DC en français : une histoire faite de ruptures entre éditeurs, illustration article

Aucune maison n'a tenu ce fonds américain d'un bout à l'autre en français. Le catalogue fait apparaître plusieurs éditeurs qui se succèdent ou cohabitent, des titres qui s'arrêtent sans repreneur, et un silence de près d'une décennie avant un retour tardif et irrégulier. La conséquence pour vous est directe : on ne collectionne pas un héros de ce fonds, on collectionne des titres séparés, parfois homonymes, dont aucun ne prend la numérotation du précédent.

Un collectionneur français qui veut rassembler les aventures de Superman ou de Flash en version française découvre vite que la question est mal posée. Pour l'autre grand catalogue américain, il suffisait longtemps de suivre une revue et son numérotage. Ici, il faut d'abord savoir quelles maisons ont publié quoi, et à quelles dates, parce que le fil se casse plusieurs fois et ne se renoue jamais.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

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Plusieurs maisons, et aucune n'a pris la suite de l'autre

Le relevé de parutions dont nous disposons porte, pour ce fonds, des noms d'éditeurs différents selon les titres : la maison du Nord qui signait Artima puis Arédit, celle qui publiait sous la marque Sagédition, et plus tard Semic. Ces trois signatures ne forment pas une lignée. Elles se partagent le même matériel américain à des moments différents, sans qu'un titre de l'une continue un titre de l'autre.

Sur l'histoire juridique de ces maisons, les sources divergent, et nous n'écrirons donc aucune date de contrat ni de cession. Ce que le relevé permet de dire est plus modeste et plus utile : il n'existe, dans ce fonds, aucun cas de reprise où un éditeur poursuit la numérotation ouverte par un autre. Pour l'autre catalogue, cette reprise a eu lieu, et un collectionneur peut suivre une seule série de bout en bout. Ici, jamais.

C'est tout l'écart entre les deux fonds. L'un a eu, pendant deux décennies, une revue phare qui servait de colonne vertébrale et d'index mental. L'autre n'a eu que des titres parallèles, inégaux, dont certains tenaient quelques années et d'autres se sont étirés sans régularité.

Les premières années : un fonds dilué dans des anthologies

Les titres les plus anciens que porte le relevé pour ce fonds ne sont pas des titres de héros. Sidéral ouvre en 1958, Aventures Fiction la même année, et les sommaires y mélangent science-fiction, récits à chute et aventures costumées. Un lecteur de l'époque n'achetait pas un personnage, il achetait une revue d'anthologie.

Les noms de créateurs enregistrés sur ces fascicules sont pourtant ceux qui comptent : Gardner Fox, Otto Binder et John Broome au scénario, Carmine Infantino, Gil Kane ou Sid Greene au dessin. Autrement dit, le matériel américain qui arrive en France à ce moment est déjà du matériel de première main. C'est la mise en forme française qui le disperse, pas la qualité de ce qui est traduit.

Ces premières séries se referment au début des années soixante. Rien ne leur succède immédiatement sous le même nom : la maison change de titres, et le lecteur qui suivait un héros perd sa piste. C'est la première rupture, et elle donne le modèle de toutes les suivantes.

La relance des années soixante, et ce qu'elle casse

À partir du milieu de la décennie, le même éditeur revient avec des revues d'anthologie neuves : Étranges Aventures ouvre en 1966, et un titre déjà utilisé huit ans plus tôt, Aventures Fiction, repart d'un premier numéro comme s'il n'avait pas existé. Les deux séries portent le même nom en kiosque et n'ont aucun rapport de numérotation.

Pour un acheteur, la conséquence est immédiate et durable : une annonce qui mentionne ce titre et un petit numéro ne désigne pas un fascicule unique. Il faut la date, et parfois la couverture, pour trancher. Ce n'est pas un accident isolé du marché français, c'est la manière dont ce fonds a été exploité ici.

La relance apporte aussi Eclipso, en avril 1968, qui tiendra bien plus longtemps que la plupart des revues de la maison. Son intérêt pour notre démonstration n'est pas sa longévité : c'est que les créateurs enregistrés dans ses sommaires appartiennent aux deux grands catalogues américains à la fois. Le nom d'une revue ne garantit donc pas le fonds qu'elle contient.

Des titres de héros, mais un rythme qui interdit la continuité

Les titres portant un nom de héros arrivent tard. Flash ouvre en mai 1970, et le relevé enregistre encore des fascicules au début des années quatre-vingt. Vu de loin, cela ressemble à une longue série suivie.

