Le premier fascicule d'Eclipso chez Arédit-Artima porte la date d'avril 1968. Le catalogue lui attache un seul titre d'histoire, « Une machine diabolique », et trois noms de scénaristes comme trois noms de dessinateurs, ce qui trahit un sommaire à plusieurs épisodes dont la liste complète ne se lit que sur l'exemplaire. Pour un acheteur, tout se joue sur la complétude du cahier et sur la mention de date, pas sur la couverture seule.
Un premier numéro de 1968 n'est pas un objet de lecture, c'est un objet de survie. Il a cinquante-sept ans, il a été imprimé sur un papier bon marché, vendu en kiosque à des enfants, et il n'a presque jamais été rangé avec l'idée qu'on le revendrait. Quand une annonce vous propose « Eclipso n° 1 », la vraie question n'est donc pas de savoir si le numéro existe, mais ce qu'il reste de celui-là.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que porte exactement ce fascicule
La date inscrite au catalogue pour ce numéro est avril 1968. C'est la seule date qu'il faut retenir, et c'est elle qui sert de juge de paix : un exemplaire présenté comme le premier mais daté d'un autre mois n'est pas le premier. Les trois numéros qui suivent tombent en juillet 1968, octobre 1968 puis janvier 1969, ce qui vous donne un repère immédiat : à ce stade de la série, un fascicule par trimestre, et donc quatre dates seulement par année de parution.
Le titre d'histoire enregistré est « Une machine diabolique ». Il ne décrit pas le contenu entier du cahier, il décrit une histoire parmi celles qu'il contient. Les petits formats de cette époque empilaient plusieurs épisodes, souvent d'origines éditoriales différentes, derrière une couverture unique. Le titre sert donc à identifier le fascicule, pas à en faire l'inventaire.
Sur la nature des récits assemblés dans ce premier cahier et sur leur provenance, les sources divergent, et nous n'affirmerons rien que la fiche ne dise. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c'est noter ce titre et le comparer à ce que montre l'annonce : un vendeur qui photographie son sommaire vous donne de quoi trancher en trente secondes.
Trois scénaristes, trois dessinateurs : lire la fiche correctement
Le catalogue crédite ce numéro à Gardner Fox, Ed Herron et Dave Wood au scénario, à Murphy Anderson, Bob Brown et Jack Sparling au dessin. Trois plus trois, pour un seul titre d'histoire enregistré : c'est l'indice le plus utile de toute la fiche. Il signifie que les crédits couvrent plusieurs épisodes alors que le champ du titre n'en retient qu'un. Autrement dit, la fiche vous dit « il y a plusieurs histoires ici » sans vous dire lesquelles.
Cette lecture change la façon d'acheter. Si vous cherchez une page signée par l'un de ces dessinateurs, vous ne pouvez pas déduire de la fiche quelle histoire il a dessinée dans ce cahier précis. Vous pouvez seulement savoir que son nom apparaît quelque part dans ce fascicule, et aller vérifier la signature sur les planches de l'exemplaire proposé.
Le nom de Gardner Fox revient d'ailleurs souvent dans les premiers numéros de la série, celui de Jack Sparling et celui de Murphy Anderson également. Ne traitez donc pas un crédit comme une empreinte unique : il ne suffit pas à distinguer ce fascicule du quatrième ou du septième. Seule la paire date plus numéro le fait.
Pourquoi ce numéro précis se détache des suivants
Un premier numéro de kiosque part toujours avec un désavantage de conservation. Il est acheté par des lecteurs qui ne savent pas encore s'ils suivront la série, il circule, il est prêté, et il n'entre dans aucune collection déjà constituée puisqu'il n'y a rien à compléter derrière lui. Les numéros suivants, eux, sont souvent achetés par des lecteurs déjà installés dans l'habitude, qui les empilent et les gardent.
Ce fascicule se distingue aussi par un détail de titrage. Plus loin dans la série, le catalogue enregistre à plusieurs reprises des intitulés qui ne sont pas des histoires du tout, du genre « Eclipso... des récits percutants ! » ou des pages où l'éditeur présente sa propre gamme. Ces mentions reviennent des dizaines de fois sur l'ensemble des parutions. Le premier numéro, lui, porte un titre de récit identifiable, ce qui en fait un repère plus sûr à décrire dans une annonce.
