Hippolyta, reine des Amazones et mère de Wonder Woman, est créée par William Moulton Marston et Harry G. Peter et apparaît pour la première fois dans All-Star Comics #8 (paru le 21 octobre 1941, cover-date décembre 1941/janvier 1942), dans le récit qui introduit également sa fille Diana. Rebaptisée, reboutée et réinventée à plusieurs reprises depuis quatre-vingts ans, elle est passée du statut de simple reine tutélaire à celui de Wonder Woman à part entière dans les années 1990, puis de mère biologique révélée fille de Zeus dans le New 52. Sa première apparition, extrêmement rare, s'est vendue jusqu'à 1,62 million de dollars en 2022 pour un exemplaire CGC 9.4.
Il existe peu de personnages secondaires de l'univers DC dont l'histoire éditoriale soit aussi accidentée que celle d'Hippolyta. Reine d'un peuple immortel, mère d'une icône planétaire, elle a été tour à tour figure d'autorité distante, guerrière vengeresse, super-héroïne à part entière portant elle-même le costume étoilé, victime de corruption magique, puis déesse. Peu de personnages féminins du Golden Age ont connu une trajectoire narrative aussi longue et aussi retravaillée par les scénaristes successifs.
Pour les collectionneurs, Hippolyta occupe une place particulière : elle est indissociable de la toute première apparition de Wonder Woman, ce qui fait de son comic-book fondateur l'un des Graal du Golden Age, aux côtés d'Action Comics #1 et de Detective Comics #27. Mais son histoire ne s'arrête pas à 1941 : elle traverse le reboot de George Pérez en 1987, la période où elle devient littéralement Wonder Woman à la fin des années 1990, puis le New 52 et l'ère Infinite Frontier, chacune de ces périodes ayant généré ses propres numéros clés, aujourd'hui recherchés à des degrés très différents.
Cet article retrace, ère par ère, l'évolution du personnage, ses créateurs, ses arcs narratifs majeurs et l'impact réel des adaptations audiovisuelles sur la demande collector, avant de proposer un guide d'achat concret pour qui veut se constituer une collection cohérente autour de la reine des Amazones.
Hippolyta dans le Golden Age : la création d'une reine (1941-1958)
Hippolyta — orthographiée « Hippolyte » dans les premiers récits — apparaît pour la première fois dans All-Star Comics #8, publié le 21 octobre 1941 par DC Comics (alors All-American Publications), dans une histoire signée William Moulton Marston au scénario et Harry G. Peter au dessin. Ce numéro est historique à double titre : c'est à la fois la première apparition de la reine des Amazones et celle de sa fille Diana, qui y reçoit son nom de guerre de Wonder Woman des mains mêmes de sa mère.
Dans ce récit fondateur, Hippolyta rappelle qu'aucun homme n'a le droit de fouler le sol de Paradise Island, et encore moins d'y demeurer — un interdit que vient justement transgresser l'aviateur américain Steve Trevor, dont le crash déclenche toute l'intrigue. Après l'apparition des déesses Aphrodite et Athéna, qui exhortent les Amazones à envoyer une émissaire lutter aux côtés des Américains contre les forces de l'Axe, Hippolyta organise un grand tournoi pour désigner la meilleure combattante de l'île. Sa propre fille, déguisée, y participe et l'emporte. C'est Hippolyta qui, à contrecœur, autorise Diana à partir pour les États-Unis, lui fournit un costume aux couleurs du drapeau américain et la baptise Wonder Woman.
La mythologie d'origine, telle que la pose Marston, prête à Hippolyta un lourd passé : selon cette version, Héraclès, manipulé par le dieu Mars, aurait autrefois séduit puis trahi la reine pour lui dérober sa ceinture magique, source de la force des Amazones. En représailles de cette humiliation, Hippolyta et son peuple auraient été exilées sur Paradise Island, où les déesses leur accordèrent l'immortalité en compensation. Cette trame — séduction, trahison, exil, immortalité — reste la matrice que les scénaristes ultérieurs reprendront et retravailleront pendant des décennies.
Fait peu connu des lecteurs occasionnels : Hippolyta a elle-même brièvement endossé l'identité de Wonder Woman dès le Golden Age, dans Sensation Comics #26, préfigurant de plusieurs décennies un rebondissement qui deviendra beaucoup plus important à la fin des années 1990.
L'âge d'argent et de bronze : consolidation du mythe (1958-1985)
Avec le passage au Silver Age, le nom du personnage se fixe définitivement en « Hippolyta » et son apparence évolue : la reine brune du Golden Age devient blonde, une modification esthétique cohérente avec le nouveau look donné à Diana elle-même dans cette période. Les scénaristes de l'époque densifient sa filiation : Hippolyta devient la mère adoptive de Donna Troy, future Wonder Girl, et la mère biologique de Nubia, une autre Amazone façonnée dans l'argile — un miroir direct de la genèse de Diana qui deviendra un motif récurrent dans toute l'histoire du personnage.