Vu de près, c'est autre chose : cinquante-neuf entrées pour un intervalle de quatorze ans. Aucun mensuel ne se comporte ainsi. Les dates de couverture enregistrées sautent d'un trimestre à l'autre, et plusieurs numéros n'ont ni titre d'histoire ni créateur dans le relevé, ce qui veut dire que même l'inventaire de base reste à compléter à partir des exemplaires.

Green Lantern, ouvert en décembre 1972, est plus parlant encore avec ses trente-cinq entrées. Le premier fascicule porte « La menace géante », au scénario de Gardner Fox et John Broome, dessiné par Gil Kane : du matériel de la grande époque, servi à une cadence qui ne permettait pas de raconter une continuité. Vous pouvez posséder tout le titre et n'avoir, du personnage, qu'une suite d'épisodes sans liaison.

Pendant ce temps, une autre maison publiait Superman

La dispersion n'est pas seulement chronologique, elle est simultanée. Alors que la maison du Nord alignait ses titres de héros, une autre publiait Superman et Batman dans une revue commune ouverte en janvier 1969, dont le relevé suit les fascicules jusqu'en janvier 1975.

Puis cette revue s'arrête, et deux titres distincts prennent le relais en 1976, l'un pour chaque héros, chacun avec son propre premier numéro. Un lecteur qui avait accumulé la revue commune se retrouvait devant des piles qui ne se raccordaient pas, dans un format différent, chez le même éditeur. C'est la deuxième rupture, et elle est volontaire : il s'agit d'un nouveau produit, pas d'une suite.

Mieux, un troisième titre consacré au même héros ouvre en février 1979 et cohabite pendant des années avec le précédent. Deux séries parallèles, deux numérotations, un seul personnage, et des sommaires qui piochent dans le même matériel américain sans se coordonner.

Un dernier piège attend celui qui veut boucler la plus longue de ces séries : certains fascicules portent deux numéros à la fois, de sorte que le dernier numéro annoncé dépasse de plus d'une dizaine le nombre d'entrées réellement enregistrées. Compter les numéros ne suffit donc pas à savoir combien d'objets vous cherchez.

Mesure du relevé : le nombre de numéros publiés par décennie

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Un héros réparti entre des titres sans lien

Le cas le plus net est celui d'une équipe de jeunes héros. Le relevé enregistre une histoire portant leur nom dans un fascicule de Faucon Noir daté de février 1978, puis une autre, intitulée « L'origine des Jeunes Titans », dans le même titre en décembre 1979. Rien n'indique au lecteur qu'il s'agit d'une série.

Ces mêmes héros obtiennent ensuite un titre à eux, ouvert en mars 1985 avec une histoire intitulée « Cyborg », signée au scénario par Marv Wolfman et dessinée par George Pérez. Le titre se referme en octobre 1987 sur « Le mangeur de soleil ». Entre les apparitions logées dans une revue d'anthologie et ce titre propre, il y a des années, un éditeur qui a changé de politique, et aucun numéro de liaison.

Si vous voulez les aventures françaises de ce groupe, vous devez donc chercher dans au moins deux séries qui n'ont ni le même nom, ni la même période, ni le même format. Multipliez ce schéma par le nombre de héros du fonds et vous comprenez pourquoi une liste « par personnage » ne tient pas debout ici.

La coupure de la fin des années quatre-vingt

Les dernières entrées des titres de poche consacrés à ce fonds se situent en 1987, et le titre de l'équipe de jeunes héros se referme la même année. Après quoi le relevé ne porte plus rien pour ce catalogue pendant très longtemps.

Pendant ces années de silence, l'autre catalogue américain continuait d'occuper les tourniquets avec des revues mensuelles bien installées. Un collectionneur qui avait commencé par ce fonds-ci n'avait plus de rendez-vous en kiosque : ses séries étaient closes, et rien ne les remplaçait. Sur les raisons de cette absence, les sources divergent, et nous nous garderons d'avancer une explication de droits que le relevé ne documente pas.

Cette coupure a une conséquence très concrète sur le marché d'occasion : les fascicules de ce fonds n'ont pas bénéficié du flux régulier de lecteurs qui, pour d'autres revues, alimente les brocantes et les lots. Ils circulent par paquets hérités, souvent incomplets, et les séries courtes se reconstituent plus lentement qu'on ne l'imagine.

Le retour tardif ne reprend rien

Le relevé repart en juillet 1997 avec une publication dédiée à ce catalogue, chez le troisième éditeur. Vingt-quatre entrées seulement, et la dernière est datée d'avril 2005 : la cadence n'a jamais été celle d'un périodique régulier, et certaines années ne portent qu'une poignée d'entrées.

