Le catalogue recense vingt-huit fascicules Captain America publiés par Arédit-Artima, du premier trimestre 1979 à juin 1984. La numérotation imprimée va de 1 à 27, mais trois fascicules du début ne portent aucun chiffre sur leur couverture : ce sont eux qui manquent dans les lots vendus comme complets. La série change deux fois de régime de datation, et ce détail suffit à reclasser une pile entière.
Vous avez une pile de fascicules au format réduit, le nom du héros écrit en anglais sur la couverture, et aucune idée de l’ordre dans lequel les ranger. Si les dates parlent de trimestres sur certains et de mois sur d’autres, vous ne tenez pas deux séries : vous tenez les deux moitiés d’une collection qui a changé de rythme en route. Savoir où se trouve la bascule est la première chose à établir.
Comme toujours sur ce guide, seules les informations vérifiées (créateurs, numéros, dates) sont affirmées ; l’analyse est la nôtre, sans reproduction de planche ni de dialogue protégé.
Ce que publiait le fascicule
Le catalogue tient vingt-huit entrées pour cette série. Chacune donne un numéro, une date de couverture, un scénariste, des dessinateurs, et un seul intitulé de page. Ce dernier point est capital : un fascicule de ce genre empilait plusieurs épisodes, et l’intitulé conservé ne décrit donc jamais le sommaire entier.
Les créateurs relevés disent sans ambiguïté la nature du matériel : Stan Lee au scénario sur les premiers fascicules, puis Gary Friedrich, puis Steve Englehart ; Jack Kirby, John Romita, Gene Colan, Marie Severin, Sal Buscema, Gil Kane au dessin. Le fascicule n’est pas une création locale, c’est un véhicule de réédition. Vous ne chassez donc pas une histoire introuvable ailleurs, mais un support précis, avec son papier, ses pages de publicité maison et sa numérotation. C’est ce support qui ne se remplace pas.
Du Marvel hors du circuit dominant
À la fin des années 1970, l’essentiel de la bande dessinée Marvel traduite en France circulait par les revues d’un autre éditeur, celles que tout le monde a connues en kiosque. Cette série vient d’ailleurs : la mention relevée au catalogue est Arédit-Artima. Un collectionneur qui a bâti sa connaissance du Marvel français sur le circuit principal ne reconnaît donc pas ces fascicules, et c’est pour cela qu’ils se perdent.
Cette position décalée produit un effet qui s’observe encore sur le marché de l’occasion : quand un de ces fascicules atterrit dans un carton, il est décrit vaguement, rangé avec autre chose, ou vendu à l’unité sans que personne ne cherche sa place dans une série. Vous achetez souvent moins cher, mais vous achetez à l’aveugle.
Le caractère non substituable est là. Si vous cherchez un épisode précis en français, d’autres éditions le fournissent. Si vous cherchez ce fascicule, aucune réimpression ni intégrale récente ne le remplacera : il n’existe que dans son tirage d’origine, étalé sur un peu plus de cinq ans.
Trois régimes de parution en cinq ans
Les dates de couverture racontent ce que les numéros seuls ne disent pas. Du lancement au quinzième fascicule, daté du troisième trimestre 1981, aucune ne mentionne de mois : tout est exprimé en trimestres. Puis la seizième livraison porte « février 1982 », et le système change du jour au lendemain.
Cette bascule n’est pas qu’une coquetterie d’imprimeur. Elle signifie qu’un classement par date de couverture seule produira du désordre si vous mélangez les deux logiques. Le bon réflexe est de classer par numéro, puis d’utiliser la date pour vérifier que vous n’avez pas interverti deux exemplaires dont les chiffres sont effacés ou arrachés.
Le rythme change lui aussi, deux fois. L’année 1979 concentre huit entrées du catalogue, soit deux par trimestre : un démarrage très soutenu, typique d’un lancement que l’on veut installer vite en point de vente. L’année 1981 n’en compte plus que trois, puis les dates s’espacent d’environ deux mois à partir de février 1983, jusqu’à la dernière livraison de juin 1984. La fin de série est donc plus régulière que le début, mais plus lente.
Cela se traduit en difficulté de chasse inégale. Les fascicules du lancement, tirés et diffusés sur une courte période, se retrouvent plus souvent, parfois à plusieurs exemplaires dans un même lot. Ceux de l’année creuse et ceux de la toute fin circulent moins : placez-les en tête de votre liste de recherche.
Les trois numéros sans chiffre imprimé
Voici le piège propre à cette série, et il est redoutable. Entre le premier fascicule et le cinquième, le catalogue enregistre trois entrées dont le numéro apparaît entre crochets, c’est-à-dire reconstitué par ordre de parution parce que l’objet ne le portait pas. Elles se placent au deuxième et au troisième trimestre 1979, juste après le lancement.
Leur contenu relevé est bien celui de la série : Stan Lee et Larry Lieber au scénario, Marie Severin, Gene Colan, Don Heck et Frank Bolle au dessin. Ce sont des livraisons normales de la collection, à ceci près qu’elles n’annoncent pas leur rang.
