Eclipso (Arédit, 1968) : le guide de collection des 84 numéros, illustration article

Eclipso est un petit format publié par Arédit-Artima d'avril 1968 à février 1983, soit quatre-vingt-quatre numéros. La revue démarre strictement trimestrielle, s'emballe au début des années soixante-dix, puis repasse à des couvertures sans mois à partir du quarante-neuvième numéro. Son sommaire ne se limite pas au personnage du titre : le catalogue y crédite des auteurs venus de plusieurs fonds américains, et des pages de réclame maison.

Vous avez sans doute hérité ou racheté une pile de ces petits volumes au dos collé, avec un titre que personne autour de vous ne reconnaît. Eclipso n'a ni la notoriété de Strange ni le réseau de passionnés qui documente les revues de Lug, et c'est précisément pour cela qu'un collectionneur français s'y casse les dents : savoir combien de numéros existent, dans quel ordre et à quelle date demande un travail que personne n'a fait publiquement. Ce guide part des sommaires enregistrés au catalogue et les interprète.

Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l'analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.

Carte d'identité de la revue Eclipso : éditeur, année de lancement, contenu de l'article

Ce que publiait réellement Eclipso

Le piège, avec cette revue, est de croire que son titre décrit son contenu. Le premier numéro, daté d'avril 1968, porte au catalogue l'histoire « Une machine diabolique », avec trois scénaristes crédités (Gardner Fox, Ed Herron, Dave Wood) et trois dessinateurs (Murphy Anderson, Bob Brown, Jack Sparling). Trois noms de chaque côté pour un seul titre retenu : c'est la signature d'un fascicule d'anthologie, qui empile plusieurs épisodes sans rapport entre eux. Le personnage du titre y sert d'enseigne commerciale, pas de fil conducteur.

Cette lecture se confirme quand on suit les créateurs : on croise aussi bien Alex Toth et Dick Dillin au cinquième numéro que Carmine Infantino au huitième. Dès le quinzième, daté d'août 1971, le registre change nettement, avec Stan Lee, Larry Lieber, Marie Severin, Jack Kirby et Don Heck au sommaire. La revue ne change pas de nom, elle change de source d'approvisionnement.

À partir du vingtième numéro, un seul dessinateur revient presque sans interruption pendant une vingtaine de livraisons : Steve Ditko, crédité tantôt comme scénariste, tantôt comme dessinateur, parfois les deux dans le même numéro. Si vous cherchez un angle de collection dans cette revue plutôt qu'une série complète, c'est celui-là qui tient debout.

Un trimestriel pendant onze numéros, puis l'accélération

Les onze premières dates ne laissent aucune place au doute : avril, juillet, octobre, janvier, et ainsi de suite sans un seul écart jusqu'à octobre 1970. Une régularité de métronome sur deux ans et demi, qui dit un titre installé dans un calendrier de kiosque. Conséquence pratique : dans cette première tranche, la date vous donne le numéro et le numéro vous donne la date, sans marge d'erreur.

Puis le rythme se brise. Le douzième numéro est daté de février 1971, le treizième de mai, le quatorzième de juin : un seul mois entre les deux derniers, là où le calendrier d'origine en demandait trois. La cadence s'accélère encore en 1972, où l'on trouve des livraisons en juillet, août, octobre, novembre et décembre. Un éditeur ne presse pas ainsi un titre par hasard ; il le fait quand il a du stock à écouler ou une collection à alimenter. Concrètement, à partir du douzième numéro, vous ne pouvez plus déduire une date d'un numéro : il faut lire la couverture.

Quand la date disparaît des couvertures

Le quarante-neuvième numéro marque une rupture d'un autre ordre : sa date cesse d'être un mois pour devenir « 1er trimestre 1975 ». Et le mois ne revient pas. Pendant une trentaine de livraisons, la revue ne s'annonce plus que par trimestre, jusqu'au quatre-vingtième numéro de mars 1982 où le mois réapparaît pour les cinq dernières parutions.

Cette bascule crée le casse-tête le plus courant sur ce titre : trois numéros consécutifs portent la même indication « 2ème trimestre 1975 », trois autres partagent le « 3ème trimestre 1980 », et deux se superposent au quatrième trimestre 1979. Un vendeur qui lit sa couverture vous annoncera donc une date que deux autres exemplaires affichent aussi. Si vous achetez à distance, la date déclarée ne suffit jamais à identifier le numéro : demandez le chiffre imprimé.

Le même indice trimestriel révèle un creux que le reste de la série ne laissait pas prévoir. Entre le cinquante-neuvième numéro, au troisième trimestre 1976, et le suivant, au deuxième trimestre 1977, il s'écoule l'équivalent de trois trimestres. Les parutions reprennent ensuite par à-coups, un numéro par trimestre ou deux, parfois aucun. Les numéros de cette zone sont les plus difficiles à trouver aujourd'hui : un titre qui disparaît du kiosque pendant presque un an se vend moins et se conserve moins.