Cette période, moins spectaculaire éditorialement que le Golden Age ou le reboot Pérez qui suivra, voit surtout Hippolyta consolider son rôle de matriarche omnisciente et parfois manipulatrice : plusieurs récits de cette ère la montrent orchestrant en coulisses des événements affectant la vie de Diana, y compris la résurrection de Steve Trevor dans le seul but de tester la loyauté et la force de caractère de sa fille. Ce trait — une reine prête à interférer dans le destin de Diana pour la protéger, quitte à mentir ou manipuler — deviendra l'un des fils rouges psychologiques les plus constants du personnage jusqu'à aujourd'hui.
La refonte de George Pérez (1987) : une nouvelle genèse
Après Crisis on Infinite Earths, DC confie à George Pérez, associé à Len Wein et Greg Potter, la lourde tâche de relancer Wonder Woman de zéro. Le nouveau Wonder Woman vol. 2 #1 (février 1987) réécrit intégralement la mythologie des Amazones et, avec elle, celle d'Hippolyta.
Dans cette version, les Amazones ne sont plus de simples guerrières immortelles mais les âmes réincarnées de femmes assassinées à travers l'Histoire, fusionnées avec l'argile des rives de la mer Égée pour former de nouveaux corps. Hippolyta est la première à émerger de l'argile et se voit, à ce titre, désignée reine par ses sœurs. Les déesses grecques la dotent de pouvoirs surhumains et lui offrent la Ceinture d'Or de Gaïa, artefact qui deviendra l'un des symboles récurrents de son autorité. C'est également dans ce numéro que l'oracle Menalippe invite Hippolyta, rongée par la solitude, à façonner un enfant dans l'argile — geste que les déesses viennent animer pour donner naissance à Diana.
L'arc Challenge of the Gods (Wonder Woman vol. 2 #10-14, novembre 1987-mars 1988) approfondit le lien tourmenté entre Hippolyta et Héraclès : le récit révèle que le héros grec a été transformé en pilier de pierre soutenant Themyscira, puis libéré par Diana, avant qu'Hippolyta ne lui accorde son pardon — inversion notable du schéma victime/bourreau posé cinquante ans plus tôt par Marston. Sur le plan collector, Wonder Woman vol. 2 #1 reste aujourd'hui l'un des numéros modernes les plus demandés autour du personnage, en tant que véritable acte de naissance de la continuité post-Crisis, bien plus accessible en tirage que les numéros Golden Age.
Quand Hippolyta devient Wonder Woman (1997-2001)
La période la plus singulière de l'histoire du personnage s'ouvre à la fin des années 1990. Dans Wonder Woman vol. 2 #124 (août 1997), Hippolyta, tourmentée par des visions de la mort prochaine de sa fille, manipule secrètement le concours censé désigner la nouvelle Wonder Woman pour favoriser la victoire d'Artémis plutôt que celle de Diana, allant jusqu'à transférer la moitié des pouvoirs de sa fille à sa rivale pour garantir l'issue du duel. Lorsque Diana meurt malgré tout et accède brièvement au statut de déesse de la Vérité, puis qu'Artémis meurt à son tour au combat, Hippolyta sombre dans une profonde dépression, rongée par la culpabilité de sa manipulation.
C'est dans ce contexte qu'elle endosse elle-même, pour de bon cette fois, l'identité de Wonder Woman dans Wonder Woman vol. 2 #128 (décembre 1997). Loin d'être un simple gimmick, cette période dure plusieurs années scénaristiques : Hippolyta rejoint la Justice Society of America et voyage jusque dans les années 1940 pour y combattre aux côtés de la génération originelle de héros (Wonder Woman vol. 2 #130-133, février-mai 1998), y noue une relation avec Ted Grant, alias Wildcat, puis intègre la Justice League contemporaine (JLA #18-23, mai-octobre 1998). Le retour de Diana, loin de mettre fin à l'expérience, donne lieu à une période où mère et fille partagent, non sans tension, le même titre héroïque (Wonder Woman vol. 2 #136, août 1998) — une configuration rarissime dans les comics de super-héros, où deux générations d'un même lignage portent simultanément le même masque.
Mort, résurrection et corruption : la décennie 2000
Le sacrifice d'Hippolyta survient durant l'event Our Worlds at War, dans Wonder Woman vol. 2 #172 (septembre 2001) : la reine se sacrifie près de la mer Égée pour sauver la Terre de l'entité cosmique Imperiex, et devient une gardienne spectrale aux côtés de sa sœur Antiope et de Diana Rockwell Trevor, la première Wonder Woman du multivers DC.