Les conséquences sont très concrètes. Un lot proposé comme allant « de 1 à 27 » peut parfaitement être complet en apparence et vous laisser avec un trou de trois pièces, parce que le vendeur a compté les chiffres imprimés et non les fascicules. À l’inverse, celui qui possède ces trois objets ne sait pas les nommer, les met en vente sans numéro, et personne ne les trouve. Ne demandez donc jamais « quels numéros avez-vous », mais le nombre de fascicules et les dates de ceux qui n’affichent pas de chiffre.
Le cartonné du premier trimestre 1979
Le catalogue distingue, au premier trimestre 1979, une entrée décrite comme cartonnée, avec Jack Kirby au dessin, et à la même date une entrée numérotée 1. Il existe donc deux objets contemporains au début de la série, de reliure différente.
C’est une information précieuse, et une source d’erreurs d’achat. Si une annonce montre un objet rigide, ne le tenez pas pour la même pièce que le fascicule souple de même date : vérifiez la reliure sur les photos, de dos et de tranche. Une collection exhaustive vise les deux formes ; une collection limitée aux souples doit le préciser dans son inventaire pour ne pas croire à un manque. Notez enfin que cette entrée cartonnée ne porte aucun intitulé de page au catalogue : il faut l’ouvrir pour savoir ce qu’elle contient.
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Commencer mon essai →Les créateurs qui structurent la série
Les noms relevés dessinent des blocs nets, bien meilleurs repères que les numéros pour savoir où vous en êtes. Au scénario, Steve Englehart occupe une suite continue du onzième fascicule, daté du troisième trimestre 1980, au seizième, en février 1982. Ces six livraisons consécutives traversent la bascule de datation décrite plus haut : c’est le seul bloc qui enjambe les deux systèmes, donc un excellent point d’ancrage quand vous reconstituez un ordre.
Au dessin, Sal Buscema est la main la plus présente de la série : il apparaît dès le sixième fascicule, au quatrième trimestre 1979, et son nom revient jusqu’à celui de février 1984. Si vous ne retenez qu’un nom pour reconnaître le cœur de cette collection, c’est le sien. À l’autre bout, Roger McKenzie signe la plupart des livraisons de juin 1983 à juin 1984 : son nom dans une annonce vous situe dans la dernière ligne droite.
Jack Kirby, lui, encadre la série : présent sur l’objet cartonné du tout début, il revient comme scénariste et dessinateur sur trois fascicules de 1982. Cette réapparition groupée mérite d’être connue, parce qu’elle crée une demande localisée : les amateurs de Kirby achètent ces trois objets sans s’intéresser au reste, ce qui les rend plus disputés que leurs voisins immédiats. Même logique, plus discrète, pour la livraison d’avril 1984 où le catalogue relève John Byrne. À l’autre extrémité, Jim Steranko est crédité sur une dizaine d’entrées jusqu’au deuxième trimestre 1981, puis disparaît : son nom est un indicateur fiable de première moitié de série.
Ce que les pages indexées révèlent
Un détail du relevé passe pour une erreur alors qu’il est une mine d’informations. Pour beaucoup de fascicules, l’intitulé enregistré n’est pas un titre d’épisode mais une accroche publicitaire : « Albums déjà parus », « Voici la collection Super Star », « Ces albums sont en vente chez votre fournisseur habituel ». Le relevé ne conserve qu’un élément par fascicule, et cet élément est fréquemment une page de promotion maison.
Cela vous apprend deux choses. D’abord, que ces fascicules servaient de supports de vente aux autres collections de l’éditeur, d’où la formule adressée au « fournisseur habituel ». Ensuite, et c’est utile à l’authentification, que ces pages font partie de l’objet : un exemplaire dont elles ont été retirées est incomplet, même si le récit est entier.
Certaines de ces pages datent l’objet mieux qu’un cachet. Deux fascicules de 1979 portent une annonce sur un héros Marvel passé au cinéma, celle de l’adaptation télévisée de Hulk ; le dixième, au deuxième trimestre 1980, annonce Captain America à l’écran ; le premier renvoie à la suite d’un film de requins sorti peu avant. Plus tard, une page d’avril 1983 évoque la vie du pape Jean-Paul II, et d’autres renvoient à des hors-séries Conan ou à la collection Epic. Celui de février 1984 porte une accroche sur la fin d’une parution en noir et blanc : prenez-la comme une annonce imprimée dans l’objet, à vérifier sur l’exemplaire, et non comme la preuve que cette série-ci a changé de procédé.
Quelques intitulés sont en revanche bien des titres traduits : « L’imposteur », « Le royaume des ombres », « Objectif... Terre ! », « El Toro ». Un fascicule mentionne aussi le héros aux côtés de Spider-Man. Ces mentions indiquent ce qui est présent, jamais ce qui est absent : le reste du sommaire se vérifie exemplaire en main.
