Hors-séries et spéciaux : la part oubliée d'une collection VF, illustration article

Hors-séries, spéciaux, albums et titres satellites échappent aux listes parce que leur numéro ne leur appartient pas : il est emprunté à la revue mère, il démarre en cours de route, il se dédouble ou il n'a jamais été imprimé sur la couverture. Le catalogue en garde la trace sous des mentions discrètes, un « bis », un « hors série », un « cartonné », parfois un chiffre entre crochets. Les repérer suppose de lire la mention avant le chiffre.

Vous avez une pile de revues françaises, un fichier où vous cochez ce que vous possédez, et la désagréable impression que le compte ne tombe jamais juste. Ce n'est pas votre fichier qui est mauvais : la production des éditeurs de kiosque français n'a jamais tenu dans une colonne de numéros croissants. À côté des revues régulières, les mêmes maisons ont fait paraître des spéciaux, des albums, des collections dédiées à un seul personnage, des rééditions cartonnées. Ces objets se vendent, et sont le point aveugle de la plupart des inventaires.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Repère de méthode : Hors-séries et spéciaux, et ce que couvre l'article

Pourquoi ces parutions sortent des listes

Une liste de collection repose sur un postulat jamais formulé : un titre possède un compteur, ce compteur part de 1, il avance d'une unité à chaque parution. Tant qu'il tient, cocher des cases suffit. Les parutions dont nous parlons le cassent, et chacune autrement : l'une emprunte le compteur d'une autre revue, l'autre ouvre le sien à un rang déjà avancé, une troisième occupe deux rangs d'un coup, une quatrième n'affiche aucun chiffre.

Le résultat est toujours le même : la parution devient invisible dans l'outil qui sert à la chercher. Un tableau trié par numéro la place au milieu de fascicules qui n'ont rien à voir avec elle, ou ne la fait apparaître nulle part parce qu'aucune case ne lui correspond. On en conclut que l'objet n'existe pas, ou qu'on le possède déjà, et les deux erreurs coûtent cher.

La sortie n'est pas technique. Elle consiste à cesser de traiter le numéro comme l'identité d'un fascicule, pour le ranger parmi ses autres caractéristiques : mention portée en couverture, date, format, brochage, collection d'appartenance. Les cinq formes qui suivent sont celles que l'on rencontre réellement dans le catalogue des revues françaises, et chacune a sa façon de se signaler, d'être mal annoncée, et son point à vérifier.

Première forme : le spécial qui emprunte le compteur de sa revue

C'est la plus élégante et la plus traîtresse. Une maison fait paraître un supplément rattaché à une revue existante, et plutôt que de lui donner un compteur neuf, elle lui fait porter le rang de la revue au moment de sa sortie, suivi d'une mention. Dans le catalogue, cela donne des rangs qui ne se suivent pas, espacés de trois en trois, avec un « bis » ou un « hors série » collé au chiffre : la série de spéciaux consacrée aux origines des personnages de Strange en offre l'exemple, d'abord avec des rangs suffixés « bis », ensuite avec des rangs suffixés « hors série ».

On la reconnaît à l'écart entre les rangs : une revue régulière avance d'une unité, cette forme-là saute, parce qu'elle compte les parutions de la revue mère et non les siennes. Le vendeur, lui, recopie le chiffre et laisse tomber la mention, parce que la mention est petite, souvent imprimée en haut de couverture, et qu'elle ne ressemble pas à une information de numérotation. Son annonce devient alors un numéro de la revue régulière, au même rang.

Avant d'acheter, demandez une photographie de la couverture entière, bandeau supérieur compris, et non un cadrage sur l'illustration : la mention se lit là, ou nulle part. Vérifiez aussi la pagination annoncée, car un supplément de ce type ne pèse pas le poids d'un fascicule ordinaire.

Deuxième forme : la collection dédiée à une seule équipe

Les anthologies de kiosque mélangeaient plusieurs feuilletons dans un même fascicule. En parallèle, les mêmes maisons ont lancé des collections monographiques, consacrées à une seule équipe ou à un seul personnage, qui reprenaient ces mêmes héros ailleurs et autrement. Le catalogue recense ainsi une collection intitulée Les Fantastiques, chez Lug, dont la première ligne numérotée porte le rang 19 et l'épisode « Les Sortilèges de Diablo », crédité à Archie Goodwin et John Buscema, et dont le rang le plus élevé, « La Panthère noire », est daté de 1986.

Un compteur qui ouvre à un rang avancé est la signature de cette forme. Il signifie que l'objet que vous tenez prolonge quelque chose, un titre antérieur, une collection renommée, un découpage éditorial que la couverture ne raconte pas. Sur ce même relevé, le vingt-troisième rang porte deux lignes, l'une datée de 1980, l'autre de 1986, et le quarantième rang est absent. Un trou et un doublon sur le même compteur : voilà de quoi faire échouer n'importe quel tableau trié par numéro.