Arédit, Artima : ce que les intitulés racontent de l'éditeur

Une particularité de cette série saute aux yeux dès qu'on parcourt la liste des sommaires : pour un quart environ des numéros, le titre enregistré n'est pas un récit mais une page de l'éditeur. On lit « Arédit pense à vous ! », « Arédit présente... », puis « Artima présente la collection Comics Pocket » et « Artima présente la gamme... ». Autrement dit, la page retenue pour ces exemplaires est une réclame maison, parce que c'est la seule page du fascicule portant un intitulé identifiable.

Ce détail apparemment anodin se révèle un outil de datation gratuit. La formule change de marque entre le cinquantième et le cinquante-unième numéro, tous deux situés au deuxième trimestre 1975 : « Arédit présente... » d'un côté, « Artima présente la collection Comics Pocket » de l'autre. Si deux exemplaires portent la même mention de trimestre et que l'un annonce Arédit quand l'autre annonce Artima, vous venez de les ordonner sans lire le numéro. Et le soixante-quinzième, au premier trimestre 1981, annonce même que « la collection Comics Pocket prend un nouveau départ ! », ce qui situe une relance de gamme à une date précise.

D'autres intitulés sont en réalité des noms de collections voisines : « Choc et Brûlant », « Flash Espionnage », « Etranges Aventures », « La Maison du Mystère », « Raid ». Les trois derniers les accolent deux par deux, le dernier associant « Raid » au nom du titre. Ces mentions ne décrivent pas une histoire, elles dessinent le voisinage éditorial dans lequel il faut chercher la suite.

Les numéros qui comptent

Le premier reste la pièce recherchée, pour la raison habituelle des petits formats : c'est celui qu'on a acheté par curiosité, lu, prêté, et pas conservé. Le quinzième mérite la même attention pour une raison éditoriale : c'est à partir de lui que les signatures Marvel entrent dans la revue, et ce basculement d'août 1971 est le vrai point d'articulation de la série.

Dans la dernière période, les intitulés deviennent franchement lisibles et attirent les acheteurs venus d'ailleurs. Les soixante-sixième à soixante-huitième, puis le soixante-quatorzième, annoncent Hulk en clair ; les soixante-dixième, soixante-treizième et quatre-vingtième annoncent Captain America, le soixante-treizième l'associant même à Spider-Man. Ce sont les numéros que cherchent les collectionneurs de personnages, pas de revues, et cela se voit sur leur disponibilité.

Un cas est à signaler pour éviter une mauvaise surprise : le soixante-cinquième porte un titre explicitement annoncé comme deuxième partie, sans que la première se trouve au numéro précédent. Un récit coupé qui ne se recolle pas dans la même série est un rappel utile : chez cet éditeur, la continuité d'un épisode ne respecte pas forcément la continuité d'un titre.

Reconnaître une édition

Commencez toujours par le numéro imprimé, jamais par la date. Nous venons de voir pourquoi : sur plus d'un tiers de la série, la date ne discrimine pas. Vérifiez ensuite la mention de l'éditeur, car le passage d'Arédit à Artima dans les pages de réclame vous situe de part et d'autre du milieu de l'année 1975.

Le troisième repère est le slogan de couverture. La formule « Eclipso... des récits percutants ! » revient sur plusieurs des onze premiers numéros, notamment le troisième, le sixième et le huitième. Sa présence vous place dans la période trimestrielle initiale, celle où la numérotation et le calendrier se recoupent parfaitement.

Enfin, un lot présenté comme « Comics Pocket » peut mélanger plusieurs titres de l'éditeur, puisque cette mention figure dans les pages intérieures de la revue elle-même. Demandez la liste des numéros, pas le nom de la collection.

Frise de parution de Eclipso : le nombre de numéros parus chaque année, et les années sans parution

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Les huit numéros que le catalogue laisse muets

Huit exemplaires, tous situés entre le vingt-deuxième et le quarante et unième, n'ont au catalogue ni date, ni scénariste, ni dessinateur. Seul leur titre a été relevé : « Les yeux braqués », « La Griffe du Diable », « Fenêtres sur l'obscur », « Le banquet des ténèbres », « Une chose dans la nuit ». Ces intitulés ne sont pas ceux du registre super-héros, et ils se concentrent exactement sur les années 1972 à 1974, là où les parutions s'enchaînent le plus vite.

Cette lacune n'est pas un défaut du catalogue, c'est un renseignement. Un numéro dont personne n'a relevé les créateurs est un numéro que personne n'a eu entre les mains assez longtemps pour le dépouiller. Si vous en détenez un, vous détenez une pièce documentaire autant qu'un objet de collection, et son sommaire complet reste à établir sur l'exemplaire.

Ce point vaut pour toute la série : le catalogue ne retient qu'un titre d'histoire par numéro, alors que chaque fascicule en contenait plusieurs. Aucune des indications ci-dessus ne vous permet donc d'affirmer qu'un numéro donné abrite telle première parution française ou correspond à tel fascicule américain. Pour le savoir, il faut ouvrir l'exemplaire et lire ses pages de titre.

Les pièges à l'achat

Le premier piège est l'homonymie : le nom du personnage a été réutilisé sur des publications bien plus récentes et sans lien avec cette collection. Ajoutez l'éditeur et une borne de date entre 1968 et 1983 à vos alertes.

