Circe est une sorcière de la mythologie grecque adaptée en super-vilaine par DC Comics. Elle apparaît pour la première fois dans Wonder Woman #37 (septembre-octobre 1949), créée par le scénariste Robert Kanigher et le dessinateur Harry G. Peter. Réintroduite dans la continuité moderne par George Pérez et Greg Potter en 1988, elle est devenue l'ennemie jurée la plus récurrente de Diana Prince, capable de métamorphoser ses adversaires en animaux et de manipuler la magie à un niveau quasi divin. Elle a depuis intégré l'univers télévisé de James Gunn via la série Creature Commandos (2024), ce qui relance l'intérêt collectionneur pour ses apparitions historiques.
Peu de vilains DC peuvent se targuer d'avoir traversé sept décennies d'histoire éditoriale sans jamais disparaître complètement des radars. Circe fait partie de ce cercle restreint : née à la toute fin des années 1940 dans les pages de Wonder Woman, elle a connu des passages à vide, des reconfigurations radicales de son passé, des alliances improbables avec d'autres figures mythologiques DC, avant de redevenir, à partir de la fin des années 1980, l'antagoniste la plus identifiée à l'Amazone. Ce parcours en dents de scie est précisément ce qui rend son historique fascinant pour un collectionneur : peu de personnages offrent autant de strates éditoriales distinctes à explorer, du pulp d'après-guerre à la production télévisuelle contemporaine.
Ce dossier retrace l'intégralité de ce parcours, en s'appuyant exclusivement sur des informations vérifiables : dates de publication, noms des créateurs, titres de séries et évolutions de statut éditorial. L'objectif n'est pas de dresser une liste de « clés » à acquérir à tout prix, mais de donner au lecteur les repères nécessaires pour comprendre pourquoi certains numéros pèsent plus lourd que d'autres dans l'histoire du personnage — et donc, potentiellement, sur le marché de la collection.
On verra ainsi comment une sorcière mythologique, initialement pensée comme une menace exotique et presque anecdotique, a fini par devenir l'un des piliers de la mythologie moderne de Wonder Woman, au point d'être choisie par James Gunn pour ouvrir, en 2024, la nouvelle continuité télévisuelle du DC Universe.
De la mythologie grecque à la case comics : la naissance éditoriale de Circe
Le personnage de Circe existe bien avant les comics : c'est une figure de l'Odyssée d'Homère, la magicienne de l'île d'Ééa qui transforme les compagnons d'Ulysse en pourceaux avant d'être finalement domptée par le héros grec. Cette matrice mythologique — la métamorphose punitive, l'île isolée, la confrontation avec un protagoniste venu de la mer — est reprise presque telle quelle par Robert Kanigher lorsqu'il l'introduit dans l'univers de Wonder Woman en 1949. Dans Wonder Woman #37 (numéro daté septembre-octobre 1949), le récit d'ouverture intitulé « The Secrets of Circe » met en scène une sorcière isolée sur une planète lointaine, qui attire l'équipage du vaisseau spatial de Wonder Woman pour lui faire subir une formule magique de métamorphose animale. Diana elle-même est temporairement changée en biche avant de parvenir, au terme d'une traversée d'une montagne de verre périlleuse, à récupérer un antidote, vaincre Circe et la transférer sur Paradise Island pour y être « rééduquée ». Le dessin de cette histoire fondatrice est signé Harry G. Peter, artiste historique du titre depuis sa création en 1941 aux côtés de William Moulton Marston.
Ce qui frappe, avec le recul, dans cette apparition originelle, c'est à quel point elle tranche avec l'image que le personnage a fini par incarner. La Circe de 1949 arbore une chevelure blonde et de longues robes rouges flottantes — une esthétique très éloignée de la sorcière brune et austère qui deviendra la norme visuelle des décennies plus tard. Surtout, rien dans ce récit ne laisse présager qu'elle deviendra un jour LA rivale magique de Wonder Woman : à l'époque, elle n'est qu'une menace ponctuelle parmi d'autres dans un titre qui multiplie les antagonistes exotiques.