Le vendeur catalogue mal parce qu'il cherche le rang 1, ne le trouve pas, et suppose donc que le fascicule le plus bas qu'il a sous les yeux est le premier de la collection. Posez alors une question simple : quel chiffre est imprimé en couverture, et quel chiffre figure dans l'ours ? Quand les deux diffèrent, la discussion sur le prix change de nature. Les hubs de personnages, comme celui des Quatre Fantastiques, aident à situer les séries parallèles consacrées à une même équipe.

Troisième forme : le recueil au format album

Les éditeurs français ont aussi vendu, hors kiosque, des recueils au format album, plus grands, plus épais, souvent en vente chez le libraire plutôt que chez le marchand de journaux. Le catalogue en garde deux témoignages instructifs chez Arédit. Dans la collection Artima color superstar, datée de 1981, le compteur ouvre au rang 3, s'arrête au rang 24, et il lui manque le rang 12 : des trous dont il faut savoir, avant de les chasser, s'ils tiennent au relevé ou à la parution elle-même.

Plus révélateur encore : les lignes de cette collection ne sont pas intitulées d'après un épisode, mais d'après un personnage ou une équipe, « Les Vengeurs », « Miss Marvel », « Les Défenseurs », « Docteur Strange », « Les Micronautes ». Et le dernier rang relevé s'appelle « La Ligue de justice », ce qui place dans une même collection d'albums des héros de deux écuries américaines différentes. L'étiquette de la collection ne dit donc rien du contenu, et c'est exactement ce qui rend ces albums difficiles à chercher.

La collection voisine, Artima color, Marvel géant, pousse le problème à son terme : son premier rang figure au relevé sous deux millésimes, 1979 puis 1981, avec deux titres sans rapport, et il en va de même pour les deux rangs suivants. Autrement dit, dans cette forme, le numéro cesse d'identifier l'objet. Avant d'acheter, exigez la mesure de la couverture en centimètres et le nombre de pages. Ce sont les deux seules données qui distinguent un album d'un fascicule quand le chiffre, lui, ne distingue plus rien.

Mesure du relevé : les revues à numérotation suivie, à saut de numérotation, et à numéros doubles ou hors-série

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Quatrième forme : le titre satellite né dans le même millésime

Une maison qui tient une collection d'albums ne lance pas un titre, elle en lance plusieurs d'un coup, pour occuper le présentoir. Le relevé le montre très bien pour Arédit en 1979, avec des collections monographiques bâties sur le nom d'un seul héros, Captain America et Thor le fils d'Odin, auxquelles s'ajoute un titre à rallonge, Gamma la bombe qui a créé Hulk. Trois objets du même millésime, du même éditeur, et dont les couvertures se ressemblent assez pour qu'on les confonde de loin.

Ces titres se trahissent par leur date de couverture. Là où une revue mensuelle porte un mois, ceux-là portent un trimestre, « 2ème trimestre 1979 », « 4ème trimestre 1980 », parce qu'ils ne relevaient pas du même rythme commercial. Ils se trahissent aussi par leur publicité : le relevé a enregistré, à la place d'un titre d'épisode, les bandeaux que ces fascicules portaient pour vanter la collection, « Arédit présente 4 albums Super Star », « Voici la collection Super Star », « Albums déjà parus ». Ces satellites s'annonçaient les uns les autres, et l'un d'eux va jusqu'à afficher la ligne « Conan hors série » à son rang 23, en 1983.

Devant trois titres voisins du même éditeur, le vendeur attribue au plus connu ce qui appartient au plus obscur, parce que le nom du héros vedette se vend mieux. Lisez donc la mention d'éditeur imprimée au dos ou dans l'ours et comparez-la au titre : c'est la combinaison éditeur, millésime et format qui identifie la collection, pas le nom du personnage. Un tour des guides de collection donne les repères de format propres à chaque maison.

Cinquième forme : le crochet, et la mention de cartonnage

Dernière forme, la plus souterraine : certaines lignes du catalogue portent un chiffre entre crochets. Le crochet ne décore pas : il signale un rang non imprimé sur l'objet, reconstitué d'après la place de la parution dans la suite. Le relevé d'une collection consacrée à L'Araignée chez Lug en contient deux, intitulées « Docteur Octopus » et « L'Araignée et le robot ». Un objet sans chiffre imprimé est celui que personne ne retrouve.

À ce crochet s'ajoute parfois une mention de brochage. Dans le relevé de Conan le Barbare chez Arédit, deux lignes portent un rang suivi du mot « cartonné », et ces deux lignes sont datées de 1981, exactement comme les deux fascicules brochés qui portent les mêmes rangs. Le même phénomène apparaît dans le relevé de Captain America, où un rang 1 cartonné du premier trimestre 1979 voisine avec un rang 1 ordinaire du même trimestre. Deux objets, un chiffre, une seule date : le chiffre ne tranche pas.