Ce retour n'a aucun lien avec ce qui précédait. Nouveau nom, nouvelle numérotation, nouveau format éditorial. Les entrées enregistrées en témoignent autrement : plusieurs d'entre elles ne sont pas des histoires mais des pages de revue, un sommaire ou une quatrième de couverture, et les crédits mêlent auteurs américains et intervenants français de la rédaction. Utile à savoir avant de croire qu'une entrée équivaut à un épisode.

Pour vous, cela signifie qu'il n'existe pas de passerelle à chercher entre les fascicules des années soixante-dix et ceux de la fin du siècle. Ce sont deux collections, pas deux moitiés d'une même collection.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

Ce que cela change quand vous voulez collectionner un personnage

La première conséquence est méthodologique. Votre unité de collection n'est pas le héros, c'est le titre. On ne peut pas dire « il me manque trois Superman », on ne peut dire que « il me manque trois numéros de telle série, chez tel éditeur, de telle période ». Tant que la liste n'est pas écrite ainsi, elle ne vous protège d'aucune erreur.

La deuxième est budgétaire, sans qu'aucun chiffre soit nécessaire : à nombre d'exemplaires égal, une collection éclatée en plusieurs séries courtes coûte plus d'efforts qu'une série unique. Vous achetez plus souvent, en plus petites quantités, et les frais d'envoi pèsent proportionnellement davantage que sur un lot homogène. Préférez donc les lots par titre, même imparfaits, aux achats au numéro.

La troisième est documentaire. Le relevé ne donne qu'une entrée par fascicule, alors que ces revues publiaient plusieurs épisodes. Vous ne pouvez donc pas déduire d'un titre d'histoire ce que contient réellement un numéro, et aucune liste sérieuse ne se construit sans vérification sur l'exemplaire. Si vous tenez un inventaire, notez ce que vous avez vu, pas ce que vous avez supposé.

Monter la liste, et éviter les confusions à l'achat

Commencez par fixer vos périodes. Pour chaque héros qui vous intéresse, écrivez les titres qui l'ont accueilli, le nom de l'éditeur et les années couvertes, puis seulement après les numéros manquants. Les hubs consacrés à Supergirl ou à Batgirl vous donnent le contexte américain ; la colonne française, c'est à vous de la construire titre par titre.

Méfiez-vous ensuite des annonces qui ne citent qu'un nom de héros. Le relevé montre qu'un même intitulé peut apparaître dans des fascicules appartenant à deux catalogues différents : une entrée nommant Superman figure ainsi dans un fascicule consacré à un héros de l'autre maison, et un même intitulé mentionnant ce héros se retrouve dans quatre fascicules de la même période, ce qui ressemble davantage à une page d'annonce répétée qu'à une histoire rééditée quatre fois. Le vendeur, de bonne foi, recopie ce qu'il lit sur la couverture.

Trois réflexes suffisent à éviter l'essentiel des erreurs : demandez toujours la date de couverture en plus du numéro, demandez une photo du sommaire plutôt que de la couverture seule, et vérifiez le nom de l'éditeur imprimé sur le fascicule avant de valider. Sur un fonds aussi discontinu, ces questions ne sont pas de la méfiance, ce sont les seules coordonnées qui identifient un exemplaire.

Questions fréquentes

Le relevé dont nous disposons porte trois signatures d'éditeurs pour ce catalogue, réparties des années cinquante aux années deux mille. Elles ne se sont pas succédé en reprenant les séries les unes des autres. Sur les liens juridiques entre ces maisons et leurs marques successives, les sources divergent, et nous ne les affirmons pas.

Les raisons avancées varient selon les témoignages et les sources divergent, nous ne trancherons pas. Ce que les parutions montrent, en revanche, est net : jamais un titre de ce fonds n'a atteint la longévité ni la régularité d'un mensuel installé, et les séries les plus durables étaient des anthologies qui mélangeaient plusieurs catalogues.

Par la date de couverture d'abord, par l'éditeur imprimé ensuite. Un même nom de revue a servi à deux séries ouvertes à des années d'écart, chacune repartant d'un premier numéro. Dans un inventaire, notez donc toujours le titre, l'année et le numéro ensemble : le numéro seul ne désigne rien.

Non. Ces revues publiaient plusieurs histoires par fascicule, et notre relevé n'en enregistre qu'une. Certaines entrées correspondent même à des pages de rédaction ou d'annonce. Avant d'acheter un numéro pour une histoire précise, demandez une photographie du sommaire complet : c'est la seule pièce qui réponde vraiment à la question.

Par une série courte et bornée, dont vous pouvez voir la fin. Les titres consacrés à un seul héros dans les années soixante-dix comptent quelques dizaines de fascicules, ce qui reste atteignable. Les anthologies au long cours, elles, demandent des années de recherche et se complètent mal numéro par numéro.