Reconnaître un vrai premier numéro dans une annonce
Commencez par ce qui est écrit sur l'objet et non par le texte du vendeur. Trois vérifications suffisent dans la plupart des cas. D'abord la numérotation portée sur la couverture ou en page de titre. Ensuite la mention de date, qui doit renvoyer à avril 1968 et non à un millésime voisin. Enfin la présence du titre d'histoire enregistré, « Une machine diabolique », dans le sommaire ou en tête de la première histoire.
Demandez systématiquement une photographie de la quatrième de couverture et une du dos agrafé. Elles ne servent pas à identifier le numéro, elles servent à mesurer ce qu'on vous vend : sur un fascicule de cette époque, la quatrième porte presque toujours une publicité ou une présentation de collection, et son état renseigne mieux que la première sur la façon dont l'exemplaire a été stocké.
Méfiez-vous des annonces qui ne montrent que la couverture en plan serré. Sur un objet de 1968, ce cadrage cache par construction les trois zones qui font la valeur : les coins, le pli du dos et la tranche inférieure. Si vous ne les voyez pas, considérez que vous achetez un exemplaire moyen et négociez sur cette base.
Les confusions possibles, et comment les lever
La première confusion vient du mot « numéro un » lui-même. Un éditeur de petits formats lançait plusieurs collections en parallèle, et un lecteur qui retrouve un fascicule ancien dans un carton confond facilement le premier numéro d'une série avec le premier d'un autre titre de la même maison. La ligne de défense est toujours la même : le nom de la série, le numéro et la date doivent concorder tous les trois.
La seconde confusion porte sur ce que contient le cahier. Parce qu'un seul titre d'histoire est enregistré pour ce numéro, certaines annonces décrivent le fascicule comme s'il ne contenait que cette histoire, d'autres y ajoutent des contenus par déduction. Ni l'un ni l'autre n'est fondé. La seule description honnête mentionne le titre connu et renvoie au sommaire imprimé pour le reste.
La troisième confusion est chronologique. La série change de rythme en cours de route : après onze numéros trimestriels, le douzième est daté de février 1971, puis la cadence se resserre avec des parutions rapprochées dans l'année. Un vendeur qui compte « quatre numéros par an » pour situer un exemplaire se trompera dès le début des années soixante-dix. Pour le premier numéro, cela n'a pas d'incidence, mais cela explique pourquoi certaines annonces datent mal les fascicules voisins et sèment le doute sur l'ensemble.
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Sur un fascicule agrafé de 1968, l'ordre d'examen compte. Regardez d'abord la complétude. Comptez les pages si le vendeur l'accepte, ou faites-lui confirmer qu'aucun feuillet central ne manque. Un cahier agrafé perd ses pages par paires, au milieu : une page absente en emporte toujours une autre, et un exemplaire incomplet ne se répare pas.
Regardez ensuite les agrafes. La rouille est le défaut le plus fréquent et le plus trompeur, parce qu'elle ne se voit pas sur une photographie de couverture. Elle marque le papier autour des points de piqûre, elle brunit le pli, et elle finit par découper le cahier quand on l'ouvre. Une agrafe remplacée est une restauration, pas un entretien : elle doit être annoncée.
Regardez enfin le papier lui-même. L'acidification se lit sur la tranche, qui passe du crème au brun, et sur la souplesse du feuillet. Ajoutez les classiques du kiosque : nom d'enfant au stylo, prix barré, coin arrondi par la manipulation, insolation du dos par la lumière. Chacun de ces défauts se négocie, mais aucun ne s'efface, et sur un premier numéro, un acheteur averti les accepte en échange d'un écart de prix net.
Ce qui fait varier la cote de ce fascicule
Pour un objet de cet âge, l'état domine tout le reste, et dans des proportions que les acheteurs de comics plus récents sous-estiment souvent. Entre un exemplaire complet au dos ferme et un exemplaire complet mais au cahier fatigué, l'écart se compte en multiples, pas en pourcentages. Entre un exemplaire complet et un exemplaire amputé d'un feuillet, il n'y a plus de comparaison possible : le second sort du marché de collection et devient un objet de lecture.
Le second facteur est la provenance. Un premier numéro vendu seul, sans histoire et sans photographie du sommaire, se traite moins bien qu'un exemplaire issu d'un lot cohérent, où la suite des numéros atteste d'un stockage unique. Ce n'est pas un biais de collectionneur, c'est une information : un lot homogène a souvent traversé les décennies dans la même pièce et au même taux d'humidité.
Le troisième facteur est la saison. Les fascicules anciens de petits formats remontent à la surface au rythme des vide-greniers et des successions, par vagues, et une même semaine peut voir apparaître plusieurs exemplaires d'un numéro qui n'avait pas circulé depuis des mois. Si vous n'êtes pas pressé, laissez passer les annonces les plus chères du printemps.