Un demi-siècle d'errance éditoriale avant la consécration
C'est là que l'histoire de Circe prend un tournant inattendu pour un lecteur qui la découvrirait aujourd'hui via ses apparitions récentes : après son unique confrontation avec Wonder Woman en 1949, le personnage disparaît des pages de l'Amazone pendant plus de quarante ans. Kanigher, qui l'avait créée, la réutilise trois ans plus tard face aux Sea Devils, dans Sea Devils #3, avec des dessins de Russ Heath — une série d'aventure sous-marine sans lien direct avec la mythologie amazonienne. Durant les années 1950 et 1960, Circe devient une figure récurrente, mais périphérique, de l'écurie Superman : elle affronte ou manipule Superman et Supergirl dans les pages d'Action Comics, d'Adventure Comics et de Superman's Girl Friend, Lois Lane, parfois comme adversaire, parfois dans des dynamiques plus ambiguës. En 1959, elle croise également la route de Rip Hunter dans Showcase #21, une série d'anthologie qui servait alors de laboratoire à de nouveaux concepts DC. Ce n'est qu'en 1972, dans Justice League of America #102, qu'elle réapparaît sans ambiguïté comme une menace villaineuse à part entière, confirmant un repositionnement progressif vers un rôle plus clairement antagoniste.
La période dite du Bronze Age lui offre ensuite un retour plus substantiel dans son titre d'origine : entre 1983 et 1985, elle revient dans Wonder Woman #302 à #313, avec une refonte de son apparence et une alliance notable avec Tezcatlipoca, divinité aztèque de la mythologie DC. Cette période reste toutefois transitoire : elle précède de peu le grand redémarrage éditorial qui allait redéfinir durablement le personnage.
La réinvention post-Crisis : Circe devient l'ennemie jurée de Wonder Woman
Le véritable tournant intervient après Crisis on Infinite Earths, lorsque George Pérez reprend les rênes de Wonder Woman à partir de 1987 pour en livrer une relecture fondatrice qui redéfinit l'intégralité de la mythologie amazonienne. C'est dans ce contexte qu'à l'été 1988, Pérez et le scénariste Greg Potter réintroduisent Circe non plus comme une menace ponctuelle héritée du folklore grec, mais comme une sorcière immortelle inscrite au cœur même de la mythologie DC moderne — une figure dont la rivalité avec les Amazones remonte, dans la nouvelle continuité, à des siècles avant la naissance de Diana. Ce repositionnement est décisif : il fait de Circe une ennemie « structurelle », liée à l'histoire même de Themyscira, et non plus un simple obstacle isolé. Cette relecture porte ses fruits éditoriaux quelques années plus tard, lors du crossover War of the Gods (1991), où Circe tient le rôle d'antagoniste principale d'un événement impliquant l'ensemble de l'univers DC — la consécration ultime pour un personnage jusque-là considéré comme secondaire.
Le run de la scénariste et dessinatrice de l'époque continue d'explorer les multiples facettes du personnage tout au long des années 1990 : une intrigue notable, étalée sur les numéros #78 à #100 du Wonder Woman volume 2, la voit adopter une identité humaine infiltrée, celle de « Donna Milton », journaliste se rapprochant de l'entourage de Diana pour mieux la piéger de l'intérieur — un dispositif narratif qui tranche avec les affrontements frontaux plus classiques de ses précédentes incarnations. En 1994, dans les numéros #88 et #89 de ce même volume, l'artiste John Byrne (crédité comme John Ross à l'écriture de cette relecture visuelle) lui offre un nouveau design, contemporain des standards graphiques du comics de l'époque. Circe traverse également la décennie suivante via sa participation à l'événement Amazons Attack!, qui prolonge son rôle de menace récurrente pour Themyscira jusque dans les années 2000.