Le deuxième est la date déclarée de bonne foi. Un exemplaire annoncé « troisième trimestre 1980 » peut être l'un de trois numéros différents. Exigez une photo de la couverture entière, pas un recadrage sur l'illustration : le chiffre y figure, et la mention de trimestre seule ne vaut rien.

Le troisième est le lot incomplet présenté comme suite continue : compte tenu de la coupure de 1976 à 1977, un vendeur peut croire de bonne foi que sa série se suit alors qu'il lui manque les numéros de cette zone creuse. Reconstituez la liste chiffrée avant d'accepter un prix.

Compléter les quatre-vingt-quatre numéros

Attaquez la série par tranches, en suivant la logique de parution plutôt que l'ordre numérique. La première tranche, les onze numéros trimestriels de 1968 à 1970, est la plus homogène et la plus chère à l'unité : traitez-la en dernier si votre budget est contraint, mais saisissez-la si un lot entier se présente, car ces onze-là se retrouvent rarement ensemble.

La tranche médiane, celle des parutions rapprochées de 1971 à 1974, est la plus volumineuse, la plus accessible en vrac, et celle où se trouvent les huit numéros mal documentés. Gardez pour la fin la tranche trimestrielle de 1975 à 1981 : ses numéros sont difficiles à identifier sur photo, et il vaut mieux l'aborder quand vous savez déjà quoi chercher.

Tenez enfin votre liste par numéro, en notant pour chaque entrée la mention exacte lue sur la couverture : sur une série où la date ne départage pas, votre relevé devient la seule référence fiable. Nos autres guides de collection détaillent la même approche pour d'autres titres.

Plan de l'article section par section, de la présentation générale jusqu'aux pièges à l'achat

La cote, et comment suivre la collection

Aucun barème ne vaut pour ce titre, et pour une raison structurelle : il se vend presque toujours en lots, rarement à l'unité, et les lots mélangent les tranches. La hiérarchie des valeurs, en revanche, se lit dans les données. Le premier numéro et les derniers annonçant un personnage connu partent au-dessus du reste. Les numéros de la zone creuse de 1976 à 1977 se négocient au-dessus de leurs voisins par simple rareté d'offre. Le gros de la tranche médiane constitue le fond du marché.

L'état pèse plus lourd que sur un fascicule agrafé, parce que ce format se lit en le forçant à plat : observez le dos et les charnières avant la couleur de la couverture.

Pour suivre quatre-vingt-quatre numéros dont un quart se ressemble à la date près, une liste sur papier ne tient pas longtemps. Enregistrez chaque exemplaire avec son chiffre, sa mention de couverture et son état : vous verrez d'un coup d'œil les trous de votre tranche et cesserez de racheter des doublons dans la zone encombrée des années 1972 à 1974.

Conclusion

Eclipso n'est pas une série à lire dans l'ordre, c'est un objet éditorial à reconstituer. Ses quatre-vingt-quatre numéros racontent quinze ans de stratégie de kiosque : deux ans et demi de régularité parfaite, trois années de surchauffe, une longue période où l'éditeur ne s'engage plus sur un mois, et une fin où il met en avant les personnages que le public reconnaît enfin. Qui comprend cette courbe sait dans quel ordre chercher, et ne paie pas la tranche facile au prix de la tranche rare.

Questions fréquentes

La série compte quatre-vingt-quatre numéros, du premier daté d'avril 1968 au dernier daté de février 1983. C'est une longévité considérable pour un petit format, mais elle est trompeuse : le rythme de parution varie tellement d'une période à l'autre que la série se comporte, pour un collectionneur, comme trois collections distinctes mises bout à bout.

Parce qu'à partir du quarante-neuvième numéro, au premier trimestre 1975, l'éditeur a cessé d'imprimer un mois sur la couverture. Le mois ne revient qu'avec le quatre-vingtième, en mars 1982. Dans l'intervalle, plusieurs numéros portent la même mention de trimestre : seul le chiffre imprimé permet de les distinguer.

Rien ne permet de l'affirmer. Les sommaires relevés mélangent des créateurs issus de plusieurs fonds américains, et le nom du titre ne figure dans un intitulé que sur six des onze premiers numéros, surtout via le slogan de couverture, puis plus du tout avant les quatre-vingt-deuxième et quatre-vingt-quatrième. Le titre fonctionnait d'abord comme une enseigne de collection.

Ce sont des pages de réclame de l'éditeur, relevées comme titre faute de sommaire identifiable. Elles concernent une partie importante de la série, surtout entre le quarantième et le soixante-deuxième numéro. Loin d'être inutiles, elles servent de repère de datation, puisque la marque annoncée change entre le cinquantième et le cinquante-unième.

Deux groupes résistent. Les onze premiers, parce qu'ils sont les plus anciens et les moins conservés. Et ceux qui encadrent la coupure de parution entre le troisième trimestre 1976 et le deuxième trimestre 1977 : un titre absent du kiosque pendant près d'un an laisse peu d'exemplaires derrière lui, et l'offre actuelle le confirme.