Sa résurrection, en 2007, s'accompagne d'une torsion beaucoup plus sombre : la sorcière Circé la ramène à la vie durant l'event Amazons Attack!, mais l'âme d'Hippolyta est corrompue par celle de Circé elle-même. Une Hippolyta assoiffée de sang mène alors les Amazones dans une invasion de Washington D.C., avant d'être bannie par une figure se faisant passer pour Athéna — révélée plus tard comme étant en réalité Granny Goodness, l'une des serviteuses de Darkseid (Countdown to Final Crisis). Emprisonnée sur Themyscira, Hippolyta doit ensuite affronter les accusations de quatre prisonnières amazones, dont Alkyoné, qui la tient pour responsable d'avoir « enfanté le Dragon », c'est-à-dire Diana elle-même (Wonder Woman vol. 3 #14-15, janvier-février 2008).
Le run se referme sur une note tragique : dans Wonder Woman vol. 1 #601 (septembre 2010, dans la continuité de l'arc Past Imperfect qui suit le numéro d'anniversaire #600), Themyscira est envahie et Hippolyta choisit de faire passer en douce sa fille vers les États-Unis avant de se suicider plutôt que de se rendre à l'ennemi — l'un des sacrifices les plus sombres jamais écrits pour le personnage.
New 52 et Rebirth : le père révélé et le retour aux sources (2011-2022)
Le reboot New 52 de 2011 bouleverse une nouvelle fois la génétique même du personnage de Diana, et donc le rôle d'Hippolyta. Fini l'argile animée par les déesses : dans Wonder Woman vol. 4 #3 (janvier 2012), il est révélé que Diana est la fille biologique de Zeus et d'Hippolyta, une naissance cachée pendant des siècles pour la protéger de la jalousie meurtrière d'Héra. Lorsque la vérité éclate, Héra punit Hippolyta en la changeant en statue de pierre et transforme le reste des Amazones en serpents (Wonder Woman vol. 4 #4, février 2012) — un châtiment d'une violence mythologique rarement égalée dans les origin stories DC modernes.
Le relaunch DC Rebirth de 2016 revient vers une continuité plus proche de l'ère pré-New 52 : Hippolyta y retrouve ses cheveux noirs et un tempérament plus apaisé, notamment dans l'arc Year One, qui reprend le motif fondateur du tournoi désignant l'Amazone envoyée aux côtés de Steve Trevor — Hippolyta y est peinée de voir sa fille s'exiler, tout en soutenant pleinement sa victoire. L'arc The Lies, la même année, ajoute une couche de mystère supplémentaire en révélant que l'Hippolyta et le Themyscira que Diana pensait avoir retrouvés n'étaient en réalité que des illusions.
La période Infinite Frontier (2021-2022) offre à Hippolyta l'un de ses rôles les plus marquants depuis la fin des années 1990 : lorsque Diana se sacrifie pour sauver le multivers, c'est sa mère qui reprend le costume et le siège de Wonder Woman au sein de la Justice League. Au retour de Diana, les deux femmes servent un temps ensemble, avant que la mort d'Hippolyta ne déclenche le crossover Trial of the Amazons (2022), à l'issue duquel elle ascend au rang de déesse au sein du panthéon de l'Olympe — un aboutissement logique pour un personnage dont l'histoire entière est traversée par la mythologie grecque.
Wonder Woman Historia (2023) : le retcon du 80e anniversaire
Pour célébrer les 80 ans du personnage, la scénariste Kelly Sue DeConnick livre en 2023, avec Wonder Woman Historia: The Amazons, une réécriture ambitieuse et beaucoup plus adulte des origines d'Hippolyta. Cette version la présente comme une ancienne assistante de sage-femme veuve, ayant consacré sa vie à secourir des nourrissons abandonnés au nom d'Artémis, avant de fonder une nouvelle tribu composée en grande partie de jeunes filles sauvées de la mort. Confrontée à l'agression des dieux masculins de l'Olympe, elle négocie avec Zeus lui-même la liberté définitive des Amazones contre leur emprisonnement volontaire sur Themyscira — un marché amer qu'elle porte ensuite comme un deuil silencieux. C'est dans ce chagrin qu'elle façonne une fille d'argile, bénie par sept déesses et habitée par l'âme réincarnée d'un des bébés qu'elle avait jadis sauvés : elle la nomme Diana.
Cette relecture, saluée pour sa noirceur assumée et son ambition mythologique, montre à quel point le personnage d'Hippolyta continue, plus de huit décennies après sa création, de servir de terrain d'expérimentation narrative pour les plus grands scénaristes DC.