New 52 et Rebirth : un personnage redistribué à travers l'univers DC élargi
Le relancement éditorial de 2011, connu sous le nom de New 52, ne réintroduit pas Circe directement dans le titre Wonder Woman — c'est dans Men of War volume 2 #2, une série de guerre militaire au sein du même relancement, qu'elle refait surface. Ce choix éditorial, atypique pour un personnage aussi associé à Diana, illustre la façon dont DC a, durant cette période, dispersé certains de ses vilains historiques à travers des titres périphériques avant de les recentrer. Elle réapparaît ensuite en 2016 dans la série mensuelle Trinity, qui réunit Wonder Woman, Superman et Batman. C'est toutefois l'ère Rebirth, initiée la même année, qui lui offre sa relecture la plus marquante depuis Pérez : dans Wonder Woman volume 5 #20 (2016), le scénariste Greg Rucka et la dessinatrice Bilquis Evely proposent une nouvelle version du personnage, dans le cadre du run qui redéfinit également l'origine de Diana elle-même. Circe poursuit son parcours dans l'arc dit des « Pandora Pits », qui traverse plusieurs titres liés à Trinity volume 2, puis apparaît dans le premier numéro de Justice League Dark & Wonder Woman en octobre 2018. Plus récemment encore, elle figure dans les numéros #4 et #5 de la série Wonder Woman relancée en 2024, preuve que le personnage n'a jamais quitté durablement le paysage éditorial de l'Amazone depuis sa réinvention des années 1980.
Pouvoirs et registre narratif : pourquoi Circe fonctionne comme antagoniste
Sur le plan des capacités, Circe est présentée dans la continuité moderne comme une entité de niveau quasi divin : immortalité, manipulation de la réalité, transfiguration de la matière, projection d'énergie, télépathie, télékinésie et vol comptent parmi les pouvoirs qui lui sont régulièrement attribués. Mais c'est bien sa capacité signature — la transformation de ses adversaires en animaux, un pouvoir directement hérité de sa source mythologique homérique — qui reste son trait le plus identifiable d'une version à l'autre du personnage, des pourceaux de l'Odyssée à la biche de Wonder Woman #37, en passant par les innombrables variations utilisées dans les décennies suivantes. Cette continuité entre le mythe grec et le comics est sans doute ce qui explique la longévité du personnage malgré ses longues périodes d'absence : contrairement à d'autres vilains DC entièrement inventés pour la page, Circe bénéficie d'un socle narratif préexistant, immédiatement reconnaissable, que chaque scénariste peut réinterpréter sans avoir à en justifier l'existence.
L'impact des adaptations sur la cote
Comme pour beaucoup de personnages secondaires devenus centraux, l'intérêt collectionneur pour Circe suit en grande partie le rythme de ses apparitions en dehors des pages imprimées. Le personnage a été utilisé à plusieurs reprises en animation avant l'ère du DC Universe cinématographique et télévisuel actuel : elle apparaît dans l'épisode « This Little Piggy » de Justice League Unlimited, où elle est doublée par Rachel York, puis dans « Luthor in Paradise » sur Justice League Action, avec la voix de Laura Post. Côté jeu vidéo, elle figure comme personnage jouable ou boss dans DC Universe Online, doublée par Michelle Forbes, ainsi que dans Justice League Heroes: The Flash et Scribblenauts Unmasked: A DC Comics Adventure. Le tournant le plus significatif reste toutefois récent : en 2024, Circe apparaît dans Creature Commandos, la série d'animation qui inaugure officiellement la nouvelle continuité du DC Universe pilotée par James Gunn, où elle est doublée par Anya Chalotra (connue pour son rôle de Yennefer dans The Witcher). Son statut de sorcière amazonienne capable de voyager depuis et vers Themyscira n'y est pas anodin : Gunn a confirmé que ces choix scénaristiques avaient été pensés en amont d'un futur projet cinématographique consacré à Wonder Woman, alors même que le film n'était pas encore écrit. En juin 2025, James Gunn a confirmé qu'un film Wonder Woman était bien en développement au sein du DCU, le décrivant comme une histoire de type « Game of Thrones » centrée sur Paradise Island — un projet dont le script était alors toujours en cours d'écriture, sans distribution ni date de sortie annoncées à ce stade.