À quoi tient sa rareté relative
La série a tenu longtemps, jusqu'à un dernier fascicule daté de février 1983, soit près de quinze ans de parution. Cette longévité joue contre le premier numéro, et c'est contre-intuitif : plus une série dure, plus les numéros tardifs sont faciles à trouver, parce qu'ils ont été achetés par un lectorat déjà fidèle et souvent conservés. Les premiers numéros, eux, ont été tirés avant que ce lectorat n'existe.
Ajoutez-y l'effet de la décennie. Un fascicule de 1968 a traversé les greniers, les déménagements et les grands tris des années quatre-vingt, période où ces revues n'avaient aucune valeur marchande reconnue et finissaient à la benne. Les exemplaires qui subsistent aujourd'hui en bon état ne sont pas ceux qu'on a protégés, ce sont ceux qu'on a oubliés dans un endroit sec.
Enfin, la rareté d'un premier numéro est toujours une rareté par état, non par tirage. Des exemplaires existent, vous en croiserez. Ce que vous ne croiserez pas souvent, c'est un cahier complet, aux agrafes saines et au dos non cassé. C'est là que se situe la vraie difficulté d'acquisition, et c'est pour cela qu'il faut accepter d'attendre plutôt que de prendre le premier exemplaire disponible.
Suivre cet exemplaire dans votre collection
Un premier numéro mérite une fiche plus détaillée que le reste de la série. Notez la date de couverture, le titre d'histoire enregistré, la provenance, la date d'achat et l'état constaté à la réception, défaut par défaut. Photographiez le dos et la tranche le jour de l'arrivée : c'est votre point de comparaison si l'exemplaire se dégrade en rayonnage.
Rangez-le à plat ou debout, mais jamais serré entre deux volumes rigides, qui écrasent le pli d'un agrafé. Une pochette neutre et un carton de soutien suffisent. Et tenez à jour la liste des numéros que vous possédez dans la série : savoir précisément ce qui vous manque est ce qui vous permet de refuser un lot mal présenté sans regret. Les autres guides du catalogue détaillent cette méthode de suivi série par série.
Conclusion : un objet à juger sur le cahier
Ce fascicule d'avril 1968 se vérifie en trois gestes et s'achète sur un seul critère. Les trois gestes : la concordance du numéro, de la date et du titre « Une machine diabolique ». Le critère : la complétude du cahier, agrafes comprises. Tout le reste, les crédits multiples, les récits assemblés, la place de ce numéro dans une série qui a duré jusqu'en 1983, relève du plaisir de collection, pas de la décision d'achat.
Si vous hésitez devant une annonce, posez une seule question au vendeur : combien de pages, et le feuillet central est-il présent. Une réponse claire vaut dix photographies de couverture. Une réponse évasive vous dit, elle aussi, tout ce que vous avez besoin de savoir.
Questions fréquentes
Le catalogue le date d'avril 1968. Les trois suivants tombent en juillet 1968, octobre 1968 et janvier 1969, soit un fascicule par trimestre au lancement. Cette régularité initiale vous donne un moyen simple de vérifier qu'une annonce ne confond pas le premier numéro avec un fascicule de la même année.
Le titre enregistré est « Une machine diabolique ». Attention, c'est un titre parmi ceux du cahier, pas le sommaire complet : ces revues publiaient plusieurs épisodes par fascicule. Servez-vous de ce titre pour identifier l'exemplaire, et demandez une photographie du sommaire imprimé pour connaître le reste.
Parce que les crédits couvrent l'ensemble des histoires du fascicule alors qu'un seul titre est enregistré. Gardner Fox, Ed Herron et Dave Wood au scénario, Murphy Anderson, Bob Brown et Jack Sparling au dessin : leurs noms apparaissent dans ce cahier, mais la fiche ne dit pas qui a travaillé sur quelle histoire.
Trouver un exemplaire est faisable, trouver un exemplaire complet et sain l'est beaucoup moins. La rareté porte sur l'état, pas sur le tirage : agrafes rouillées, dos cassé, feuillet central manquant éliminent une grande partie des exemplaires qui circulent. Mieux vaut attendre un bon cahier que prendre le premier disponible.
La complétude, avant l'esthétique. Faites confirmer le nombre de pages et la présence du feuillet central, puis examinez les agrafes et le pli du dos sur photographie. Un défaut de couverture se négocie, une page absente ne se rattrape pas et fait sortir le fascicule du marché de collection.