L'impact des adaptations sur la cote
Contrairement à des personnages entièrement construits par le cinéma, Hippolyta bénéficie d'un capital collector qui préexistait largement à toute adaptation live-action : sa toute première apparition dans All-Star Comics #8 est indissociable de celle de Wonder Woman elle-même, ce qui en fait mécaniquement l'un des comics Golden Age les plus recherchés du marché, au même titre que les premières apparitions de Superman ou Batman. Le marché en donne une preuve chiffrée : un exemplaire gradé CGC 9.4 d'All-Star Comics #8 s'est vendu 1,62 million de dollars chez Heritage Auctions en juin 2022, pulvérisant le précédent record de 936 223 dollars établi sur ce même numéro en 2017. Le census CGC recense environ 191 exemplaires certifiés toutes gradations confondues, l'exemplaire 9.4 vendu en 2022 étant, à ce jour, le plus haut gradé connu — une rareté qui explique à elle seule l'ampleur de ces enchères.
L'arrivée de Connie Nielsen dans le rôle d'Hippolyta au cinéma, à partir de Wonder Woman (2017, réalisé par Patty Jenkins), a incontestablement remis le personnage sous les projecteurs auprès du grand public. Nielsen reprend le rôle dans Justice League (2017), sa version longue Zack Snyder's Justice League (2021), puis dans Wonder Woman 1984 (2020) via une séquence de flashback sur Themyscira. Cette exposition cinématographique soutenue sur près d'une décennie a eu un effet mesurable sur l'intérêt des collectionneurs pour les comics fondateurs du personnage : la demande pour All-Star Comics #8 comme pour Wonder Woman vol. 2 #1 de George Pérez — qui pose la version « argile et réincarnation » la plus proche de celle popularisée par le film de 2017 — s'est renforcée dans le sillage de la sortie du long-métrage, un phénomène classique observé à chaque grosse production adaptant un personnage ou une mythologie de comics.
Il faut toutefois distinguer clairement deux marchés très différents. D'un côté, All-Star Comics #8 reste un actif Golden Age ultra-rare, à sept chiffres dans les plus hautes gradations, totalement hors de portée du collectionneur moyen. De l'autre, Wonder Woman vol. 2 #1 (1987) et la plupart des numéros clés liés à l'ère où Hippolyta devient elle-même Wonder Woman (fin des années 1990) sont des comics modernes, imprimés en tirages nettement plus importants et donc beaucoup plus accessibles, ce qui en fait une porte d'entrée réaliste pour construire une collection thématique autour du personnage sans viser d'emblée le Golden Age.
Guide d'achat
- Vérifier systématiquement le numéro exact et l'année de copyright avant tout achat sur All-Star Comics #8 : compte tenu de sa valeur, ce numéro fait partie des cibles privilégiées de la contrefaçon et de la restauration non déclarée ; privilégier une pièce déjà certifiée CGC ou CBCS avec un historique de provenance clair.
- Distinguer les deux orthographes du nom — « Hippolyte » dans les récits Golden Age d'origine, « Hippolyta » à partir du Silver Age — utile pour cibler ses recherches sur les moteurs de vente et les bases de données de collection sans passer à côté de numéros pertinents.
- Prioriser Wonder Woman vol. 2 #1 (1987) comme numéro d'entrée de gamme pour toute collection centrée sur Hippolyta : c'est le récit qui fixe l'origine moderne du personnage la plus longtemps restée en continuité, et il reste nettement plus abordable que les comics Golden Age équivalents.
- Cibler Wonder Woman vol. 2 #128 (1997) pour les collectionneurs intéressés par le run où Hippolyta devient elle-même Wonder Woman — un arc encore relativement sous-coté par rapport à son importance narrative dans la mythologie du personnage.
- Comparer plusieurs gradations avant d'arbitrer entre un exemplaire brut et un exemplaire certifié : pour les numéros modernes (années 1990-2020), l'écart de cote entre un exemplaire NM brut et un exemplaire certifié 9.8 peut être significatif ; utiliser un estimateur de prix basé sur les ventes réelles avant de fixer un budget.
- Se méfier des rééditions et trade paperbacks vendus comme s'il s'agissait de comic-books originaux, en particulier pour Wonder Woman Historia (2023), disponible à la fois en floppies et en format relié : le format influence fortement la valeur de revente à long terme.
- Suivre l'actualité des adaptations DC impliquant Hippolyta ou Themyscira : chaque nouvelle apparition audiovisuelle du personnage tend historiquement à faire remonter, au moins temporairement, la demande sur ses comics fondateurs.
Pour évaluer précisément la cote actuelle d'un numéro impliquant Hippolyta, qu'il s'agisse d'un Golden Age hors de prix ou d'un numéro moderne plus accessible, l'outil d'estimation du site permet de comparer en quelques secondes les ventes eBay réelles récentes plutôt que de se fier à un prix catalogue figé. Pour organiser ensuite sa collection au fil des acquisitions, l'application de gestion de collection de comics du site permet de suivre numéro par numéro l'évolution de son portefeuille.