Cette actualité se reflète assez directement dans la façon dont les vendeurs présentent aujourd'hui l'exemplaire fondateur du personnage. Sur les plateformes d'enchères et de vente entre particuliers, plusieurs annonces pour Wonder Woman #37 mentionnent explicitement la confirmation du nouveau film DCU comme argument de vente, signe que le marché anticipe déjà un regain d'intérêt pour cette première apparition. Sur le plan de la rareté physique, les discussions entre collectionneurs sur les forums spécialisés font état d'à peine trois exemplaires notés dans une gradation supérieure à 7.5 sur l'échelle CGC, ce qui place les hautes gradations de ce numéro parmi les plus difficiles à trouver de la production Wonder Woman de l'immédiat après-guerre. Les annonces observées pour des exemplaires en gradation intermédiaire (autour de 2.0 à 3.5) se situent généralement dans une fourchette de 200 à 400 dollars, tandis qu'un exemplaire gradé 7.5 a pu être proposé autour de 700 dollars — des montants qui correspondent à des prix affichés par des vendeurs et non à des ventes confirmées, et qui varient donc fortement selon l'état réel des pages et la présence éventuelle de restauration. Les numéros plus récents associés aux relectures majeures du personnage — la réintroduction Pérez/Potter de 1988, le redesign Rebirth de 2016 dans Wonder Woman vol. 5 #20, ou encore son apparition dans Men of War vol. 2 #2 lors du New 52 — restent, eux, nettement plus accessibles, la production de comics à cette période étant sans commune mesure avec les tirages du Golden Age.
Guide d'achat
Pour un collectionneur qui souhaite se positionner sur Circe, quelques repères concrets permettent d'éviter les pièges les plus courants, en particulier sur l'exemplaire fondateur de 1949 :
- Vérifiez systématiquement la mention de restauration sur les exemplaires anciens. Wonder Woman #37 approche des 80 ans d'existence : les cas de restauration légère (renforcement de dos, retouches de couleur) sont fréquents et doivent apparaître clairement sur le label CGC/CBCS, avec un impact direct sur la valeur par rapport à un exemplaire « universal » non restauré.
- Contrôlez la teinte des pages intérieures. Pour un comic de 1949, la mention « white » ou « off-white to white » (OWW) sur le label de gradation est un facteur de valorisation important ; des pages très jaunies ou cassantes signalent un vieillissement plus marqué.
- Privilégiez les exemplaires gradés par un service reconnu plutôt que les évaluations « raw ». Étant donné la rareté documentée des hautes gradations de ce numéro, une certification CGC ou CBCS limite fortement le risque de mauvaise surprise sur l'état réel du comic.
- Ne négligez pas les points d'entrée modernes. La réintroduction Pérez/Potter de 1988, le redesign Rebirth dans Wonder Woman vol. 5 #20, ou l'apparition New 52 dans Men of War vol. 2 #2 offrent une porte d'accès à l'histoire éditoriale du personnage à un budget très inférieur à celui du Golden Age.
- Anticipez l'effet des adaptations en cours. Avec la confirmation d'un film Wonder Woman au sein du DCU et la présence déjà établie de Circe dans Creature Commandos, les numéros associés à ses grandes relectures pourraient voir leur demande évoluer à mesure que le projet cinématographique avance ; suivre l'actualité de production reste plus fiable que de se fier à une simple mention marketing sur une annonce de vente.
- Comparez plusieurs sources de prix avant tout achat. Les écarts observés entre annonces pour un même grade peuvent être significatifs ; croiser plusieurs plateformes et privilégier les ventes réalisées (et non les simples mises en vente) donne une image plus fidèle du marché réel.
Pour organiser le suivi de sa collection au fil de ces acquisitions, qu'il s'agisse d'un exemplaire Golden Age fragile ou d'un numéro plus récent, l'application de gestion de collection de comics permet de centraliser gradations, dates d'achat et évolutions de cote sur l'ensemble de sa bibliothèque.