Reconnaître l’édition, et chercher sous un nom resté anglais
Première règle d’identification : la mention d’éditeur, que le relevé attache à Arédit-Artima, et que vous cherchez sur la couverture ou la dernière page. Deuxième règle : la formulation de la date. Un trimestre écrit en toutes lettres vous situe avant l’automne 1981, un mois vous situe après. Troisième règle, moins évidente : les accroches intérieures nomment une collection d’albums propre à cet éditeur, signe d’appartenance plus fiable que le logo de couverture, souvent illisible sur une photo d’annonce floue.
Reste le problème du nom. Sur ce titre, le nom du héros n’a pas été francisé, contrairement à ce qui a été fait pour d’autres personnages publiés en français à la même époque. Mauvaise nouvelle pour la recherche : votre requête ramène des comics américains, des éditions récentes et des produits dérivés en bien plus grand nombre que les fascicules visés. Associez donc toujours le nom du héros à celui de l’éditeur, et ajoutez le mot décrivant la date. Pour les trois fascicules sans chiffre, cherchez par date et surveillez les lots décrits à la pile.
L’état d’un exemplaire et les pièges à l’achat
Ces fascicules souffrent toujours aux mêmes endroits, et le savoir évite de payer pour un défaut invisible sur photo. Le dos plié d’abord : agrafé, lu et replié, l’objet garde une marque centrale blanchie que rien ne corrige. Les angles arrondis par le frottement en pile ensuite, puis le jaunissement, ici la norme et non une anomalie.
Trois vérifications valent une demande de photos supplémentaires. Les agrafes, dont la rouille et l’élargissement des trous annoncent des pages qui se détacheront. La pagination : demandez la dernière page avant la couverture arrière, car c’est là que les pages de promotion disparaissent. Les inscriptions, enfin, ce format ayant souvent été marqué au stylo par un revendeur ou un jeune lecteur.
Le piège le plus coûteux reste pourtant descriptif. Une annonce qui parle d’un ensemble « complet » en citant un chiffre d’arrivée ne vous dit rien d’utile ici, pour la raison exposée plus haut. Faites compter les objets.
Compléter la série et suivre sa cote
La stratégie efficace est ici l’inverse de l’habituelle. Plutôt que de viser les pièces réputées, constituez d’abord le milieu de série, qui circule en lots, puis traitez séparément les quatre objets singuliers : les trois fascicules sans chiffre et le cartonné du début. Ceux-là ne s’achètent pas en les cherchant, mais en les reconnaissant dans des annonces mal décrites.
Sur la valeur, deux principes tiennent sans parler de montants. L’écart de cote entre un exemplaire froissé et un exemplaire plat est, sur ce genre de fascicule, proportionnellement plus fort que sur une revue épaisse : il y a moins de matière, donc chaque défaut pèse plus. Et la rareté de cette série reste mal perçue, faute de catalogues qui en publient le détail ; une description précise, avec le compte de fascicules et les dates, vaut mieux qu’un adjectif élogieux, à l’achat comme à la revente.
Inventoriez donc chaque exemplaire avec sa date de couverture telle qu’imprimée, trimestre ou mois, et pas seulement son numéro. C’est cette double entrée qui vous permettra de prouver qu’un fascicule sans chiffre est bien à sa place, et de voir d’un coup d’œil que votre année creuse est incomplète.
Questions fréquentes
Le catalogue recense vingt-huit entrées, alors que les chiffres imprimés s’arrêtent à vingt-sept. L’écart vient des fascicules enregistrés avec un numéro reconstitué, faute de chiffre en couverture, et de l’objet cartonné du début. Comptez donc les fascicules physiques, jamais les numéros annoncés dans une annonce de vente.
Parce que la série a changé de système de datation en cours de route. Les dates restent trimestrielles jusqu’à la livraison du troisième trimestre 1981, puis passent au mois à partir de février 1982. Vos exemplaires appartiennent bien à la même collection : classez-les par numéro, et servez-vous de la date comme contrôle.
Non, et c’est une particularité documentée de cette série : trois livraisons de 1979 n’affichent pas leur rang. Vérifiez la mention d’éditeur, la date de couverture et la présence des pages de promotion maison. Si ces trois éléments concordent, vous tenez une pièce normale, simplement difficile à nommer.
Rien dans les données disponibles ne permet de l’affirmer. Le relevé ne conserve qu’un intitulé par fascicule, et cet intitulé est souvent une page de publicité, pas un titre d’épisode. Pour établir une correspondance avec une édition américaine ou une antériorité française, il faut ouvrir l’exemplaire et relever le sommaire complet.
La demande se concentre là où les créateurs attirent des acheteurs extérieurs à la série : les trois livraisons de 1982 que le catalogue attribue à Jack Kirby, celle d’avril 1984 où figure John Byrne, et la suite signée Steve Englehart qui va du troisième trimestre 1980 à février 1982. S’y ajoutent, pour pure difficulté de chasse, les fascicules sans chiffre imprimé.