Le vendeur ne catalogue pas mal par malveillance : il catalogue ce qu'il voit, et ce qu'il voit est un chiffre. Le cartonnage, lui, se devine au toucher et à l'épaisseur du dos, pas au scan d'une couverture. Demandez donc une photographie du dos, de profil, objet posé à plat. Un dos carré et rigide, des coins qui marquent : vous ne tenez pas le même objet que l'exemplaire broché du même rang, et vous ne devez pas le payer comme tel.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Ce que le libellé d'une annonce ne dit jamais

Mises bout à bout, ces cinq formes dessinent un constat gênant : le libellé d'une annonce est presque toujours une reconstitution. Le vendeur a lu un chiffre, reconnu un héros, recopié un titre de couverture, et composé une référence qui ne figure sur aucun objet. Ce n'est pas une fraude, c'est une perte d'information, et votre travail d'acheteur consiste à remonter vers l'objet réel.

Trois questions y suffisent le plus souvent. Que lit-on exactement en couverture, mention et bandeaux compris ? Quelles sont les dimensions et la pagination ? Le dos est-il souple ou rigide ? Qui répond aux trois tient l'objet en main ; qui les esquive recopie une fiche.

Tenir un inventaire qui ne confond pas les deux

La méthode tient en une idée : votre inventaire doit cesser d'avoir une colonne de numéros et en avoir deux. La première porte le rang imprimé, recopié tel quel, mention et crochets inclus. La seconde porte la place occupée dans la suite, que vous calculez. Les deux coïncident pour une parution régulière et divergent pour tout le reste, et c'est cette divergence qui vous signale un hors-série sans que vous ayez à le qualifier.

Le cas des fascicules doubles montre l'intérêt du dédoublement. Dans le relevé d'une collection de poche publiée par Sage, plusieurs lignes portent deux rangs réunis par un trait d'union, comme la ligne « 106-107 » datée de septembre 1986. Compter les lignes sous-estime la collection ; compter les rangs la surestime. Avec deux colonnes, la ligne occupe deux places et ne compte que pour un objet, et votre total arrête de mentir.

Ajoutez ensuite quatre champs courts, et seulement quatre, sinon vous ne les remplirez pas. Mention portée en couverture, en texte libre. Brochage, broché ou cartonné. Format, en centimètres ou par étiquette maison. Statut du rang, imprimé ou reconstitué. Ces quatre champs suffisent à séparer les cinq formes décrites plus haut, et ils se remplissent en regardant l'objet, jamais en consultant une liste. C'est leur vertu : ils vous obligent à décrire ce que vous possédez plutôt qu'à cocher ce que vous croyez posséder.

Dernier conseil, de cadrage : n'essayez pas de compléter ces formes comme on complète une revue. Une collection d'albums aux rangs discontinus n'a pas de suite à chasser, mais un ensemble de titres à repérer un par un. Admettre cette différence de nature vous fait trouver, chez les vendeurs, les objets que les autres acheteurs passent sans voir. Les séries parallèles consacrées à un seul héros, comme celles de l'homme araignée, sont le terrain où cet écart de méthode paie le plus vite.

Questions fréquentes

Lisez la mention avant le chiffre. Un « bis », un « hors série », un « spécial » imprimé en bandeau supérieur suffit à trancher. En l'absence de mention, deux indices restent : un rang qui saute plusieurs unités par rapport au précédent, et une date de couverture exprimée en trimestre là où la revue régulière affiche un mois.

Que le chiffre ne figure pas sur l'objet et qu'il a été déduit de sa position dans la suite. C'est fréquent sur les premières livraisons d'une collection d'albums, où l'éditeur n'avait pas encore décidé de numéroter. Pour vous, cela veut dire qu'aucune recherche par numéro ne ramènera cet objet, et qu'il faut le chercher par son titre.

Non, et le relevé de Conan le Barbare chez Arédit le montre : deux lignes cartonnées de 1981 côtoient les lignes brochées des mêmes rangs. Même contenu possible, objets distincts, états et attentes d'acheteurs distincts. Vérifiez le dos de profil avant de conclure, car une photographie de couverture ne permet pas de les distinguer.

Non. Une collection d'albums paraît par vagues et comporte des rangs absents du relevé, comme le rang 12 de la collection Artima color superstar de 1981. Il n'y a donc pas de suite continue à remonter, mais une liste de titres à repérer. Travaillez par titre et par format, pas par numéro croissant.

Parce que certaines lignes occupent deux rangs à la fois. Une collection de poche publiée par Sage comporte ainsi une livraison « 106-107 » datée de septembre 1986. Si vous comptez les objets, vous ratez un rang ; si vous comptez les rangs, vous inventez un objet. Deux colonnes séparées, rang imprimé et place occupée, règlent le problème.