studios et sorti en 2015, a également marqué les esprits en révélant que le personnage-titre, l'Arkham Knight, n'est autre que Jason Todd, revenu pour se venger de Batman après avoir survécu à une longue captivité auprès du Joker. Bien que ce twist ait été jugé prévisible par une partie de la presse spécialisée, il a introduit le personnage à toute une génération de joueurs découvrant l'univers Batman par le jeu vidéo plutôt que par les comics. Sur le petit écran, la série télévisée Titans, diffusée de 2018 à 2023, a également offert à Jason Todd une incarnation en prises de vues réelles avec l'acteur Curran Walters, qui interprète le personnage sur plusieurs saisons, de son passage sous le costume de Robin jusqu'à son évolution vers celui de Red Hood.

Ces adaptations multiples, échelonnées sur plus d'une décennie et couvrant l'animation, le jeu vidéo et la fiction en prises de vues réelles, entretiennent un socle de demande constant sur les comics fondateurs du personnage. Elles n'ont pas l'effet de pic isolé que peut produire l'annonce d'un film unique sur un personnage jusque-là confidentiel, mais plutôt un effet cumulatif qui maintient Jason Todd dans le radar des collectionneurs sur la durée, notamment autour des trois jalons majeurs que sont sa création, sa mort et sa résurrection.

Guide d'achat : comment collectionner Jason Todd

Avant de se lancer sur l'achat d'un numéro lié à Jason Todd, quelques repères permettent d'orienter ses recherches et d'éviter les pièges les plus courants liés à ce type de comics à forte demande éditoriale.

Foire aux questions

Jason Todd apparaît pour la première fois dans Batman #357, publié en mars 1983, écrit par Gerry Conway et dessiné par Don Newton. Ce numéro contient également le premier caméo de Killer Croc.
Jason Todd est tué par le Joker dans l'arc A Death in the Family, plus précisément dans Batman #428 (décembre 1988), écrit par Jim Starlin et dessiné par Jim Aparo. Le Joker le bat avec un pied-de-biche avant de faire exploser l'entrepôt dans lequel il est enfermé.
Oui. DC a mis en place un vote téléphonique via deux numéros surtaxés en 1-900, actifs 35 heures à partir du 15 septembre 1988. Sur 10 614 votes enregistrés, la mort de Jason Todd l'a emporté avec seulement 72 voix d'écart.
Sa résurrection est expliquée dans l'arc Under the Hood de Judd Winick (à partir de Batman #635) et détaillée dans Batman Annual #25 (mai 2006) : les altérations de réalité provoquées par Superboy-Prime pendant Infinite Crisis annulent sa mort, et Talia al Ghul restaure ensuite sa mémoire et sa santé grâce à un Lazarus Pit.
Red Hood est l'identité criminelle qu'utilisait, dans la continuité DC, l'homme qui allait devenir le Joker avant sa transformation. En adoptant ce nom, Jason Todd s'approprie symboliquement les origines de celui qui l'a tué.